Hool met en scène un groupe de hooligans supporters du Hanovre 96 qui attendent les jours de match comme d’autres le Messie. Heiko est le plus engagé dans ses guerres de fortune, dans cette catharsis déchainée et brutale. Heiko est le neveu d’Axel, chef historique des hooligans de Hanovre, et a depuis longtemps fait un trait sur un avenir fait d’études et de projets professionnels. Ces amis et complices ont pour la plupart peu ou prou, même si les "fights" restent une priorité, des visées conformistes où un métier à exercer et une famille à construire seraient au final l’aboutissement logique. Heiko de famille n’a pas grand-chose. Sa mère est partie quand il était très jeune et son père est alcoolique. Seule Manuela, sa sœur, a encore une petite influence sur lui-même si elle se réduit comme peau de chagrin. Heiko a renoncé à toute existence plus ou moins normale : il vit comme un quasi clochard chez un organisateur de combats de chiens et ne pense plus qu’à tout ce qui touche aux "fights" creusant ainsi un sillon désespéré vers un avenir bouché. Mais bientôt sa radicalité va être mise à l’épreuve quand, à la suite d’une confrontation avec les mecs de Brunswick, son meilleur ami Kaï, passé à deux doigts de la mort, va lui annoncer qu’il renonce à leur vie d’errements et de brutalité faisant suite à la précédente défection de Ulf. Dès lors, Heiko, terrible boule de rage, va se replier sur lui-même misant encore davantage sur un quotidien obscur et une violence aveugle, Hool analyse froidement un phénomène qui s’est installé dans le monde du football où la rage l’emporte sur le seul soutien à une équipe. Comme dans Fight Club de Chuck Palahniuk, ces bagarres offrent à ses participants un défouloir idéal et un remède profond à leurs frustrations. Le "fight" permet à ces jeunes hommes de canaliser leurs rancœurs et leurs ressentiments. De traduire en coups de poing la fin définitive de toute sorte d’illusions sociales et affectives. Philippe Winkler avec ce premier roman a su parfaitement restituer, en dépit d’une construction narrative un peu brouillonne, le climat sombre et jusqu’au boutiste lié à cette violence d’un autre monde d’où émane une fraternité primitive qui vaut tous les services nationaux et les colonies scouts.
Traduit de l’allemand par Pierre Malherbet et Céline Maurice.