Né en 1975, Santiago publie ici son deuxième roman et l’éditeur le présente comme s’intéressant principalement à l’écriture, l’informatique et le rock’n’roll. Le Mauvais Chemin est à cet égard des plus rock si l’on considère que la victime est une rock star sur le retour et le narrateur un guitariste que le succès de ces livres de terreur a détourné de la musique. La grande vertu de ce polar situé en pleine Provence est qu’il renoue avec un genre terriblement efficace, celui du polar de complot qui voit un homme se confronter à une terrible machination ourdie par des proches, du moins des individus au-dessus de tout soupçon. Ira Levin avec Rosemary’s Baby a conféré au genre ses lettres de noblesse en campant une jeune femme crédule aux prises avec d’abjects créatures maléfiques soucieuses de faire de son nouveau-né un enfant du Diable. Santiago dans Le Mauvais Chemin met en scène une famille britannique installée à St Rémy de Provence qui intègre en dépit des réticences de Bert le mari écrivain un groupe de bourgeois huppés qui aiment à se retrouver autour de barbecues dans les jardins de leurs superbes villas. Miriam sa femme et Britney sa fille y sont comme des poissons dans l’eau alors que Bert s’isole pour mieux travailler et fuir ces gens qui ne l’inspirent guère. Seul motif de satisfaction, son meilleur ami Chucks – ancienne gloire du rock- vit à quelques kilomètres de chez lui. Mais le drame rode. Chucks renverse an pleine nuit un homme semblant sortir de nulle part et dont le corps va disparaitre dans les heures suivant l’accident après avoir eu juste le temps de prononcer le mot « ermitage » Dès lors, Bert va - faisant confiance à son ami à l’esprit parfois dérangé par les excès – se pencher sur cette énigme d’autant que le mystère s’épaissit quand on retrouve Chucks mort dans sa piscine rappelant un certain Brian Jones. C’en est trop pour Bert qui commence à comprendre que le groupe de chics voisins emmené par un psychiatre charismatique forme une redoutable secte aux projets scientifiques inquiétants. Bert, ne faisant plus confiance qu’à lui-même va mettre à jour les agissements redoutables de cette bande d’allumés au péril de sa vie et de celle de sa famille. Le Mauvais Chemin où l’effroi le dispute au suspense se lit avec gourmandise et, grâce à la simplicité de son schéma narratif (pas d’intrigue parallèle), nous maintient en haleine d’un bout à l’autre de ses trois cent trente pages ensoleillées et musicales.
Traduit de l’espagnol par Aline Valesco