Dans Dans l’Ombre et La Femme de l’Ombre deux jeunes policiers, l’un islandais Flovent et l’autre canadien d’origine islandaise membre de la police militaire américaine Thorson ont dénoué les fils de meurtres crapuleux et énigmatiques impliquant des gens ordinaires souvent rattrapés par des événements qui les dépassent. Passage des Ombres commence de nos jours et voit Konrad, policier à la retraite et figure jumelle d’Erlendur le héros récurrent d’Indridason, enquêter sur la mort d’un vieil homme dont on apprend qu’il conservait des coupures de presse concernant une affaire d’homicide datant de 1944. Cet homme solitaire et obsédé par le meurtre d’une jeune couturière n’est autre que Thorson le policier canadien islandais qui enquêtait avec Flovent dans les deux premiers volets de La Trilogie des Ombres. Dès lors, Indridason dans un subtil jeu de mise en abyme remonte le temps et nous replonge dans le Reykjavik de 1944 quand Flovent et Thorson tentaient d’élucider le meurtre odieux d’une jeune femme par strangulation. De flash-back en flash-back, on suit les enquêteurs d’hier qui en dépit de leurs efforts n’aboutirent pas dans leurs recherches les laissant meurtris et désemparés à celui d’aujourd’hui, Konrad, qui mettra à jour une pathétique affaire de famille, de pouvoir et d’orgueil sur fond de mythologie nordique et de croyances populaires. Meilleur des trois opus de la série, Passage des Ombres contient tout ce qui fait la force de l’écriture d’Indridason : phrases courtes, développement des idées sans effets inutiles et réflexions empreintes d’une belle humanité. Au bout, une œuvre mélancolique, sombre et pessimiste sur la nature humaine. Rares, comme Indridason, sont les auteurs qui construisent une œuvre aussi forte où les plus grands chagrins n’éteignent pas les furtives mais tenaces lueurs d’espoir.
Traduit de l’islandais par Eric Boury