Grand bourgeois germano américain qui, lorsqu’il revint en Allemagne en provenance des États Unis, découvrit un pays en lambeaux à la vie politique chaotique et aux perspectives économiques inexistantes. C’est en 1922 qu’il va, pour la première fois, entendre parler d’Hitler. Dès lors, Hanfstaengl, convaincu de la nécessité d’une reprise en main de cette Allemagne moribonde, va associer son destin à celui d’Hitler qui exerce sur lui comme sur beaucoup un ascendant extraordinaire. Pourtant, il ne prendra jamais la carte du parti nazi en exerçant une libre parole aux échos pacifistes et pro américains. Il insiste sur son souci constant de guider Hitler vers un avenir glorieux très éloigné de celui vers lequel le dictateur se précipitera en laissant libre cours à ses désastreux penchants. Hanfstaengl dans ses Mémoires des Années Obscures livre des informations de première main sur la personnalité du Führer et son évolution. Pour lui c’est "l’exercice du pouvoir qui a définitivement corrompu Hitler" et l’a rendu incorrigible, anéantissant tous les espoirs d’amendement que nourrissait Hanfstaengl. Car c’est bien de bonification qu’il était question pour ce conseiller dans ses rapports avec Hitler. Il écrit sans ambages : "j’envisageai de consacrer une bonne partie de mon temps à faire l’éducation de de déconcertant génie" Ces mémoires qui vont de 1922 à 1937 témoignent de l’évolution du dictateur vers une folie meurtrière quand Ernst Hanfstaengl pensait naïvement lui ouvrir les yeux et infléchir cette courbe fatale qui mit le monde à sac. Pourtant, le Hitler des débuts de ces années obscures n’a que peu à voir avec celui qu’il deviendra après son accession au pouvoir. Au premier chef, Hanfstaengl souligne – comme la plupart des biographes du Führer - un don hors du commun pour l’art oratoire associé à une étourdissante capacité de conviction. Le tout servi par un sens politique hors du commun et l’entretien d’une incontestable empathie vers les foules. L’Hitler des années 20 est joyeux, malicieux, plutôt encore bien entouré et désireux d’apprendre quand le Hitler des années 30 est cassant, narcissique, borné et entouré d’hommes vulgaires et sans scrupules. Ernst Hanfstaengl qui occupera la fonction de chef du département de la presse étrangère se targue d’avoir été en quelque sorte le mentor d’Hitler dans la bonne société berlinoise et d’avoir tout fait pour l’instruire des Affaires Étrangères qu’il appréhendait mal et dont il se méfiait précisément par sa méconnaissance. Ernst Hanfstaengl insiste particulièrement sur deux trait du caractère d’Hitler. Le premier c’est cette incapacité à accepter les conseils venus de personnes compétentes pouvant lui faire de l’ombre ou de rencontrer des hommes d’état brillants comme Churchill (dont il évita la rencontre au début des années 30) dans un complexe d’infériorité exacerbé. Pour preuve, cette manie de monologuer pendant des heures devant ses chauffeurs, gardes du corps ou secrétaires. Petit personnel juste bon à l’écouter sans le contredire. Le deuxième obstacle au freinage de son hubris est à chercher du côté de sa sexualité. Ernst Hanfstaengl est catégorique à ce propos décrivant Hitler comme un impuissant incapable de mener l’acte sexuel à son terme et générant chez lui une frustration qu’il lui fallait à tout prix compenser par un comportement et des ambitions saturés de testostérone. A vrai dire, longtemps ses discours enflammés au fort langage corporel lui ont servi de défouloir avant ses décisions militaires désastreuses. Ernst Hanfstaengl devint au fil des années une sorte de poil à gratter encombrant pour le Führer qui s’entoura des pires crapules dont Hanfstaengl s’était toujours méfié. Après une fuite rocambolesque vers la Suisse, il réussira à quitter l’Allemagne laissant Hitler et le IIIe Reich à leur destin funeste et meurtri par le rôle d’idiot utile qu’il joua pendant ces années de plomb.
Traduit de l'anglais par Claude Noel