Annie O’Neill, jeune libraire new-yorkaise et orpheline inconsolable mène une vie maussade et sans but jusqu’à l’apparition dans la grisaille de sa vie d’un vieil homme qui, à peine franchi le seuil de la librairie, dit avoir bien connu ses parents en exposant des lettres que son père – dont elle ne sait quasiment rien – écrivit à sa mère. Cet homme distingué et énigmatique lui propose également de redonner vie au club de lecture qu’ils étaient autrefois plusieurs à animer chaque lundi dans la boutique. Perturbée mais terriblement curieuse, Annie accepte et – en plus des rares lettres de son père – se voit remettre lundi après lundi un étrange manuscrit narrant la vie extraordinaire d’un homme rescapé enfant du camp de Dachau et devenu un caïd de la pègre new-yorkaise. Passionnée par cette histoire étrange et bouleversante, Annie va s’immerger dans ce qui constitue pour elle un éclair de vie dans sa morne existence. Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, elle fait également la connaissance d’un homme dont elle ne tarde pas à tomber amoureuse. Mais dès lors, rien ne va se passer comme prévu ! Avec ce texte de jeunesse (façon de parler car R. J. Ellory qui tarda à se faire publier le signa à presque quarante ans !), on plonge dans une sorte de thriller littéraire sur toile de fond historique. Cette variété narrative caractérise les débuts – publiés ou non - de Ellory. Auteur polymorphe, il offrait déjà dans ce superbe roman toute l’étendue de sa palette littéraire. Descriptions saisissantes (la page de début est un modèle du genre), mises en situation virtuoses et moments de bravoure particulièrement réussis (une scène de sexe à citer en exemple tant elle est réaliste sans être pornographique), tensions permanentes qui ébranlent le lecteur stupéfait et, enfin, suspense haletant jusqu’au dénouement plein de maestria qui voit la fiction percuter violemment la réalité. En dépit de quelques facilités et des scènes un peu "téléphonées" comme empruntées à Stephen King, Les Fantômes de Manhattan se lit d’une traite et laisse le goût puissant et amer des grands romans de vengeance. Naissance d’un maître.
Traduit de l’anglais par Claude et Jean Demanuelli.