Rien n’est gratuit ! Tout fait sens si on accepte le jeu de l’introspection poussée à son paroxysme. C’est en cela que cette littérature est unique. C’est son côté « monstrueux » qui la rend si singulière. Si visionnaire ! L’Été de la Haine est une sorte de pépite, un roman piège à l’abord complexe. Tout débute par une formidable mise en abyme. Notes de l’éditeur, commentaires de personnes ayant connu l’auteur, Eugen Allen, précède le roman de ce dernier intitulé Hystopia et retrouvé après la mort de son créateur. On le sait, l’heure est aux dystopies. Ces créations de mondes sombres et farouches font flores. David Means imagine Eugen Allen, homme paisible et introverti, de retour du Viet nam (l’ensemble du livre se déroule dans les seventies et en particulier pendant le TROISIÈME mandat de JFK !) qui a écrit compulsivement Hystopia de retour du front telle une catharsis post conflit armé. Au son de Fun House (1970) des Stooges issus de Ann Harbor. Michigan (comme David Means) on suit un duo Singleton et Wendy pourchassant un Viet Vet extrêmement dangereux qui sème la mort aux alentours de Detroit. La guerre du Viet Nam dure depuis plus d’une dizaine d’années et les effets sur les rescapés sont terribles, particulièrement en termes de dégâts post traumatiques. Cette population a été traitée chimiquement par une drogue surpuissante le Tripizoïde qui contribue à lui faire oublier son trauma et à annihiler ses envies belliqueuses en les "repliant". Dans le nord des États-Unis, se sont constituées des bandes de bikers et d’éléments incontrôlables mal "repliés" que la brigade Psycho à laquelle appartiennent Singleton et Wendy tentent d’éradiquer. Cette rébellion sauvage, ce "repliement" avorté s’incarne en Rake, soldat d’élite devenu meurtrier incontrôlable. Au cœur de cette intrigue tourmentée et violente se posent les questions du contrôle des individus, de la suggestion à un gouvernement qui prétend agir pour le bien de tous, des drogues – thérapeutiques ou non - inséparables du quotidien de millions de gens. Bref, on l’aura compris, David Means a écrit le dernier roman de Philip K. Dick. Tout y est : paranoïa anti gouvernementale, dédoublement des personnalités, transformations ou mutations des humains, polices et milices invasives, usages préventifs de stupéfiants, ilots de résistance, goût pour la dystopie (Le Maître du Haut Château)… L’Été de la Haine concentre dans une narration complexe, poétique et tempétueuse tous les questionnements de l’homme moderne. Lire L'Été de la Haine, à l’instar de Substance Mort de Dick, c’est accepter toutes les remises en question et les pires interrogations sur l’avenir de la vie.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Serge Chauvin