L’un avait le vin mauvais, John Bonham était connu pour ses comportements quasi bestiaux, quand Bon Scott était un elfe joyeux dont l’alcool n’entamait jamais l’humeur. Aussi formelles furent les causes de la disparition de Bonzo (40 shots de vodka !), celles de Bon Scott reste encore aujourd’hui controversées et comme l’écrit Jesse Fink : « On peut affirmer que la mort de Bon est à la musique rock ce que l’assassinat de Kennedy représente dans l’histoire politique américaine : le grand mystère irrésolu de notre temps. » Bon Scott : The Last Highway s’assimile dès lors davantage à une enquête de police qu’à une biographie d’un héros du rock. Ce vocaliste et parolier hors norme que la revue Classic Rock classa en 2004 en tête des meilleurs chanteurs rock de tous les temps connut une fin sombre et pathétique, retrouvé mort à l’arrière d’une voiture dans laquelle – laissé seul par son compagnie de virée - il s’étouffa dans son vomi après avoir perdu connaissance.

Les circonstances de cette mort et de ses dernières heures restent confuses. Jesse Fink déjà auteur de George, Malcom et Angus Young : les frères qui ont forgé AC/DC s’attache par maints interviews et rencontres à lever le voile sur certains événements cruciaux liés à la mort de Bon Scott et à prendre le contrepied de la vérité officielle propagée par les frères Young et relayée par leur biographe attitré Clinton Walker.

Fink tente de manière plutôt convaincante (même si ses thèses sont à charge) de remettre Bon Scott dans le contexte très particulier d’AC/DC au moment de sa disparition. Scott avait participé aux trois premiers albums du groupe le plus explosif de son époque, Let There Be Rock, Powerage et Highway to Hell qui venait de les rapprocher enfin d’une gloire imminente. Highway to Hell qui allait devenir un des albums les plus vendus du groupe (7 millions en 2005) en contenant un hymne toujours hurlé par tous les hardos de la planète voyait Bon Scott à son meilleur.

Pourtant, à en croire Jesse Fink son avenir dans le groupe était incertain. D’une part, lui-même était à bout de souffle, usé par les tournées, les fêtes et l’alcool et, d’autre part les frères Young, uniques maitres à bord, supportaient de moins en moins - à l’instar des Doors avec Jim Morrison – l’alcoolisme chronique et suicidaire de leur frontman. Déjà échaudés par deux overdoses d’héroïne de Bon en 1975 et 1976, les Young ne voulaient plus prendre les risques qui les priveraient d’une gloire désormais à portée de mains.

Bon Scott mort se posa l’avenir du groupe. Très vite, les Young, après un deuil porté au minimum syndical, optèrent pour la continuité et enrôlèrent Brian Johnson chanteur de l’obscur groupe australien Geordie qui ferait un lead vocal potable et un valet servile.

Le quatrième album Back to Black est une des autres énigmes liées à la mort de Bon Scott. Officiellement, ce disque qui reste l’album de rock le plus vendu de l’Histoire (32 millions) était une dédicace à Bon entièrement conçue par les frères Young et leur nouveau chanteur. Mais alors pourquoi depuis sa parution la famille de Bon Scott perçoit deux fois par un an un chèque coquet de droits d’auteur ? Pourquoi, nombre de témoins et ami(es) de Bon certifient qu'il avait bien écrit L’INTÉGRALITÉ des paroles de l’album et en avait terminé le 18 février soit 72 heures avant sa mort ?

Enfin, pourquoi et surtout comment des titres comme You Shook Me All Night Long ou Have Drink on Me qui portent incontestablement la griffe de Bon sont crédités à Brian Johnson ? Jesse Fink ne fait pas mystère de ses certitudes concernant la collaboration de Bon Scott à Back in Black. Les frères Young connus pour leur gestion de fer du groupe en ont, à ce moment crucial de leur fulgurante ascension, décidé autrement.

Dernière énigme : on s’est interrogé longtemps sur la fin de Bon Scott affalé une dizaine d’heures dans une voiture et étouffé dans son vomi. L’alcool a toujours été le principal suspect. Pourtant comment sept verres de bourbon même bien tassés - soit le quotidien pour Bon - l’auraient à ce point terrassé. On a parlé d’une position inconfortable de sa tête qui aurait favorisé un mauvais reflux (sauf que les buveurs chroniques ne vomissent quasiment jamais !). Encore une fois les frères Young s’en tinrent mordicus à cette version.

Fink fait toutefois resurgir le spectre de l’héroïne qui, à ses yeux et aux dires de beaucoup de proches de l’époque de Bon, serait le principal responsable de cette vie brisée à 33 ans et qui lui avait quand même valu deux overdoses par le passé. Mais pourquoi le nier ? Pour cantonner Bon dans son rôle de buveur sympathique ? Pour ne pas faire passer AC/DC, alors aux portes de la gloire, pour un groupe de junkies ? Seuls les Young pouvaient répondre et ils n’en firent jamais rien.

En disparaissant, Bon Scott devenait une légende populaire et criarde mais laissait aussi le champ libre à une fratrie tyrannique dont il ne reste aujourd’hui qu’Angus qui, pour sa part, su toujours se ménager. Angus qui de ses 1m57 vit mourir George, devenir fou Malcolm et sourd Brian Johnson qu’il vira aussi sec. Comme lui et ses frères en auraient fait de même et sans états d’âme aucun pour Bon Scott depuis trop longtemps déjà dans l’œil du cyclone.
Cedric BRU

Bon Scott : The Lots Highway. Jesse Fink. Le Castor Astral
Traduit de l’anglais (Australie) par François Tétreau.

.