L’auteure qui vit à New York s’empare de la biographie d’Hockney – lui-même longtemps exilé aux États Unis – pour faire ressortir, à l’instar d’un tableau, ses ombres et ses lumières, ses amours et ses chagrins, ses succès et ses revers qui constituent une vie d’artiste au sens noble. Catherine Cusset n’a jamais rencontré l’artiste, n’a jamais communiqué avec lui que ce soit par téléphone, mail ou Skype. Elle le restitue pourtant dans sa plus parfaite humanité. Cette condition humaine où en dépit des doutes et des chemins de traverse qu’il n’a cessé d’emprunter a toujours triomphé. Tel une vie de saint, on suit un David Hockney, enfant du Yorkshire, au gré de ses amours gays et de sa peinture souvent hors du temps (il complexait d’être antimoderne quand on opposait à ses délicates œuvre figuratives les tableaux colossaux de l’Abstraction Lyrique américaine) qu’on appela La Nouvelle Subjectivité, mouvement dans lequel on regroupa sans faire de détail une demi-douzaine de peintres qui n’avaient pas grand-chose à voir entre eux hormis d’être singuliers (Kitaj, Gironella, Szafran, le mouvement Panique…). On découvre un homme, un vrai, fait de chair et de sang mais aussi de cette eau qui font les grands artistes et que rien ne peut altérer. Un cœur pur. C’est aux sentiments de l’homme, à la foi inébranlable en lui-même tout en respectant les autres que Cusset s’attache. Homme comblé (« la vie lui avait vraiment réservé une loge royale »), bon fils, amant tolérant, ami patient et peintre intransigeant forment les bases de ce récit édifiant, tendre et émouvant. Catherine Cusset a le grand mérite de mettre à jour la psyché d’un artiste aux multiples facettes et aux nombreuses vies : " Son œuvre n’était donc pas juste un refuge où fuir la douleur, mais une construction qui contribuait à sauver la peinture (…) C’était en ce sens qu’elle sauvait de la mort " Rarement un texte a aussi bien défini la vie d’un artiste. Prise toujours entre tourments et création. Hockney, 81 ans en juillet, retrouvera peut-être dans ce texte bref et fiévreux ses amants perdus et ses tableaux merveilleusement décalés. Alors, comme chaque jour, il peindra.