Frédéric Beigbeder en concepteur-rédacteur avisé et malin s’empare du sujet dans Une Vie sans Fin. Mais, là où les œuvres précédemment citées se classent dans les travaux dits d’auteur, Fred choisit de nous divertir en mêlant comme à son habitude fiction et vie privée. Son abstinence et le choix qu’il a fait il y a plus de deux ans de rompre avec ses mauvaises habitudes n’y sont évidemment pas pour rien. En effet, découvrant une vie sans produits toxiques à portée de main, le Béarnais a anticipé l’étape suivante : celle de la vie sans la mort, celle de la vieillesse sans la maladie. Écoutons-le : "Soyons clair : je ne déteste pas la mort : je déteste ma mort. Si une large majorité d’humains en acceptent l’inéluctabilité, c’est son problème. Personnellement, je ne vois pas l’intérêt de mourir. E je dirai même plus : la mort ne passera pas par moi. Ce récit raconte comment je m’y suis pris pour cesser de trépasser bêtement comme tout le monde. Il était hors de question de décéder sans réagir" Dès lors, avec tout son talent de conteur trash et de moraliste postmoderne, l’auteur nous convie à une sorte de voyage initiatique dans l’univers de la transhumanisation. Préparant sa virée planétaire des plus grands spécialistes du génome humain, des cellules souche, de la médecine prédictive et régénérative, de la virologie, de la biologie moléculaire et de la génétique comme un randonneur épluchant la carte des GR, notre Tintin augmenté va, avec la foi du charbonnier, entrainer femme et enfants - plus le robot Pepper - de Jérusalem à Harvard en passant par Genève et l’Autriche pour mener à bien sa quête de l’immortalité. Le pari était osé. Faire de la vulgarisation bio moléculaire, aussi passionnante soit-elle, tout en restant dans le cadre du roman primesautier et souriant n’était pas évident. A vouloir naviguer entre D’Ormesson et Houellebecq, autres maitres des mutations intellectuelles et cyniques dévastés, Frederic Beigbeder, pourtant toujours pétri de talent, ne parvient pas dans cette histoire souvent difficile à suivre à conserver toute notre attention. La fin, quand même, nous le rend tel que nous l’aimons et qui fit le succès d’Un Roman Français, soit un délicat penseur entre deux âges que la peur de la mort conduit sur les rivages des pires incertitudes.