Dans un festival qui réunit des cadors à l’instar de Grand Funk Railroad, Ten Yers After ou Alice Cooper, quatre énergumènes vite connus sous le nom de The Stooges livre un set apocalyptique à la violence sonique inouïe. A leur tête, un frontman torse nu, éthique, électrisé et comme habité par les décibels qui jouent de son corps comme d’une marionnette vaudou et d’un instrument à part entière. Ce samedi, bien avant tout le monde, Iggy arrête le temps et se jette dans la foule. Elle ne s’écartera pas accueillant le nouveau prophète d’une musique enfiévrée et païenne. Ce sont donc les Stooges qui venaient de révolutionner le hard rock en lui greffant des parties de free jazz et des océans de fuzz. Jean-Charles Desgroux, spécialiste du hard rock, à qui l’on doit, entre autres, les excellents Alice Cooper, Remember the Coop’ ou Hair Metal revient d’une manière quasi exhaustive sur la carrière de celui qui passa du statut de paria à celui de parrain du punk pour aujourd’hui être la figure emblématique de la rock star au passé sulfureux. Selon les canons éditoriaux du Mot et le Reste, biographie et analyse de la discographie se mêlent (Il serait bon de revoir ce mode opératoire par trop répétitif…) Les Stooges publièrent trois albums séminaux entre 1969 et 1973 : The Stooges, Fun House et Raw Power. Nul n’a jamais enquillé un tel tryptique. Pourtant, les planètes ne s’alignèrent jamais pour ce groupe en avance sur son temps et miné par les problèmes de drogue. A bout de souffle, épuisés, bannis, les Stooges connurent une fin aussi brutale que pitoyable. Mais, sans le savoir, ils avaient écrit leur nom en lettres de feu au panthéon du métal. Iggy commença dès lors, une carrière solo quasi ininterrompue jusqu’ à aujourd’hui et forte de… 27 albums officiels ! La défonce le priva longtemps de lucidité mais son charisme scénique le porta sans cesse lui assurant une réputation mythique. Sa grande rencontre, c’est avec David Bowie qu’il la connue. L’anglais nourrissait pour Lou Reed et Iggy Pop une admiration sans bornes. Il produisit Transformer de Lou Reed mais, s’entendant mieux avec Iggy, le ressuscita avec les deux albums qui réinstallèrent Iggy Pop au-devant de la scène rock de la fin des seventies The Idiot et Lust for Life. Avec ou sans Bowie, Iggy ne s’arrêta jamais de tourner (avec des line up parfois contestables…) ni d’enregistrer (ses albums se trainèrent dans les profondeurs des classements internationaux) Au fil du temps, il ancra pourtant et à jamais dans l’inconscient binaire cette image d’iguane lascif et provocateur à la voix de crooner énervé. Quand on lit attentivement la discographie analysée par Desgroux, peu d’albums résistent à la critique. Citons quand même Blah, Blah, Blah (1986), Brick by Brick (1990) ou Skull Ring (2003) Vint ensuite le temps des questions sur une reformation des Stooges que toute l’industrie du rock et les fans attendaient. Elle eut lieu en 2007 avec le décevant The Weirdness prolongé par le beaucoup plus excitant Ready to Die (2013) qui signa le cinquième et dernier album des Stooges (défendu par des concerts dignes des seventies) décimés par la mort des frères Asheton, pierres angulaires (avec James Williamson) du combo de Ann Harbour. Pour sa part Iggy, insatiable, continua d’enregistrer et d’explorer tous les styles jusqu’à ce qu’à presque soixante-dix ans il signe l’album le plus vendu de sa carrière, l’impeccable Post Pop Depression (2016) enregistré avec Josh Homme, le leader des Queens of the Stone Age. Aujourd’hui, Iggy est une légende, un survivant et un artiste hors norme que son intelligence et sa force vitale conduiront encore vraisemblablement vers des rives inexplorées.