Le livre, héroïque et brutal, commence par la confession d’un homme de quarante-sept ans qui forme le projet de raconter dans quelles conditions, trente ans plus tôt, son père fut assassiné. On est, très vite, plongé dans la lecture profondément pathétique mais aussi addictive d’un livre explosif servi par une narration non seulement parfaite mais qui dégage les grandes idées force de l’œuvre de Deon Meyer : la nature, la violence et la corruption de l’homme. Une épidémie appelée la Fièvre a rayé de la carte quatre-vingt-quinze pour cent de l’espèce humaine. Willem Storm avec son fils Nico, réussit à force de courage et d’abnégation à créer une petite communauté, Amanzi, qui tente de reproduire un semblant de vie sur Terre. Mais la précarité et la vulnérabilité de leur colonie les exposent à de nombreux dangers, en particulier des groupes de motards, pillards et meurtriers. Dès lors, Nico âgé d’à peine seize ans va devenir, sous l’autorité de Domingo le chef de guerre d’Amanzi, un guerrier d’élite qui veut éblouir son père qu’il admire et méprise à la fois. L’Année du Lion concentre tout ce qui fait d’un roman un chef d’œuvre. On vit une reconstruction humaine quasi biblique avec chaque semaine l’arrivée de nouveaux survivants. On suit les progrès accomplis par la communauté pour chaque jour un peu plus reprendre une vie normale avec nourriture, éducation, protection de ses membres. On assiste aux luttes de pouvoir - inéluctable péché humain. On vit les combats avec les bandes rivales telles des scènes de guerre sorties tout droit de Mad Max. On s’émeut des amours naissantes de ces fragiles survivants. Enfin, Deon Meyer nous tire les larmes à la manière de Cormac McCarthy dans La Route quand il dépeint les rapports père/fils ou ceux quasi passionnels qu’entretient Nico avec Domingo qui a fait de lui un homme de fer. Quand ses deux figures tutélaires disparaitront, Nico devra faire la lumière sur les causes troubles de leur infâme disparition. L’Année du Lion a forcé Deon Meyer à sortir de sa zone de confort et lui a inspiré un roman bouleversant, rayonnant et terriblement efficace. Ses lecteurs feront aussi le chemin avec lui. Vers le soleil et l’espérance.
Traduit de l’afrikaans et de l’anglais par Catherine Du Toit et Marie-Caroline Aubert.