Il y a dès lors deux manières de juger un tel travail au demeurant particulièrement documenté et portant uniquement sur des disparus évitant ainsi scandales et polémiques. La première, objective, est de se ranger à la précision du texte, à l’érudition de l’auteur et aux dernières "découvertes" en matière de déclaration d’inclination sexuelle. La seconde, subjective, est de voir dans une telle étude, réalisée par un spécialiste des questions homosexuelles et bisexuelles, la volonté par un initié d’associer à la cause un maximum d’illustres ancien-ne-s en considérant que le doute n’est pas/plus permis.

A ce jeu, Michel Larivière, qui se consacre depuis longtemps à ces sujets, excelle et il ne fait pas l’erreur de se faire juste le chroniqueur d’un penchant chez les gens illustres qu’il observe mais l’artisan de notices de grande qualité recélant des trésors de connaissance et des perles de curiosité.

Le dictionnaire, dont l’auteur tient à rappeler qu’il n’est "ni un tableau d’honneur ni une liste malveillante" est précédé d’un rappel historique allant de l’âge d’or de l’homosexualité aux anathèmes et répressions dont furent systématiquement l’objet les invertis ou bisexuels. Les persécutions menées par les églises et les politiques sont au cœur de son panorama cloturé par l’évolution cruciale des mentalités jusqu’à la récente acceptation de mœurs différentes.

Le décor est planté, Michel Larivière peut entamer son énumération alphabétique. A nos yeux, et même s’il s’en défendrait, trois conditions conditionnent le choix de ses entrées : l’irréfutabilité, la probabilité, le doute.

Expliquons-nous : L’irréfutabilité est bien sur le cœur de son analyse. Avec ou sans documentation fouillée, on le suivra volontiers à l’appel de Jean Genet, Henri III ou David Bowie tous gays de notoriété publique. Il n’en va pas de même en revanche, quand il inclut par exemple Burt Lancaster au prétexte que "plusieurs acteurs qui l’ont côtoyé font état de son homosexualité". Quels acteurs ? Nous ne le saurons pas. Moins anecdotique est le cas Montaigne et son rapport avec son ami La Boétie. Larivière est bien en peine – il reconnait que ce n’est jamais explicite – d’affirmer ouvertement l’homosexualité de l’auteur des Essais.

Nombre de cas restent ainsi flous. Ceux-là même qu’on classera, pour ne pas ferrailler, dans le registre de la probabilité. Enfin, Michel Larivière, visiblement démangé par l’envie de voir son contingent grossir, établit une liste subsidiaire de personnalités qualifiées "d’homosexuelles sans preuves formelles" qui va de Clovis à Molière en passant par Léon Blum.

Certes, l’auteur ménage ses arrières en établissant un doute mais, on le sait, le lecteur intégrera plus ou moins consciemment ces noms au prétexte qu’il n’y a pas de fumée sans feu...

Passons, car au final on découvre dans ce grand œuvre avec intérêt et surprise les présences d’autant de personnages inattendus qui vont de Buffalo Bill, Casanova, James Dean, Erasme, Shakespeare à Patricia Highsmith, Lyautey, Louis XVIII, le Marquis de Sade en passant par Mao, Jean Moulin, Richard Cœur de Lion ou Jules Verne.

Ne nous mentons pas, ce dictionnaire est une lecture complète qui comble pleinement notre culture et délicieusement aussi notre inévitable faim d'indiscrétion.
Cedric BRU