Jean-Sylvain Cabot revient ici avec précision et chaleur sur ce groupe mythique malgré tout un peu oublié. Constitué de quatre personnalités que tout oppose outre la passion pour la musique rythmée (Pete Townshend, Roger Daltrey, John Entwistle et Keith Moon), les Who vont devenir en l’espace de deux ans une machine à tubes (I Can’t Explain, Substitute, Happy Jack…) qui les propulse au zénith de la naissante pop anglaise et en fait les stars aux côtés des Beatles et des Stones avec une capacité unique à enflammer les podiums. Pourtant les mésententes minent le groupe et Townshend à tendance à vouloir tout régenter s’attirant souvent les foudres de Daltrey. Ces disputes qui se prolongeront jusqu’aux seventies seront, à l’opposé d’un Led Zeppelin, responsables de l’aspect chaotique de leur carrière. A partir de 1969, Townshend ne jure que par les albums, nouveau terme qui signifie un LP de 8 à 10 titres durant autour de quarante minutes. Une nouvelle carrière s’ouvre pour les Who qui les voit passer de groupes à 45 tours à compositeur d’albums concept. En 1969, Tommy fera entrer Townshend dans le Who’Who (drole non ?) comme compositeur du premier opéra rock et les bombarder groupe phare de la scène anglaise. Suivront les festivals de Woodstock et, l’année suivante, de Wight qui confirmeront le succès obtenu à Monterey en 67 faisant d’eux les précurseurs du "rock stadium" entrant même en 1976 dans le Guinness Book comme "groupe pop le plus bruyant". Personne ne peut rivaliser avec ces bêtes de scène et Roger Daltrey, loin des débuts de chanteur mod, va, avec ses cheveux blonds bouclés et ses vestes à franges sur son torse nu rejoindre Morrison ou Plant comme éphèbe rock. L’album Who At Leeds (1970) rend parfaitement compte du génie et de la folie scénique des Who. Le passage aux années 70 sera l’occasion pour Townshend d’introduire le synthétiseur dans ses compositions et de signer Who’s Next (1971) qui reste aujourd’hui leur album de référence avec l’ébouriffant Won’t Get Fooled Again. Le double album Quadrophenia (1973) éclairant l’épopée mod, conclura leur âge d’or. Le 7 septembre 1978, leur trublion de batteur, Keith Moon décède à trente-deux ans des suites de ses multiples excès qui handicapaient lourdement le travail du groupe ces derniers mois à l’instar d’un Morrison avec les Doors. La mort de Keith signe de facto la fin des Who même si ceux-ci continueront et continuent encore à enregistrer et monter sur scène. Des Who, l’histoire du rock retiendra un phénoménal groupe de scène et les signataires de trois chef d’œuvres : Tommy, Who’s Next et Who At Leeds. Un tiercé gagnant !