Il nous propose ici une discothèque incontournable (laissons à Philippe Manœuvre le quasi déposé "discothèque idéale") où chronologiquement il suit la piste des Mohicans sur cinq décennies. Chaque disque culte est décortiqué, analysé, documenté et raconté autant par son histoire et celle de sa réalisation que par le contexte musical qui l’entoure. Un disque par groupe ! Certains de ces héros ne retrouveront jamais la magie de l’opus sélectionné. C’est aussi cela l’intérêt du projet. Eudeline débute son brillant inventaire il y a cinquante et un ans – soit onze ans avant l’avènement officiel du punk par le premier album des Seeds groupe furieux et séminal emmené par le tonitruant Sky Saxon. Le ton est donné. L’auteur rend ainsi hommage à d’autres grands anciens, considérés comme les parrains/pionniers du punk (Velvet, Stooges, New York Dolls, Patti Smith…) Viennent alors les premiers combattants officiels (Ramones, Saints, Television, Blondie, Suicide…) venus d’outre atlantique et annonçant les rebelles britanniques (Clash, Sex Pistols, Wire, Buzzcocks, Sham 69…) Jusqu’à la fin des seventies paraissent nombre d’albums essentiels qui cimentent à jamais le mouvement punk et innervent différents courants comme la musique industrielle (Throbbing Gristle), le néo punk rock (Ian Dury, Only Ones…), le punk gothique (Siouxsie) ainsi que les groupes sauvages et radicaux (Dead Boys, Skrewdriver, The Kids, Ruts, Crass…) jusqu’à des formations plus sophistiquées (Devo, Stranglers, Undertones, Jam…) Les années 80 vont voir quant à elles l’émergence de combos audacieux, aux créations ambitieuses réalisées sans concessions (Cramps, Dead Kennedys, Exploited, Black Flag, Suicidal Tendencies, Husker Dü…) Les années 90 saluent l’avènement du grunge mais aussi d’un punk – encore très souvent US – hardcore, skate punk ou punk pop, violent et protestataire (Fugazi, Green Day, Offspring, Rancid, Blink-182…) Les années 2000 (puis 2010…) que l’on considère comme marquant le retour du rock à guitares livreront quelques albums essentiels (Strokes, Libertines, Good Charlotte, Anti-Flag, Vaccines…) Au fil des années et des parutions pléthoriques, se dégagent des albums ovni plus ou moins connus mais liés à jamais à l’histoire du punk par leur destinée, leur singularité, leur radicalité ou juste leur sidérante originalité (Joy Division, GG Allin, Exploited, Stalin, Social Distortion, MXPX, Sleater-Kinney, Jay Reatard…) Finissons par les 5% de groupes français qui figurent dans cette discothèque : Métal Urbain, Camera Silens, La Souris Déglinguée, Les Thugs et Berrurier Noir. La sélection est inattendue (Exit Asphalt Jungle !) et les choix arbitraires mais n’est-ce pas la règle dans une telle entreprise ?
Cedric BRU