Étienne, ancien officier, a connu le massacre de Bisesero où des milliers de Tutsis s’étaient réfugiés pour fuir les génocidaires hutus. L’armée française en retard d’un coup n’avait pas pu (voulu) incliner le sort de l’histoire et l’opération Turquoise fit – on le dit, à tort peut-être – dans la sélection. Étienne, orphelin des Milles Collines, a deux passions : la mer et l’histoire des génocides. Victime de stress post traumatique, il laisse partir son couple à vau-l’eau et dérive sur son voilier au large de la Bretagne et des iles anglo-normandes. Tel le Crabe Tambour, il fend les flots, fait des escales où le sexe et l’alcool aident à oublier "ces innocents et ces assassins que nous avons secourus et ceux que nous n’avons pas pu sauver" et il refait l’histoire qui, on le sait, est toujours écrite par les vainqueurs. Rendons hommage à Brunet de ne pas avoir oublié qu’après le temps des 850 000 Tutsis exterminés à la machette et au marteau vint celui de la revanche qui laissa 250 000 Hutus sur le carreau de la réalité. Roman crépusculaire, enfiévré et à la documentation pléthorique (trop sur le nautisme...), ce quatrième opus recevra nous l’espérons toute la considération qu’il mérite. Car au-delà d’une histoire à jamais bouleversante, Pierre Brunet écrit comme peu, sait camper des personnages inoubliables (le sexologue, la lutteuse échangiste…) et ne donne pas l’impression de prendre la plume juste pour signer un manuscrit de son nom.