Lola Lafon dont on ne dira jamais assez l’évolution et les progrès stylistiques adopte un schéma narratif particulièrement original pour évoquer celle qui restera comme la dernière icône de la contre-culture des années 70. Sa narratrice s’adresse à un professeur imaginaire Gene Neveva, enseignante fantasque et rebelle qui est chargée par l’avocat de Patty Hearst de constituer un dossier sur les événements liés à sa cliente. Au gré des dix-sept jours que Neveva (enseignant à ce moment-là dans les Landes) passera en compagnie de Violaine, jeune assistante recrutée sur place, on comprend à quel point « l’enlèvement de Patricia Hearst ressemble à une aventure, une évasion » Mercy, Mary, Patty, des prénoms de trois jeunes captives qui chacune en leur temps "souffrirent" du syndrome de Stockholm jusqu'à épouser la cause de leurs ravisseurs dresse un portrait en creux d’une Amérique à bout de souffle, aux portes des années Reagan, et qui vit dans la conversion de Patty (Tania, son nom de guerre…) soit une perversion d’enfant de riches en manque de sensations fortes soit le choix d’une authentique révolutionnaire rendue lucide par des kidnappeurs éclairés et qui finalement ne passa que vingt et un mois en prison. La traque et les actions à la Robin des Bois commises par la SLA fascinèrent les États Unis et laissèrent depuis lors un gout amer que seul peut-être le terrorisme islamiste dissipa. Quant au roman, il est d’une très haute tenue littéraire et morale. On en sort certes ébranlé mais surtout plus fort.