Remarquable essai que ce Monstres et Monstruosités. En suivant un schéma narratif qui recense "l’existence monstrueuse" dans tous ses états, Laurent Lemire nous éclaire remarquablement sur ce concept qui hante depuis toujours l’humanité. Au départ de ce que Georges Bataille appelait "la part maudite", il y a le verbe monere, "celui qui montre, qui avertit" Le monstre, en effet, a souvent été considéré comme un signal divin qu’il restait aux hommes à élucider. Le monstre, comme "opposition à la nature" tel que le voyait Aristote, eu très vite dans les consciences affaire avec le Diable, le Mal sous toutes ses formes qui devait être éliminé. La mythologie regorge de ces créatures maléfiques (Gorgones, Cerbère, Charybde, Scylla..) qui marquèrent à jamais les esprits. Plus le temps passa et le divin s’effaçant, c’est à l’anomalie, à l’anormalité, à l’extrême différence et au désordre que le concept de monstre fut attaché. La teratologie (science des anomalies de l'organisation anatomique, congénitale et héréditaire, des êtres vivants) s’intéressa donc à ces créatures sorties du néant et/ou à celles que l’humain tel le Dr Frankenstein dans la fiction où les médecins nazis dans l’horrible réalité voulurent créer. Si l’on veut voir et mieux comprendre la monstruosité physique, le musée Dupuytren à Paris abrite une terrifiante collection de pathologies anatomiques. La monstruosité gagna les Arts et comment ne pas voir dans les travaux d’un Jérôme Bosch ou d’un Goya l’obsession du "monstrueux vraisemblable" ? Laurent Lemire, journaliste éclairé, dans un style ramassé mais d’une exceptionnelle précision décortique ces monstres et déborde largement le domaine anatomique. Il nous entraine aux confins de la définition (monstres politiques, foules monstres, monstres sacrés, monstres gentils…) pour nous rappeler que partout où il est repéré le monstre est celui qui, aux yeux des vivants, dépasse les normes. Physiques comme psychiques...