Quand, comme c’est notre cas, nous suivons livre après livre, une œuvre aussi foisonnante et énigmatique que celle de Chuck Palahniuk, il est essentiel de connaître les dates de parution de chacune de ses traductions. La chronique du Purgatoire serait totalement différente si on ne savait pas qu’il a été publié avant Orgasme et non après comme le laisse supposer l’ordre chronologique. En effet, dans notre critique d’Orgasme, nous laissions entendre que ce brillant roman apocalyptique était le plus lisible depuis Figth Club du maître de Portland. Et pour cause ! En effet, Le Purgatoire est le deuxième volet des aventures post mortem de Madison Spencer déjà figure principale de Damnés. A vrai dire ce dernier titre qui promettait une suite nous avait déjà laissé sur notre faim. Le Purgatoire confirme nos craintes de l’époque – justement annulées depuis lors par le magistral Orgasme – et nous tombe un peu des mains. Rien à redire quant au style ravageur ni aux trouvailles narratives plaçant toujours Palahniuk au premier rang des romanciers contemporains. Nulle critique non plus sur cette exploration burlesque et cruelle du monde des morts, des pré morts ou des post vivants qui conduit Madison à constater que la mort n’est décidément pas "la fin de tout". C’est plutôt à une sorte d’indigestion de déviances satiriques un peu ratées, d’accumulation de portraits répétitifs et sans sel (les Porcistes…) que l’auteur nous conduit. Incontestablement, Le Purgatoire, comme Choke en son temps marquait la fin d’un cycle où l’hermétisme l’emportait sur la force romanesque et les gadgets fictionnels sur le projet littéraire. Mais, quand on aime un auteur de ce calibre tel un Faulkner, un Céline ou un Hammett, on ne peut faire l’économie d’aucune de ses productions. Depuis, fort heureusement, Chuck Palahniuk a remis l’anticipation sociale au cœur de son génial projet.
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Héloïse Esquié