Paru en 1992, Trente Ans et des Poussières installa définitivement Jay McInerney comme le romancier new-yorkais des années fin de siècle. Ce magnifique roman lui permit de dépasser le statut de rival/ami de Brett Easton Ellis acquit huit ans plus tôt avec Journal d’un Oiseau de Nuit. Il y mettait en scène une bande de jeunes intellectuels mordant la vie avec passion, audace et optimisme. Autour du couple Calloway – binôme emblématique du Manhattan de ces années – gravitaient nombre de personnages insouciants et passionnés d'art. Aussi Jeff Pierce - sorte de noir génie - écrivain maudit qui devait mourir des excès de ces années toxiques et rester à jamais la plaie non refermée du couple vedette. Fort de ce succès, McInerney livra en 2007 une superbe suite, La Belle Vie, qui signait son roman post 11 septembre et qui accompagnait Russell et Corinne Calloway sur la route escarpée de la quarantaine avec ses doutes, ses idéaux bafoués et ses coups de canif dans le contrat. Les Jours Enfuis serait donc le troisième volet de la trilogie Calloway. Nous sommes, quand débute le roman, à six mois de l’élection d’Obama et l’effervescence est palpable dans un Manhattan tout acquit à la cause du jeune sénateur. Corinne continue d’œuvrer dans l’humanitaire et Russell dans l’édition branchée. Mais le mur de leurs espérances et de leurs convictions s’est profondément lézardé. Corinne revoit Luke connu comme bénévole dans les gravats de Ground Zero et Russell connaît des moments difficiles dans son travail. Au-dessus de ces vicissitudes plane à jamais l’ombre de Jeff – figure rimbaldienne symbole de la fidélité aux idéaux de jeunesse. Nostalgie et adroite peinture des comportements constituent comme toujours chez Jay McInerney un harmonieux cocktail. Les Jours Enfuis le voit passer un nouveau cap dans son sens de la composition romanesque. Le simple quotidien de ces new-yorkais toujours un peu futiles et fantasques suffit à nous captiver. L’avancée en âge de cette bande devenue mainstream rejoint inévitablement la nôtre et nous fait chavirer. Les espoirs déçus des Calloway cognent à notre porte nous forçant à l’identification. Pour ce qui est du cadre, l’omniprésent New-York, Russell aura ces mots - paraphrasant Updike : "Je veux dire que je fais partie de ces gens qui pensent que vivre ailleurs qu’à New York n’a aucun sens".
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Marc Amfreville