Claire Castillon - sur laquelle ici et depuis longtemps ne tarissons pas d’éloges –, en plus d’être une de nos meilleures (la meilleure ?) prosatrices, excelle dans le genre noble mais ingrat de la nouvelles si peu prisé dans nos contrées. Avec Rebelles, un Peu, elle livre vingt-neuf textes courts sur le monde de l’adolescence. Après Eux sur la maternité et Les Messieurs sur les amours aux contours nympholeptes, L’auteure saisit filles et garçons entre douze et dix-neuf ans (teenagers !) et s’empare de leurs vies, de leurs obsessions, de leurs rapports mutilés à leurs parents, des difficultés à gérer la fréquentation de l’autre sexe. L’une d’elle écrit "Notre musique s’appelle l’adolescence, elle est faite d’intimes mais nombreux dérèglements…" Chez Claire Castillon, nulle violence pubère, rébellion destructrice (l’un, Versaillais, a pris le pli de fuguer… à Trappes !) "Un peu" titre l’auteure. Un un peu fatigué, sans force ni franche détermination. Les ados de ces nouvelles jugent, affirment : "Je ne prends jamais conseil auprès de mes parents." ou "Petite, j’aimais ma mère, cet amour-là s’est rétréci. Plus je grandis, plis il rapetisse" mais leur singularité est toute intérieure, vibrante mais enfouie : "Je ne vis pas pour que ma présence se remarque mais pour que ma présence se ressente" pense avec véhémence l’une d’elle dont la transgression majeure est de sortir avec un rasta et de fumer quelques bedots. Ces ados intranquilles mais flegmatiques – donc plus alarmants - vont chez le psy plutôt qu’en AG ou dans des manifs. Ils sont adultes parfois bien davantage que leurs parents qu’ils regardent avec des airs condescendants. Par son écriture étranglée, brève, subtile et coupante comme le rasoir, Claire Castillon signe une nouvelle fois une œuvre puissante, dérangeante, qui la maintient très haut au-dessus de bien des romanciers.