Transposer La Pharmacienne livre culte d’Esparbec en BD était une gageure. Non que la pornographe ne soit un terrain de prédilection pour le 9e art, bien au contraire – mais Esparbec ce n’est pas que des situations scabreuses, des sexes turgescents et des vulves inondées. C’est aussi une langue ( !). Nous l’avons souvent écrit dans ces colonnes, Esparbec est un styliste, un pornocrate de haut rang qui accompagne ses plus vertes intrigues d’une narration et de dialogues au cordeau. Soyons franc, la BD d’Igor et Boccère pêche un peu dans ce domaine. Mais, à leur décharge la tâche est difficile si ce n’est impossible, et puis après tout le maître veillait ! En revanche, les trois compères ont su rendre à merveille le débauché jeu de rôles que constitue La Pharmacienne où les quatre personnages – la mère pharmacienne de profession et nymphomane de son état et sa fille encore vierge mais toujours partante par l’arrière vont toutes les deux s’abandonner aux plaisirs, essentiellement anaux, prodigués sévèrement par le mari de la potarde et son repris de justice de cousin. Le trait est classique, soigné mais vif et excitant rappelant aussi bien Pichard pour l’explosivité des scènes que Manara pour une certaine ligne claire toute d’ambiguïté. Les couleurs tantôt saturées tantôt assombries concourent au dérèglement de la narration et son climat de sexualité débordante. Il faut dire que la grande idée de La Pharmacienne réside dans la dissimulation des vices du couple à la jeune fille et au cousin de passage jusqu’à ce qu’au fil de l’intrigue et de la force des cris et des désirs inavoués, mère et fille se fassent prendre de concert et "côte à côte" par les deux mâles réunis dans le stupre. Fesses, seins, verge et vagins superbement vivants rythment ce conte pornographique immoral. Pouvait-il en être autrement avec Esparbec ?