Même si l’un est de Galway (Eire) et l’autre de Belfast (Irlande du Nord), les irlandais Ken Bruen et Sam Millar ont bien des choses en commun. Millar s’est fait connaître par Redemption Factory, polar ténébreux et sanglant et On the Brinks, autobiographie qui revenait sur son passé d’activiste proche de l’IRA. Quand Millar commença de convaincre, Ken Bruen faisait déjà figure de prophète gaélique et de cousin celte de Raymond Chandler et copain de virée de David Goodis. Nous ne l’avons jamais caché, à nos yeux le premier doit énormément au second. Textes noirs courts souvent plus proches de la nouvelle que du roman, figure centrale composée par un "tough guy" à la redresse, enquêtes ancrées dans la terrible noirceur d’un archipel maudit et citations érudites en exergue donnant le la des chapitres constituent les similitudes criantes de ces deux fortes têtes. Une différence notoire cependant : Jack Taylor, le héros de Bruen est un solitaire en perdition quand Karl Kane, celui de Millar – qui ici nous intéresse - est accompagné dans son job comme dans son lit d’une jeune bombe anatomique nommée Naomi Kirkpatrick pour laquelle il nourrit un amour vibrant, conscient qu’elle est son moteur et son alcool profond. Kane, dont on découvre roman après roman les mystères et les failles va, dans ce nouvel opus, prendre de plein fouet son noir passé, douloureux, inavouable quand, à la recherche d’une jeune enfant rescapée d’un incendie familial, il croisera son "croque mitaine". Comme dans Le Cercle Rouge de Melville, les protagonistes finiront après bien des échappées par se retrouver dans la zone écarlate ou le sang coule.
Traduit de l'anglais (Irlande du Nord) par Patrick Raynal