3 000€, c’est la somme minimum qu’Anton doit à différents organismes publics et qui lui pourrit la vie. 3 000€ c’est la somme que Denise attends – en paiement du tournage de films X – pour sortir un peu la tête de l’eau. L’un chute irrémédiablement, l’autre tente de remettre sa vie dans la bonne direction ne serait-ce que pour pouvoir élever correctement sa fille un peu attardée. Ces deux êtres fragiles, cabossés, ballotés par la vie vont se reconnaitre le temps d’un amour illusoire et sans avenir. Anton, issu de ma moyenne bourgeoisie fut un brillant étudiant en droit et un juriste prometteur mais tel le Vernon Subutex de Virginie Despentes, il a progressivement déraillé, abandonné études et amis pour laisser sa part d’ombre prendre le dessus. Denise, produit même du prolétariat aux chances rognées dès le départ, n’en fut pas moins une mère courageuse passant d’une caisse de supermarché aux studios de tournages miteux de la mafia russe pour subsister. Thomas Melle, jeune auteur allemand, livre ici un roman triste, atone et désespéré. Les deux personnages mutilés portent les stigmates des laissé pour compte d’une société où l’on paye cash la moindre défaillance. L’un comme l’autre n’ont plus qu’une pale dignité à opposer à l’adversité. Seule leur relative jeunesse les préserve encore de drames plus obscurs aux conséquences irrémédiables. Denise s’en sortira car elle a le courage des démunis forcés de lutter pour un sursaut indispensable constitué de montagnes russes qui s’appelle une vie. On laissera Anton abandonné de lui-même, naufragé volontaire autant que sidéré se dissoudre dans une existence qui ressemble à une course de vélo où chaque mètre cédé en entraine inexorablement d’autres vous laissant définitivement lâché. Anton en Saint Sébastien consentant impose une figure éblouissante de dandy marginal et 3 000€ se fait le témoin cruel des catastrophes individuelles.

Traduit de l'allemand par Mathilde Sobottke