Vie et Mœurs des Familles d'Amérique du Nord de Garth Risk Hallberg Plon
City on Fire fut un retentissant succès il y a deux ans qui mit sous les feux de la rampe un jeune auteur d’à peine 35 ans au nom imprononçable et au physique chevalin. Roman choral, il rendait un hommage vibrant au New York des seventies comme le montrait si bien Vinyl, la série de Martin Scorcese et Mick Jagger. Le petit génie avait publié huit ans plus tôt dans un total anonymat et chez un éditeur d’art confidentiel (rapport aux photos) ce Vie et Mœurs des Familles d’Amérique du Nord qui atteste du talent précoce de cet enfant de Caroline du Nord résidant désormais à Brooklyn. Déjà le concept. Plutôt LES concepts, devrions nous dire. Raconter la vie de deux familles américaines aux joies et aux drames ordinaires non au fil du temps mais, d’une part au gré d’anecdotes isolées les unes des autres formant comme un puzzle et d’autre part – en regard -, au travers des sentiments et syntagmes qui donnent leur titre aux chroniques et qui animent l’espèce humaine en considérant que l’ensemble de ceux-ci constitue une sorte de biotope où nos émotions font système. Exemple : "La Tendresse sauvage est moins résiliente que l’Amour ; en l’absence de mesures efficaces, l’espèce aura probablement disparu en 2030". Un autre : "(…) Liberté est la créature la plus recherchée en Amérique du Nord. Comme pour Divertissement, sa valeur ne cesse de croitre dans d’autres régions du monde". Dernière prouesse (ou pensum c’est selon…) narrative, la lecture peut être faite à plusieurs niveaux, linéaire, aléatoires, artistique (chaque chronique est illustrée d’une photo…) Conscient que notre analyse épaissit le mystère fictionnel de ce roman sauvage, nous dirons que si vous avez aimé American Beauty, tout Raymond Carver et le Journal de Kurt Cobain, vous adopterez cet abécédaire atomisé et dépressif.
Traduction : Élisabeth Peellaert.