Dakota Song de Ariane Bois Belfond
Le Dakota s’est brutalement signalé au monde quand son plus illustre résident s’est fait assassiné devant sa somptueuse porte d’entrée le 8 décembre 1980. En même temps que cet immeuble new-yorkais hors norme, Mark Chapman entrait dans l’histoire comme étant le meurtrier de John Lennon qui occupait avec Yoko Ono (qui s’y trouve toujours aujourd’hui) près de vingt-cinq pièces de l’immeuble. Dakota Song au travers de la voix de huit de ses occupants compose la biographie d’un lieu unique, anachronique et sans autre pareil. Ariane Bois, met au service de son récit son expérience new-yorkaise et réussit plutôt bien une tentative de "roman américain". Nombre de romanciers français écrivant sur les USA peinent à atteindre le niveau d’introspection propre aux lettres américaines. Sans tutoyer les sommets, Ariane Boix réussit toutefois à éviter les poncifs et à donner un parfum d’authenticité à son roman. Dakota Song balaie les années soixante-dix dont la culture et les soubresauts historiques ont pesé d’un poids décisif sur la fin du XXe siècle. Du jeune Noir, premier de sa condition à travailler au Dakota, au professeur gay qui succombera au sida naissant en passant par une jeune femme tourmentée au cœur de son temps et une autre, plus mûre et issue de la plèbe, décidée à devenir une vrai new-yorkaise, on plonge dans la vie de cet immeuble – sorte de château victorien côtoyant les gratte ciels les plus modernes – et le quotidien de ces habitants dont certains membres du Gotha (Bernstein, Noureev, Bacall…) Il est de coutume de dire qu’il y a New York et le Dakota. Ariane Bois, tout en sensibilité, rend hommage au deux et fredonne un blues urbain et intemporel.