kerr6.jpg Les Pièges de l'Exil de Philip Kerr Le Seuil
Le retour de Bernie Gunther ne s’est guère fait attendre. Nous l’avions laissé en 2016 avec La Dame De Zagreb et, Philip Kerr en bon graphomane qu’il est (une nouvelle série avec Scott Mansion + l’unitaire Pénitence) n’a pas pu le lâcher comme ça. On le retrouve en 1956, concierge du Grand Hôtel de Saint-Jean Cap-Ferrat (n’a-t-il pas déjà été détective de l’hôtel Adlon à Berlin ?). Fidèle à son style, l’Écossais place notre bon Bernie (un peu vieillissant désormais) au cœur d’une sombre histoire de chantage exercé sur Somerset Maugham, auteur britannique adulé de cette époque et homosexuel notoire. Ce dernier habite une somptueuse villa La Mauresque où il donne de petites sauteries à l’inclination résolument gay et dont la plupart des convives sont en dehors de leur préférence sexuelle connus pour être pour la plupart des espions russes. Maugham, épouvanté par le scandale, se tourne vers Gunther pour mener à bien les tractations chantagiaires. Dès lors, armé de sa volonté de fer et de son humour cinglant et amer, Bernie va plonger – en pleine crise de Suez – dans l’affaire de ceux qu’on appela Les Cinq de Cambridge qui révéla au monde les noms de Burgess, MacLean et Philby entre autres. A vrai dire, ce nouvel opus nous semble marquer les limites de l’art de Philip Kerr. En effet, outre quelques invraisemblances (quand Bernie prend-il le temps d’être concierge ?!) on constate que lorsque le sujet historique n’est pas du plus grand intérêt comme les hauts faits de la Seconde Guerre Mondiale, on a tendance à s’embourber dans une intrigue touffue qui à terme nous échappe. Certes, Kerr épuise merveilleusement son sujet, décrit subtilement la guerre de l’espionnage de cette époque, précise le sort des homosexuels de ces temps intolérants. L’érudition et l’originalité sont bien au rendez-vous. Manque juste l’épopée..