Haffner2.jpgComme l’écrit Jean Lopez, le préfacier de cette bienvenue réédition revue de Considérations sur Hitler "Il n’est pas facile d’écrire sur Hitler" Sebastian Haffner, journaliste réputé avait en 1978 à l’âge de soixante et onze ans relevé ce défi en à peine deux cents pages quand les historiens officiels du Führer (en particulier Ian Kershaw) lui consacraient le millier de feuilles.

A vrai dire, ces Considérations ne sont pas une biographie mais une réflexion voire une démonstration brillante et d’une formidable clarté sur la personnalité et l’action du dictateur.

Haffner d’emblée constate "la vie étrangement légère, de peu de poids" de cet homme sorti de nulle part. Pas d’enfants, d’amis réels, de métier ou de culture. Un homme vivant comme un artiste ou un retraité qui passe de l’anonymat jusqu’à 30 ans à une place primordiale dans le concert international.

Cet homme qui jusqu’en 1941 rassemblait 90% des allemands autour de son nom et de sa politique fut en même temps vu par ces derniers - qui n’en devinrent pas tous nazis pour autant - comme une curiosité. Cet homme qui avait ramené au plein emploi un pays de six millions de chômeurs, avait réarmé et fait de l’armée allemande la plus puissante d’Europe resterait à jamais un mystère. Mystère qu’Haffner élucide de part en part en soulignant avec pertinence les réalisations, les succès, les erreurs, les crimes et les trahisons d’un monstre froid.

Au fil de ces Considérations, on éprouve un étourdissant malaise car le personnage et ses actes décrits par Haffner ne correspondent pas vraiment à l’image que l’on s’en fait. Moins caricatural, plus avisé qu’il n’y parait, Hitler est bien encombrant. En effet sans lui et son œuvre terrible, mais sans qu’il l’ait voulu ou décidé, pas de partage de l’Allemagne et de l’Europe, pas d’Israël, pas de décolonisation et pas d’émancipation des continents asiatique et africain.

Surtout, quand on sait que les deux grands buts du maître du IIIe Reich étaient l’invasion de la Russie et l’élimination des Juifs, on constate qu’une fois le premier inatteignable, Hitler "à défaut de pouvoir entrer dans l’histoire comme le plus grand des conquérants" aurait semble-t-il décidé de "devenir au moins l’artisan de la plus grande des catastrophes". Ceci expliquerait sa décision inepte de déclarer la guerre aux États Unis précipitant ainsi la chute du Reich.

Aussi, l’extermination des Juifs poursuivi jusqu’aux derniers instants mobilisant ressources humaines et matériels qui aurait pu indéniablement servir à la "vraie" guerre.

Sebastian Haffner conclu sur la terrible punition qu’Hitler infligea au peuple allemand qu’il vouait aux gémonies depuis qu’il avait compris que celui-ci n’était pas digne de ses folles ambitions. Ce "faux allemand" eut pour dernier but la destruction du peuple et du pays qui l’avaient fait roi ne laissant derrière lui que cendres et chaos.
Cedric BRU

Sebastian Haffner. Considérations sur Hitler. Tempus