orgasme2__1_.jpgComment l’illustrateur de la couverture d’Orgasme et à fortiori son tonitruant auteur n’aurait pas pensé à la cultissime BD érotique des années 70 Le Déclic du génial Milo Manara mettant alors en scène une superbe nymphette dont la libido était contrôlée par un savant pervers qui déchainait les sens de la belle grâce à son infernal interrupteur.

Bien sûr, Chuck Palahniuk savait tout ça et va bien plus loin en explorant la face noire du plaisir féminin, celle de l’addiction, de la funeste technologie qui fait mourir de plaisir.

Reprenons l’intrigue car – une fois n’est pas coutume – Orgasme est peut-être (depuis Fight Club ?) le premier opus du maître de Portland facile à lire. Roman piège qui commence comme une romance sexy et finit en Apocalypse neuro-psychique. Penny Harrigan, future avocate, rencontre dans des circonstances hasardeuses l’homme le plus riche du monde, Linus Maxwell qui compte déjà à son tableau de chasse la reine d’Angleterre, la Présidente des Etats Unis et la plus grande actrice du monde entre autres… Rien que ça ! Pourquoi moi se demande Penny ? Laissons planer le suspense. L’homme est follement séduisant et terriblement attiré par sa nouvelle muse.

Bientôt, Penny va découvrir que la sexualité de Linus n’est qu’une terrible série d’expériences neuro scientifiques portant sur le plaisir féminin qu’il veut infini. Nul réels contacts entre eux mais des déferlements d’ondes orgasmiques envoyés sur Penny par des sex toys hyper sophistiqués constituant une gamme baptisée Beautiful You et destinée à envahir le monde et rendre les femmes esclaves d’un plaisir artificiel devenu irrépressible et compulsif.

Ses expériences achevées et les derniers réglages effectués sur Penny, Linus peut lancer sa monstrueuse machine marketing. Mais bientôt notre héroïne va comprendre que cette sur-stimulation associée à des envies d’achats frénétiques tous liés à la galaxie Maxwell sonne comme la fin de l’Humanité et le tombeau des femmes qui, ivres de plaisir se cloitrent, haves et ensorcelées, pour jouir encore et encore de nano robots qui les détruisent.

Société féminine à bout de souffle et condamnée qui préfigure en filigrane la fin de l’Humanité ou plutôt son contrôle total par le démiurge Linus. Penny, consciente du péril et jouant les Erin Brockowitch va désormais tout tenter pour éviter cet Armageddon sexuel.

Chuck Palahniuk depuis toujours rend tous ces sujets et ses personnages monstrueux. Dans Snuff, où il abordait aussi le sexe féminin, il mettait en scène une porno star devant battre le record du monde de gang bang et nous plongeait à l’instar de A l’estomac dans une suite d’histoires pathétiques et déviantes.

Une fois encore, la société contemporaine est la cible de Palahniuk et le sexe son centre. Terrible négation d’un futur harmonieux, manifestation des dangers d’une neuro science de plus en plus incontrôlable, incommunicabilité croissante entre les hommes et les femmes, obsession consumériste et désordre de l’Humanité sont les piliers du nouvel évangile du Satan des lettres américaines.
Cedric BRU

Chuck Palahniuk. Orgasme. Sonatine