Covers.jpgLa reprise est l’ombre portée du rock.

Initiation, apprentissage, imitation, adaptation hommage, exportation, tribute... Tout est bon pour justifier l’importance des covers. Comme le souligne fort justement Emmanuel Chirache, le verbe anglais to cover dans son sens original de couvrir est plus précis que le "reprendre" français.

En effet, une cover a la possibilité de couvrir selon le choix que fait l’artiste toutes les potentialités d’une chanson. Il peut l’accélérer, la ralentir, la parodier, la sortir de son contexte, de sa culture et de sa langue.

Si l’on s’en tient au rock – domaine que nous privilégions -, la cover a connu son heure de gloire au début du rock’n’roll inspiré largement du blues et composé principalement par des musiciens afro américains. Dès lors que ce phénomène gagnaient les dance floors, il fallait que les Blancs soient de la partie.

Ainsi, le répertoire des grands (Chuck Berry, Muddy Waters, Bo Diddley...) fut pillé par d’autres grands (Elvis Presley, Jerry Lee Lewis, Eddie Cochran...) Ce sera très vite le crossover (le véritable crossover selon Berry Gordy, patron de la Motown étant de populariser chez les acheteurs blancs la musique des Noirs jouée par des Noirs avec des arrangements acceptables pour les Blancs), ce phénomène installa durablement la cover dans la panoplie musicale.

Un autre élément capital fut ce que l’on appela la British Invasion, soit la déferlante des groupes anglais des années 60 (Beatles, Them, Rolling Stones, Animals, Kinks...) qui triomphèrent aux States avec des reprises de chansons venant... des States ! (cf. la passion commune de Jagger/Richards pour Muddy Waters).

Au mitan des sixties, la cover est la règle, la loi cardinale des groupes bankable.

Se posera dès lors la limite entre imitation et création. En France, par exemple, l’imitation la plus crétine est de rigueur. Tous les rockers yé-yé reproduisent à la virgule près textes et musiques des chansons venues d’Angleterre ou des States en se les appropriant pour assurer leur début de carrière. Deux cas néanmoins sont atypiques et bourrés de talent : Ronnie Bird et Noël Deschamps. Plus décalé mais honnête, Hugues Aufray chante Dylan. La source enfin citée !

De la reprise hommage - nombre de vedettes furent des fans avant d’être des stars – (Bowie, Todd Rundgren, Byrds...) à la reprise d’adaptation (Joe Cocker, Vanilla Fudge, Patti Smith...), Emmanuel Chirache couvre parfaitement son sujet en bouclant la boucle avec les groupes tribute, sorte de re création des anciens groupes même.

Pour notre part, nous rajouterons l’idée d’exploitation détournée et commerciale des covers. Ne sont-elles pas devenues la bande son de la publicité occidentale ?

Covers, parfaitement documenté, écrit au cordeau avec une minutie de bénédictin consacre définitivement la cover en lui rendant enfin justice.

Même si dans la musique populaire aussi on comptait des "négres", ce livre brillant contribuera à les rendre célèbres.
Cédric BRU

Covers. Une histoire de la Reprise dans le rock. Le Mot et le Reste