A l’heure où vous lirez ces lignes, Steven Jezo Vannier sera vraisemblablement en train de mettre la dernière main à un ouvrage ou d’en commencer un autre. En effet, l’homme est prolixe. ''California Dreamin''' n’est pas moins que son sixième ouvrage en quatre ans aux éditions Le Mot et le Reste et il n’est pas question d’opuscules mais bien de sommes ! Pour un garçon de vingt-neuf ans au physique à la Jerry Garcia, on touche à la graphomanie et à la passion obsessionnelle. Pour des raisons pratiques (SJZ habite en Normandie), l’interview a donc lieu par téléphone.

SJV4.jpg

Les Obsédés Textuels : D’où vous est venue cette gourmandise d’écrire autant telle une vraie graphomanie sur des sujets voisins que sont la contre culture, le rock et la musique West Coast en particulier ?

Steven Jezo- Vannier : En fait, j’ai commencé par une fac d’histoire où j’étudiais l’Antiquité et où j’ai fait un mémoire sur la notion de Barbares dans l’Antiquité Romaine. Il y avait déjà là une trace de l’idée de contre culture. En même temps, j’entretenais une passion pour le rock ancien et le rock en général. Alors j’ai commencé à fouiner, à conceptualiser toutes ces chansons et me suis vite rendu compte qu’il y avait des choses à faire, à écrire... J’ai été très vite attiré par le son de San Francisco et tous ses groupes mythiques (Grateful Dead, Jefferson Airplane, Janis Joplin...) J’ai écrit, dès lors, beaucoup sur le sujet et j’ai trouvé preneur chez Le Mot et le Reste qui ensuite m’a relancé pour écrire sur la presse parallèle française. J’ai accepté l’idée avec enthousiasme, écrit l’ouvrage, et prenant la balle au bond, j’ai ensuite proposé mes sujets, et finalement je me suis mettre à faire que ça. Alors graphomane ? Oui peut-être parce que c’est ma principale occupation, que je peux pas passer une journée sans écrire. C’est mon job !

LOT : Est-ce un inconvénient d’être provincial ?

SJV : Avant oui, mais plus maintenant grâce à Internet.

LOT : Et au niveau de l’image « écrivain de province », ce n’est pas trop pénalisant dans la reconnaissance ?

SJV : Moi, je suis un exilé volontaire puisque j’ai fait mes études à Paris. De fait, je ne le ressens pas comme un handicap.

LOT : Quand on vous lit, on a affaire à un historien, un documentaliste, un essayiste. Pensez-vous apporter quelque chose de nouveau aux sujets que vous traitez ?

SJV : Je lis beaucoup en anglais, en français... Je recoupe les infos, je tire le fil, dénoue les nœuds et si mes bouquins apportent un nouveau regard, un point de vue, ça sera déjà pas mal.

LOT : On sent ces progrès documentaires au fil de vos livres et California Dreamin’ est à cet égard époustouflant. Quelles sont vos méthodes de renseignements ?

SJV : Bien sûr Internet, les livrets, mais aussi le travail des fans qui est énorme (listes, calendrier, événements, conventions...)

Jezo3.jpg

LOT : Vous n’êtes pas sans connaître Waiting for the Sun de Barney Hoskins (Allia. 2004) qui retrace toute l’histoire de la musique de Los Angeles débordant forcément sur San Francisco. Qu’espèrez vous apporter de plus par rapport à un auteur qui vivait l’événement en direct et avait des infos de première main ?

SJV : Avant tout, j’ai l’avantage du recul, je n’ai pas un œil de témoin. Il se trouve que la musique et la contre culture de ces années 60/70 sont, à mon goût, beaucoup trop écrites par des témoins plutôt que par des gens comme moi qui bénéficient du recul de l’histoire. C’est à dire passer de l’anecdotique à l’historique. Il me semble que c’est nouveau...

LOT : A vous lire, on vous rangerez plus dans la critique type anglo-saxonne, plus factuelle, que celle, française, davantage romantique. Précisément, il y a dans California Dreamin' une palanquée de groupes, pour beaucoup inconnus. Comment les avez vous dénichés ?

SJV : Beaucoup par les compilations, les rééditions tirées à une centaine d’exemplaires, les anthologies un peu secrètes. Mais c’est vrai que les compilations c’est idéal. On découvre des artistes et, comme il y a souvent un livret qui donne quelques renseignements, on se met à fouiller pour en savoir plus sur le groupe et on finit par trouver...

LOT : Envisagez vous de continuer à creuser ce sillon d’historiographe du rock ou avez vous d’autres ambitions plus critiques ?

SJV : Non pour l’instant le sillon dont vous parlez me convient bien et me donne de belles perspectives. J’ai des projets en tête...

LOT : Une des grosses qualités de California Dreamin’, c’est que vous avez su extraire d’une musique relativement stéréotypée des groupes extrêmement différents et alternatifs (The Charlatans, The Sonics, The Ventures...)

S’en suit une discussion très (trop) technique sur les groupes et la musique West Coast mais SJV en profite pour préciser son objectif initial...

SJV : J’en avais discuté avec mon éditeur et je voulais vraiment qu’il y ait un angle ouvertement géographique. En effet, on a toujours tendance à penser que dans la révolution rock il y a le British Blues Boom (64/66) et ses conséquences mais c’était intéressant de pointer cette réponse américaine que fut le West Coast Boom. Si j’avais conçu le livre par thème (psychédélisme et autres), on aurait parler des groupes phare mais aurait-on parlé des groupes alternatifs que vous évoquiez tout à l’heure ? Pas sûr ! Ça permettait de mettre en parallèle des groupes très différents.

LOT : pour conclure, quels sont vos projets ?

SJV : la féminité dans l’univers rock.

LOT : Génial ! Merci Steven. Bon courage et à très bientôt.

Propos recueillis par Cédric BRU

California Dreamin'. Le Mot et le Reste