On peut croire ou non aux coïncidences, mais la première fois que nous vîmes Harlan Coben, c’était dans ce même bar d’hôtel où nous nous trouvons pour cette interview et il y a... six ans !
Peut-on faire meilleure introduction pour parler d’un polar avec son auteur et son interprète ?
Nous sommes une demi douzaine de journalistes venu interroger le divin chauve sur son dernier opus dont vous pouvez lire la chronique ici.

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D’emblée, nous tentons de trouver, dans la spécificité de Coben à traiter de la disparition, un rapport au temps, à la disparition de l’innocence... et faisons un flop ! Visiblement, ce n’est pas dans son corpus imaginaire.

En revanche, il précise qu’à l’instar d’une Agatha Christie qui a toujours écrit sur des histoires de meurtres, ou Philip Roth des histoires juives, la disparition est très présente dans son œuvre mais, à sa décharge, qu’elle prend racine dans des contextes très différents : "J’ai écrit vingt six livres et aucun n’ont le même sujet, je crois qu’il n’y a pas un thème que je n’ai abordé et la manière que j’ai de me renouveler c’est essentiellement que mes personnages principaux changent. Ce ne sont pas toujours des policiers par exemple"

Ainsi, quand notre voisine lui demande si Jake, le héros de Six Ans Déjà, est d'inspiration autobiographique, Coben répond que : "Bien sûr non, même si Jake est grand, chauve et habite le New Jersey... D’ailleurs, le personnage principal de son prochain roman à paraître Missing You est une femme, petite, officier de police à Manhattan... Donc, en plus de la disparition, je joue aussi beaucoup sur la variété des identités dans mes livres"

Un confrère demande à l’auteur comment lui est venue l’idée de Six Ans Déjà et il répond que, comme très souvent dans on travail, c’est la première scène qui conditionne l’intrigue.
Celle-ci, qui se déroule dans un mariage avec une musique très émotionnelle où le héros voit son aimée en épouser un autre était très forte.
"Je me suis dit alors qu’est ce que je pouvais faire avec cette scène d’ouverture ? J’ai réfléchis à un laps de temps qui se serait écoulé – il y a longtemps que je n’avais pas fait ça – et puis m’est venu cette promesse extrêmement dure imposée à Jake par Nathalie de ne pas se revoir, et petit à petit, il a fallu que je trouve comment une histoire pouvait se construire à partir de tout ça."

A notre tour de lui faire remarquer qu’il n’utilise dans Six Ans Déjà qu’une intrigue à la différence de beaucoup de ses livres où l’on trouve des intrigues parallèles. "C'est vrai, j’ai voulu que l’intrigue ici se suffise à elle-même, très resserrée, avec le seul point de vue du héros/narrateur et je souhaitais aussi que cette écriture à la première personne permette aux lecteurs de s’interroger sur la santé mentale de Jake devant les incohérences qu’il affrontait"

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Inévitablement, un de nos voisins s'enquiert de ses rapports avec le cinéma qui ont beaucoup marqué les Français avec le succès de Ne le Dis à Personne de Guillaume Canet, et Coben de répondre que tous ses livres ne fonctionneraient pas au cinéma. En revanche, ce dernier plus certainement, et qu'il devait être adapté au cinéma avec Hugh Jackman dans le rôle de Jake. De plus, il confie qu’il a écrit une série TV de six épisodes qui va passer en France.

la fin de l'interview approchant, une consœur revient à Six Ans Déjà et à son héros obsédé par un amour ancien. Coben vivrait-il lui-même dans l’obsession ? A cela, Harlan de répondre que le travail de l’écrivain c’est de se poser toujours la question :"Qu’est ce que je ferais si ?  Jake a certes vécu dans l’obsession mais il a tout de même fait autre chose et, après tout, cette obsession l’habite parce que dés le début les choses ne cadraient pas, comme si quelque chose manquait et il veux ses réponses comme Harlan lui-même dans la vie" nous confesse t-il.

Sur sa méthode de travail et son sens de l’écriture qui intrigue toujours beaucoup les journalistes, Harlan confiera son goût pour le suspense, les rebondissements, les cliffhangers fréquents, mais il dit le faire naturellement, sans artifices et : "D’ailleurs, même si je publie beaucoup, il n’y a, dans toute ma carrière, qu’un seul manuscrit que je n’ai pas rendu à mon éditeur. Heureusement que les choses sont comme ça car je ne sais rien faire d’autres. Vous savez, c’est la peur d’une vie banale qui finalement me guide."

Pour conclure, nous avions une question qui nous tenait particulièrement à cœur concernant directement Harlan, dont, pour l’avoir rencontré plusieurs fois, nous connaissons la simplicité : Quand on est parmi les auteurs de polars les plus célèbres au monde, la pression de réussite est énorme et il intervient dans son entourage nombre de professionnels (agent, directeur artistique, éditeur...) et d’intimes, sans oublier la critique, le public et lui, l’auteur.

Comment tout ceci s’imbrique et cohabite ?

Harlan Coben nous répond avec une assurance tranquille que nul ni personne n’a d’influence majeure sur son travail, et que la pression, elle n’existe plus, en terme de réussite, mais en revanche c’est lui-même qui se met cette pression pour que chaque livre soit au moins aussi bon que le précédent.

Bref, rien ni personne n’intervient dans son travail. "Je n'ai honte ni regrette l’écriture d’aucun de mes livres." conclut-il souriant.

Propos recueillis par Cédric BRU
Six Ans Déjà. Belfond Noir
Photo de l'auteur : Claudio Marinesco