Après avoir chroniqué son anthologie Je Reprends la Route Demain paru chez Le Mot et le Reste, il était logique de poursuivre par une interview de son auteur.

Autour de nous, des voix s’élevèrent, hostiles, évoquant le peu de fiabilité du "Docteur J’Abuse" de la rock critique française, prétendant que tout était déjà dans ses papiers où il se répandait éternellement sur ses années junkie et son héroïque saga punk.

Bref, que nous allions perdre notre temps à courir après une ombre, un fantôme, un has been.

Les chiens aboient, le rock passe, et nous n’avions aucun doute sur le fait qu’un homme ayant été assis sur les mêmes bancs de collège que votre serviteur ne pouvait pas être complètement bon mais pour le reste, il nous semblait judicieux d'aller faire parler cette éternelle augure.

Pour être franc, même si nous avions déjà questionné Harlan Coben, Jean D’Ormesson ou Patricia McDonald, nous étions prêt à renier nos signatures pour rencontrer le meilleur chantre de notre adolescence. Celui qui avait fait pogoter les mots comme personne, celui qu’un mois on adorait, détestait le suivant, mais qui restait le Best.

Plutôt qu’une banale interview, nous avons opté pour la narration, le portrait tiré à part en quelque sorte. Ceci est donc le récit d’une interview de Patrick Eudeline.

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Même si désormais, il a quitté Pigalle pour les charmes moins vénéneux du 15e arrondissement, Patrick Eudeline nous avait donné rendez-vous au Mansart dont la grande terrasse orne la couverture de Je Reprends la Route Demain. Mais, en ce jour maussade de février c’est à l’intérieur de ce bistrot populaire que nous retrouvons le rock critique le plus classieux du royaume.

Sans lunette (ses Wayfarer à la vue ne sont jamais très loin), redingote camel et chemise ivoire sous gilet croisé, l’homme se dirige vers nous au jugé et à la voix. Lui, nous a depuis longtemps oublié, mais nous pas qui avons suivi ses traces, sachant depuis toujours que ce Des Esseintes toxique était un des garçons les plus intéressants de notre génération.

L'alchimie prend vite : on se savaient condisciples d’un grand collège parisien mais en fait c’est de deux auxquels nous avons appartenu simultanément, toujours avec ces trois ans qui nous séparaient et qui, dans ces ages, ont leur importance.

Une fois les souvenirs de lieux et de gens évoqués, nous lui proposons une interview panoramique d’où seront bannies les éternelles questions sur ses rapports avec les stupéfiants et sa familiarité encombrante avec le punk. D’autant que son actualité est riche.

"Banco, c’est comme tu veux !" répond Patrick, simple et disposé, qui tout au long d’une interview d’une heure et demi aura l’esprit alerte, en éveil, parlant à cent à l’heure, pas facilement compréhensible, mais capable de reprendre une réponse où il l’avait laissée le temps de se commander un Père Noël Black ou de ramasser son Zippo.

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L’Homme sans Fards

Tout se joue dans la jeunesse et, on le sait car il l’a souvent confié que ses problèmes avec son père, artisan peu ouvert aux idées nouvelles, ont été un des marqueurs forts (les autres étant : myopie précoce, solitude naturelle, singularité de goûts, monomanie...) d’une jeunesse maussade "Mon père, recommandé par une amie de ma mère - qui elle était une bourgeoise - est venu un jour faire les travaux de l’appartement quand mon grand père est mort, et il est resté trente cinq ans, sans bizarrement me reconnaître... Donc, je n'en sais rien et je n'en saurai jamais rien, mais je ne serai jamais sur à 100 %, car ma mère ne m’en parlera pas, que mon père était mon père... En même temps quand tu regardes mon frère, on voit pas trop le rapprochement" (Les deux frères sont fâchés depuis des années pour de sombres histoires pas si éloignées de celles des Séchan. Où comment profiter du nom de l’autre...)

A remuer les souvenirs, ils resurgissent... Patrick s’emballe "Il y avait ce gros livre en 1967, Spécial Pop que je voulais m’acheter mais qui n’étais pas donné... Quand j’ai dit à mon père que je voulais un bouquin mais qu’il me manquait un peu d’argent, il m’a demandé ce que c’était ce livre et je lui dis Spécial Pop. Il me répond :'' "Tout ce qui est pop, c’est ce qu’est con !" "C’était ça sa définition..."

On comprends mieux qu’il préférait traîner dans les psychédéliques cavernes d’Ali Baba (cool...) où il passait le plus de temps à découvrir cette musique rock qui allait décider de sa vie que de rester à la maison "J’allais à Disques et Musique, rue de Rennes et Bld du Montparnasse et au Bon Marché qui avait un rayon incroyable où je passais des heures à regarder les pochettes de disques et, là, quand je vois les Beatles, je comprends qu’il y a déjà un avant, un passé du rock (quand Patrick a treize ans, année de son "entrée dans les orgues", les Beatles existent depuis plusieurs années...) ... et que je prends le train en marche. Je comprends aussi très vite que l’affaire était finie"

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Tout passionné est solitaire, dévoré, isolé par son Graal. ""J’avais assez peu de copains. Au collège même si j’étais relativement intégré, j’ai quelques potes... En fait, j’ai été moins solitaire entre huit et treize ans qu’après. A partir de huit ans j’étais scout, c’était super (vous avez bien lu Patrick Eudeline a été scout et, CA LUI A PLU !) "mais à partir de treize ans, les cheveux longs, le rock, tout ça m’a largué du monde"

Pressentant la réponse on lui demande si, une fois qu’à treize ans le jeune Eudeline a destiné sa vie au rock, autre chose trouve grâce à ses yeux (sport, filles...) La réponse est nette : "Non ! Enfin, je lis énormément. En plus de regarder les pochettes de disques, je lis SLC avec les photos en couleur des Stones shootées par Jean Marie Perrier, de Polnareff, tout ça, j’adorais... Rock & Folk très vite, Rolling Stones... Du coup, je pouvais citer n’importe quel musicien de n’importe quel groupe..."
"Et là, je fais une connerie. Je me dis la guitare ça va pas durer, tu vois un truc con de gamin... en plus apprendre à jouer de la guitare ça m’intimidait" (ce sera longtemps un combat pour Patrick...) parce qu’il y avait une question de justesse et du coup je décide d’apprendre à jouer de la batterie ce qui m’a donné une base rythmique et de solfège quand même. Mais c’est limité la batterie, t’en as vite fait le tour, et puis des batteurs chanteurs à part Buddy Miles..."

S’en suit une conversation un peu technique que nous vous épargnerons pour en venir à ce qui marqua cette rock génération : la rébellion sociale et politique : "Oui, c’était la révolte contre la société, donc t’étais forcément de gauche alors qu’aujourd’hui, il faut être forcément de droite pour être rebelle. mai68.jpg La gauche s’est ringardisée et Zemmour a raison de dire que Dieudonné vient de la gauche, que c’est un produit de mai 68, il a raison, et qu’il y a même un truc un peu mode et opportuniste avec l’antisémitisme style Soral et Dieudonné. La politique à l’époque, je n’y comprends rien mais ça m’intrigue... Je me demandais, et je me demande toujours comment on pouvait être maoïste ? Autant anarchiste, je comprenais très bien et ça me paraissait même évident. Et puis, en fin de compte, je me dis dans une réflexion naïve, moi mon problème, c’est pas la rébellion contre la société, mais ce sont les parents qui m’emmerdent. La première cellule qu’il faut détruire, c’est les parents !"

L’acte de rébellion gauchiste de Patrick Eudeline restera indéfectiblement sa révolte contre ses parents qui font barrage à sa passion, le rock sous toutes ses formes qui se conjuguera avec l’idée farouche de la jeunesse.

Patrick Eudeline est un être qui ne veut pas vieillir et ambitionne de pouvoir éternellement se comporter comme les idoles de ses quinze ans. Et, quand on lui demande s’il considère qu’il est un homme au sens kiplingien du terme, il répond :"Je ne sais pas ce que c'est... Si être un homme c’est être adulte, quel intérêt ? Même, si j’ai fait quelques coup juteux, j’ai pas eu de blé. J’ai eu plein d’histoires de nanas, mais j’ai pas eu d’enfants, j’ai échappé à ça deux ou trois fois, j’ai refusé deux ou trois fois, sauf que tout peut arriver et sans la vie que j’ai menée, j’aurais pu en avoir un... Comme demain, ça peut arriver et ça, oui c’est quelque chose que j’accepterais volontiers. J’ai été marié pour faire plaisir. Et puis, il y a un truc, pourtant j’en ai pas la dégaine... C’est le bricolage (!?) J’ai vécu seul. Je connais la plomberie... Je suis capable de modifier complètement une guitare, de prendre une Stratocaster des 80’s et de la transformer en Strato des 60's. Si être un homme c’est assumer, j’assume ce qui est nécessaire..."

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Quand on lui dit qu’il tente d’arrêter le temps avec ses guitares, que chaque nouvelle gratte lui rajoute une année de vie, on vient forcément sur son terrain "Les guitares, j’ai eu les plus belles du monde... Maintenant j’en ai plus que quatre ou cinq. Mais ce sont comme des signes... je suis fasciné par les signes... Tu vois dandysme et fétichisme c’est pas loin."

On tente de préciser sa pensée avec l’idée qu’un dandy, un fétichiste c'est sont avant tout un collectionneur, un maniaque surtout.
Le rock critique approuve en déplorant "qu’avec ma vie de patachon qui m’a fait déménager cent fois, j’ai plus grand chose."

L’homme c’est l’amour, la femme aussi, on lui rappelle qu’il est régulièrement vu au bras de nymphettes blondes et diaphanes. Sa réponse est éloquente : "Quand le rock est redevenu à la mode (2000) avec les Libertines, les Strokes, tout ça m’a redonné accès à plein de filles - entre guillemets. C’est vrai que les réseaux de la séduction sont étranges... "
Son superbe dernier roman Vénéneuse (Flammarion. 2013), met en scène une de ces jeunettes qu’il idéalise et qu'il a bien sur, rencontré dans sa vie...

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Le Critique sans Reproches

Il nous semble qu’aujourd’hui être rock critique, c’est être Philippe Manœuvre venant donner son avis le jour de la mort de Michael Jackson. Point barre !
Pourtant, quand on lit Je Reprends la Route Demain où précédemment Gonzo, on se rend compte - certes, quand on a le style de Patrick Eudeline – que la rock critique se marrie sacrément bien avec la langue française et que malgré cet avantage, notre dandy n’est pas – en dépit de sa notoriété – pris au sérieux, comme si des Lester Bangs, des Greil Marcus ou des Nick Cohn n’auraient pas le droit d’être français.
"C’est que ça n’existe plus" explique Patrick. "Quand j'étais gamin, je lisais Rock & Folk, je connaissais toutes les signatures, Paringaux, Alessandrini qui était à mes yeux des gens importants... Mais c’est fini et c’est pas la faute aux gamins, c’est la culture qui a changé avec Internet. Sa gratuité et son accessibilité ont changé la donne et la qualité. Au mieux, on a Daft Punk qui ne sont pas des perdreaux de l’année puisque leurs premiers succès remontent à vingt ans."

Patrick a parlé avec chaleur des rock critiques vintage mais étrangement, il n’a pas cité son mentor que l’on balance cash sur le tapis : Yves Adrien dont il a écrit que ce fut une des rares personnes à l’impressionner.

"C’est vrai, en plus il y a avait cette nouveauté du rock punk. Alors Adrien, Jean-Jacques Schuhl, ça m’impressionnait.."

Et ses rapports de l'époque avec l’ermite de Vernon ? "Si tu veux, c’est un mélange de jalousie, d’amitié, il me propose d’entrer à Rock & Folk, et je me dis "Je ne vais pas aller imiter Adrien à R&F". Donc je vais à Best."

On lui confie que c’est davantage Best que Rock & Folk, le journal de notre génération (trois ans et demi de moins à cet age là, ça compte !), et qu’il surgit alors comme une vraie figure rock’n’rollienne et prend une importance qu’Adrien n’aura jamais pour nous, de part l’obscurité maniérée de ses écrits. Tandis qu’Eudeline, avec lequel on est pas toujours d’accord parce qu’il est souvent dans l’outrance et la mauvaise foi devient un de nos héros, qui en plus d’aimer les New York Dolls, cite Huysmans ou Baudelaire...

best2.jpg "A l’époque, je lis tout ce qui m’est accessible mais la lecture m’a été facilité par la Bibliothèque des familles, un truc catho où ma mère était abonnée et où, de Pierre Daninos, Sartre, Balzac, Zola, à Bob Morane j’ai pu découvrir beaucoup de classiques, et puis après, les Selby et cie" (celui-là, c’est pas à la Bibliothèque des Familles qu'il aurait pu le trouver...)

Et l’on revient à ce fameux manque de prise au sérieux par le milieu rock et littéraire (nous nous sommes jurés de ne pas évoquer les stupéfiants...) En fait, Eudeline y vient de lui-même "Oui, mais Patrick Dewaere, ou Philippe Leotard c’était des junkies et on les prenait au sérieux"

Il oublie l’attitude, c’est la-dessus qu’un Léotard finissant était jugé et dont Eudeline a souffert incurablement, l’attitude, la perte de contrôle...

Patrick s’absente un moment pour commander sa boisson préférée, héritée nous dit-il, de Cendrars : le Père Noël Black (Curaçao, Pernod si on a bien compris...) et reprend "J’ai raté des occasions formidables, certaines de ma faute après la période pop-rock" (on n'en saura pas plus : contrats, tournées...?), sinon, chez Grasset, il y avait toujours des projets de cinéma qui ne se sont jamais faits, j’ai pas vraiment vendu de livres. Par exemple, alors que je sais réellement faire une chanson, j’ai pas réussi à en vendre une à Johnny ou à une autre vedette. Je ne dois pas être doué pour vendre. Et pour moi, il n’y a que ça qui compte à la fin. T’as vu ce qu’a vendu M. Tu fermes ta gueule !"

Précisons que ce qui pourrait apparaître pour de l'aigreur mercantile ressemble davantage, à nos yeux, à des regrets éternels.

Et que fait-il de l’opportunisme dans la prise au sérieux ? Son silence et la singulière personnalité qui s’épanche devant nous répondent à sa place. On lui demande alors (on veut croire qu’on lui fera dire qu’il est un PERSONNAGE!) si sa singularité ne l’a pas fait culpabiliser, selon la thèse de Jean Genet : "Culpabiliser de quoi ? Je me sens normal ! Je pense que j’ai raté des trucs parce que j’ai pas d’argent d’avance par exemple, voilà !"

On aurait souhaité que Patrick se mette plus en valeur sur sa plume rock, mais l’homme est décidément modeste (sur de son talent mais humble !). On comprend davantage quand on lui demande si avoir un vrai talent de critique ne suffit pas à faire œuvre et exonère d’autres exercices artistiques ?
"Être critique, ça ne peut pas être une fin en soi, je peux demain faire un papier sur Ten Years After (nous venions de parler de TYA...) y’a pas de problèmes, mais c’est beaucoup plus intéressant de créer de la fiction. C’est pour ça que je n’ai pas écrit d’essais ou de bios qui, en plus, demandent un un gros travail."

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L’Artiste sans Illusions
Incontestablement, Patrick vient de signer deux actes artistiques majeurs avec, au niveau littéraire, Vénéneuse publié chez Flammarion, roman d’initiation romantique et cruel, qui reste avec Ce Siècle Aura Ta Peau, sa meilleure fiction et, au plan musical cette sublime idée d’aller, en hommage au Johnny Cash qui lui l’avait fait à Folsom et San Quentin, jouer en prison, à Fresnes précisément.

Quand on y ajoute son corpus artistique passé (musique, fiction, critique, production avec The Kooples, cinéma – petit rôle dans Baise-Moi), on est en droit de considérer que tout ça fait œuvre.

Et de savoir si Patrick souffre que cette somme n’apparaisse pas davantage :"Évidemment que j’en souffre, j’en souffre terriblement, bien évidemment. Mais ce qui compte ce sont les chiffres. Quand on étaient chez Florent Massot" (l’éditeur de la première version de Baise-Moi et de Ce Siècle Aura Ta Peau) où j'ai suivi Virginie (Despentes), elle fait un carton avec 50 000 ventes et moi j’en vends 3 000 ! C’est elle qu’a raison, c‘est pas toi. Je m’incline, c’est la plus forte... C’est ça qui compte. Non moi, j’ai tout raté. J’ai jamais eu de thunes parce que je ne vendais pas, j’ai jamais dealé un scénario au cinéma. Critique, je le fais parce que je sais le faire et pour SURVIVRE mais c’est du pipi de chat... Philippe m'a quand même augmenté à Rock & Folk sans ça j’arrêtais de toute façon... " On se fait un plaisir de lui dire que s'il quittait R&F, le titre perdrait un tiers de ses lecteurs. On sent qu'il voudrait y croire. Émotions.
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Pourtant, la vie commençant – selon certains – à soixante ans, Patrick Eudeline avec quelques munitions en plus (un ou deux bouquins, une réactivation d’Asphalt – pourquoi pas ? Et surtout une réelle incursion au cinoche - avec son look !), une œuvre cohérente serait à faire valoir qui ferait taire bien des malfaisants... "J’ai joué aussi dans Tel Père, Telle Fille mais le ciné, il faut qu’on vienne te chercher..."

Difficile de le contredire sur ce fait. On lui demande s’il na pas envie de creuser en littérature le sillon de son personnage : "Tu sais quand j’écris, c’est avec le personnage principal que j’ai le plus de difficultés. C’est moi, c’est pas moi ? Et là je suis en train d’écrire un roman où le héros pour une fois n’est pas un dandy c’est même le contraire, c’est un mec qu’en a ras le cul, qui porte des capuches et écoute Metallica, prolo de base, un tueur en série parce que c’est la seule solution à ses yeux qu’il a, et il justifie sa délinquance comme ça. En même temps, "Madame Bovary c’est moi !" alors on n'en sort pas... Le type habite à Clichy. Même si je dors dehors – ce qui peut très bien m’arriver - alors que je suis super bien habillé et que je sors avec des blondes, personne ne me prendra au sérieux !"

On l’écoute un peu interloqué et on se rend compte à ce moment là que Patrick n’arrive pas à faire la différence entre la réalité et la fiction, entre ses personnages et lui-même ! N’est ce pas l’histoire de sa vie ? On lui suggère qu’il ne peut et ne doit pas fuir son personnage... "A la sortie de Vénéneuse, on m’a reproché d’être encore une fois un dandy parisien". Et alors !

Le reproche t-on à des Ardisson, Beigbeder et consorts ? Qui en plus, sont pris au sérieux par tout le monde, nonobstant leurs vies privées (passées ou présentes) dissolues. C’est la force du culot dont notre interlocuteur manque peut-être...

L'heure est venue de conclure sur ses projets :  "je suis donc en train d’écrire un livre – levé tôt le matin et ne faire que ça ! – et à la faveur de mon concert à Fresnes, je me suis remis à la guitare et prépare un truc seul, le coté gladiateur comme j’aime. Peut être que je me lance dans un quitte ou double, on verra bien... et puis pour le roman, je vais voir ce que je peux faire de ce petit bonhomme complètement différent de moi. Voilà !"

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L’intervieweur n’est jamais de marbre, surtout quand on interroge quatre vingt dix minutes durant un écorché vif comme Eudeline, Dès lors, on ne s'empêche pas de lui demander si on peut être heureux en s’appelant Patrick Eudeline.

La réponse tombe, froide et tranchante : "On peut avoir des moments, mais sinon je dirais : pas plus que ça !"

A l'issue de cet entretien, nous avons eu beaucoup de réponses, souvent éparses et désordonnées mais surtout, nous avons eu NOTRE réponse : oui, c’était le bon moment d’interviewer Patrick Eudeline. Ce garçon transmet plus de chaleur humaine que bien des braseros de terrains vagues et peut, s'il le veut vraiment, en étonner encore plus d'un(e). Fasse que cet entretien l'en ai convaincu...

Au moment de se quitter, dans le métro bien sur, après une ballade dans Pigalle où il nous livrera quelques petits secrets (secrets !), nous nous retournons pour regarder s’éloigner cette silhouette étrange et lente, décalée et fragile, et ce n’est pas à Baudelaire ou Edgard Poe, ni même à Johnny Thunders ou Stiv Bators (ses anciens compagnons de déroute) que nous pensons, mais bien à Gérard de Nerval, l'inconsolé.

Et, reprenant aussi notre route, nous pensons : "Patrick, garde-toi des Aurélia, des Sylvie, des Chimères et des réverbères de la rue des Brouillards"

Textes et propos recueillis par Cédric BRU

Je Reprends la Route Demain et réédition de Ce Siècle Aura ta Peau. Le Mot et le Reste
Vénéneuse. Flammarion