Cutter.jpg Troupe 52 de Nick Cutter. Denoël
Inenvisageable de terminer cette année meurtrière sans rendre compte de ce roman terrible qu’est Troupe 52. "Survival" hystérique, il met en scène cinq scouts de quatorze ans et leur chef médecin de son état partis faire du camping sauvage sur une île canadienne. De Sa Majesté des Mouches - auquel il emprunte beaucoup - à Hunger Games en passant par Battle Royale, on retrouve dans Troupe 52 le thème de la survie en milieu hostile et des relations interpersonnelles qu’il entraine dans une micro société adolescente. Le petit groupe, très hétérogène et constitué de personnalités particulièrement différentes va, dès son arrivée, être confronté à une horrible découverte. Celle d’un homme plus mort que vivant dévoré de l’intérieur par une sorte de ver monstrueux. Commencent alors la tragédie de la contamination et les horreurs de l’infection. Les uns après les autres les protagonistes de cet effrayant cauchemar vont être touchés et irrémédiablement gagnés par une ignoble faim inextinguible qui les ramène à l’état de bête sauvage dévorant tout et n’importe quoi sans éviter un inexorable décharnement. Le roman, écrit sous pseudo, ne se contente pas d’être un simple témoin d’un stupéfiant effroi. Il dévoile surtout que derrière cet affreuse affaire, militaires, scientifiques, parents et habitants sont conscients, étudient et surveillent même l’abominable phénomène né de l’esprit malade d’une sorte de Menguele 2.0 qui, dans l’idée de mettre au point un régime amaigrissant à base de parasites intestinaux terriblement puissants, à créée la plus terrible des contagions. Nos malheureux scouts abandonnés de tous, confinés dans la plus stricte quarantaine vont devoir tenter de quitter l’ile. Troupe 52 est destinés à des lecteurs avertis. De ceux qui apprécient la terreur et l’épouvante quand elles s’invitent dans le quotidien et le monde heureux de l’adolescence. De ceux qui n’attendent pas de happy end où un vaccin magique viendrait mettre fin à ce monstrueux empoisonnement. On rejoint dans ce roman décidément toxique – en plus sauvage – le meilleur des premiers Stephen King.


Tetes-de-dragon.jpg Têtes de Dragon de David Defendi. Albin Michel
A l’aulne de Braquo écrit en 2009 avec Olivier Marchal (ou plutôt le contraire…) Têtes de Dragon est une réussite. Certes, une fois encore on est davantage devant un script qu’un thriller construit et foisonnant (en même temps ça change aussi de Grangé et Chattam publiés chez le même éditeur !) Defendi a privilégié l’archétypal à l’introspection, l’efficace aux fioritures aussi talentueuses soient-elles. Son personnage, Hugo Christo, est un ancien légionnaire qui a tout à perdre puisqu’il vient de laisser parler ses nerfs en poignardant un partenaire de poker qui trichait ouvertement. Dès lors, Christo, cornaqué par un pro des services secrets, va devoir renseigner ces derniers sur les agissements de la mafia chinoise (des mafias serait plus juste…) Mais, pour cela, il doit trahir un ancien frère d’armes qui innocemment lui facilite sacrement la tâche dans sa mission d’infiltration. Vu comme ça on est bien dans une intrigue banale aux ressorts ayant autant servis qu’une paire de clés de voiture… Mais la force de Têtes de Dragon c’est l’histoire avec un grand H qu’il nous raconte. David Defendi revient sur la relation entre la Chine et le crime depuis plus d’un siècle. Remontant les évènements, on apprend comment les puissances occidentales (France et Grande Bretagne) ont profité de ce pays, de ses ressources et de sa population pour de sombres manigances (trafic de drogue organisé par le gouvernement de Paul Doumer, sac du Palais D’Été et de sa bibliothèque par les anglais et nous-mêmes) Chacun, chinois et occidentaux mis côte à côte sur la ligne de départ, David Defendi peut faire parler la violence et l’abjection. Avec une parfaite efficacité, il monte les curseurs de l’action à 11 et recouvre son intrigue d’un désespoir sanglant qui fait son œuvre. Le livre terminé, notre conscience occidentale nous travaille et nos neurorécepteurs demandent grâce.


Hayes.jpg Le Passé de Samantha Hayes. Le Cherche Midi
S’il est bien un genre qui, dans l’univers du polar, reste toujours en pointe en dominant tous les autres (ésotérique, cyber, procédural..) c’est bien celui du thriller psychologique. Très souvent devenu l’apanage d’auteures britanniques (P. D. James et Nicci French pour les anciens, Gillian Flynn ou Rachel Abbott pour les plus contemporains), il est facteur d’illusions toxiques, de lourds antécédents refaisant surface et de personnages hautement ambigus. Les Mères de Samantha Hayes s’était ainsi fait remarquer par sa structure ambitieuse et son suspens original. A vrai dire le test du deuxième opus n’est que moyennement concluant. Tout pourtant commence sous les meilleurs hospices policiers. En effet, Le Passé nous entraine dans une famille en pleine dislocation que rejoint Lorraine, inspecteur de son état. Elle débarque dans le comté de Warwick où sévit depuis deux ans une vague de suicides d’adolescents. Sa sœur s’est séparée de son compagnon et son neveu disparait brutalement. Quant à la police locale, elle n’est pas des plus coopératives. On est décidément dans un thriller efficace. Et puis, la mécanique se grippe. Quand s’y rajoutent un étrange accident de moto aux causes non élucidées, un jeune harcelé sur Internet et un autiste à deux faces plutôt inquiétant etc. N’est pas Harlan Coben ou Mo Hayder, puisque l’éditeur la cite, qui veut ! Samantha Hayes est tombé dans le piège du too much. A force de compliquer, d’imbriquer, de sur peupler son intrigue de personnages inutiles, on finit par s’y perdre et l’intérêt s’en trouve dès lors fortement menacé. Les meilleurs ont parfois des pannes. C’est exactement – et dans un roman assez voisin – ce qui est arrivé à Pierre Lemaitre cette année dans son dernier polar. Comme quoi, il n’y a pas lieu de trop s’inquiéter…

Ellory2.jpg Un Cœur Sombre de R. J. Ellory. Sonatine
On le sait R. J. Ellory est un manipulateur. Manipulateur quand il s’agit de faire sa pub sur Amazon en laissant de faux commentaires. Manipulateur quand il s’agit de minimiser son implication à l’Église de Scientologie. Manipulateur enfin – et là pour le meilleur – quand, roman après roman, il revisite l’univers clos du polar. Recycleur de génie, Ellory s’est attaqué à l’univers de la Mafia (Vendetta), de la CIA (Les Anonymes) ou plus récemment à celui des serial killers (Les Assassins). Un Cœur Sombre se saisit d’un des fondamentaux du polar : la possibilité ou pas d’une rédemption. Thème en effet qui hante de nombreux romans noirs allant de Davis Goodis et Jim Thompson si on regarde vers les ainés à Ken Bruen, Sam Millar ou Graham Hurley pour les contemporains. Vincent Madigan est une sorte de réplique du Bad Lieutenant d’Abel Ferrara en un peu moins trash. Il dit de lui-même : « J’étais quelqu’un, puis je suis devenu personne et maintenant j’essaie d’être à nouveau quelqu’un » Tout est dit ! R. J. Ellory brosse avec cet officier de police brillant devenu au fil du temps le pire des ripoux un portrait de flic saisissant. Madigan a explosé sa vie privée avec trois mariages ratés et laisse croire qu’il est un grand flic alors qu’il est à la solde du caïd d’East Harlem. L’alcool et les cachetons lui font oublier quelques heures par jour qu’il est un salaud. Cet équilibre instable va s’écrouler quand Madigan décide de rouler pour lui-même en doublant son employeur. L’affaire dans laquelle il laisse dans leur sang six malfrats aurait pu être gagnante si parmi les victimes il n’y avait pas eu le neveu du patron et une petite fille blessée presque à mort dont la mère est poursuivie par le gang. Madigan comprend vite l’inextricable situation dans laquelle il s’est lui-même précipité et y voit enfin l’occasion d’un improbable rachat. C’est une nouvelle réussite que ce Un Cœur Sombre. Ellory s’en tire parfaitement dans le registre émotionnel et l’on ne peut s’empêcher de compatir avec Vincent Madigan quand cet homme démoli brule ses derniers feux préludes aux buchers de l’Enfer

HC7.jpg Intimidation de Harlan Coben. Belfond Noir
Que serait un (bon) roman d’Harlan Coben sans une disparition dans les trente première pages ? Certainement un thriller banal au regard du côté main stream de sa bibliographie qu’il revendique d’ailleurs sans ambages. Après le sensationnel Tu me Manques, le petit dernier, Intimidation puise à nouveau sa redoutable intrigue dans le règne des secrets et leur repère qu’est le Net (ami/ennemi de l’auteur…). Adam, avocat dans le New Jersey, est abordé dans une soirée de club sportif par un inconnu qui lui dit tout de go que la grossesse de sa femme est un mensonge en lui donnant suffisamment d’éléments pour déstabiliser le mari et accréditer sa thèse. Ce dernier, fébrile et remonté comme une pendule veut s’expliquer avec sa femme quand… elle disparait ne laissant qu’un vague mot sur ses motivations ! Adam ne va pas être le seul à apprendre par la bouche de cet inconnu des nouvelles impensables concernant leur famille ou leur vie intime. En effet, une petite bande de hackers aux vues mélangeant altruisme et cupidité fait la chasse aux menteurs du quotidien en les faisant chanter. Ils payent ou leur secret est révélé. Mais tout ne se passera pas comme prévu. Une fois de plus, Coben – fidèle à son cheval de bataille – montre les dérives du monde virtuel et les risques qu’il fait courir à tout un chacun. Car, bien sûr le mal va se greffer sur cette croisade presque innocente mettant en scène un tueur dont l’activité des pirates du web met sérieusement en péril les activités professionnelles. Écrit à cent à l’heure, économe sur les intrigues parallèles et toujours aussi habile sur l’emploi des fausses pistes, Harlan Coben nous captive d’un bout à l’autre de son opus et fait encore après toute ses années montre d’une virtuosité et d’une originalité que nombre de cadors du polar ont souvent perdu en chemin. A l’instar de Bruce Springsteen dans le rock, Harlan Coben est bien "le Boss du thriller".

Beverly.jpgJoy.jpg Dodgers de Bill Beverly. Le Seuil Policiers & Là où les Lumières se Perdent de David Joy. Sonatine
Les destins maudits se scellent jeunes. Dans ces deux premiers romans, les Américains Bill Beverly et David Joy mettent en scène deux adolescents plongés très tôt dans le monde noir et cynique du crime et qui ne croient plus en grand-chose, excepté leur propre survie. Dodgers, un peu dans le sillage des romans de George Pelecanos suit le parcours depuis la Californie d’East jusqu’au Wisconsin, d’East, quinze ans, embarqué en compagnie de son jeune frère et de deux autres Blacks dans une mission punitive que leur a confiée le chef de leur gang. Le but étant de tuer un juge qui pourrait faire du tort à leur organisation. Dès lors, promiscuité, mésentente et colère vont miner le quatuor. East deviendra, par la force des choses et la folie du monde, adulte du jour au lendemain réévaluant quelque peu son avenir. Sorte d’équipée sauvage déglinguée au cours de laquelle rien ne se passera comme prévu, Dodgers surprend par son ton clinique et par sa force narrative. Décrivant la zone grise qui recouvre la délinquance ordinaire américaine, il révèle sans fard le drame de la criminalité adolescente. Jacob le héros de Là où les Lumières se Perdent est à peine plus âgé qu’East et se confronte à un avenir bouché depuis sa naissance. Entre une mère junkie et un père criminel au nom associé à la violence et la crainte, Jacob n’a qu’une lumière dans sa vie, son amour d’enfance Maggie qu’il aide à se sortir de l’ornière originelle dans laquelle le destin les a plongée. Il tentera de sauver sa mère et de fuir son père. Sans résultat ! Le roman qui n’est pas sans rappeler ceux du regretté William Gay monte les marches de la fatalité et de l’impossible rédemption. Superbement écrit, distillant une mélancolie sans fond, ce polar crépusculaire révèle un auteur prometteur qui a déjà tout d’un grand.

Pyper.jpg Le Démonologue de Andrew Pyper. L'Archipel
Sous-genre du polar ésotérique, le thriller satanique est plus radical. Destiné à nous bousculer dans nos plus profondes certitudes, il doit aussi maintenir la part de fiction suffisante à constituer une réelle intrigue.Le Démonologue d’Andrew Pyper dont les droits cinématographiques ont été déjà achetés par Universal devrait faire un carton sur grand écran. Lorgnant davantage vers L’Exorciste et La Malédiction que le Da Vinci Code, Le Démonologue met en scène un professeur de faculté, David Ullman, spécialisé dans l’étude du Paradis Perdu de Milton qui, comme chacun sait, décrypte le sombre destin de Satan, ange déchu devenu l’incarnation du Mal dans la religion chrétienne. Ullman, plutôt sceptique ne mélange pas histoire de la littérature et satanisme à bon marché jusqu’à la visite d’un inconnu venu lui proposer de se rendre à Venise pour y étudier des phénomènes qui pourraient être reliés à son domaine de compétences. Curieux et ravi de pouvoir faire découvrir la Ville des Doges à sa fille, David accepte. Dès lors, et c’est bien là où le cinéma devrait se tailler la part du lion, phénomènes para normaux et scènes d’actions horrifiques se succèdent. Tess, la fille du professeur disparait et ce dernier désormais convaincu qu’il est la proie de l’Innommé, en l’occurrence Belial un des fidèles serviteurs du Malin, va se lancer dans une folle poursuite pour retrouver son enfant aux prises avec l’armée du Diable. Ainsi chroniqué, on pourrait penser à un énième thriller terrifique aux effets prévisibles. Il n’en est rien. L’écriture est subtile, l’intrigue originale et énigmatique, les personnages troublants et les thèses exposées nourries aux meilleures sources. Jusqu’à la fin tombant lentement comme la goutte d’une carafe de Murano


Le_ROY3.jpg Marilyn X de Philip Le Roy. Le Cherche Midi
La littérature complotiste a ses chouchous. Ces stars que d’aucuns croient bel et bien disparues et qui couleraient des jours heureux loin des regards du monde. Elvis Presley, Jim Morrison, Lady D, Mickael Jackson, Claude François ou Dalila entre autres. Pour les défenseurs de ces thèses, les faux disparus ont voulu retrouver un paisible anonymat que leur vie étincelante hypothéquait lourdement. Philip Le Roy que nous avons soutenu dès 2005 et son Dernier Testament, s’empare du cas de Marilyn Monroe qui occupe une place de choix dans cette liste macabre et dont la mort fut, certes avérée, mais les conditions de celles-ci restées à jamais obscures. Le Roy en spécialiste du thriller occultiste échafaude une intrigue basée sur la découverte de carnets écrits par on ne sait qui et découverts par un couple de voyageurs dans l’incendie d’une ferme américaine loin de tout, en territoire navajo. Ces carnets révèlent que Marilyn ne s’est ni suicidée, ni n’a été victime d’un assassinat commandité par les Kennedy ou la Mafia, mais a voulu fuir définitivement ce marigot hollywoodien dans lequel elle se perdait un peu plus tous les jours. Elle aurait organisé sa disparition en faisant chanter Bobby Kennedy le menaçant de révéler ses rapports avec le Président. Depuis cette nuit du 5 aout 1962, elle vivrait encore, retirée. Au fur et à mesure que le couple avance dans leur lecture, Marilyn apparait comme une femme à la grande sensibilité, poétesse à ses heures, que le monde du cinéma ne voulut jamais considérer à sa juste valeur. On tombe parfois dans l’invraisemblance et le rocambolesque. Mais n’est-ce pas aussi tout le charme d’un thriller conspirationniste ?

PKerr.jpg Le Mercato d'Hiver de Philip Kerr. Le Masque
Il nous a paru plus pertinent d’attendre la fin de l’Euro 2016 pour publier cette chronique du Mercato d’Hiver. En effet, après un mois vécu au rythme du football, de ses joueurs, ses supporters, ses spécialistes, ses rites et ses arcanes, le livre de Philip Kerr propose une toute autre résonance. On sait l’attachement que nous portons à cet auteur écossais et à la série des Bernie Gunther qui l’a rendue mondialement célèbre faisant de lui un spécialiste incontesté de l’histoire du IIIe Reich. On ne s’attendait pourtant pas à voir Kerr balancer soudain du côté du ballon rond. Le génial David Peace avait il y a quelques années proposé un très pointu Rouge ou Mort (cf. archives) dans lequel il brossait la biographie footballistique de Bill Shankly, manager historique de Liverpool. Philip Kerr lui emprunte une phrase quand il écrit : "Certains pensent que le football est une question de vie et de mort… Je peux vous assurer que c’est beaucoup, beaucoup plus important que ça". Kerr avec son confondant talent de narrateur supra documenté nous plonge dans le quotidien d'un club de foot londonien imaginaire (qui ressemble assez à Arsenal dont l’auteur est supporter) où est commis le meurtre du manager général. C’est Scott Manson, l’entraineur – ancien joueur et ancien détenu condamné par erreur - qui va être chargé par le propriétaire ukrainien du club de découvrir le coupable. Philip Kerr applique les mêmes recettes que dans les "Bernie" - un peu trop peut-être. Scott Manson est très proche de l’Allemand par son côté rationnel, rusé, retors et rebelle. Personnage charismatique, il nous guide dans un univers passionnant fait de bruits, de fureurs et d’intérêts. A regretter toutefois une intrigue un peu faible. Soyons certains que dans le prochain match annoncé pour la rentrée d’automne, Philip Kerr affinera son système de jeu.

PC5.jpg Mortel Sabbat de Preston & Child. L'Archipel
Après le rythme endiablé des deux dernières aventures d’Aloysius Pendergast, Mortel Sabbat opère comme une bombe à retardement. En effet, ce nouvel opus débute comme une enquête de Columbo et s’achève en une sorte d’Amityville… Nous ne redirons pas tout le bien que nous pensons des folles péripéties vécues par le héros de Preston & Child depuis La Chambre des Curiosités (2003). En dépit des outrances, des invraisemblances et du fracas que contient chaque titre, on est sans cesse ébloui par l’inventivité, l’érudition, le romantisme et le décalage de cette saga. Ici, Pendergast, sur la seule foi de sa réputation est engagé comme détective par un riche sculpteur d’Exmouth dans le Massachusetts à qui on a dérobé sa cave de vins précieux. Accompagné de sa pupille surdouée Constance Greene qui prend dans ce nouveau chapitre une place décisive, Pendergast va mettre son acuité coutumière au service d’une impossible enquête où se mêlent sorcellerie (l’histoire se passe à côté de Salem...), meurtres anciens et crapuleux commis par des naufrageurs fondateurs de la ville d’Exmouth, abominables secrets de familles, remontée dans le temps et métempsychose (dont Pendergast a le secret…) et chasse aux démons meurtriers. Preston & Child ont choisi dans Mortel Sabbat de creuser leur sillon fétiche de l’occultisme d’une manière qui n’emprunte jamais au style ésotérique et galvaudé initié en son temps par le Da Vinci Code. On pourra regretter que seuls Constance et Aloysius parmi les héros récurrents n’apparaissent dans cet acte limitant ainsi les histoires parallèles et les rebondissements (on en veut toujours plus…) mais la fin nous rassure illico face à ce qui nous attend dans une inéluctable suite. Vite !

WWalker.jpg Tout n'est pas Perdu de Wendy Walker. Sonatine
Tout n’est pas Perdu est un livre terrible. Singulier et révolutionnaire. Depuis La Maison du Dr Edwards et Avant d’Aller Dormir en passant par l’œuvre de Jonathan Kellermann entre autres, la figure du psychiatre hante le thriller. Médiateur intimidant et traqueur de névroses, il occupe pourtant rarement le devant de la scène - sa science le ramenant au rôle de comparse de luxe. Ici, et par le jeu d’un schéma narratif époustouflant nous ne découvrons qu’à la page 73 que le narrateur est un psychothérapeute ayant affaire dans le secret de son cabinet à l’ensemble des protagonistes du drame. Allan Forrester suit la petite Jenny Kramer, victime d’un viol odieux, et qui a subi un traitement post traumatique destiné à lui faire oublier la terrible épreuve. Mais, il reçoit aussi ses parents démolis par l’événement et cherchant à faire la lumière sur le crime. Wendy Walker, pourtant avocate, s’adresse à son lecteur en psychiatre averti. Comme Irvin Yalom sait si bien le faire par exemple. Elle laisse à Alan Forrester les clés d’une voiture qui va très vite s’emballer quand celui-ci découvre que son propre fils pourrait être l’auteur du viol. Dès lors, nous assistons à un savant retournement de situation où le thérapeute met en place une stratégie dévoyée qui va à l’encontre de toute déontologie en brouillant les pistes et en influençant ses patients. Rarement nous a été donné d’être confronté à une intrigue si puissamment et si subtilement menée. Car, l’effet recherché par l’auteure est davantage la machinerie – au sens théâtral du terme – mise en place que les raisons et les auteurs du drame néanmoins finalement identifiés. Dans cette défense obsessionnelle et quasi animale de son enfant dont nous vous laissons le soin de découvrir le niveau d’implication, le psychiatre démiurge se range du côté des âmes grises et corrompues.

Delzongle.jpg Quand la Neige Danse de Sonja Delzongle. Denoël
Généralement nous ne sommes guère sensibles aux polars français se déroulant aux Etats Unis. En effet, il est rare d’y retrouver l’ambiance si particulière propre à la littérature policière anglo-saxonne. Pourtant, Sonja Delzongle évite magistralement ce premier écueil au point que notre premier réflexe fut de chercher le nom… du traducteur ! Écriture sans bavure, psychologie des personnages proche des reines du frisson (Hayder, Gerritsen…) et ambiance Amérique profonde garantie. Après ce pari remporté, Sonja Delzongle dont le premier roman Dust avait souligné la singularité, devait convaincre avec une intrigue à la hauteur des espoirs placés en elle. Elle y réussit quasi parfaitement avec cette sombre histoire de fillettes disparues à Crystal Lake. Illinois. Quatre gamines enlevées dont chacune des familles a reçu des poupées aux cheveux humains et aux vêtements correspondant à ceux des disparues comme un avertissement ou une compensation… L’un des malheureux papas, le Dr Joe Lasko, va faire appel à une détective privée accompagnée de Hanah Baxter la fameuse profileuse au pendule. Dès lors, va se mettre en branle une épineuse enquête truffée d’horreurs et de fausses pistes. C’est précisément ici – dans la complexité de l’intrigue que Sonja Delzongle pèche un peu par excès de détails. On se retrouve parfois un peu perdu face à la complexité des faits que, il est vrai, chérissent les auteurs américains. Reste un thriller efficace, remarquablement écrit et dont l’originalité souligne encore davantage la place désormais importante de son auteur dans le concert des nouveaux maitres du suspense.

NF2.jpg La Fin Approche de Nicci French. Fleuve Noir
Les célèbres et talentueux Nicci French mirent du temps à composer et a s’appuyer sur un héros récurrent comme décidément la plupart de leurs confrères. Mais venant d’eux on ne pouvait avoir affaire qu’à une personnalité singulière et n’empruntant que peu au figure classique du polar. En effet, Frieda Klein, psychothérapeute de son état, ne coche que très peu des cases des obligations fictionnelles de ses pairs. Voilà le cinquième opus que l’on suit ses aventures rythmées par les jours de la semaine et, comme l’indique ce chapitre La Fin Approche. Frieda qui attire le malheur comme d’autres les mouches doit ici faire face aux accusations de meurtre sur Sandy son ex amant retrouvé mort dans la Tamise. Comme à son habitude, énigmatique et peu loquace, Frieda dont le dossier judiciaire est aussi encombrant que la poisse qui la poursuit n’a de ressource que la fuite et la tentative personnelle de résolution de ce nouveau drame. S’appuyant souvent malgré elle sur le soutien indéfectible de Josef son ami Ukrainien, de Reuben son psy et du commissaire Karlsson, Frieda va s’attacher à renouer les fils d’une affaire difficile et ténébreuse qui à tout moment risque de le briser. Passionnant Cruel Vendredi qui une fois encore mêle avec brio les manières d’un thriller populaire avec les atouts d’une littérature plus audacieuse où la psychologie mais aussi le regard porté sur la nature dans toute son acceptation prennent toute leur signification. Nicci French sont parmi les rares écrivains policiers à évoluer dans une telle sphère d’empathie et de compréhension de leurs personnages comme de leurs contemporains. Pour les avoir interviewés, nous pouvons en attester.


Millar3.jpg Un Sale Hiver de Sam Millar. Le Seuil Policiers
Sam Millar est l’enfant du couple improbable constitué par Raymond Chandler et Ken Bruen. Du premier, il tient le goût pour les intrigues touffues, les héroïnes perdues et les incarnations viriles, du second – irlandais comme lui – il possède l’érudition et le tropisme des répliques choc. Depuis qu’il narre les aventures de Karl Kane, Millar va en se bonifiant. Ce privé désinvolte et retors endosse parfaitement le costume du détective de concours et sa jeune et belle compagne qui lui sert aussi de secrétaire n’en rajoute que davantage à son charme. Un matin, Kane tombe sur une main coupée déposée sur le seuil de sa porte. Cette indigeste découverte additionnée à la demande d’une jeune et jolie jeune femme de retrouver un vieil oncle vont plonger KK dans l’univers sombre de Ballymena, bien connue en Irlande pour son trafic de drogue, et le conduire dans le sinistre abattoir de Belfast qui était déjà le décor de l’excellent Redemption Factory (2010) avant que cette série ne débute. De mauvaises rencontres en fulgurantes intuitions, Kane va avoir à faire à un serial killer néo nazi antisémite aux méthodes plutôt "tranchantes". On notera que c’était aussi le thème du dernier John Connolly (voir chronique). Coïncidence ou préoccupation grandissante chez ces deux ténors du polar gaélique ? Un Sale Hiver après Les Chiens de Belfast et Le Cannibale de Crumlin Road installe réellement Sam Millar, après quelques années à chercher sa voie (lire On the Brinks), parmi le peloton de tête des durs à cuir de la littérature policière.

Adenle.jpg Lagos Lady de Leye Adenle. Métailié
La réputation criminelle de Lagos est établie depuis longtemps. Une légende urbaine raconte même qu’un jeu de rivalité s’est instauré entre les gangs de la métropole nigériane qui consiste à être le premier à tuer à la sortie de l’avion tout Blanc "non recommandé". Plus d’un quart d’heure étant considéré comme éliminatoire ! C’est dans ce territoire hostile que Guy, web journaliste venu couvrir les préparatoires des élections présidentielles, débarque à Lagos. Il va y rencontrer la très belle et énigmatique Amaka qui préside aux destinées d’une association caritative dont le but est la protection des prostituées traitées ici comme du bétail. Mais cette rencontre dans la terrible grande ville noire lui réservent bien d’autres surprises en particulier la découverte de crimes rituels exécutés pour un lucratif trafic d’organes. Avec une intrigue à la Elmore Leonard où les seconds rôles donnent tout le piment à l’histoire, le Nigérian Leye Adenle livre un premier roman enthousiasmant. L’écriture est précise, le rythme haletant et l’intrigue – on l’a dit – épatante. Sa connaissance du milieu est essentielle pour rendre ce que seule l’Afrique dégage par ses us et coutumes. Rien n’est caricaturé, tout est réel dans ces violences aveugles, ces plaisirs tarifés et ces contrastes sociaux déments. Et c’est bien là le drame africain… Pour autant, comme le dit avec un effrayant bon sens un policier dont le quotidien consiste à gérer cette fatalité mortifère à notre journaliste épouvanté : "Ce que vous avez vu ce soir, je vous conseille de l’oublier. Ces choses-là arrivent dans notre pays, mais des choses pires encore arrivent dans le vôtre – on le voit sans arrêt à la télé"

Seskis.jpg Six Femmes de Tina Seskis. le Cherche Midi
Le thriller psychologique a ses règles. Davantage que de nous effrayer, il nous force à questionner nos sentiments, à interroger nos vies, contempler nos passés en envisageant les futurs qui en naitront. Six Femmes répond parfaitement au cahier des charges en mettant en place ce qui commence comme un désordre émotionnel et va devenir une tragédie pour une bande de copines de fac (le sont-elles encore ?)… Ces six quadras tentent de se revoir vaille que vaille tous les ans et cette année un pique-nique a été décidé à Hyde Park. Tina Seskis, dont Partir avait retenu l’attention des connaisseurs, nous propose une galerie de portraits qu’elle définit ainsi elle-même : "Sioban l’étourdie, Natasha la fonceuse, Sissy l’indulgente, Juliette l’écorchée vive, Renée l’ironique, Camilla la mère poule" et dont la réunion ressemble un peu à la définition de la catastrophe. Le pique-nique tourne court cédant sous les coups de boutoirs des attaques personnelles, des réflexions acides et des accusations perfides. Surtout, Sioban s’écartant du groupe se noie dans le Serpentine. Chacune en prendra conscience le lendemain, les vapeurs d’alcools et de rancœurs recuites dissipées. Tina Seskis va dès lors remonter le fil de ces amitiés anciennes souvent – comme les nôtres – basées sur des malentendus, des vexations ou des rivalités. Au fil des pages, on se rendra compte que chacune des protagonistes a sa part de culpabilité et d’égoïsme et que la mort de Sioban résonne comme le testament d’amitiés trop souvent menées sans conviction. Tromperies, infidélités, jalousies, cachotteries trouveront leur funeste conclusion dans un Hyde Park crépusculaire. Évoquant les meilleurs romans de Nicci French, Six Femmes est d’une efficacité rare en évitant les pièges de la sensiblerie pour toucher au cœur de l’âme humaine.

Connolly3.jpg Le Chant des Dunes de John Connolly. Presses de la Cité
Il en va des romans de John Connolly comme des marées. Certaines sont plus hautes que d’autres, charrient davantage de vestiges et d’épaves, déplacent plus ou moins d’écume. Le Chant des Dunes est à tout point de vue semblable à une grande marée d’équinoxe. Et ce n’est pas cette mystérieuse noyade inaugurale qui nous contredira ni le décor hors saison de Boreas petite station balnéaire du Maine où Charlie Parker s’est retiré après avoir miraculeusement échappé à la mort dans l’opus précédent (Sous l’Emprise des Ombres) Parker, homme d’actions déchu et damné, semble attirer le malheur quand on découvre un cadavre rejeté par la mer non loin de son provisoire point de chute. Parker pourtant n’essaye que de se remettre et d’oublier. Difficile quand on a une jolie voisine dont la fille est du même âge que celle du détective et dont le comportement énigmatique va la conduire à être sauvagement assassinée par un tueur monstrueux au service de plus dangereux que lui. La maman était juive comme le cadavre repêché et Parker aura, aidé par les inséparables Angel et Louis, vite le sentiment qu’un commando d’anciens nazis agit dans l’ombre. Superbe évocation de ces vieux tortionnaires s’arcboutant à une solidarité obsolète. Faisant encore le ménage pour cacher leurs atrocités comme dans ce camp de Lubsko qui accueillait en 1945 les juifs les plus aisés pour les faire cracher – dans un simulacre de bons traitements – l’emplacement de leurs richesses. Se jouant des faux semblants, Charlie Parker va s’accrocher à ses maigres forces et, une fois de plus, détrôner le Mal.

Cleave2.jpg Un Prisonnier Modèle de Paul Cleave. Sonatine
Après trois romans certes réussis Paul Cleave revient tout de même vers le héros qui a fait sa gloire en 2010 soit Joe Middleton l’Employé Modèle devenu ici Un Prisonnier Modèle. Retour en arrière. Quand Cleave donna vie à Joe Middleton, il mit également en branle une littérature policière originale et saignante. Originale par la sympathie qu’attirait son héros – également narrateur, personnage volontairement veule et benêt travaillant comme agent d’entretien dans un commissariat de Christchurch. Nlle Zélande. Originale aussi par cet humour décapant imprégnant l’écriture qui renvoyait autant à Jeff Lindsay (Dexter) qu’à Charlie Huston (Le Vampire de New York) et qui n’est jamais facile d’associer au crime. Crime d’autant plus affreux qu’il est multiple, aveugle et sans limite. Un Prisonnier Modèle (Joe Victim en anglais – c’est important !) débute quand Joe purge sa peine depuis un an et attend son procès qui déchaine les passions réveillant la tentation de la peine de mort. En prison, après avoir été un bourreau, Joe est devenu une victime expiatoire. Proie des matons et de codétenus malintentionnés, incompris des psys et des avocats, Middleton espère candidement une prochaine libération et ses retrouvailles avec Melissa son âme sœur, complice de ses derniers meurtres. En effet, à l’extérieur les choses s’activent et l’on suit avec un intérêt jamais démenti les manœuvres meurtrières de Melissa devenue la reine de la mort pour faire sortir Joe et de l’ex inspecteur Shroder qui lui l’avait fait coffré. Tout ceci est traité sur un mode décontracté et malin sans nous priver des délices d’une intrigue ébouriffante de rebondissements, de frissons et de suspense

Pavone.jpg L'Accident de Chris Pavone. Fleuve Noir
Le thriller littéraire est une niche assez peu explorée pour susciter intérêt et curiosité et conférer à l’Accident de Chris Pavone une place toute particulière. En effet, aujourd’hui c’est plutôt sur le web et les réseaux sociaux en particulier que tout se joue. La toile est l’idéal vecteur des infos les plus folles et l’antre du mal quand celui-ci décide de s’y distinguer. Pavone rend au livre ses vertus et sa dimension mystérieuse que Dante, Nietzsche, Dick ou Eco avaient en leur temps mis à jour. Le monde de l’édition new-yorkaise est brutalement bouleversé par la parution imminente d’un manuscrit à charge concernant un magnat de la communication people. Homme trouble au passé gênant qu’il cherche à cacher depuis toujours. Ce brulot au titre énigmatique l’Accident va parvenir à une célèbre agent littéraire qui va vite en comprendre la portée et l’extrême toxicité. Dès lors, une grenade est prête à exploser et ce n’est pas la mort de son assistante et l’intérêt oblique dont manifeste ses concurrents qui vont la contredire. Une course poursuite s’engage entre la détentrice du manuscrit, le supposé auteur et… les services spéciaux du gouvernement ! C’est peut-être là où le bât blesse. Trop de protagonistes dans ce passionnant polar au demeurant. L’exploration du monde littéraire est saisissante et suffirait à combler le lecteur. L’introduction de l’espionnage tapageur dans le monde feutré et solitaire de l’écriture risque de faire crisser les sensibilités et ne se justifie pas toujours. Reste un thriller haletant, instructif et moderne. De quoi contenter les amateurs de livres dangereux ou non.

kirk.jpg Méthode 15-33 de Shannon Kirk. Denoël
Les enlèvements d’enfants ont toujours constitués un sujet bien particulier dans l’univers du thriller. Des crimes pédophiles aux snuff movies, ils incarnent le mal. De par la charge émotionnelle qu’ils véhiculent, ils saturent l’espace de la narration et confèrent aux intrigues des passages souvent obligés par la morale ou la simple humanité. Méthode 15-33 révolutionne le genre. Une jeune fille de 16 ans est enlevée – jetée dans une camionnette - devant son école et séquestrée pendant plus d’un mois. Les kidnappeurs ne veulent pas de rançon, d’avantages particuliers ou leur moment de célébrité. Juste l’enfant qu’elle attend ! Vendeurs de bébés pour couples sans scrupules. L’horreur de l’emprisonnement est ainsi abominablement doublée. La victime est une surdouée qui va dès lors mettre toutes ses capacités intellectuelles et physiques en œuvre pour se libérer de son ravisseur. Shannon Kirk, avocate à Chicago mène son histoire comme on instruit une affaire et prépare une plaidoirie. Rien n’est laissé au hasard, tout fait sens. Son personnage, boule de haine assoiffée de vengeance, fomente un plan à la préparation militaire et à la détermination sans failles. Parallèlement, un duo de flics viendra finir le travail telle la cavalerie toujours un peu en retard mais toutefois indispensable. Entre Mo Hayder pour la qualité narrative et l’inventivité et Chuck Palahniuk pour le style effrayant et moderne, Méthode 15-33 est truffé de trouvailles et de détails saisissants. Empruntant autant au style gothique qu’au "survival", il révèle une auteure sur laquelle on devra désormais compter.
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kerr8.jpg La Dame de Zagreb de Philip Kerr. Le Masque
De retour de sa terrible mission polonaise, Bernie Gunther, plus que jamais anti nazi, change de maître – conséquence de la mort de Heydrich à Prague. Auréolé de sa réputation flatteuse de super flic et de grande gueule, Gunther, désormais sous les ordres de Nebe va se voir confier par Joseph Goebbels, qui apprécie son insolence quand elle peut le servir, une mission à priori plus récréative que l'inspection des quatre milles cadavres de Katyn. En effet, le ministre de la propagande s'est une fois encore entiché d'une actrice. Mais Dalia Dresner renâcle à lui rendre la pareille et à tourner dans le prochain film qu'il produit. Bernie devra lui faire entendre raison et la ramener dans le chemin du bon docteur. Arcanes de l'amour et du hasard, Bernie et Dalia s'éprennent l'un de l'autre et notre capitaine de la SD va se rendre en Croatie pour exaucer le vœu le plus cher de la jeune femme : savoir ce qu'est devenu son père. En terre oustachi (milices croates proches des SS) Bernie va connaître l'horreur d'autres épurations ethniques plutôt prémonitoires. Les croates découpant du serbe sous la férule du colonel Dragan, papa de la délicieuse actrice. A cet enfer yougoslave vont s'ajouter pour Gunther de nombreuses péripéties helvètes pour le moins désagréable comme passer pour un général SS et compter ses dernières heures dans d'effroyables conditions. Encore une fois, Philip Kerr mêle l’évocation historique érudite et pointue à une intrigue policière qu'un Chandler n’aurait pas reniée. Décidément après Deon Meyer, Philip Kerr a lui aussi son BG et ce sont des initiales qui portent sacrément chance à leurs auteurs.

Meyer6.jpg En Vrille de Deon Meyer. Seuil Policiers
Après ses derniers opus rapides et fiévreux, Deon Meyer revient - même s'il ne s'en est jamais réellement éloigné - avec « En Vrille » à ce qu'il fait le mieux : les fouilles de l'âme humaine. Benny Griessel, miné par le suicide d'un collègue et mal remis des dégâts collatéraux de sa précédente enquête (cf. Kobra), retombe un temps dans l'alcool occasionnant ainsi des troubles préjudiciables aux Hawks sa bien aimée brigade. Mais que Benny soit sobre ou non n'arrête pas le monde ni sa soif de meurtres. Un jeune dirigeant de site internet fournissant des alibis aux personnes adultérines est découvert mort dans un domaine viticole proche du Cap. Des personnalités politiques sont mêlées installant dès lors le scandale. Deon Meyer en conteur hors pair choisit par le biais d'un fait divers aux résonances très contemporaines de brosser en parallèle l'histoire d'une famille viticole afrikaner. Comme un Autant en Emporte le Vent du bout du monde, il nous plonge dans un roman familial dramatique et poisseux et nous instruit de l'histoire du vin sud-africain aujourd'hui mondialement reconnu. A la faveur d'un schéma narratif ondoyant et implacable Deon Meyer, par Benny Griessel interposé, mesure au trébuchet la société sud africaine. Avec ses forces et ses faiblesses. Une fois de plus, on reste sans voix devant tant de talent, d'humanité et de capacité à bouleverser et à captiver le lecteur. Encore une fois, on est tenté de jouer des superlatifs les plus flatteurs.

Mina3.jpg La Nuit où Diana est Morte de Denise Mina. Le Masque
Depuis que Denise Mina a introduit l'inspectrice Alex Morrow dans ses enquêtes, incontestablement la densité de son écriture et la force de son imagination s'en sont trouées modifiées et ont pris un tour saisissant. Accessoirement, elle a fait passer l'auteur à un rang supérieur. Dans ce troisième opus mettant en scène cette femme bouleversante, on avance dans un brouillard psychologique épais et terriblement émouvant. Une histoire ancienne qui vit Rose, une jeune délinquante désespérée tuer successivement – sombre coïncidence, la nuit où la princesse Diana perdit la vie - son souteneur et un copain ne valant guère mieux. La jeune femme fut défendu par un brillant avocat qui lui confia à sa sortie de prison la garde de ses petits enfants. Mais l'avocat est-il celui qu'on croit et Rose la rachetée parfaite. Drame bourgeois, sinistre tragédie pédophile, vengeances mal recuites, c'est entre ces enjeux qu'Alex Morrow mère de deux charmants jumeaux et demi sœur d'un malfrat local devra trancher. La Nuit ou Diana est Morte mêle enquête tortueuse, polar procédural et réalisme social dans une ambiance écossaise étouffante où les souvenirs prennent des allures de terribles secrets qu'une génération finie n'aura jamais pus enfouir tout à fait.

Harris.jpg Le Réseau Fantôme d' Oliver Harris. Seuil Policiers
Passionnant ce jeu de piste énervé dans les entrailles secrètes de Londres… A la faveur d'une ronde menée avec la désinvolture mais l'efficacité propre à Nick Belsey ce dernier va entamer la poursuite d'un chauffard qui finira par disparaître dans un tunnel souterrain. Assez profond et équipé pour exciter la curiosité de notre jeune et intrépide constable ! Il y conduira même, en guise de rendez-vous insolite, sa jeune conquête qui y restera prisonnière. Dès lors, va s'engager une suffocante course poursuite avec un mystérieux adversaire mi agent de l'ombre mi paranoïaque excité. Oliver Harris indiscutablement rebat les cartes du thrillers londonien. Alerte, inventif, moderne, Le Réseau Fantôme est de ces rares lectures que l'on attend de retrouver dans le calme d'un endroit douillet. L'auteur spécialiste de l'Angleterre souterraine nous plonge dans le réseau d'abris anti aérien du Blitz puis anti nucléaire de la Guerre Froide en y greffant une intrigue fouillée qui revient sur des faits historiques méconnus voire secrets. On trouve pèle mêle dans cet excellent roman suspense, énigmes historiques, psychanalyse et politique. Nick Belsey quant à lui offre une figure de personnage nouveau genre, mi ange mi démon terriblement séduisant. Atout charme !

Watson2.jpg Une Autre Vie de S. J. Watson. Sonatine
On suit une femme, Julia, dans une galerie d’art, venue voir un cliché qu’elle a pris il y a des années, aujourd’hui devenu célèbre. Puis elle rentre chez elle. De loin, elle voit son mari sur le seuil de sa maison, l’air inquiet. Aussitôt elle pense à leur fils Connor – lui est-il arrivé malheur ? En quelques lignes S. J. Watson nous a retourné… Avec Avant d’Aller Dormir, il avait signé un des meilleurs thrillers psychologiques de ces dernières années en remettant l’amnésie au premier rang des arguments policiers. Ici, encore une fois c’est à une héroïne qu’il attache nos pas. Une Autre Vie met en scène une femme sur le fil, tentant la normalité quand l’excès la hante. Julia perd sa sœur assassinée à Paris dans des conditions obscures. Kate dont elle élève l’enfant trainait sur Internet. Assoiffée de sensations et d’alcools profonds, Julia s’y fondra à son tour pour remonter une piste et aussi se perdre. Watson ne se soucie guère de vraisemblance. Il tord la réalité à son gré. Mais ce roman piège est un sortilège. Julia va rencontrer un jeune homme séduisant et fantasmatique. Se persuadant qu’il peut lui faire découvrir la vérité sur la mort de Kate, Julia, dès lors, va transgresser tous les tabous et vivre un amour dangereux et toxique en nous entrainant dans un grand huit provocateur d’hallucinants vertiges. Avec S. J. Watson, la peur n’évite certainement pas le danger.

Sire_Cedric.jpg Avec tes Yeux de Sire Cedric. Presses de la Cité
Nous avons découvert Sire Cedric et son univers terrifique avec des sentiments partagés. Avec tes Yeux, premier opus de l’auteur à paraitre dans une collection prestigieuse : Sang d’encre hôte de Mo Hayder ou de Tess Gerritsen, révèle des trésors d’invention comme des désinvoltures criantes. Thomas, le héros, en proie à une rupture sentimentale et à des insomnies suspectes, se voit plongé en enfer quand il découvre, à la suite d’une séance d’hypnose, qu’il voit au travers des yeux d’un dangereux criminel. Impuissant face aux crimes commis sous ses yeux, Thomas en tentant d’enrayer cette spirale diabolique va se retrouver en première ligne et sous le feu de la police. Dès lors, assisté d’une jeune hackeuse et d’une inspectrice débutante mais douée et croyant en ses élucubrations, il remontra une piste vieille de dix ans qui le mènera à un redoutable criminel schizophrène. Ici, le meilleur (originalité de l’intrigue, suspense parfaitement entretenu, qualité des personnages, connaissance des thèmes visités…) côtoie parfois le médiocre (clichés socio-politiques, naïvetés narratives, complaisances horrifiques…) Nous mettrons ça sur le compte de l’inexpérience et aussi d’un certain enthousiasme mal maitrisé (difficile de jouer avec la parfaite horreur…) Néanmoins, Avec tes Yeux possède la vertu cardinale -pour un thriller de donner l’envie de poursuivre la lecture jusqu’au bout de cinq cents pages. Sire Cedric, une fois domestiqués quelques habitudes un peu schématiques devrait naturellement s’inscrire à l’instar d’un Thilliez ou d’un Chattam dans la lignée des maîtres de l’horreur français..

Pobi.jpg Les Innocents de Robert Pobi. Sonatine
Après toutes ces années de lectures critiques, à quoi reconnait-on encore un thriller d’exception ? Vraisemblablement à la puissance des personnages et à la transgression des tabous. Ces deux atouts sont tout entier dans ce deuxième opus de Robert Pobi, déjà auteur du très remarqué L’Invisible. Les Innocents met, en effet, en scène une inspectrice de choc tout à fait remarquable. Alexandra Hemingway est une riche héritière qui n’a pas voulu profiter de cette manne au profit d’une vie dangereuse et ultra violente qui l’a déjà conduite aux pires situations. Cette solide carapace l’aideront – tout juste - à affronter un tueur s’en prenant à des garçons… de dix ans ! Les enfants sont uns des derniers tabous à rester guère solubles dans le polar. Si l’on y rajoute que ces malheureux mômes sont affreusement mutilés et qu’Hemingway est enceinte au moment de ces crimes, on peut se faire une idée de la terrible tension qui pèse sur cette lecture. Pourtant, on reste accroché à ces lignes tant l’inventivité et la force l’emportent sur le morbide et la nausée. Pobi, parfaitement maître de sa langue comme de ses effets, nous tétanise d’effroi en même temps qu’il nous remplit d’aise. L’enquête nous entraine à la poursuite d’une créature démoniaque qui suit un plan mortel horrifiant : tuer tous les enfants nés d’un père donneur – médecin aux vues eugénistes – et de parents (papa ou maman) très riches souhaitant une descendance exceptionnelle. C’est là que le bât blesse. Le médecin escroc a multiplié ses prestations en promettant à chacun l’exclusivité. Aller plus loin serait la garantie de priver le lecteur de l’effarent suspense du dénouement. Reste à lui de vivre une des aventures policières les plus extraordinaires de ces dernières années. Capital.

Bjork.jpg Je Voyage Seule de Samuel Bjork. JC. Lattès
Au moment où Henning Mankel – celui qui contribua en large part à son avènement et à sa mode – disparait, le polar scandinave n’en peut plus de s’étendre dans les rayons des librairies. Pour des bonheurs inégaux, force du nombre faisant loi. Je Voyage Seule était donc commencé avec une appréhension de déjà lu pénalisante. Les premières pages vives et originales gagnent l'attention et une confiance naissante. Celle-ci ne sera pas déçue tout au long des cinq cents pages du roman de Samuel Bjork pseudo de Frode Sander. Raconter l’histoire de ce thriller sauvage est risqué tant on peut passer à côté d’un des aspects de l’intrigue particulièrement riche. De plus, la découvrir est le privilège du seul lecteur. En bref, une unité spéciale de la police norvégienne à la tête de laquelle exercent le retors et empathique Holger Munch et Mia Kruger criminologue géniale et dépressive, enquête sur la mort de quatre petites filles retrouvées déguisées en poupée et portant autour du cou l’inscription "Je voyage seule", à l’instar des jeunes passagers. Ils peineront à découvrir, lancées dans nombre de fausses pistes, une tueuse sans pitié animée par une folie meurtrière liée autant à l’argent qu’au désordre de sa vie maternelle. Le pari était difficile de faire intervenir pléthore de personnages et autant d’intrigues et d’arguments secondaires. Beaucoup s’y perde. Pas Samuel Bjork qui tisse une toile dense et solide campant d’excellents personnages avec une mention spéciale pour Mia Kruger qui, dans un tout autre registre, a le charisme de la Lisbeth Salander de Millenium. On peut faire pire !

Suter2.jpg Montecristo de Martin Suter. Christian Bourgois
Martin Suter n’en finit pas de nous ravir et Montecrito, son dernier roman paru fin aout ne fait que confirmer notre sentiment. Modèle de construction, de virtuosité et d’efficacité, ce méta-thriller financier fait merveille. Son héros, Jonas Brand vidéo reporter compétent mais dilettante a comme réelle ambition de tourner pour le cinéma une version modernisée du Comte de Montecristo. Le hasard et les coïncidences, dont nous verrons bien sûr qu’ils n’existent pas, l’aiguilleront vers une piste autrement moderne et tout aussi tragique. Par la découverte (ici, bien le fruit du hasard !) en sa possession de deux billets de banque strictement identiques, Jonas avec le concours de sa belle petite amie, attachée de presse des stars, et de son mentor, journaliste économique, va remonter une piste brulante aux pavés lourds de mauvaises intentions. De chapitres haletants, à l’imbrication déconcertante en personnages puissants, banquiers véreux et bandits en cols blancs, Montecristo nous emporte bien plus loin que la majorité des textes supposés y parvenir. Avec son air de ne pas y toucher, d’ « helvétiser » tout son propos en le rendant aussi propre et neutre que ce paradis anachronique, Martin Suter brosse un portrait cruel et sans concessions de la finance suisse et de ses vices séculaires, Montecristo est d’une inventivité rare, d’une écriture à la distance narrative impeccable – rarement auteur n’est autant au service de sa seule intrigue – et d’un brio confondant. Si l’on y rajoute un suspense digne du Hitchcock de la période anglaise, on comprendra l’importance de sa lecture.

james_3.png Que Sonne l'Heure de Peter James. Seuil Fleuve Noir
Après le succès du fulgurant Comme une Tombe paru en France en 2005, Peter James fut confronté à une alternative faustienne même si elle était guère maîtrisable : produire le plus souvent possible un polar à l’intrigue inoubliable (comptez bien, ils sont si rares...) ou publier chaque année ou presque, un opus bien ficelé, aux trouvailles épatantes servi par un héros récurrent tenant parfaitement la route ? Bien sûr, la réponse est dans la question. Comme une Tombe ne connut jamais d’égal mais Peter James a gardé l’infini talent de nous servir des thrillers subtils, gourmands de suspense et forts en personnages. Comme toujours situé à Brighton, Que Sonne l’Heure, est une grande allégorie sur la fuite du temps et la capacité qu’on certains humains à la suspendre ou pas. Roy Grace est, au bord du mariage, devenu Papa avec sa légiste de femme, la splendide Cleo, quand lui tombe sur les bras deux problèmes : la mort avec violence et vol de nombreuses antiquités d’une femme âgée de 98 ans et la remise en liberté de Amis Smallbone qui a juré sa perte et celle de sa famille. C’est le premier cas qui constitue l’épaisseur du roman. On voyagera dans le temps (tout commence en 1922...), dans le monde de l’horlogerie (bienvenus aux amateurs de Patek Philippe et autres belles tocantes...) et de ses arcanes financières et l’on suivra les truands de Brooklyn à Brighton en passant par Marbella. Sans trêve et sans repos, Que Sonne l’Heure est un bon Peter James comme on les aime, nerveux et imaginatif. Enfin, les fidèles de la série verront comme à la fin du précédent titre Que ta Chute Soit Lente, la réapparition de Sandy la femme de Roy Grace disparue de longue date. A suivre... de près !

Ellis.jpg 16 Ans Après de David Ellis. Le Cherche Midi
Le domaine du thriller est souvent le territoire de la surenchère. Stimulé par l’importance prise par le polar dans les séries TV où les scénaristes sont sans cesse à la manœuvre, les auteurs de thrillers doivent à leur tour rivaliser d’imagination. Sans tomber dans l’exagération ! 16 Ans Après de David Ellis (publié aux USA en 2007) a précisément les défauts de ses qualités. Un pitch béton, un schéma narratif original et ondoyant (narrateur, narrateur A, narrateur B, mix) et un final parfaitement amené en font un roman singulier. En revanche, la soif de l’auteur à sophistiquer l’intrigue, embrouiller les pistes et terrifier le lecteur l’amènent à un excès de complexité qui entraîne parfois un déficit d’intérêt. On parle ici d’une série de crimes commis en 1989 sur des jeunes filles, certaines étudiantes d’autres prostituées. Ces meurtres ritualisés conduisent très vite Paul Riley l’assistant du procureur à arrêter et à faire emprisonner un parfait coupable avec aveux à l’appui. Aveux certes mais aveux troublants. Seize après, en 2005, le cauchemar se reproduit avec une nouvelle kyrielle d’assassinats quasi similaires qui font frémir chanceler les certitudes de Riley devenu entre temps avocat d’un puissant homme d’affaires dont la fille compte parmi les nouvelles victimes. Dès lors, David Ellis jouera avec ses personnages comme avec ses lecteurs. Seul, le couple de flics chargé de l’enquête échappe à la suspicion. Riley poursuit-il un plan machiavélique ? Son client a-t-il peur que l’on découvre des secrets de famille poisseux ? Ou encore, ce tueur que l’on suit dans sa folie meurtrière est-il un simple imitateur du criminel arrêté seize ans plus tôt ou son double ? C’est à ces nombreuses questions que seront confrontés aussi les lecteurs.

PC3.jpg Labyrinthe Fatal de Preston & Child. L'Archipel
Avant toute chose – dont celle de louer forcément ce nouvel opus des enquêtes de l’inspecteur Pendergast – nous voudrions rendre un hommage appuyé à Sébastien Danchin, remarquable traducteur de cette saga érudite, ultra documentée à l'écriture sophistiquée. Danchin a su depuis le début de ces enquêtes faire émerger les ambiguïtés du texte et de son sous texte. Dont acte. Labyrinthe Fatal pousse encore plus loin la singularité de cette série hors du commun et entraîne notre cher Aloysius aux frontières de la mort... voire outre. Parapsychologie et métempsychose sont à l’honneur dans cette terrifiante histoire qui nous livre, entre autres, les origines de la fortune des Pendergast. Un ébouriffant début précise les enjeux : dans le soir calme de sa résidence de Riverside Drive, Aloysius découvre le cadavre de son diabolique fils Alban pendu devant sa porte. A partir de là, c’est à une frénésie policière que nous soumette Preston & Child. Pendergast et le fidèle D’Agosta devront découvrir les raisons de la mort de cette incarnation du mal et de celle d’un insignifiant chercheur du Museum d’Histoire Naturelle de New York, décor fondateur de la saga. Preston & Child mettent le curseur très haut et, ce qui sous la plume d’autres paraîtrait invraisemblable et grotesque devient de la littérature policière de très haute volée. Pendergast laisse à chaque enquête davantage encore de son âme. Quant à nous, il nous fait la grâce de visiter le jardin des supplices protégés par son aura barbare.

barclay2.jpg Celle qui en Savait Trop de Linwood Barclay. Belfond Noir
Linwood Barclay est un auteur de polar inventif, du type old school. Comment vous dire ? Vous voyez James Hadley Chase ? Pile poil 40 ans plus tard ! Le canadien creuse son sillon et son Fenêtre sur Crime nous avait passionné par la densité et l’originalité de son intrigue. Ce dernier opus, moins réussi toutefois, n’en reste pas moins très fréquentable par l’astuce qu’il déploie et qui nous tient en haleine jusqu’aux dernières lignes. Keisha Ceylon a eu l’idée d’apporter un « soutien divinatoire » aux proches de disparus. Ça ne coûte pas grand chose (enfin si 1000 $ en général...) et ça ne mange pas de pain quand toutes les pistes ont été explorées en vain. Mais, Keisha n’est pas plus voyante que nous sommes théologiens. Quand elle ne fait pas carrément équipe avec un disparu, elle plonge ses « clientes » dans un flou où elle sait faire merveille. Dans Celle qui en Savait Trop, Keisha rechigne au début à prendre comme complice l’ado supposé disparu jusqu’à ce que l’aventureux garçon la convainc d’un succès assuré et d’un butin partagé. Mais là, le talent et l’inventivité de Linwood Barclay entrent en jeu et plonge, via une flic retorse, Keisha dans une situation inextricable où les morts ne sont pas ceux que l’on attend et les coupables bien loin des suspects. Roman jubilatoire qui intègre avec précision le difficile art de l’humour dans le polar. Magistral

vlad.jpg Poétique du Morcellement de Romano Vlad Janulewicz. Black-Out
Nous recevons nombre de textes et documents écrits par des amateurs ou des semi-professionnels de talents pour parutions. Nous ne donnons pas suite (après réponse...) car lesobsedestextuels.com essaye de dégager dans la multitude d’ouvrages publiés les rares à retenir notre attention pour divers motifs. Une exception qui confirme la règle avec ces nouvelles macabres et horrifiques réunies par Romano Vlad Janulewicz (ah, les pseudos...) sous l’excellent titre Poétique du Morcellement. Habitué du genre, à en lire son éditeur, le confidentiel Black-Out, RVJ livre au long de six textes courts un panorama de l’étrange, du macabre et du Grand Guignol sous méthamphétamine. Tout y passe : les destins contrariés, les morts insoutenables, la victoire des affreux et le deuil des pauvre gens. Tortures, vengeances, effroi et jusqu’au boutisme sont à l’honneur. Du Jean Pierre Mocky revu par Gaspard Noé. Mais comme c’est de la littérature – et que notre homme manie bien la langue – on lorgnera du côté de Régis Jauffret et de Moe Hayder. Il y a pire comme parenté.

Reacher.jpg Mission Confidentielle de Lee Child. Calmann-Lévy
Jack Reacher est le symbole du Loner. Si c’était un rocker il serait Neil Young. Lee Child, auteur anglais, l’a embarqué dans moultes aventures où son sens de l’organisation, son courage, sa précision militaire et son efficacité digne d’un porte avion nucléaire faisaient merveille. Jusqu’à cette Mission Confidentielle, on ne voyait en Reacher – tels les héros de Chuck Logan – qu’un ancien militaire vivant de peu, jetant ses habits quand ils étaient sales et se dotant d’une seule brosse à dents. Cette préquelle est indispensable pour s’approprier totalement le personnage farouche et complexe de Jack Reacher. Sûrement davantage que le film dans lequel un petit homme arrogant prend les traits d’un géant laconique. Major dans la M.P, Jack va devoir résoudre une affaire de triple meurtres commise non loin d’une caserne de Louisiane. La Grande Muette veut faire le ménage mais sans faire trop de vagues. Au passage, on reste confondu par le professionnalisme de Lee Child, de sa documentation et de la puissance de son style. Pour revenir à lui, Jack mettra les mains dans le cambouis jusqu’au bras et déjouera les plans infâmes de politiciens sans scrupules. Il connaîtra une belle aventure avec la jolie sheriff et filera sa dem. La saga Jack Reacher pouvait commencer.

vlad.jpg Poétique du Morcellement de Romano Vlad Janulewicz. Black-Out
Nous recevons nombre de textes et documents écrits par des amateurs ou des semi-professionnels de talents pour parutions. Nous ne donnons pas suite (après réponse...) car lesobsedestextuels.com essaye de dégager dans la multitude d’ouvrages publiés les rares à retenir notre attention pour divers motifs. Une exception qui confirme la règle avec ces nouvelles macabres et horrifiques réunies par Romano Vlad Janulewicz (ah, les pseudos...) sous l’excellent titre Poétique du Morcellement. Habitué du genre, à en lire son éditeur, le confidentiel Black-Out, RVJ livre au long de six textes courts un panorama de l’étrange, du macabre et du Grand Guignol sous méthamphétamine. Tout y passe : les destins contrariés, les morts insoutenables, la victoire des affreux et le deuil des pauvre gens. Tortures, vengeances, effroi et jusqu’au boutisme sont à l’honneur. Du Jean Pierre Mocky revu par Gaspard Noé. Mais comme c’est de la littérature – et que notre homme manie bien la langue – on lorgnera du côté de Régis Jauffret et de Moe Hayder. Il y a pire comme parenté.

JK2.jpg Un Maniaque dans la Ville de Jonathan Kellerman. Le Seuil
Étrangement, ce dernier ouvrage aux multiples qualités de Jonathan Kellerman emprunte les mêmes chemins glauques et mystérieux de l’usurpation d’identité. Mais, autant Harlan Coben s’en sert dans Tu me Manques pour infiltrer et faire découvrir les arcanes obscures de la réalité virtuelle, autant Kellerman, en bon ancien psy, a recours à ce procédé vieux comme le polar et la psychiatrie pour nous mettre sur des charbons ardents. Une chose, d’un mot... Ces dernières années notre intérêt pour Jonathan Kellerman et son duo flic/psy – Sturgis/Delaware s’était considérablement tari faute à des traductions plates et bancales, pourtant marotte et passe temps d’un éditeur pensant savoir tour faire ! Exit l’omniscient et place au retour gagnant du grand Jonathan Kellerman celui du Monstre par exemple... Un Maniaque dans la Ville déroule une intrigue puissante, efficace et « follement » haletante. Le rôle des enquêteurs en est même au point d’être amoindri tant l’intelligence est du côté du Mal. En effet, comment des victimes qu’à priori (terme banni des auteurs de polars...) rien ne relie ont horriblement et « proprement » été charcutés par un pro du scalpel, un Mozart du bistouri ? Remonter chaque embryon de piste, chaque brèche de soupçon, s’accrocher aux infimes restes d’humanité que laissent derrière eux ces créateurs de crime pour parvenir, au final, à comprendre que comme souvent dans l’horrible l’union fait la force et que le génie du mal est davantage qu’on le croit un monstre à deux têtes.

Visceres.jpg Viscères de Mo Hayder. Presses de la Cité
A l’inverse de nombre de ses confrères (on ne les citera pas pour leur éviter un opprobre supplémentaire...) Mo Hayder n’en finit pas de nous étonner en renouvelant sans cesse son propos et ses intrigues alors qu’elle garde – pour la plupart – un héros récurrent. En effet, du thriller gore, horrifique, psychologique jusqu’au polar macabre, la ténébreuse britannique impose une patte singulière, vivace et terriblement efficace. Viscères est un formidable huis clos qui met en scène une famille séquestrée et torturée par deux inconnus qui semblent reproduire un crime commis quinze ans plus tôt et dont le coupable est pourtant sous les verrous. Ce scénario type La Maison des Otages fonctionne à merveille grâce au soin apporté à chacun des personnages. La famille d’abord, le père grand scientifique persuadé que l’on en veut à sa découverte majeure, la mère, mater dolorosa combative et courageuse, et enfin, Lucia la fille, rebelle semi punk butée et hurlante face aux tortionnaires dont l’un est calme et précis, l’autre plus brouillon et manquant de professionnalisme. Chacun cloîtré dans une pièce, les membres de la famille attendent leur fin dans l’angoisse et la résignation sans penser que Jack Caffery a scellé un pacte avec le Marcheur (cf. tous les ouvrages mettant Caffery en scène) qui promet à l’inspecteur des nouvelles sur la disparition de son frère qui le hante toujours s’il retrouve d’où vient le chien qui l’accompagne depuis peu dans son errance. Télescopages de l’histoire, suspense intense et rebondissement à la hauteur des plus grands donnent à Viscères les atouts maître d’un thriller de grande race.

Red_Fury.jpg Red Fury de George Pelecanos. Calmann Lévy
Lors de la parution de l’avant dernier titre de George Pelecanos, Le Double Portrait, nous soulignions la baisse de régime d’un des meilleurs auteurs de polars des vingt dernières années et mettions modestement en garde « Pely » de ne pas verser, à l’instar d’un Robert Crais, dans le seul livre d’actions. Nous n’aurons pas la prétention d’écrire que l’auteur de Funky Guns nous a entendu mais il a vraisemblablement fait un constat voisin du notre concernant l’état des lieux de son travail. Et là, changement radical ! Pour le plus grand plaisir des amateurs, Pelecanos fait resurgir Derek Strange et John Vaughn de ses cartons pour une aventure échevelée se déroulant... en 1972 ! Strange, quasi vieillard, raconte dans un bar l’histoire de Red Fury, dangereux malfaiteur des seventies surnommé ainsi pour la couleur de ses cheveux et son modèle de voiture. Totale plongée dans les années de black exploitation, coupe afro et black power, Red Fury retrouve les fondamentaux qui nous avaient manqués. Macs et maquerelles, dealers et truands noirs ont mis un couvercle sur Washington que les forces de l’ordre ont bien du mal à soulever. Strange, jeune privé débutant, juste sorti de la police et John Vaughn « Le Molosse » vont chasser Red Fury sans s’encombrer des procédures, mettant leurs indics à contributions et risquant leur vie bien plus qu’à leur tour. Merci George pour ce retour gagnant.

Seymour.jpg Dans son Ombre de Gerald Seymour. Sonatine Éditions
Un choc. C’est le seul mot authentique qui vient à la lecture de Dans son Ombre. Oublions les thrillers fadasses aux ficelles usées jusqu’à la corde. Passons sur les polars se caricaturant les uns les autres. Gerald Seymour offre ici le roman policier que Don DeLillo aurait pu écrire. En permanence dans une sorte d’outre monde au temps suspendu et à l’air vicié, on suit la folie du pouvoir d’Albert William Packer dit Mister, gros poisson de la pègre londonienne, parti de très bas et monté très haut grâce à une volonté et une soif de puissance hypertrophiées, et la traque obsessionnelle de celui-ci par Joey Cann, agent des Douanes atypique et christique, prenant sa mission comme un sacerdoce sacrificiel, qui s’est juré après que Mister ait été remis en liberté de le faire replonger à jamais. Le théâtre des opérations, comme souvent dans les grandes tragédies, se déroule en terrain neutre : la Bosnie ravagée d’après la guerre où le principal lieutenant et ami de Mister a trouvé la mort dans des conditions inexpliquées après avoir monté une opération pharaonique de trafic d’armes. Mister, aveuglé par sa baraka, veut savoir qui a tué son séide et reprendre l’opération là où ce dernier l’avait interrompue (lire la suite).

Masterman.jpg Rage Blanche de Becky Masterman. JC Lattès
C’est toujours une grande joie de chroniqueur – lecteur avant tout – de ressentir des émotions, pensées depuis longtemps éteintes, au détour d’un polar improbable écrit par une inconnue dont c’est le premier roman. Rage Blanche a eu sur nous ce gouvernement. Déjà, fait marquant au moment où la lecture d’un thriller demande une formation d’ingénieur, il renoue avec l’intrigue unique qui, lorsqu’elle est bien maîtrisée, n’a pas d’égal. De plus, l’héroïne est une presque sexagénaire en rupture de ban du FBI qui va être amenée à reprendre du service après avoir tué un inconnu qui l’agressait. Birgid Quinn, qui à cinquante neuf ans coule des jours paisibles en Arizona, récemment mariée et amoureuse d’un ancien prêtre devenu un illustre professeur, va devoir replonger dans une affaire dite du Tueur de la Route 66 dans laquelle elle avait failli des années auparavant, provoquant involontairement la mort d’une jeune femme et lui valant sa distance du Bureau. Elle fera ce coup-ci merveille contre vents et marais, mari, amis, anciens collègues et vrais faux meurtriers. Becky Masterman a réussit un formidable pari loin d’être gagné d’avance. Son style est charnu, hard boiled, pétri de formules qu’on pourrait trouver chez Ken Bruen ou George Pelecanos. Plutôt viril quoi ! Son héroïne est épatante , petit bout de femme old school, sûre de son fait qui plonge dans un brasier funeste. Un moment intense, inattendu et prometteur.

lisa-gardner.jpg Arrêtez-Moi de Lisa Gardner. Albin Michel
D.D Warren, l’inspectrice récurrente de Lisa Gardner a dans cette nouvelle enquête du pain sur la planche. Quand on est une quadra, maman tardive d’un bébé exigeant, ce n’est pas toujours simple. Mais D.D ne donnerait sa place pour rien au monde même si une jeune collègue, le capitaine O, serait à son avantage pour la lui piquer. Lisa Gardner – une des meilleures de sa génération – n’a pas l’habitude d’y aller par quatre chemins quand il s’agit de nous retourner les sens et de nous embrouiller l’esprit. Ici, deux affaires parallèles occupent ses journées et ses nuits harassantes. D’une part, un tueur de pédophiles, sorte de justicier alternatif que n’apprécie jamais trop les flics et d’autre part – plus intriguant – une femme qui est persuadée qu’elle mourra le 21 janvier prochain soit dans trois jours car ses deux meilleures amies ont subi le même traitement lors des deux dernières années. Le tout est saupoudré de courts chapitres énigmatiques faits pour semer le doute. La vedette de ce thriller hargneux et inventif est la dissociation des personnalités chère à la psychiatrie américaine. « Ce n’est pas moi qui ai tué, c’est l’autre, vous savez celle qui est en moi quand je n’y suis pas » pourrait résumer l’approche criminologique. L’incontestable atout d’Arrêtez-moi, c’est la difficulté à envisager l’issue et deviner le coupable alors qu’il est pourtant si proche. Gardner, toujours au top !

Kobra.jpg Kobra de Deon Meyer. Policiers Seuil
Nous l’avions écrit à propos de 7 Jours « la course contre la montre est devenu le substrat des thrillers de Deon Meyer » En effet, il est loin le temps où l’on découvrait au delà d’un auteur surdoué, un pays dont on nous disait à l’époque tout et n’importe quoi. Deon Meyer, en quelque sorte, nous a appris l’Afrique du Sud post apartheid avec ses ethnies, ses dialectes, ses espérances, ses potentialités et ses limites. Les livres de Meyer étaient mélancoliques, à l’action souvent désespérée dans un pays où « rien n’était simple ». Alors, faut-il regretter les premiers opus déchirants et crépusculaires ? On peut. Mais on ne restera sûrement pas indifférent aux trois dernières enquêtes de Benny Griessel, anti héros proche d’un Harry Bosch ou d’un Jack Taylor pour les connaisseurs. Kobra pourrait marquer la fin d’une trilogie débutée par 13 Heures et prolongée par 7 Jours. Action, vitesse, fausses pistes et courage sont les composantes de ce polar épais qui désormais (faut-il être moderne ?!), intègre cybercriminalité et corruption politique. Benny accompagné de ses fidèles (Cupido, Mbali et Bones...) va une de fois de plus agir bien au dessus de ses moyens pour mettre à genoux une organisation dévastatrice qui a enlevé un scientifique spécialisé dans la régulation des marchés financiers. Et dire que le seul vrai souci de Benny était au début du livre de savoir s’il parviendrait à combler les appétits d'Alexa, sa rock star de compagne !

Harvey.jpeg Lignes de Fuite de John Harvey. Rivages
John Harvey a mis, dans Lignes de Fuite, du Coca Cola dans son whisky 12 ans d’age. Expliquons-nous. L’auteur anglais à l’écriture envoûtante et mélancolique intègre une nouvelle enquêtrice à son casting. Karen Shields, inspectrice d’origine jamaïcaine, à qui on ne la fait pas, va enquêter tambour battant sur la mort d’un jeune Moldave découvert noyé. On a l’impression dès lors de se retrouver chez Ken Bruen ou Kathy Reichs ce qui, pour nous, sonne comme un compliment. Mais à vrai dire l’action franche et directe n’était pas jusqu’alors la marque d’Harvey, plus amateur de jazz (le titre original est Good Bait, classique du genre...) que du bruit et de la fureur. Chassez le naturel, il revient au galop avec son intrigue secondaire qui rejoindra bien sûr la première. Et là, c’est du John Harvey pur jus. Cordon, vieux flic nostalgique, veille sur une gamine un peu putain qu’il a sauvée jadis et s’embarque dans une histoire pleine de haine, de menaces et de chagrin. On se croirait revenu à l’époque du cycle Franck Elder. L’abnégation vous faisant souvent vous dépasser, Cordon va retrouver l’efficacité de sa jeunesse pour tirer d’affaire Letitia et son gamin des pattes d’un mafieux ukrainien que, bien sûr, Karen Shields recherche de son côté. La boucle est bouclée et chez Harvey la géométrie est toujours poétique.

PJ.jpg Que ta Chute Soit Lente de Peter James. Fleuve Noir
Encore une fois, ce n’était pas gagné d’avance ! En effet, avec son architecture narrative sophistiquée, constituée d’accumulation d’histoires secondaires, Peter James joue à l’équilibriste. Pourtant, il s’en tire une fois de plus à merveille. Brighton, théâtre de la plupart des enquêtes de Roy Grace doit accueillir Gaia Lafayette, sorte de Lady Gaga bis, pour le tournage d’un film historique ayant précisément pour cadre le Pavillon Royal de Brighton. Sauf que tout a mal commencé. Une assistante de Gaia a été tuée à New York alors que le tueur pensait s’en prendre à l’artiste et des menaces de mort planent désormais au dessus d’elle. Roy Grace, qui a pris du galon, doit mettre les mains dans le cambouis pour assurer la protection de la star. Dès lors, trois écueils de taille l’attendent. Un psychopathe cancéreux en phase terminale veut se venger des producteurs qui lui auraient piqué son scénario et s’emploie à saboter le film. Une fan gravement déjantée et meurtrie de n’être pas assez reconnue par son idole décide de s’en prendre à l’objet de son culte. Enfin, un mafieux bouclé en son temps par Grace est sorti du placard bien résolu à nuire au policier. Autant de pain sur la planche comme Roy Grace, en ménage avec Cleo, la super légiste qui attend leur bébé, l’apprécie tant. Tout s’articule parfaitement dans cet apparent imbroglio qui devient limpide pages après pages. James dénoue les fils et l’on ne peut résister à son art du suspense et de l’angoisse. D’autant qu’il nous réserve une surprise de taille que les fans de l’auteur du cultissime Comme une Tombe apprécieront particulièrement. Inventif et palpitant.

Cain.jpg Bloody Cocktail de James M. Cain. L'Archipel
Bien sûr qu’il y a à boire et à manger chez James M. Cain.... François Guérif dans la biographie qui lui consacra parlait d’un auteur un temps surestimé, un autre sous estimé. Nombre de ses collègues comme Chandler ou la presse bien pensante en disaient tout le mal qu’ils pouvaient. Et pourtant, avec deux titres aux succès planétaires : Le Facteur Sonne Toujours Deux Fois et Assurance sur la Mort, Cain entra dans la cour des grands et le cinéma lui fit un pont d’or. Mais, pour ces deux perles que de nouvelles médiocres, laborieuses et complaisantes. Et puis, comme l’explique le postfacier, éditeur américain du livre, on découvrit Bloody Cocktail écrit en 1975 deux ans avant sa mort à 85 ans. Et le charme opère de nouveau. Une femme (toujours chez Cain) dont le mari violent et alcoolique est mort alors qu’il s’en prenait à elle, se met à travailler dans un bar pour pouvoir élever son enfant quasi kidnappé par sa belle sœur. Elle y rencontre un vieux gentleman qui lui offre d’être sa femme sans consommer et un beau jeune homme très disposé lui mais sans fortune. Elle choisira l’argent au nom de l’amour maternel et les deux impétrants mourront. On ne vous dit pas comment. Amoralité, intérêts, conflits humains, sentiments trahis, tout Cain dans un grand verre.

JCB.jpg La Loi des Wolfe de James Carlos Blake. Rivages
Après l’éblouissant Red Grass River, James Carlos Blake change de braquet, revient de nos jours, et s’en prend au phénomène grandissant de la traite des migrants entre le Mexique et les USA. Robert Crais avait récemment choisi le même contexte dans son dernier opus Coyotes (cf. archives), titre inspiré du nom que l’on donne aux passeurs. Blake, fidèle à ses principes, famille, vengeance, fatalité, ouvre une série que La Loi des Wolfe débute. A nos yeux, initiateur du « thriller clanique », JCB s’inspire toujours des grandes lois de la tragédie antique où vengeance et fatalité se côtoient intimement. Eddie Gato, cousin des Wolfe, importante famille américaine de brigands cultivés, s’est émancipé et se retrouve au service d’un puissant cartel « La Compagnie » dont le Chef est aussi redoutable que redouté. Le jeune homme, combattant surdoué, a la mauvaise idée de coucher avec la femme du frère du Chef, de s’enfuir avec elle en laissant le cocu mort. Madre de dios. Dès lors, s’engage une poursuite implacable en territoire hostile ou Eddie et Miranda vont devoir déjouer tous les obstacles placés sur leur chemin par le Chef et tenter de rejoindre la frontière. Les descriptions terribles du désert et de la frontière mexicaine sont d’un effrayant réalisme. Une fois encore, la famille aura un rôle déterminant dans la destinée de la fuite des infortunés amants. Rythme soutenu, narration au cordeau et efficacité sans faille font de La Loi des Wolfe une rugissante promesse.

NF.jpg Maudit Mercredi de Nicci French. Fleuve Noir
Troisième volet de leur « semaine noire », Le Jour où les Jeunes Filles Rencontrent la Mort donne l’occasion à Nicci French de continuer à couvrir l’ensemble du spectre de leur talent si original dans la littérature policière. Même si cette série ne laissa pas d’étonner leurs admirateurs (fidélisation du lectorat, syndrome Millénium...), il en résulte un parfait mélange de thriller psychologique si cher au couple et de polar procédural auquel il nous avait moins habitué. Juste un bémol concernant la profusion des intrigues (celle du tueur d’enfants n’était pas indispensable) La psychothérapeute Frieda Klein, réchappée in extremis d’une vilaine mort (voir Sombre Mardi) se remet doucement avec le soutien amical du commissaire Karlsson quand on découvre une mère de famille tout ce qu’il y a de plus banale tuée dans d’affreuses conditions. Par une influence revendiquée d’Agatha Christie, chez Nicci French, tout le monde est suspect et rien ne saurait être banal dans un crime. Frieda Klein dont les méthodes sont pourtant sur la sellette, va au gré de son intuition démêler les fils d’un écheveau qui semblait pourtant bien fragile au début. Tels des écorcheurs, les auteurs dépècent leur sujet jusqu’au plus petit des abcès et révèlent des maladies bien inattendues. Au delà de la maestria policière, de la subtilité psychologique, on retrouve chez Nicci French une compréhension pénétrante des enfants (ici, très impliqués), un superbe chant à l’environnement et à la nature et enfin, à la différence de beaucoup de leurs confrères, une compassion et une empathie pour l’homme et ses faiblesses.

Hurley1.jpg Le Paradis n'est pas pour Nous de Graham Hurley. Le Masque
Le nouveau Graham Hurley est l’histoire d’une défaite permanente... Certes, Joe Faraday, son héros récurrent, n’a jamais fait dans le justicier « vainqueur à chaque fois » mais ici, son pessimisme est à son comble dès lors qu’il contemple ce qu’est devenu à Porthmouth – mais sa réflexion est universelle – la délinquance où plutôt son échelon supérieur : la criminalité. Depuis longtemps, la peur a changé de camp et Joe sait que la racaille aura toujours une longueur d’avance. Quand cet épais polar commence, un malfrat sans pitié vient de se faire assassiné et mutilé. Très vite, le service des Crimes Graves conclu à une vengeance. Celle d’une maman dont le sombre voyou avait tué le fils. Un châtiment qu’elle justifie ainsi : « Vous vous êtes égaré, monsieur Faraday. Ma génération faisait confiance aux gens comme vous. On était persuadés que vous étiez des redresseurs de torts. On croyait en la justice. Mais c’est fini. Complètement fini. Aujourd’hui, nous sommes à la merci de Kyle Munday et de ses semblables » (lire la suite...)

P_C2.jpg Tempête Blanche de Preston & Child. L'Archipel
La trilogie Hélène achevée en feu d’artifices dans Descente aux Enfers, nous retrouvons notre cher Aloysius Pendergast venu prêter main forte à Corrie Swanson, sa jeune protégée, dans une station de ski huppée ressemblant fort à Aspen. La jeune Corrie prépare une thèse - toujours pour entrer dans la police – sur des tueries de grizzlis perpétrées en 1870 sur des mineurs du coin et dont les cadavres ont été exhumés pour un déménagement funéraire. Bien sûr, la vérité est ailleurs, et Corrie va vite se rendre compte qu’elle gêne plus d’un intérêt et qu’un sombre secret entoure ces « faux grizzlis ». C’est là que Pendergast intervient avec une thèse ébouriffante : il y a un rapport entre les recherches de Corrie et la dernière nouvelle de Conan Doyle restée introuvable. Nous avions comparé, lors de notre dernière chronique, Pendergast à James West, c’est désormais de Sherlock Holmes dont il se rapproche : même singularité, même intelligence et... même folie quand il s’échappe dans le temps pour revoir des scènes anciennes. Comme à leur habitude, Preston & Child bâtissent une intrigue haut de gamme pour qui aime les écheveaux et saupoudre leur texte de cet éternel passéisme érudit qui fait tout leur charme. Beau style, détails passionnants et traduction toujours parfaite de Sébastien Danchin font de ce nouvel opus, plus calme mais au suspense vrillant une franche réussite du duo américain. Avec eux, le passé aura toujours un avenir !

Barclay.jpg Fenêtre sur Crime de Linwood Barclay. Belfon Noir
Thomas et Ray Kilbride, la trentaine, vivent ensemble provisoirement après la mort de leur père. Thomas est un peu « différent » comme on dit aujourd’hui par pudeur : agoraphobe et maniaque principalement. Rien de bien grave en vérité, jusqu’au jour où il va persuader son frère que l’application Whirl360, une sorte de Google Earth en plus sophistiqué, fait apparaître à Manhattan un meurtre en quasi direct. En fait, lorsque les cameramen de Whirl360 sont passés dans Orchard Street, ils ont, sans s’en rendre compte, filmé un étouffement au sac plastique. Et depuis, l’image est LA ! Formidable argument que le malicieux Linwood Barclay va tirer jusqu’à la corde nous entraînant dans un thriller politique à la House of Cards ou Scandal. Davantage que d’effleurer ces coïncidences de collusions entre la vie réelle et les nouvelles technologies, Barclay démontre que le hasard existe de moins en moins ou qu’on le contrôle de mieux en mieux et qu’il est bon d'avoir des yeux partout. Le régal du livre, réside dans la panique qui s'instaure chez les commanditaires, dans l’erreur et la confusion dès le départ, et la manière vont ils vont devoir gérer en urgence – et donc mal – ce délicat problème. Rajoutez à l’action, une sorte de Nikita, ancienne médaillée olympique, qui s’est trompée de cible et tente tout pour recoller des morceaux à jamais brisés, et vous avez le polar de l’été.

Connolly2.jpg Les Âmes Perdues de Dutch Island de John Connolly. Presse de la Cité
Publié en Irlande en 2004 sous le titre Bad Men, Les Âmes Perdues de Dutch Island fait partie de la très bonne période de John Connolly même s’il nous parvient que maintenant, alors que comme beaucoup de ses pairs des années 90/2000, Connolly décline. Réjouissons-nous donc d’avoir affaire à un superbe thriller, un vrai, basé sur deux thèmes concomitants qui ont depuis longtemps fait leurs preuves dans l’univers du frisson et du suspense : la poursuite et la vengeance. John Moloch, terrible malfaisant, a constitué une équipe digne des Sept Mercenaires en négatif pour retrouver sa femme qui a choisi le séjour en prison de son époux pour le fuir avec bagages, enfant... et 800 000 dollars. Elle a changé de nom et s’est installée sur l’île de Dutch Island également appelée "Sanctuaire" par les premiers habitants du seizième siècle. Sanctuaire, sur laquelle un flic géant et au cœur tendre veille, comme son père avant lui. Inévitablement, le point d’impact aura lieu et le sang coulera. Remarquable affrontement aux résonances bibliques. La petite touche de fantastique qui imprègne le livre nous a moins séduit. Mais les esprits, chez les Irlandais, comme le whisky, c’est atavique.

Pelecanos4.jpg Le Double Portrait de George Pelecanos. Calmann-Lévy
Par égard pour l’œuvre majeure de Georges Pelecanos, nous ne négligerons pas d’écrire sur son dernier opus même s’il ne ressemble guère aux grands polars sociaux du Pelecanos des années 90 ou même d’Un Mauvais Fils beaucoup plus récent. L’auteur d’Un Nommé Peter Carras, chantre de la minorité grecque de Washington, mais aussi témoin sans complaisance et sans haine du monde de la rue a, semble t-il, pris de la distance avec ce qui faisait son génie. Ceci dit, Le Double Portrait est un acceptable polar d’actions, suffisamment décalé et rock’n’roll pour être parfaitement comestible. Spero Lucas, enquêteur auprès d’un avocat, va accepter de retrouver un tableau volé à une femme sans défenses par un brute épaisse et sanguinaire accompagné de dégénérés dans son genre. Il faudra à Spero toute son expérience d’ancien "marine" pour venir à bout de cette engeance et de rétablir sa commanditaire dans son intégrité foncière et morale. Tout ça, sans perdre le contrôle que la liaison qu’il entretient avec une bombasse mariée menace. Bref, des passages formidables et d’autres à la portée d’un scénariste roué. Pelecanos reste un de nos chouchous mais attention au syndrome « Agence Tous Risques », dear George !

Mishani.jpg Une Disparition Inquiétante de Dror Mishani. Seuil Policiers
Avant même de débuter cette chronique nous est revenu ce titre de Nicci French « Charlie n’est pas Rentrée » mettant en scène la disparition d’une jeune fille et la folle inquiétude des parents. Une Disparition Inquiétante commence aussi par une déposition parentale – une maman venue signaler l’absence suspecte de son fils Ofer – au commandant Avi Avraham. Mais, il n’est nullement question de panique ici, ni chez la mère encore apathique ni encore moins dans les propos du commandant qui a cette phrase à clés : « Savez-vous pourquoi, il n’y a pas de littérature policière écrite en Israël ? (…) Eh bien, parce que chez nous, il n’y a pas de tueurs en série, pas d’enlèvement quasi pas de violeurs qui agressent les femmes dans les rues. » Évidemment, pour celui qu’on présente comme le successeur de Batya Gour, la réplique a de quoi surprendre, sauf si l’on y voit un hommage plus subtil à une œuvre sans artifices, évoluant dans les arcanes administratives ou universitaires israéliennes. Quoi qu’il en soit, la disparition d’Ofer Sharabi va se prolonger et se compliquer par un appel anonyme et rendre Avi mélancolique et ténébreux, lui qui n’aime rien de moins que le mal. Dror Mishani compose un roman tout à fait original à la créativité surprenante puisqu’elle intervient même dans la proposition narrative, dans la singularité des phrases ou des situations. On suit parallèlement la folle entreprise du voisin d’Ofer, professeur dont il a reçu des cours particuliers, et qui se sert de cette histoire pour écrire un roman policier épistolaire dont les vrais destinataires sont... les parents du disparu ! Insensé, vous dit-on ! A l’instar d’un Simenon et d’un Mankell, Mishani est dans « l’humain », le drame intime, la tragédie familiale (« Chez nous, il n’y a pas de tueurs en série... ») et nous offre un livre au bord des larmes, tendu comme un arc. La fin, pathétique et désespérante, fait – par son insigne tristesse – regretter les bon vieux tueurs en série. Un des polars de l’année !

HC4.jpg Six Ans Déjà de Harlan Coben. Belfond Noir
Si l’on considère qu’Agatha Christie a crée le suspense et le mystère, que Raymond Chandler a crée le “hard boiled man”, privé désinvolte, que James Ellroy et Michael Connely ont crée le mal, alors indubitablement Harlan Coben a tracé le sillon dans la littérature policière de la disparition et des faux semblants. Ce succès qui l’a propulsé très vite au panthéon des ténors du thriller s’accorde avec ce froid malaise que l’on ressent à savoir des êtres qui, sans être reconnus morts, ont disparu. Toutefois, comme il nous le dira dans l’entretien que nous publions, même si la disparition est sa marque (comme le dripping de Jackson Pollock ou l’inusable accord barré mi la ré de Keith Richards, c’est ce qu’on appelle un style...), aucun de ses romans ne raconte, non seulement la même histoire, mais ne se déroule dans les même lieux ni emprunte aux mêmes intrigues... Dans Six Ans Déjà, Jake et Natalie, gentil couple bonne middle class (il est prof de fac) s’aime sans anicroches jusqu’à ce que brutalement Natalie décide de quitter Jake, et dans la foulée d’épouser un mystérieux ami d’enfance. Bouleversé Jake se rend à ce masochiste mariage et accepte même de promettre de ne pas tenter de revoir l’amour de sa vie. Mais, six ans plus tard, il apprend la mort du marie de Natalie et sur un coup de tête décide d’assister à l’enterrement de celui-ci. Dès lors, tout bascule... Jake se heurte à l’incompréhensible. Personne ne le reconnait sur les lieux de sa récente jeunesse, Natalie est invisible et le mort ressemble bien peu à l'homme que Jake avait vu au mariage. De plus, des professionnels vont tenter de l’éliminer. Traité sans intrigue parallèle, avec un homme persuadé que non seulement, il n’est pas en train de devenir fous mais que son amour est en danger, le roman se charge d’une adrénaline digne de Ne le Dis à Personne. Seul contre tous, assistant même à la démission ou à la trahison des élites qui l’entourent, Jake retrouvera t-il Natalie ?... Mais quelle Natalie ?

JK.jpg Le Loup de John Katzenbach. Presses de la Cité
Les contes de fées font le bonheur des auteurs de thrillers. Avec leur charge émotionnelle forte et leur puissance symbolique, les histoires de notre enfance mêlant souvent joie et terreur donnent aux auteurs un terrain de chasse incomparable. C’est au Petit Chaperon Rouge que John Katzenbach – dont nous avions particulièrement apprécié le précédent opus Mort-en-direct-com - fait ici référence. Un drôle de Grand Méchant Loup, auteurs de thriller qui n’a rien pondu depuis dix ans, s’est mis en tête de prendre comme trois petits cochons, un trio de femmes rousses qu’une génération sépare respectivement. Elles ne se connaissent pas, n’ont rien en commun, sauf d’habiter dans un périmètre plus ou moins réduit. Le loup envoie à chacune des courriers et des vidéos explicites de la fin qu’il leur promet. Notre tueur agé de soixante cinq ans et marié à une femme sans charme, secrétaire de lycée, décide de rédiger son projet, d’en faire ainsi peut-être un "profiter ses contemporains". Mais, la curiosité étant un des “charmes” des femmes, la sienne découvre son manuscrit et forcément s’interroge sur la nature de l’homme dont elle partage la couche. Rusé, le loup la convainc que ce n’est qu’un scénario et que prendre des personnes réelles pour modèles n’a que plus de force de véracité. Maman Loup est convaincu et va même aider son tueur de mari dans son entreprise. A ce moment du roman, on aime le climat de terreur montant, la lubricité glacée d’un homme sûr de lui mais la grâce du roman – qui fait aussi son originalité – va s’effriter quelque peu quand l’auteur va faire des trois rousses des résistantes décidées à inverser les rôles. Dès lors, telles des wonder women elles deviendront par une solidarité sans faille et une organisation recherchée, les chasseuses après avoir été les chassées. Katzenbach peine à finir son roman mais parions que beaucoup de ses lecteurs seront happés par cette partie macabre de chasseur chassé.

Doughty.jpg Portrait d'une Femme sous Influence de Louise Doughty. Belfond
Certains auteurs cherchent à écrire le thriller original qui les fera connaître et reconnaître. Pour cela, dans cette jungle éditoriale, ils sont prets à utiliser tous les stratagèmes, prendre à l’une, piller l’autre pour finir par – quand ils vont jusqu’au bout – nous servir des romans policiers recuits et indigestes. Louise Doughty n’est pas de cette espèce. Cette nouvelle anglaise surdouée, avec Portrait d’une Femme sous Influence a écrit un grand thriller psychologique, contemporain et éternel à la fois, tendu et passionnel, comme presque sans le vouloir tant l’intrigue se constitue d’elle même et distille son propre venin. Yvonne Carmichael est une brillante généticienne mariée de longue date qui va succomber au charme ambigu de celui qu’elle appelle X et dont le fantasme est l’amour furtif, à l’adolescente : un parking, une crypte, une porte cochère décuplent son plaisir. Yvonne va céder à ses pulsions nouvelles, être possédée, habitée par cet homme entreprenant. Jusqu’au jour où elle sera violée dans une soirée par un vieux copain et qu’elle n’aura d’autre réflexe que de se confier à son bel amant qui commettra le pire pour la venger. Suivra un affreux procès et un splendide portait de femme dépassée par les événements, découvrant à cinquante deux ans que l’amour est une bombe à retardement. Hormis l’intrigue, passionnante, c’est le schéma narratif qui est profondément original et que nous vous laisserons découvrir ayant pris soin d’user d’un très opposé au long de cette chronique. Pour conclure, ce roman aux allures classiques, british, est truffé d’inventivité, d’originalité et met le doigt sur des aspects amoureux, professionnels et sociaux qui renforcent ses qualités policières.

Dorn2.jpg Nos Désirs et Nos Peurs de Wulf Dorn. Le Cherche Midi
L’univers du polar est périodiquement traversé d’obsessions, de fondamentaux et de gimmicks. Certains n’ont que l’effet d’une mode, d’autres perdurent jusqu’à transcender le genre comme les thrillers de serial killers. Actuellement, ce sont les labyrinthiques intrigues sur la mémoire et le cerveau qui sont à l’honneur et – comme dans le cas de Wulf Dorn – l’univers de l’asile, le territoire de l’aliénation. Certes, la démence a toujours été au centre des romans de mystère, d’angoisse er de meurtres mais depuis quelques temps le psy a pris une importance qu’il n’avait pas auparavant, passant de consultant à premier rôle. Le premier roman de Dorn “L’interprétation des Peurs” avait déjà pour cadre l’asile où une jeune femme réactivait la crainte du croquemitaine. Dans ce second opus, l’auteur nous ramène à Falhenberg où le héros, Jan Forstner, jeune psychiatre a connu des heures sombres : disparition brutale et inexpliqué de son jeune frère de six ans et noyade sous ses yeux d’une jeune fille enfuie de l’asile voisin. Si l’on rajoute la mort de son père le soir de la disparition de son frère, on mesure le niveau de stress qui est la sien en revenant en ces lieux maudits. Mais, pour Jan, un médecin est un médecin et la vie doit continuer en enfouissant ses parts obscures. Jusqu’à que ne surviennent au sein de l’asile de nouveaux événements troublants qui vont le pousser dans une quête qui le ramènera vite à son propre cas. Wulf Dorn a, comme tout créateur eu affaire à ce qu’on appelle en rock, “le complexe du second disque” ou, comment, après avoir connu un grand succès dans un premier effort, nourri par des années de gestation, réussir la deuxième production. L’allemand s’en tire avec les honneurs même si quelques ficelles apparaissent. Ces personnages sont travaillés, leurs psychologies passées au gril avec originalité et le style est sans bavure. Vite, au suivant !

X2.jpg X de Sébastien Teissier. Nouveau Monde Editions
Les scientifiques, on le sait, sont des gens rationnels... même quand il s’agit d’écrire un thriller plongeant dans la plus obscure irrationalité. Un soir, appelé par le Central dans une banlieue maussade, Lucas Moriani, agent de la police scientifique constate un crime. On saura quelques chapitres plus loin que Lucas Moriani est mort depuis longtemps ! X est un thriller d’un nouveau genre - héritier, il est vrai, des récents et de plus en plus envahissants thrillers ayant pour toile de fond la mémoire (Thilliez, Grangé...) - que l’on pourrait baptiser "neuro-thriller". Ce n’est donc pas un hasard si son auteur est chercheur en biologie moléculaire. En quelques 220 pages (autre révolution qui nous épargne les pavés pour la plage), Sébastien Teissier nous immerge en apnée dans une intrigue haletante où le meurtrier n’est jamais celui qu’on pense et la victime rarement celle désignée. Un point fixe : l’inspecteur Vizzini, hypermnésique et magicien de la déduction qui sacrifiera tout pour arrêter le monstre surnommé X. En raconter davantage nuirait au plaisir et au suspense. X est un thriller court, efficace, moderne et parfaitement crédible puisqu’il s’inspire en partie de l'histoire vraie d’un homme dont le QI est devenu quasi illimité suite à des lésions cérébrales. C'est aussi la mise en avant de la théorie des personnalités dissociées, longtemps cheval de bataille de la psychiatrie américaine, encore aujourd’hui mise en doute par son homologue française. Un conseil : lisez X... et relisez le. On ne sait jamais !

Le_Jardin_des_Puissants.jpg Le Jardin des Puissants de Bruno Jacquin. Les 2 Encres
Au cours d’un reportage qu’il effectue en Amérique du Sud, Julian Strummer, journaliste dans un quotidien britannique loin des tabloïds qu’il dénonce, rencontre par hasard le seul survivant d’un massacre auquel il a d’abord participé avant d’en être la victime. C’était en 2012, dans le désert du Sahel. Difficilement, Strummer va gagner la confiance de ce rescapé vivant terré, apeuré à l’idée d’être retrouvé par les véritables responsables de ce génocide inconnu. Ses révélations incitent le journaliste à creuser davantage. Il flaire un énorme scandale aux ramifications industrielles, militaires et, bien sûr, comme toujours politiques. Aidé de son confrère et ami français, Pierre Moince, Strummer va alors tout faire pour mettre au jour ce scandale. Plusieurs mois plus tard, les deux journalistes seront justement primés pour leur travail. Alternant rythmes enlevés et plus lents, Le Jardin des Puissants de Bruno Jacquin est un excellent thriller international (on y voyage beaucoup et les descriptions nous font parfaitement "sentir" les lieux), qui nous maintient en haleine tout au long de son récit se terminant de manière aussi imprévue que spectaculaire. C’est aussi un roman à plusieurs entrées. Il y a bien sûr, l’ "affaire" et les questions qu’elle pose sur la valeur de la vie humaine face aux enjeux économiques dans un monde où la rentabilité est l’unique perspective, l’indépassable horizon ! Mais, en creux, à travers les personnages de Strummer et Moince, on décèle aussi des réflexions essentielles sur le métier de journaliste, la manière de l’exercer, comment résister aux pressions, etc. Les rapports humains sont également très présents, notamment amoureux, venant entrecouper les scènes d’actions avec leur importance, on le verra, dans l’intrigue du livre. Pour amateurs du genre. Alexandra Celartin

Kerr5.jpg Prague Fatale de Philip Kerr. Le Masque
Nous n’avions pas chroniqué Vert de Gris. Lu, certes mais non rendu compte. Pourtant, ce qui aurait pu être la conclusion des aventures de Bernie Gunther : fin de la guerre, emprisonnement pour débriefing avec les services secrets américains et révélations sur des périodes que Philippe Kerr n’avait pas abordées frontalement constituait un document historico-romanesque de haute volée. Mais, précisément, c ‘est cette abondance de détails historiques, de précisions quasi scientifiques, cette manie événementielle qui nous avaient éloignés et répugnés à en admettre le caractère policier. Dont acte. Sors ce Prague Fatale qui nous replonge en... 1942 ! Vert de Gris se terminait à l’aube des années 50 ! Notre premier sentiment fut confus et un peu irrité. A quoi jouait l’Écossais ? Etait-il accroché à SA guerre comme Prométhée à son rocher ? Mea Culpa. Kerr sentant sûrement qu’il fallait mettre de l’huile dans les rouages, du suspense dans l’histoire, et de l’énigme dans son schnaps nous livre ici une sorte de Dix Petits Nègres à la mode nazie. Son mentor, (contre sa volonté) Reinhard Heydrich convie Bernie Gunther à Prague, dont il vient d’hériter du protectorat, pour être son garde du corps alors que maints nazis, éminents policiers et gestapistes sauvages, auraient pu faire le boulot. Non, Heydrich veut Bernie parce qu’il est indépendant, rebelle et... anti nazi, donc sans préjugés. Bernie n’aura pas trop le temps de s’interroger car à peine arrivé dans le superbe château où doit se tenir la cérémonie d’investiture qu’un meurtre a déjà lieu. Pas celui d’Heydrich... mais de son quatrième assistant ! Dès lors, Bernie Gunther aura les mains libres pour interroger sur le mode de son choix certains des plus hauts dignitaires nazis et autres grosses légumes. En bon détective, il comprendra vite que chacun avait une bonne raison de commettre le meurtre et quand il mettra la main sur le coupable, l’Histoire aura tourné et les yeux et se porteront sur d’autres ignominies. Philipp Kerr, une fois de plus nous aura bluffé et démontré que des guerres longues, étendues, menées par des puissants écrivent plus que l’Histoire mais aussi l’Homme et son insondable destinée.

Millar2.jpg Les Chienss de Belfast de Sam Millar. Policiers Seuil
Il y a deux Sam Millar : l’homme et l’écrivain. La belle affaire, nous direz-vous ! Pas très nouveau ça... Insensible aux sarcasmes, nous enfoncerons le clou en affirmant que dans l’écrivain, il y a aussi deux auteurs... et que ce n’est peut-être pas fini ! Après tout, quand on été pas franchement plus prédestiné à prendre des gnons dans une Irlande ravagée par les guerres de religion qu’à devenir une sorte d’émule doué de Ken Bruen, tout peut arriver. L’attention s’est portée sur Millar l’an dernier avec son On the Brinks, polar autobiographique, publié chez le même éditeur. On découvrait un activiste IRAscible qui passa huit ans dans la sinistre prison de Long Kesh où le froid, la pisse et les coups étaient les actualités les plus suivies. Mais, à force de ténacité, d’un courage frôlant la folie, Sam s’évada pour fuir aux États Unis où une carrière d’apprenti gangster et d'homme d'affaires l’attendait. On the Brinks qui mélangeait Au Nom du Père et Casino eut un succès retentissant. Pas pour ses qualités littéraires à nos yeux. S’en suit ces Chiens de Belfast, roman toujours hanté par le monde des prisons et des matons violents. Millar y inaugure une série dont la vedette est Karl Kane, privé jusqu’au-boutiste qui rappelle bien l’auteur. Avec pugnacité, indolence toute irlandaise et points de suture, il mettra à jour les raisons et les assassins de meurtres abominables. On ne terminera pas cette encourageante chronique sans rappeler que Sam Millar, alors inconnu, publia (désormais en poche) le ténébreux et brutal Redemption Factory (n’oublions pas Poussière tu Seras) dont l’action se passait dans un abattoir (où Millar – on le sut plus tard -, travailla) qui s’inscrit parmi les romans les plus noirs écrits au Nord du Connemara.

Montanari4.jpg Nocturne de Richard Montanari. Le Cherche Midi
Hors de question de terminer l’année sans évoquer le dernier opus de Richard Montanari paru en septembre. Après Cérémonie qui était une sorte de traité du thriller parfait, Nocturne signe le retour de l’équipe Byrne/Balzano qui est sans aucun doute un des meilleurs duos policiers – si ce n’est le meilleur – du moment. On le sait, Montanari cultive une noirceur compulsive et se plaît à jouer des analogies. Celle-ci sont souvent artistiques comme dans Psycho où le tueur reproduisait des grands scènes criminelles du cinéma. Ici c’est la grande musique qui est à l’honneur et qui inspire notre coupable. Kevin Byrne a arrêté en 1990 une grande cantatrice qui venait d’assassiner son psychiatre. Cette scène de crime et cette femme exceptionnelle de beauté et de talent l’ont à jamais influencées. Vingt ans plus tard, dans leur bonne ville glauque de Philadelphie, Jessica Balzano et Kevin se trouve confrontés à un tueur en série dont le modus operandi consiste à tuer – plutôt massacrer - là où des années plus tôt quelqu’un a déjà été tué. En insert que nous ne vous révélerons pas, on suit les pensées, le plan et les agissements du tueur. Étrangement, horaires, lieux et indices clignent du côté de Kevin Byrne. Le meilleur inspecteur de Philly aurait-il traversé le miroir ? Jessica et le fidèle Bontrager vont devoir tenter de prouver à leurs supérieurs que le mal est ailleurs. Et quand nous disons le mal, celui-ci n’est pas vraiment adouci par la musique . Aussi céleste soit-elle.

Bormann.jpg Rompre le Silence de Mechtild Borrmann. Le Masque
Toutes les raisons également de chroniquer avant que l'année ne s'achève ce Rompre le Silence paru en octobre et qui nous plonge dans la mémoire des années nazies. Un médecin découvre, à la mort de son père, des papiers d’identité SS ainsi que la photo d’une jolie femme. Intrigué - son père l’ayant toujours tenu loin de ses affaires par regret qu’il n’est repris l’entreprise familiale, Robert Lubitsch va se livrer pas à pas à une recherche qui le conduira dans un petit village où exploseront bien des secrets tuant au passage une journaliste qui voulait en savoir trop. Il sera relayé dans la partie policière par un commissaire débonnaire mais pugnace. Si l’on excepte cette dimension criminelle, Rompre le Silence pourrait ressembler à ces quêtes / enquêtes à la Patrick Modiano. Un bout de papier, une lettre jaunie, des visages silencieux témoignent de la répugnance à évoquer un passé trouble où durant une époque tout un pays fut immergé. Groupe de jeunes insouciant qui connaîtront bientôt les affres de l’amour et de ses conséquences ainsi que le voile noir d’une période historique exécrable. Rompre le Silence est un polar sobre, sans effets, entêtant à la narration étale et mélancolique. Premier roman de Mehtild Borrmann, prix du meilleur roman policier en Allemagne, il devrait ouvrir un cursus honorum pour son brillant auteur.

Hayder4.jpg Fétiches de Mo Hayder. Presses de la Cité
Dans son précédent thriller Les Lames, l’incomparable Mo Hayder avait rompu avec sa veine horrifique pour une enquête classique, exceptionnelle de maturité et de suspense. Chassez le naturel, il revient au galop ! Retour de Jack Caffery et de Flea Marley pour de nouveau nous passer à la moulinette de ses démons d’auteure hantée. Comme c’est apparemment en vogue (cf. La Tombe était Vide), l’intrigue de ce nouvel opus nous entraîne aux confins de la folie extrême dans les murs même d’un asile psychiatrique. Mo y est décidément bien chez elle, entourée de ses ombres meurtrières, de ses assassinats sophistiqués et de ses symboles macabres qui justifient le titre du roman. Une affreuse rumeur concernant un fantôme homicide bouleverse personnels et pensionnaires de l’asile de Beechway. "La Maude" reviendrait régulièrement hanter les lieux et y semer mort et panique suicidaire. Alors, quand un des aliénés, parenticide, est élargi, le doute et la frayeur s’insinuent dans les esprit. Pourtant, la directrice est au courant du passif du malade libéré... AJ, le responsable des infirmiers, pris entre son attirance pour sa chef et sa certitude que le pire est à venir, va solliciter Jack Caffery qui ne se dérange rarement pour rien... surtout que Flea Marley garde encore ses secrets. Les aficionados comprendront...

Crais4.jpg Coyotes de Robert Crais. Belfond Noir
Robert Crais a écrit des chef d’œuvres comme Meurtre à la Sauce Cajun, récemment réédité, ou L. A Requiem. Ces temps-ci, il se tourne vers le roman d’actions davantage que vers le thriller ou le polar. Coyotes traite de l’épineux problème de l’immigration que des cartels tiennent en coupe réglées, prenant en otage des migrants pour que leurs familles payent des rançons, sinon c’est la mort dans d’horribles conditions. Elvis Cole, aidé de son inséparable associé Joe Pike, va devoir retrouver une jeune mexicaine accidentellement entraînée dans cet enfer des "Coyotes". Tout va très vite, Crais développe un schéma narratif proche du décompte d’une bombe à neutrons, on ne s’ennuie pas un instant tout en découvrant des aspects géo-politiques passionnants, et pourtant on regrette l’analyse psychologique de ses personnages d’habitude si réussie. En effet, pour quelqu’un qui n’aurait jamais lu d’aventures d’Elvis Cole, ce dernier passe pour un bon privé, retors et n'ayant peur de rien, Joe Pike pour un ancien des forces spéciales laconique et indestructible, seul, le nouveau Jon Stone nous donne envie de mieux le connaître. Robert, attention, avec cette équipe plus Carol Starkey, tu nous refais L’Agence tout Risques !

Parrish.jpg La Tombe Était Vide de P.J. Parrish. Calmann-Lévy
Quand on parle de duos d’auteurs britanniques de polars, on pense aussitôt à Nicci French et leurs merveilleux condensés de suspense très british. Rien n’indique que cet opus de P. J. Parrish (deux sœurs vraiment "anglaises") puisse ne pas être du thriller américain. Les frangines ont réussi ce que Lee Child avait fait dans ses débuts : plus yankee, tu meurs ! Ce thriller est une authentique réussite qui parcourt tous les sentiers du genre "serial killer", qui joue de tous ses codes et qui pourtant semble furieusement original, voire décalé, sûrement l’ambiance très spéciale qui y règne. Louis Kincaid est privé, ancien flic, ancien de la DDASS américaine et noir. Il est sollicité à quelques jours de Thanksgiving par son père adoptif pour l’aider à résoudre un troublant et triste mystère. Phillip, son père d’accueil avait aimé avant son mariage une jeune fille qui finit aliénée et trouvée morte. Chaque année, Phillip fleurit sa tombe jusqu’à que la concession change pour cause de démolition de l’asile et que les tombes soient exhumées. Celle de la jeune fille est remplie de cailloux ! La rumeur se porte alors sur un serial killer sévissant dans le coin depuis des années mais pourtant déclaré mort. L’enquête de Louis va l’entraîner dans l’ancien asile désaffecté d’où il fera ressortir d’affreux événements macabres et le souvenir de thérapies inhumaines sur de pauvres jeunes filles. Un être hante ces lieux et les fausses pistes qui nous sont proposées avec talent par l’auteur ne font que renforcer l’angoisse et ce fameux "mal des cavernes" dont parlait John McPartland. Entre Saw et le mythe d’Ophélie.

C.E._Lawrence.jpg Le Collectionneur de Chair de C. E. Lawrence. Pôle Noir
Encore peu connu des lecteurs français, C.E. Lawrence est une de ces sorcières du thriller qui savent vous préparer des potions vénéneuses dont les effets sont durables. Publiée chez une petite maison, elle devrait avec cet excellent Le Collectionneur de Chair trouver gîte chez plus prestigieux abri. Rien moins que l’effet gratuit ou la narration sensationnaliste ne président à l’écriture de Lawrence. Dans ce nouvel opus mettant en scène le profiler Lee Campbell, rattaché à la police new new-yorkaise, ce n’est pourtant pas les occasions qui manquaient à l’auteur de soulever le cœur du lecteur à l’envi. Meurtres insoutenables et sophistiqués sur fond d’ésotérisme macabre et de médecine psychique dominent une enquête où rien n’est jamais sûr et tout ambivalent. Lee Campbell n’est pas de ces profileurs mutants qui ont tout compris et tout analysé en deux temps trois mouvements. On est loin de Dexter ! Ici, on est dans l’humain, dans le retour des vieux démons, dans la peur du pire. Il faudra remonter très loin, passer bien des obstacles pour envisager la vérité. Bien écrit, bien traduit, suspense maintenu... Vous avez dit Thomas H Cook ?

JL.jpg Life Deluxe de Jens Lapidus. Plon
Quentin Tarantino a fait beaucoup de bien au cinéma. Pas à la littérature ! En effet, de plus en plus, l’univers fantasmatique du cinéaste s’infiltre dans le polar et constitue la réalité nous plongeant dans une mythologie fracassante où chaque acte prend des airs d’épopée. Dans Life Deluxe, le troisième et dernier volet de Stockholm Noir après L’Argent Facile et Mafia Blanche - que nous avions chaudement recommandés -, on n’échappe pas malheureusement au type de gimmicks qu’on prête à la racaille internationale. Jens Lapidus, au départ avocat – l’est-il toujours ? - a manifestement placé des complices dans les différents quartiers chauds de Stockholm pour lui en rapporter les us et coutumes ainsi que les champs d’applications. Qui aime bien châtie bien ! Nous arrêterons là nos taquineries pour souligner la persistante singularité de Lapidus dans son approche du polar violent. Le chef de la mafia serbe est assassiné et sa fille décide de reprendre le flambeau en s’associant avec JW vu dans L’Argent Facile et génie de la finance. Tout ça au moment où un casse foireux va entraîner un effet désastreux sur la pègre locale. Lapidus à l’art de la vitesse, de capter l’air du temps (langage, rituels, évolutions...). Il sait aussi mener un récit comme personne, sans invraisemblances, avec précision et technique de suspense renouvelées. Enfin, il rappelle que la mondialisation entraîne les mêmes problèmes de criminalité au Nord qu’au Sud. Superbe trilogie (les deux premiers sont en poche) qui vous donne réellement l’impression d’être un affranchi.

CS.jpg Niceville de Carsten Stroud. Le, Seuil
Réglons tout de suite le problème : Carsten Stroud a voulu écrire un livre de Stephen King. Et, il s’en est pas mal sorti ! En effet, Niceville renoue avec le charme de certains des premiers romans du maître de Portland. A l'instar des bibles de King, Niceville est un thriller polymorphe, mêlant réalité et fiction, trivialités contemporaines et croyances ancestrales, meurtres inexpliqués et vengeances d’outre tombe. Mais, contrairement à ce qu’on voudrait nous laisser croire, Niceville n’emprunte en rien à la tradition du "Southern Gothic". Ce n’est pas quelques maisons sudistes, le règne de familles fondatrices et un arrière goût de bourbon qui suffisent à se hisser au niveau d’un William Gay par exemple. Mais cela n’enlève en rien le bonheur de lecture que procure ce curieux polar qui met en scène une petite ville imaginaire du sud des États Unis où parallèlement, se déroulent un casse savamment orchestré par des flics ripoux, la mystérieuse disparition d’un adolescent et le piteux résultat des désastreuses conséquences des agissements d’un corbeau hacker. Au centre, comme toujours, un bon flic qui va couler dans cette galère. C’est haletant, ébouriffant, violent, inventif et nerveux. Imaginez Stephen King, Carl Hiaassen et Elmore James décidant un soir de cuite d’un projet commun et vous ne serez pas loin de Niceville.

PC.jpg Descente en Enfer de Preston & Child. L'Archipel
A chaque nouvelle enquête d’Aloysius Pendergast, nous sommes épatés par la sophistication du personnage, par le soin apporté par les auteurs, Preston & Child, à en faire un héros old school dans un monde moderne. Peu séduit par son nouveau héros high tech, Gideon Crew de R comme Revanche, nous étions pressés de retrouver Pendergast dans cette Descente en Enfer, aventure qui marquait la fin de la trilogie "Hélène" du nom de sa femme disparue. Nous ne sommes pas déçus ! Bien sûr, quelques esprits chagrins viendront vous dire que c’est abracadabrantesque, du n’importe quoi... Et bien, nous avons peaufiné v(n)otre réponse : les enquêtes de l’inspecteur Pendergast – et c’est ici criant – sont Les Mystères de l’Ouest d’aujourd’hui et Aloysius, le James West de la littérature policière. En effet, ne retrouvent-on pas cette ébouriffante folie narrative, cette théorie du complot tapissant les histoires, ces anachronismes frôlant l’uchronie... ? Quant à Aloysius n’a t-il pas le même génie policier que West, la même ruse, le même sens du danger et le même goût du risque qui l’entraînent sans cesse au bord de la mort. Seul bémol, les scénaristes des Mystères de l’Ouest n’avaient pas la liberté de proposer un personnage aussi ambigu que Pendergast : riche, rebelle, Gman, excessif, incontrôlable... Preston & Child eux peuvent ! A la fin de Vengeance à Froid, au moment ou Pendergast croyait avoir enfin retrouvé Hélène, elle était enlevée à l’occasion d’une opération sanglante. Dans ce dernier opus – il est vrai, totalement berzingue – Aloysius passe par tous les états (déprime, drogue, mutisme...) pour finir par voler jusqu’au Brésil où, près d’un village bavarois reconstitué, est retranchée une secte néo-nazi qui a juré sa perte et celle d’Hélène. Dès lors, l’imagination des auteurs et la furia créative de Pendergast feront le reste. Comme dans Wild Wild West, on sourit mais on frémit aussi.

K.jpg Le Sommeil et la Mort de A.J Kazinski. JC Lattès
Le Premier Homme Bon, premier opus du duo Klarlund/Weinreich alias A.J. Kazinski fut une des bonnes surprises de 2011 et nous nous y étions bienveillamment attardés. Reprenant ces personnages de Niels Bentzon, négociateur de police, et d’Hannah Lund astrophysicienne blessée par la vie, A. J. Kazinski poursuit les thèmes qui émaillaient son ouvrage précédent et, en particulier, les témoignages de morts imminentes. Le Premier Homme Bon était pétri de qualité, abordait maints sujets souvent mal connus, faisait réfléchir, mais... était un peu compliqué par son approche ésotéro-scientifique chère au polar actuel ! Retenant la leçon, Le Sommeil et la Mort a évité cet écueil se lisant facilement et avec appétit. Parfait thriller où le suspense et les fausses pistes tiennent le haut du pavé, Le Sommeil et la Mort commence quand Niels ne peut empêcher une danseuse étoile de se jeter d’un pont. Brisé par cet échec, il va devoir pourtant cravacher pour trouver un coupable qui tue, et – quand il y parvient – réanime ses victimes pour savoir si elles ont pu découvrir dans les limbes le meurtrier de sa femme. Cette traque particulièrement bien conduite à la conclusion totalement inattendue nous conduira du Théâtre Royal de Copenhague aux campement d’adeptes de EMI pour s’achever dans un bunker datant de la guerre froide où l’insensé coupable retient Hannah enceinte de jumeaux (qui avait subi trois EMI dans l’opus précédent...) pour réaliser son projet fou. Comme ils en prennent l’habitude, les époux (ils se sont mariés entre temps) finissent vainqueurs mais couturés.

DM.jpg 7 Jours de Deon Meyer. Seuil Policiers
La course contre le temps est finalement le substrat du travail de Deon Meyer. Factuellement, on s’en est rendu compte à la parution de l’incandescent 13 Heures, enquête à 100 à l’heure, qui mit tout le monde d’accord. Plus insidieusement, en regardant sans complaisance ni colère rentrée son pays, l’Afrique du Sud, l’auteur tente de participer à l’accélération des solutions nécessaires à gérer un "pays qui n’est pas simple", à l’augmentation des marqueurs de solidarité et du vivre ensemble. Course contre le temps que mène aussi Benny Briessel, enquêteur brillant mais resté alcoolique quatorze ans durant, avec la pale illusion que le rachat est au bout du chemin... Précisément, comme pour 13 Heures, ce sont les mêmes personnages que l’on retrouve dans 7 Jours : Benny, qui tente de sauver une star du rock de l’alcool tout en tombant amoureux d’elle, l’enquêtrice Mbali, noire, ronde avec le métier dans le sang ainsi que les différents flics de la brigade des Hawks. Ici, c’est un sniper en série qu’il faut neutraliser au risque de le voir abattre un flic par jour au prétexte que la police saurait qui a tué une belle et troublante avocate afrikaner et le cacherait pour des raisons obscures. Deon Meyer va, dès lors, mettre en branle une sorte de machine de guerre littéraire où les fausses pistes, les déceptions, les erreurs lourdes et les retournements de situations sont rois. Benny Briessel, quarante sept ans, enquêteur cabossé par la vie mais éternel sentimental et Mbali, vingt sept ans, malheureuse d’être si seule, si petite et si noire vous saluent bien dans – on le dit à chaque fois – le meilleur Deon Meyer depuis le précédent !

T.R.jpg Agent 6 de Tom Rob Smith. Belfond Noir
Agent 6 confirme qu’avec Tom Rob Smith, on tient un nouveau Philipp Kerr version KGB. En effet, comme l’Écossais s’attache depuis une dizaine de romans à "policiariser" l’histoire de l’Allemagne pré et post nazie, Tom Rob Smith, en trois opus, prend le même chemin pour l’Union soviétique post stalinienne. Le risque pour ces deux brillants auteurs – on la vu dans Vert de Gris, le dernier Kerr – est de tomber dans le détail historique qui envahit et finit par contaminer le récit policier. C’est le syndrome des "100 pages de trop"... Tom Rob Smith, peut-être parce que son art du récit est plus élevé n’arrive pas encore à lasser par ses références historiques. Son premier acte Enfant 44 était un pur chef d’œuvre sur les méthodes du KGB et La Russie stalinienne, Kolyma, son second, plus embrouillé, permettait néanmoins de conserver nos espoirs pour ce nouveau talent. Agent 6 les confirme haut la main. Livre épais, ambitieux, porté par le souffle de l’histoire, il n’est presque plus à ranger au rayon polar, et pourtant il recèle ce que les meilleurs livres policiers possèdent, soit l’idée du bien et du mal chevillée au corps. Léo Demidov que l’on suit depuis ses débuts de sémillant officier du KGB nous conduira en 1981 à New York où enfin il saura tout sur la mort de sa femme. Le polar c’est aussi ça : attendre pour comprendre ! Vous avez dit suspense...

Mina.jpg La Fin de la Saison des Guêpes de Denise Mina. Le Masque
Pourtant primé et annoncé à grands renforts de publicité, le dernier opus de Denise Mina (sublime auteure de Sanctum) est une demi réussite. Et ceci pour une raison que l' Ecossaise elle-même révèle dans ses Remerciements : "elle était un peu « empêtrée »". Le sujet pourtant est fort : une jeune femme héritière d’une maison victorienne ayant appartenu à sa mère récemment décédée est retrouvée morte - plutôt pulvérisé sur l’escalier de la demeure ! L’enquête est prise en main par la nouvelle héroïne de Denise Mina, l’inspectrice Alex Morrow – vraie réussite du livre – et révèle secrets de famille et haines mal recuites. Denise Mina sait très bien faire ça : gérer ces ambiances pluvieuses, ces personnages populaires froids et insaisissables, ces flics retors, durs au mal et teigneux. Mais quelle guêpe l’a piquée pour se lancer dans un sous texte d’ados mal aimés aux prises avec les pires névroses ? On se le demande quand on sait que ça plombe le roman et que le suspense dès lors fait flop. Notre coup de cœur, nous l’avons dit va vers cette nouvelle héroïne, Alex Monroe que l’on ne lâchera pas.

HC2.jpg Ne T'éloignes Pas de Harlan Coben. Belfond Noir
Nous n’avons pas l’habitude de lire le travail de nos confrères mais le retard que la disparition d’Anita Tuyaga nous a normalement fait prendre nous a confronter à certaines chroniques. L’une, entre autres, issu d’un grand hebdomadaire, descendait en flamme ce dernier Harlan Coben. Heureusement, nous avions déjà lu Ne T’éloigne Pas et nous étions fait notre opinion ! Ceux qui voient dans ce nouvel opus un ratage n’ont peut-être pas compris – qu’à notre avis - Coben a voulu sortir du cercle infernal qui en fait le roi de la disparition à répétition. Sortir de son côté Mary Higgins Clark au masculin. Ne T’éloigne Pas est un thriller à l’ancienne et si l’on filait la métaphore on dirait que tout le monde se trouve dans le même panier. Ici, c’est la disparition qui est le héros ! Normal, quand on sait que plus de deux milles personnes disparaissent chaque jour aux USA !! Effarant. Par une sombre ironie de l’histoire, Cassie, strip-teaseuse, a changé de vie croyant que son violent amant était mort et qu’on lui mettrait le crime sur le dos. Mais, le pire c’est que celui qui l’aimait sincèrement a joué aussi le filles de l’air. Dix sept ans plus tard, tout resurgit et l’inspecteur Broome va devoir hanter bordels et casinos pour renouer les fils de cette vieille histoire. Old school on vous dit !

Fitzek1.jpg Le Voleur de Visages de Sebastian Fitzek. L'Archipel
Désormais quand vous débutez la lecture d’un thriller préparez vous à devoir faire des efforts de mémoire considérables. Conditionnez vous à des situations les plus improbables possibles. Remettez en cause toutes vos naïves croyances sur les capacités du cerveau de la mémoire ou de la mort imminente. En effet, souvent venu de France (Grangé , Thilliez, Chattam...), le thriller a pris une dimension quasi ésotérique qui n’est pas toujours du meilleur effet. D’autant que c’est la surenchère entre les concurrents. A qui ira le plus loin dans l’horrible, l’indicible et... l’invraisemblable ! Heureusement, des auteurs se calment. Sans parler des stylistes avisés (Lemaitre, Chainas, Giebel...), on trouve en Suède (Lackberg, Mankell) Islande (Indridason) et Allemagne des nerveux intéressants. Sebastian Fitzek est de ceux là. Né à Berlin, il s’impose pages à pages comme le recours germain. Certes, comme ses collègues européens, il ne lésine pas sur le paranormal mais il garde à ses romans une ambiance noire et tragique dont bénéficiait les premiers Thillliez, malheureusement perdue depuis. Ce Voleur de Regard met en scène un ancien profiler reconverti de force dans le journalisme après avoir tué par faute de jugement une suspecte sept ans plus tôt. Zorbach va devoir convaincre et – retour des arcanes de la mémoire ! - se convaincre qu’il n’est pas le voleur de regards. Aidé par une jeune aveugle un peu médium, il déploiera l’énergie d’une petite armée pour découvrir une fin bien amenée.

Rolon.jpg La Maison des Belles Personnes de Gabriel Rolon. Belfond Noir
La psychiatrie a pris dans le polar moderne une place de plus en plus envahissante : mémoire en miettes, troubles comportementaux, désordres cognitifs font la joie des auteurs retrouvant dans ces pathologies la Mère des sujets à énigme : la Folie. La singularité et surtout l’attrait de ce premier roman est non seulement qu’il soit écrit par un homme de l’art (un psychanalyste...) mais surtout qu’il n’est pas absolument chercher à jouer aux écrivains policiers. Ce Pablo Rouviot, psy sans concessions, va mettre sa science de l’écoute et des conséquences qu’elle entraîne au service d’une histoire trouble et malsaine où il doit confirmer le parricide d’un jeune psychotique quand tout l’entraîne à penser le contraire. Mieux qu’un Kellermann ou qu’un Grangé, Gabriel Rolon nous guide dans le labyrinthe de la pensée tout en nous donnant un peu à connaître de la psychanalyse. D’une pierre... deux coups !

cook.jpg L’Étrange Destin de Katherine Carr de Thomas H. Cook. Seuil Policiers
L'Étrange Destin de Katherine Carr est la nouvelle réussite de Thomas H. Cook. Car il n’est pas d’autres termes pour inlassablement qualifier les opus de ce géant de l’univers policier. Moins sophistiqué que le sidérant Au Lieu Dit L’Étang... mais peut-être encore davantage intriguant, ce plus court roman se lit le cœur au bord des larmes tant l’émotion d’un père rongé par la mort de son jeune fils dont il se sent responsable nous expose aux émotions les plus vives. George Gates, journaliste local, va se prendre de passion, avec la complicité d’une enfant surdouée, mais n’ayant que quelques semaines à vivre, pour la vie et la mort mystérieuses d’une jeune femme du village disparue quelques années plus tôt. Brumes du passé, douleurs à vifs et nuits d’angoisse rapprochent Cook désormais d’un Henry James captivé par Agatha Christie et frôlé par les sœurs Bronte

Lchild.jpg 61 Heures de Lee Child. Calmann-Lévy
Jack Reacher a récemment fait le buzz grâce à l’interprétation très médiatisée qu’en a faite Tom Cruise (drôle de choix quand on sait que Reacher mesure... 1m96! ) récemment au cinéma. Pour notre part, nous apprécions de longue date ce héros récurrent de Lee Child, type même du loup solitaire entre Rambo et Jason Bourne. Ce 61 Heures est à ranger parmi ses meilleures aventures. Comme d’habitude, l’intrigue va s’imposer à Jack plutôt que l’inverse. Fauve en sommeil mais toujours à l’affût, l’ancien militaire d’élite va devoir faire face à nombres d’ennemis intérieurs et extérieurs dans un milieu hostile balayé par la neige. Difficile pour lui de vaincre l’adversité, bloqué dans un bled paumé qui n’a comme seule reconnaissance que celle de détenir la plus grande prison du pays au bord de la mutinerie. Jack n’aura, dès lors, d’autres choix que d’activer ses réseaux secrets et son indestructible "fighting spirit".

Craig2.jpg La Phrase qui Tue de Craig McDonald. Belfond Noir
Après Rhapsodie en Blue, et On ne Meurt qu’une Fois, on a droit avec cette Phrase qui Tue à la dernière apparition de "Papa" Hemingway dans les aventures d’Hector Lassiter écrivain prometteur de la Lost Generation et authentique création de l’épatant Craig McDonald que nous avions mis en avant dès La Tête de Pancho Villa.L’auteur nous entraîne, régal pour nous Français, dans le Paris des années 20 où l’intelligentsia américaine faisait la loi dans les salons et les cafés de Montparnasse quand Hemingway débutait. Mais, ce Paris de la fête va être vite assombri par une série de meurtres visant des directeurs de revues tous américains. Hector, Papa et la belle Brinke vont plonger dans une histoire digne du meilleur Agatha Christie ou bien des surprises littéro-policières les attendent. A noter, que les indications sur le Paris de cette époque et ses intrigues ne dépareraient pas dans les études de notre cher Jean-Pierre Caracalla, maître es littérature de Montparnasse.

thora.jpg L'Ange du Matin d' Arni Thorarinsson. Métailié
Une fois de plus, Arni Thorarinsson nous séduit par sa dernière livraison. Virtuose de l’intrigue policière, l’auteur islandais orchestre ses polars autour de la figure du journaliste d’investigation et signe ainsi sa dette à Horace McCoy. Thorarinsson fait de Einar, journaliste cabossé mais précieux du Journal du Soir, un héros emblématique d’une Islande contemporaine déboussolée dont il écrit "cette société qui oscille entre rêve de grandeur et autodestruction, complexe d’infériorité et mégalomanie". Cet Ange du Matin, est précisément inspiré de la crise financière de 2008 qui vit l’économie islandaise s’effondrer et Les Nouveaux Vikings, hommes d’affaires aux ambitions extravagantes, avec elle. Le petit pays connu, dès lors, une population divisée et maussade prenant conscience du mal. Einar va devoir retrouver l’enfant kidnappée d’un de ces magnats et, en parallèle, élucider la mort d’une factrice sourde. Le haut du pavé souillé et l’éternel malheur des humbles...

Lemaitre.jpg Sacrifices de Pierre Lemaître. Albin Michel
Il est incontestable que lorsque Pierre Lemaitre publia Travail Soigné en 2006, les amateurs de polars surent qu’un nouveau talent était né. Ce n’est pas tous les jours, en effet, qu’en France un vrai écrivain se fait jour avec le thriller dans la peau. Les Thilliez, Sylvain et autre Giebel ne sont pas légion. Sacrifices boucle la trilogie Verhoeven, flic nain au cœur brisé et aux nerfs de feu. D’entrée, le roman nous plonge dans une hallucinante scène de violence extrême visant une pauvre innocente tombée malencontreusement en plein braquage. Le style est acide, fatal, quasi en retrait, comme si tout cela était banal, joué d’avance.... De là, une enquête. Pourquoi cet acharnement sur une passante ? Qui est-elle ? Quel genre d’homme peut poursuivre sa proie jusque dans un hôpital ? Verhoeven est, une fois de plus, écartelé, on comprendra pourquoi... Roi de la fausse piste, du réalisme blême et du suspense éreintant, Lemaître est un seigneur du mal.

Mabanckou.jpg Tais-toi et Meurs d' Alain Mabanckou. ELB
La récente maison ELB héberge une épatante collection dirigée par Patrick Raynal (ex Série Noire) intitulée "Vendredi 13" qui accueille des textes, principalement francophones, revisitant le thème du fameux jour maudit. Chaque auteur le fait à sa manière et y apporte son univers. Celui d’Alain Mabanckou, Tais-toi et Meurs est un régal. Ce n’est pas tant aux amateurs de polars qu'aux lecteurs curieux d’un Paris africain coloré et insondable pour le profane qu’il s’adresse. En effet, Mabanckou, à la faveur d’une trame policière classique mais non dénuée d’intérêt, nous fait découvrir la communauté congolaise de Paris. Ses codes, ses habitudes, son irrésistible goût pour la sape et l’apparence. Beaucoup de désinvolture dans ce roman enjoué mais aussi le constat que la fracture post coloniale est restée vivace. Tout se fait et se dit ici en comparaison et en rivalité avec les Blancs. Faut-il en rire ou en pleurer ?

Gay2.jpg La Demeure Éternelle de William Gay. Policiers Seuil
William Gay est mort en février dernier d’un arrêt cardiaque à l’age de 69 ans. Auteur de trois romans farouches et mortifères, il est passé dans la littérature américaine comme une balle perdue tirée à l’aveugle pour sauver sa peau. Écrivain débutant à 56 ans, charpentier de fortune, ancien VietVet, cet homme au visage sorti des affres de l’enfer avait tout pour n’être qu’un loser. Il pourrait devenir un auteur culte. Flash back : quand il y a deux ans nous était parvenu La Mort au Crépuscule, signalé comme le troisième roman de William Gay, nous fûmes divinement surpris par sa qualité et l’inspiration de son écriture délétère. Nous y retrouvions une vraie littérature sudiste que l’on commençait déjà à nous sur-vendre et dont on se rend compte aujourd’hui que tout est bon à faire polar gothique quand, en fait, beaucoup ne se contentent que de resucées des grands classiques (lire la suite...)

koryta2.jpg Mortels Regards de Michael Koryta. Calmann-Lévy
Michael Koryta possède une qualité rare : il sait se renouveler et ne tombe pas dans le formatage, ennemi juré du thriller contemporain. Koryta s’intéresse aux victimes de la vie, aux anges déchus qui tentent de reprendre leur vol. Ici, il aborde jusqu’aux rives du fantastique qui – il est vrai – le tiraille d’opus en opus. Arlen, est revenu de France et de sa Grande Guerre avec un don tragique. Il voit la mort sur ceux qu’elle va prendre. Accompagné d’un jeune garçon qu’il aide de son expérience, il atterrit dans une auberge de fortune tenue par une créature mystérieuse et belle. Sous la coupe d’un juge cruel, corrompu et meurtrier, la jeune femme a pourtant juré de venger son père. Tombés amoureux l’un de l’autre, Arlen et Rebecca, deux brisés de la vie au cœur lourd, vont au centre d’un climat visionnaire de cendres et de plomb faire rendre gorge au mal dans une résistance héroïque à ses démons. Entre thriller gothique et roman noir romantique.

Deborah2.jpg Déliquescence de Deborah Kay Davies. Le Masque
De ses expériences de poétesse et de nouvelliste, Deborah Kay Davies a retenu le sens de la concision pour la mettre au service de son premier roman. True things about me (certes moins vendeur que Déliquescence...) s’aventure sur un chemin escarpé et à la progression risquée : la possession amoureuse et les drames qui souvent l’accompagnent. La narratrice qui "ressemble à une femme qui a des secrets", succombe au sortir d’un cinéma à la drague tonitruante d’un bellâtre blond et se livre à une séance d’instinct sex. Dès lors, le prédateur va occuper sa vie comme l’héroïne le cerveau. Soufflant le chaud et le froid, jouant de la douceur et de la violence, il va sidérer sa victime jusqu’au drame final. Tout compte fait, ce désastre moderne n’est pas traité sans ironie. Scindé en courts chapitres aux titres anecdotiques, Déliquescence propose une lecture puissante et sèche entre les nouvelles désillusionnées de Raymond Carver et Le Démon d'Hubert Selby.

LGardner.jpg Les Morsures du Passé de Lisa Gardner. Albin Michel
"Salope, salope (...) Je te tuerais, je t’arracherai la tête... (…) Et je me demande si cette nuit qu’il va finalement me tuer. Je vous présente Evan, mon fils. Il a huit ans." Ce passage aussi glaçant que peut l’être la pire des promesses de mort témoigne de l’obsession de Lisa Gardner a creusé le sillon du crime et du mal là où on ne l’attend jamais. Dans La Maison d’à Côté, c’était le conjoint qui constituait la menace, ici on a affaire à de petits anges qui – lorsque la psychose perce – deviennent d’horribles démons capables du pire. Occasion pour l’auteur d’éclairer une sombre réalité et de mettre en lumière ces pauvres patients et leurs formidables soignants. A la faveur d’un double familicide où sont impliqués de jeunes psychotiques hypra violents, cette magicienne du suspense qu’est Lisa Gardner en revient toujours aux adultes, traînant secrets et douleurs recuites. Certains s’en accommodent et pleurent, d’autres hurlent et tuent.

Katzenbach.jpg Mort-en-direct.com de John Katzenbach. Presses de la Cité
Nonobstant quelques longueurs inutiles (mais devenues souvent la règle dans le thriller high tech...), John Katzenbach n’est pas loin de nous rendre un sans faute avec ce Mort-en-direct.com. Lorgnant du côté de Mo Hayder et de Maurice G. Dantec, l’auteur de L’Analyste nous plonge dans les horreurs d’un snuff movie des plus sophistiqués. Un professeur de psychologie en retraite, condamné par une maladie cognitive fulgurante, croit assister à l’enlèvement d’une ado au tempérament fugueur. Vite persuadé que la police ne pourra rien, il s’engage dans une recherche expresse avec pour seuls aides un pédophile - expert es sites interdits – et ses proches décédés qui lui dictent une partie de son attitude. Étrange mélange de réalisme le plus cru et de fantastique psychologique, Mort-en-direct.com est redoutable d’efficacité et de trouvailles narratives. Quant au vieux prof dingo qui parle à ses fantômes, il se révèle un sacré dur à cuir

JCblake.jpg Red Grass River de James Carlos Blake. Rivages
James Carlos Blake, prouve, à nos yeux, dans ce sublime roman qu’il est le meilleur narrateur américain avec Jim Harrison et Cormac McCarthy et le plus sûr chantre du sud des États Unis aux côtés de James Lee Burke. Blake retrace la saga sanglante du gang Ashley, bootleggers mythiques qui sévirent dans la Floride du Sud entre 1912 et 1924. Comme il l’avait fait dans Crépuscule Sanglant qui retraçait le parcours contrarié de deux frères, l’auteur met la famille au centre de son roman en se concentrant sur ses membres et ses proches tels des cercles concentriques. Chapitres après chapitres, lignes après lignes, il nous dévoile le quotidien d’une délinquance américaine rurale, l’escalade inévitable dans le crime, l’apogée du succès comme les raisons du déclin. Dans un somptueux style naturaliste emprunt d’une poésie grave, il n’oublie pas ce qui fait la valeur d’un grand livre d’aventures : la rivalité, l’amour et la vengeance.

preston_2.jpg Vengeance à Froid de Preston & Child. L'Archipel
Il est vrai, comme l’indique la publicité (quoi de plus normal...) que "chaque enquête de l’inspecteur Pendergast constitue un événement". En effet, cet agent du F.B.I, dandy ténébreux, sudiste et millionnaire exerce une fascination sur ses fans inconditionnels - dont nous faisons partie - et sur tout lecteur de bonne foi. Ses créateurs, Preston & Child, maitres du thriller fantastique, ont le talent d’imprimer à cette série une ambiance passéiste et gothique tendance L’Aliéniste et une vision très contemporaine dans le déploiement des moyens. Dans ce nouvel acte, particulièrement réussi, Aloysius Pendergast poursuit le fantôme de sa femme morte douze ans plus tôt. Une résurrection inattendue et cruelle qui le conduira à affronter une puissante organisation et l’entraînera aux confins de la folie et de la mort. Entre Batman et Blake & Mortimer. Polar de l’été !

dorn.jpg L'Interprétation des Peurs de Wulf Dorn. Le Cherche Midi
La force de ce premier roman de l’allemand Wulf Dorn est, entre autres, l’efficacité de sa narration. Contrairement à ce qui se fait de coutume dans le genre, il n’y a ici nulle intrigue parallèle ni autres histoires secondaires. En effet, comme dans un film d’action réussi, on est dès le début et jusqu’à l’inimaginable fin accroché à ce personnage de jeune psychiatre à la recherche d’une patiente terrorisée - dit-elle par un croquemitaine. L’héroïne va, dès lors, se retrouver elle-même victime du monstre qui prend de multiples visages. Les amateurs de psycho thrillers seront comblés par L’interprétation des Peurs qui n’est pas sans rappeler Le Passager de J. C. Grangé ou La Mémoire Fantôme de F. Thilliez. On l’aura compris, nous sommes dans le domaine de l’indicible, des peurs enfouies et des créatures abominables tapies dans l’ombre de nos cerveaux fragiles. Nuit blanche assurée...

smith.jpg Blondie et la Mort de Roger Smith. Calmann-Lévy
Jusqu’ici le polar sud-africain était brillamment représenté par Deon Meyer qui a su mêler avec tant de brio les lois du genre à la situation locale des plus singulières. Roger Smith, en digne émule du maître reste dans cette ligne de force mais y ajoute une violence et une radicalité qui bousculent sacrément les codes habituels. Roxy, ancienne top model américaine tue son mari à la faveur d’une agression de deux voyous camés que tout accuse. Le mari, plutôt escroc, a laissé suffisamment d’impayés pour être la cible d’un paquet de bandits. Elle devra affronter ceux-ci mais, bien pire, Piper - le mac ultra dangereux d’un des deux agresseurs. Billy Afrika, ange déchu, viendra à son aide pour un duel ultime avec Piper qui a détruit sa vie. Écrit comme un scénario de John Woo, vibrant, rapide et sauvage, Blondie et la Mort se savoure comme un alcool fort qui incendie l’imagination

winslow3.jpg L'Heure des Gentlemen de Don Winslow. Le Masque
Boone Daniels a le blues. Sunny est partie surfer en ligue pro, le mois d’août prive l’océan de vagues et le boulot de détective se fait rare. C’est dans cette ambiance maussade que le privé de la Patrouille de l’aube va devoir enquêter – au service d’une avocate pour laquelle il nourrit un béguin – sur la mort d’un de ses amis, maître en surf, provoquée par un fils de riche agressif et paumé. Quand il découvrira que le môme n’est pour rien dans cette histoire et que les vrais méchants sont ailleurs, le climat paradisiaque de Pacific Beach connaîtra une forte dépression. Chez Don Winslow, tout est cool mais rien n’est simple. C’est un peu Chandler chez les surfers, Marlowe à la plage… Boone va devoir défendre celui qui a tué un symbole et l’idole de ses potes. Un moment lâché par ses derniers, il surfera à l’Heure des Gentlemen qui sont loin d’en être tous.

cleeves4.jpg Bleu comme la Peur d' Anne Cleeves. Belfond Noir
Lors de l’entretien que nous avions eue avec Ann Cleeves en 2008 (voir interview), l’auteure nous était apparue telle qu’en elle-même : un archétype de petite femme discrète… à la perversité toute anglaise ! En effet, les troubles de l’âme humaine et les dégâts du désir contrarié semblaient n’avoir aucun secret pour elle. Bleu comme la Peur, dernier volet du quartet des Shetland, condense tout son travail et impose Ann Cleeves comme l’égale d’une P. D. James. Tout est en place pour que cette émule talentueuse d’Agatha Christie nous régale : une ile déserte, des personnages insaisissables (des ornithologues…), un huis clos étouffant, une météo empêchant tout secours, et deux femmes retrouvées mortes. Jimmy Perez, en vacances avec sa promise, va devoir briser de lourds secrets et ressortir d’amères rancunes. La nature tempétueuse des Shetland ne sera pas son alliée.

osborne.jpg Top Class Killer de Jon Osborne. Seuil Policiers
L’écriture d’un premier roman – surtout d’un polar – entraîne le plus souvent l’auteur dans une gestion délicate de son imagination. Fulgurances retenues de longue date et failles liées à l’inexpérience se côtoient pour le meilleur et pour le pire. Dans le cas qui nous occupe, Jon Osborne, dont la courte bio nous indique qu’il est journaliste tout terrain et qu’il n’est pas un poulet de l’année, développe une ambition ultime sur le thème rebattu mais toujours vibrante du serial killer. Un copycat réédite les chef d’œuvre de grands criminels contemporains en en corrigeant les erreurs fatales. Derrière, - subtile trouvaille – il poursuit de sa haine, l’inspectrice chargée de sa traque. Une fois, la dette payée à Ellroy et Connelly, Jon Osborne nous propose un thriller étonnant, truffé de fausses pistes, où même les invraisemblances renforcent la qualité du récit.

connolly.jpg La Nuit des Corbeaux de John Connolly. Presses de la Cité
John Connolly pourrait être le fils illégitime de Ken Bruen et de James Lee Burke. Du truculent irlandais, il a les origines et l’ironie cinglante, du maître américain, la sombre désillusion et l’audace narrative. Son chemin aujourd’hui bien tracé, on retient particulièrement de Connolly des intrigues denses, touffues, irradiées d’un soleil noir sous lequel le mal prospère inexorablement. Cette Nuit des Corbeaux est une de ses plus belles réussites. Charlie Parker, détective endeuillé à jamais, enquête pour le compte d’un ancien tueur d’enfant, qui se fait harceler à l’occasion de la disparition d’une gamine, alors même qui l'a purgé sa peine et refait sa vie incognito. Partagé et balloté par des sentiments contraires, ne s’en tenant qu’à son instinct et à l’aide de pros du coup de poing, Parker va trouver les réponses à une double énigme que seuls les corbeaux connaissaient…

fossum.jpg L'Enfer Commence Maintenant de Karin Fossum. Policiers Seuil
Rares sont les stars du polar a dévié de la ligne qui les a consacrés. Karin Fossum, spécialiste es "frissons garantis" nous avait habitué à des thrillers bien ficelés quoiqu’un peu prévisibles. Sa dernière livraison, sous la forme d’un texte bref écrit à l’os, rappelle qu’elle fut aussi poète par la fulgurance et l’épure de la narration. Au travers des manipulations et des agissements déviants d’un adolescent désœuvré dans un bled norvégien, Fossum distille la peur, l’angoisse et nous ramène à nos pires terreurs. Pourtant, rien de spectaculaire dans tout ça ! Juste une froide mécanique qui atteste que le mal est partout, tapi, insidieux et que nos esprits en constituent le meilleur terreau. Face à ces événements, un commissaire vieillissant mais sage qui ne pensait devoir affronter ça. Imaginez un croisement d’Indridason et de Kirino. Avis aux amateurs !

Koontz.jpg Un Type Bien de Dean Koontz. JC Lattès
En rendant hommage à Dean Koontz au travers de son dernier opus, Un type Bien – qui n’est pas sa meilleure production ! -, c’est le thriller américain populaire qui est pour une fois au cœur de notre propos. Retrouver le plaisir d’une écriture binaire, d’un méchant et d’un gentil sans intermédiaires, de l’économie d’intrigues parallèles qui nous obligent parfois à regretter notre échec à Normale pour mieux les appréhender. De l’action, de l’action, de l’action... aurait dit Danton s’il avait lu Koontz ! Tim, ce "type bien" va se retrouver au centre d’une terrible méprise et jouer très temporairement le jeu du commanditaire d’un meurtre. Dès lors, il fera tout pour sauver l’innocente "cible" en affrontant un tueur au profil diabolique. "Dans une société qui se coupe chaque jour davantage de la société", il mettra également à jour un complot politique. Pas mal, non ?

james.jpg A Deux Pas de la Mort de Peter James. Fleuve Noir
En fait, quelles sont les raisons d’apprécier un polar ? Certes, elles sont nombreuses, mais au mieux, d’être confronté à la transgression la plus sourde, celle qui nous terrifie en silence et nous pousse irrésistiblement vers elle. Au pire, d’être tenu en haleine par une intrigue qui nous laisserait autrement peut-être indifférent… Peter James est de ces auteurs (dont nous avons défendu quasiment tous les livres) qui offre l’ensemble de ces perspectives. Ce nouvel opus ramène le commissaire Roy Grace aux fondamentaux qui ont fait son succès. Un violeur, fétichiste des chaussures, sévit à Brighton et réplique dans leur forme des forfaits commis treize ans plus tôt quand Grace débutait. Récidiviste ou imitateur ? Fausses pistes, aliénation mentale, sexualité déviante et final explosif constituent le cocktail détonnant de cette nouvelle enquête.

slocombe.jpg Shangai Connexion de Romain Slocombe. Fayard
La tentation de la Jamesellroïsation (fictionnalisation de la Grande Histoire récente et collision avec l’intrigue policière) n’a pas toujours réussi aux auteurs du polar français (Hoppel, Manotti…) mais à été pour certains un libérateur d’inspirations et d’énergie. Romain Slocombe est de ceux-là. Si l’on reconsidère son travail romanesque depuis Un Eté Japonais (2000) début de sa tétralogie japonaise jusqu’à ce dernier volet de L’Océan de la Stérilité qui paye également une dette à Henry Miller, on constate le brio créatif, le sérieux documentaire et l’originalité narrative de cet artiste complet (photographe, graphiste et également vidéaste) Au travers des enquêtes improbables de Gilbert Woodbrooke, Slocombe a levé le voile sur maintes énigmes historiques et plaies du passé. Il révèle ici, entre autres, le sort des réfugies juifs de Hongkew… au Japon !

steinfest2.jpg Le Onzième Pion de Henrich Steinfest. Carnets Nord
Comme il nous y avait préparés avec Requins d’Eau Douce – une des révélations de 2010 - Heinrich Steinfest surenchérit dans le polar off limits diraient les américains, iconoclaste les critiques parisiens… Lilli Steinbeck succède à l’inspecteur Lukastik mais révèle autant de facéties et de dons pour les enquêtes surréalistes. En effet, c’est bien dans un monde parallèle que Lilli, beauté au nez tordu, va devoir évoluer, tentant de retrouver un zoologue allemand enlevé dans le cadre d’un jeu d’échec planétaire pratiqué par deux démiurges montés l’un contre l’autre comme Zeus contre Junon. On assistera, dès lors, à une tentative de conquête de Mars, aux coulisses du Rainbow Warrior ou au retour des dodos… Le tout ponctué d’aphorismes et de considérations métaphysiques à la hauteur de la densité de l’intrigue. Pour les amateurs de polars décalés.

kerr3.jpg Hôtel Adlon de Philip Kerr. Le Masque
Dans Une Douce Flamme (cf. archives), nous avions laissé Bernie Gunther dans l’Argentine de Perón où, quittant l’Allemagne, il s’était échoué retrouvant par là-même quelques nazis de choix. On pensait l’affaire clôturée mais Hôtel Adlon vient éclairer et poursuivre la saga. En effet, préquelle, suite et peut-être conclusion à la fois de La Trilogie Berlinoise, ce nouvel opus épais et captivant nous ramène au Bernie de 1934 à Berlin assistant à la montée irrésistible des SS et, plus tard, à celui des années 50 à Cuba où la mafia de Meyer Lansky s’appuie sur Batista croyant pouvoir étendre et faire perdurer son empire. Comme toujours, Philip Kerr nous perd pour mieux nous conduire. Le fil conducteur de ce voyage inter sidéral est l’amour d’une femme et la vengeance dirigée contre une vilaine canaille. Deux arguments qui constituent souvent le cocktail du meilleur du polar.

mosby2.jpg Les Fleurs de l'Ombre de Steve Mosby. Sonatine
En plus d’avoir publié de grands textes policiers (Au-delà du Mal, Dope, Les Anonymes…) Sonatine a révélé des auteurs neufs et furieusement inventifs. Rendu célèbre par son désormais culte Un sur Deux, Steve Mosby fait partie de ce contingent et, au même titre que S. J. Watson, auteur du best seller Avant d’Aller Dormir, il travaille sur l’intertextualité. Watson se servait d’un journal intime quand Mosby prend, dans ce nouvel opus fascinant, un roman pour base de son thriller. Un auteur trouvé mort avait, semble t-il, remonté le fil d’une sombre tragédie, argument d’un polar écrit vingt ans plus tôt. Tout indique qu’il revivait les mêmes événements que ceux du roman en connaissant pareille mort que son auteur. Steve Mosby joue avec les codes de la paranoïa et de la mise en abyme pour nous égarer entre réalité et fiction, horreur et drame. Où quand un livre est le vrai coupable !

cook.jpg Au Lieu-Dit Noir-Etang... de Thomas H. Cook. Policiers Seuil
On le sait, Thomas H. Cook n’est pas un écrivain policier comme les autres. En est-il un vraiment d’ailleurs ? Certes, mais un peu perdu dans son siècle. Plus près d’Agatha Christie du Meurtre de Roger Akroyd que de James Ellroy en tout cas. Cerise sur le gâteau, son meilleur roman datant de 1996 vient d’être enfin traduit en français. Nous sommes à Cap Cod pendant les années 20. Un drame a eu lieu mettant en scène des enseignants d’une sorte de boite à bac locale. Le narrateur, fils du directeur de l’école, revient au crépuscule de sa vie sur cette histoire terrible et ses protagonistes tragiques. Par une remarquable prouesse narrative, le roman lâche, chapitre après chapitre, des bribes de vérité qui conduiront à une issue aussi dramatique qu’inattendue. Écrit à la manière d’un roman victorien assaisonné d’Hawthorne et de Faulkner, ce livre tendu et vertigineux est un chef d’œuvre.

jahn.jpg De Bons Voisins de Ryan David Jahn. Actes Sud
Un crime a lieu avant l’aube au bas d’un immeuble presque sous les yeux de plusieurs habitants sans qu’aucun n’intervienne. Cécité collective ? Drame de l’indifférence ? Lâcheté d’une société repliée sur elle-même ? Ou peut-être tout simplement une anecdote accidentelle parmi d’autres… Rhyan David Jahn s’inspire d’un fait réel pour mettre en scène – davantage encore que l’agression sauvage et la lente agonie de la victime – les vies de nombre de ces hommes et femmes proches du drame. Tel Don DeLillo, Jahn utilise un récit kaléidoscopique où s’entrecroisent des destins figurant jusqu’à la caricature le monde contemporain. Une nuit de mars 1964 à New York devient ainsi un précipité des tares et des faiblesses humaines. Entre polar sauvage et roman de crise, ces Bons Voisins touchent au cœur de la littérature : interroger le présent pour présager l’avenir.

crais3.jpg La Sentinelle de l'Ombre de Robert Crais. Belfond
Dans les désormais traditionnels Remerciements, Robert Crais rend hommage à ceux "qui on vu les choses en grand et permis que le projet aboutisse". Cette phrase est plus énigmatique qu’elle n’y parait… Qu’est ce qui aurait donc tant changé chez le grand Robert ? C’est tout simple : Pike a pris le pouvoir ! En effet, comme nous l’espérions, Joe Pike tient enfin le premier rôle reléguant son ami Elvis Cole au rang de comparse. D’où un fulgurant polar à l’image de son héros : inquiétant explosif et humain. Tel un parfait film d’action hollywoodien, cette chasse au tueur fou payé par un cartel bolivien pour récupérer son fric et accessoirement tuer tous ceux qui ont été associés à l’affaire est une aubaine pour lancer Pike dans le grand bain. Et, même s’il n’incarne plus la sourde énigme de L.A. Requiem, il reste un des chevaliers noirs – tel Rambo ou Terminator – les plus prés du soleil.

Keigo.jpg Le Dévouement du Suspect X de Keigo Higashino. Actes Sud
Une paresseuse habitude nous entraine à juger la littérature japonaise insaisissable et obscure. Quelle pernicieuse erreur pour le plus souvent ! Les auteurs nippons privilégient la plupart du temps la nuance à la complexité, la subtilité à l’abscons. Jusqu’au polar – reflet parfait de la vie et de la littérature -, ces écrivains innovent en restant simples d’accès. Ce Dévouement du Suspect X est une petite merveille d’inventivité et de suspense. Polar où les mathématiques ont la partie belle, il met en scène un génial prof de math qui mettra tout son art à dissimuler le crime accidentel de la femme qu’il aime. Son ami d’études, également physicien sur doué, s’appliquera à comprendre la stratégie de son condisciple. Certains retrouveront quelque chose de La Confession Impudique de l’immense Tanizaki. Il y a en tout cas cet art discret tout de tension et de fatalité.

harvey3.jpg Le Deuil et L'Oubli de John Harvey. Rivages
Quand John Harvey est au meilleur de lui-même, il peut toucher au génie. Chez cet auteur d’une intégrité d’écriture inégalée, les mots sont des perles de larmes, les chapitres des grappes de tristesse qui traduisent l’effrayante réalité d’un autre monde : celui de la perte et de la disparition, des enquêtes et des blessures jamais refermées, de l’usure d’un quotidien éreintant. Le Deuil et L’Oubli, outre la maestria de sa construction, nous immerge d’une manière très britannique (Anne Cleaves, Nicci French…) dans l’horreur d’une disparition d’enfant dont la mère revit un drame qui l’a frappé 12 ans plus tôt avec son autre fille. Sidération, doutes, relecture du passé seront nos compagnons de lecture. Pas de bruit, de révolvers ni d’effets spéciaux chez Harvey. En revanche, vous ferez le plein de compassion, d’humanité et de talent.

klavan2.jpg Un Tout Autre Homme d' Andrew Klavan. Calmann-Lévy
Nous avons, tout au long de l’existence de ce rayon polar, défendu nombre d’auteurs électriques et fracassants (Meyer, James, Bruen, Logan, Montanari, Chelsea Cain, etc.) mais il nous apparaît qu’Andrew Klavan s’impose vraisemblablement comme le patron d’un polar noir comme un corbeau aux intrigues sentant la puanteur de l’âme humaine à cent lieues. Après Damnation Street, chef d’oeuvre de désespoir violent, ce nouvel opus pourrait s’intituler Redemption Street tant son héros, petit loubard sans coffre, va, au travers d’une transformation physique lui permettant de fuir une implacable organisation, échapper à son destin. Perdu dans une ville maudite en proie au chaos, Shannon découvrira l’amour et l’art quand seule la mort semble lui être promise. Klavan grâce une diabolique alchimie nous bouleverse par sa vibrante humanité et nous plaque au sol par son extrême violence.

gerritsen2.jpg L'Embaumeur de Boston de Tess Gerritsen. Presses de la Cité
Ce qui est proprement sidérant chez Tess Gerritsen – et qui marque essentiellement la différence entre thrillers français et anglo-saxons – c’est cette capacité inouïe à créer une intrigue dont les fils sont plus emmêlés que les locks de Bob Marley sans jamais ennuyer le lecteur et en le laissant dans un constant état de curiosité et de surprise. Avec une documentation précise mais pas indigeste, une économie de termes procéduraux, L’Embaumeur de Boston met une fois de plus en scène Maura Isles, la légiste et Jane Rizzoli, la policière dans une enquête muséale et archéologique passionnante qui n’est pas sans rappeler les thrillers de Preston et Child. Des cadavres récents sont découverts momifiés ou réduits par des techniques d’un autre âge et une jeune égyptologue trop belle disparait vingt six ans après le meurtre de sa mère. Le mystère de la mamy ?

grange.jpg Le Passager de Jean-Christophe Grangé. Albin Michel
Entrer dans Le Passager c’est plonger dans une crise de schizophrénie de plus de 600 pages. Un homme (comment le nommer : Mathias, Nono, Narcisse… ?) héros de cette nouvelle création de Jean-Christophe Grangé et malheureuse victime de sa mémoire empruntera pas moins de cinq identités et de "fugues psychiques". SDF, psychiatre, peintre, faussaire..., il sera impliqué dans des meurtres spectaculaires inspirés de la mythologie et qui semblent tous l’accuser. Seule, Anaïs, jeune OPJ audacieuse, tourmentée et séduite par le bel inconnu va suivre le fil d’Ariane qui expliquera, dans un final paroxystique, assassinats, collusions politiques et personnalités multiples. Même si ce dernier opus n’échappe pas à quelques clichés du thriller français (ésotérisme, facilité de langage, fliquette déconsidérée et névrosée…), il brille incontestablement par sa puissance narrative et son constant suspense

keene.jpg Avec le Diable de J. Keene & H. Levin. Sonatine
Tel un docufiction littéraire, Avec le Diable conforte l’adage que souvent la réalité dépasse la fiction. Il associe astucieusement dans son écriture et son schéma narratif un jeune taulard, beau gosse, doué et doté d’une énergie peu commune mais ayant trop tôt cédé aux plaisirs de l’argent facile et un journaliste écrivain qui vit dans son affaire le sujet d’un texte unique. Les livres comme les films de prison ont toujours un goût amer. Monde odieux où les principes s’inversent et les hiérarchies se juxtaposent. James Keene va être lâché dans une unité psychiatrique où il devra faire avouer à un tueur en série qui se dérobe à la vérité une vingtaine de crimes de jeunes femmes. Infiltration, ruse, dissimulation, danger constant seront les compagnons de nuits blanches de Keene. Pour cette terrible peine, si le Diable parle, on effacera son ardoise…

stahl.jpg Anesthésie Générale de Jerry Stahl. Rivages
Disons le tout net : ce livre est un ouragan. A l’instar des violentes catastrophes, il ne laisse derrière lui que peu de rescapés. En effet, un roman – surtout un polar – a une capacité de danger qu’il ne faut jamais négliger. Jerry Stahl signe ici la deuxième aventure de Manny Rupert, sorte de Bad Lieutenant, flic toxico à la ramasse engagé pour le coup dans un plan vicieux qui le propulse à San Quentin (Johnny Cash y enregistra un disque devant les détenus…) pour identifier Josef Mengele qui aurait plus de 90 ans ! Le thème donne l’idée du menu : gargantuesque, épicé et parfois indigeste. Stahl convoque alors toute une littérature déjantée qui va d’Elmore Léonard à Tom Robbins en passant par Ken Bruen pour la déprime de son héros. Intelligent, spasmodique, enfiévré et diablement corrosif Anesthésie Générale bouscule bien des petits livres sur son passage.

bruen7.jpg Calibre de Ken Bruen. Série Noire
Que dire que nous n’ayons déjà écrit sur Ken Bruen, même si personne ne nous force à relever le moindre de ses écrits fussent-ils mineurs ? C’est à cette catégorie qu'appartiennent les enquêtes de Brant & Roberts. Mineur autant que peux l’être un San Antonio ou un Poulpe, c’est dire ! Le maître de Galway, hallucinant érudit en littérature policière, écrit dans Calibre « Les polars, c’est le nouveau rock’n’roll » et il a diablement raison. Partition allant de la ballade vicieuse au métal lourd les polars et ceux de Bruen en particulier ouvrent un monde d’euphorie et de désastre inégalé. A part ça, Calibre est à la hauteur de Vixen. On retrouve Brant - nourrissant des ambitions littéraires - plus animal et machiavélique que jamais en super flic coursant un serial killer inspiré par Jim Thompson. Rock’n’roll non ?

watson1.jpg Avant d'Aller Dormir de S. J. Watson. Sonatine
Gros succès du printemps, nous ne pouvions ignorer ce premier roman (les vacances ça sert aussi à ça !). Amnésie et thriller ont souvent frayé pour le meilleur et pour le pire. A retenir au cinéma, entre autres, La Maison du Dr Edwards ou plus récemment La Mémoire dans la Peau ou Mémento. Quant au polar, les exemples sont légion mais La Mémoire Fantôme de Franck Thilliez reste un des textes récents à avoir marqué le genre. S. J. Watson propose une lecture très hitchcockienne de la perte de mémoire en mettant en scène une femme que seul son journal, tenu quotidiennement avant de perdre chaque soir le souvenir de la journée, relie à une vérité précaire. Vivant avec un homme qu’elle ne connaît pas, soignée par un médecin tout aussi inconnu, tous semblent coupables. A qui faire confiance ? A l’auteur indiscutablement.

hayder3.jpg Les Lames de Mo Hayder. Presses de la Cité
Mo Hayder nous avait habitué avec des best sellers comme Birdman, Tokyo ou encore Rituel à des thrillers efficaces à la frontière de l’horrifique. Y font souvent merveille un duo de flics constitué d’un homme avisé et retors et d’une femme fiévreuse, courageuse et tourmentée. Les Lames tourne le dos aux intrigues effrayantes et revient avec une réussite totale au thriller d’enquête. Ce dernier opus nous a enthousiasmé au-delà de toute attente tant il renoue avec le goût pour une intrigue policière pur jus. Ce sont encore deux femmes – deux sœurs si différentes, l’une mère de famille apparemment sans histoire, l’autre flic de choc – qui vont devoir faire face autant à leurs démons d’enfance qu’à leur présent compliqué et douloureux. En toile de fond, une enquête sur le meurtre odieux d’une ado. Cet été, Mo Hayder lève le pavillon noir au dessus de nos nuits blanches.

westlake2.jpg Monstre Sacré de Donald Westlake. Rivages
Cette réédition de Monstre Sacré publié en 1989 nous offre l’inestimable bonheur de mesurer ce qu’est un grand écrivain. Si l’on prend Hemingway et Chandler et qu’on y rajoute un zeste de P. G Wodehouse, on peut avoir une idée du talent de ce diable de Donald Westlake. Parmi sa copieuse bibliographie policière, ce texte est inégalable dans sa construction narrative, sa singularité langagière et la moralité des faits qu’il propose. Il nous plonge dans la vie scabreuse et fortement toxique d’un célèbre acteur d’Hollywood sur le retour. Au gré d’un entretien, il va, tout en nous racontant sa vie et les aléas qu’ils l’ont construite, se mettre à nu jusqu’à des confidences bien embarrassantes sur ses succès, ses mariages et son meilleur ami. En dire davantage serait une faute de goût et couperait court à la curiosité que tout lecteur avisé et friand de romans d’humour noir nourrira.

nicci3.jpg Tous Complices de Nicci French. Fleuve Noir
Ce nouvel opus du duo londonien est assurément une de leurs plus belles réussites. Pour les avoir rencontrés, nous savons quelle importance Nicci French attachent à l’expérimentation littéraire, psychologique et narrative. Ils atteignent ici l’apogée de leur travail. Un meurtre a été commis au sein d’un groupe d’amis, musiciens d'occasion. Dès lors, les auteurs vont nous tenir au plus près des faits par une narration en « avant et après » qui se rapproche chaque chapitre un peu plus de l’instant fatal. Idée subtile qui renforce le suspense et rend impossible toute tentative de s’adonner à autre chose. Non contents de leur joli coup, Nicci French attendent la page 275 pour nous mettre enfin sur la vraie piste et bousculer toutes nos certitudes. Personnages ambigus, intrigue agatha-christienne, suspense vénéneux. Du grand art à consommer comme un vieux whisky… mais sans modération !

connelly4.jpg Les Neuf Dragons de Michael Connelly. Seuil Policiers
Comme tous les auteurs devant « gérer » la vie d’un héros récurrent, Michael Connelly se heurte à l’évolution tumultueuse et débridée de ce cher Harry Bosch. Le temps est loin du flic incontrôlable et meurtri de La Blonde en Béton ou des Egouts de Los Angeles. A vrai dire, Echo Park est passé par là et Harry – tout en rentrant dans le rang – est devenu papa. C’est précisément pour se lancer au secours de sa fille qu’il va, à la faveur d’une enquête liée aux triades, faire un raid de 12h à Hong Kong où son destin va basculer. Connelly, en grand faiseur, sait toujours tirer parti de l’actualité et de l’évolution du monde. Harry quant à lui, prêt à tout pour sauver sa fille, rappelle davantage un Harrison Ford vibrant et jusqu’au boutiste qu’un Clint Eastwood désinvolte et brutal. Les temps changent mais Harry Bosch reste.

658.jpg 658 de John Verdon. Grasset
Publier son premier roman à près de soixante dix ans assure d’un certain recul mais lorsqu’on choisit de mettre en scène un serial killer digne des pires grands méchants fous on peut aussi se dire que le terrain a déjà été bien labouré. Pourtant, en prenant le lecteur à la gorge dès les premières pages et en posant une ahurissante intrigue à la hauteur des plus grands succès du genre, John Verdon vient de réussir une prouesse peu banale. Tout semblait écrit dans la catégorie depuis Le Silence des Agneaux, Birdman ou Au-delà du Mal mais 658 arrive encore à innover et à jouer sur nos nerfs sans ménagement. Avec un style élégant et puissant, des personnages fouillés fuyant l’archétype, une enquête aux rebondissements taillés pour le grand écran, ce qui restera comme un des thrillers de l’année devrait bouleverser votre été. Dites un nombre au hasard…

Cruz.jpg Moscou Cour des Miracles de Martin Cruz Smith. Calmann-Lévy
" Arkady se demanda si la mort compenserait une vie entière de manque de sommeil " Nous voici donc replongés dans l'existence chaotique d’Arkady Renko, l’inspecteur cher à Martin Cruz Smith qui signe ici son nouveau " roman russe ". Même si l'auteur de Gorki Park garde un style typiquement anglo-saxon, il sait mieux qu’aucun autre auteur de polars dépeindre la société russe et ses abîmes. Au cœur de Moscou, dans le quartier des Trois Gares, repaire des déchus de tous ordre, une jeune prostituée fuyant la mafia a perdu son bébé. Pendant ce temps, viré de la police pour "excès de zèle", Arkady enquête sur la mort trouble d’une femme et se trouve impliqué dans les manœuvres équivoques d’un oligarque en fin de course. Des dialogues puissants, une intrigue ahurissante peuplée de personnages hantés font de cet opus une cinglante réussite et un visa pour l’enfer.

pastor2.jpg Lune Trompeuse de Ben Pastor. Actes Noirs
Après l’excellent Lumen, on retrouve le major de la Wehrmacht Martin Bora près de Vérone dans l’Italie de 1943. Dépêché par un de ses supérieurs pour enquêter sur la mort étrange d’un dignitaire fasciste, Bora toujours aussi refermé sur lui-même et hanté par ses contradictions de militaire intègre, froid et dur mais qui hait les SS, va devoir partager l’enquête avec Guidi, un sympathique inspecteur local désemparé devant cet allemand aussi singulier que troublant. Le duo improvisé mais complémentaire fera merveille dans un imbroglio italien où la femme aura, comme il se doit, le premier rôle. Quant à Ben Pastor, elle fait preuve ici d’une finesse et d’une profondeur psychologique tout à fait étonnante qui la place aux côtés des meilleurs. L’intrigue policière reste surtout le socle puissant d’un drame existentiel aussi passionnant que pathétique.

depp.jpg Babylon Nights de Daniel Depp. Presses de la Cité
Quand on fait dans l’artistique, être le demi-frère de Johnny Depp attire certes l’attention mais ne garantit pas le talent. Surtout lorsque les polars que l’on écrit (celui-ci est le deuxième) se passent dans le milieu du cinéma et mettent en scène un privé, ancien cascadeur, revenu de tout, mélancolique et buveur à ses heures. Que du réchauffé me direz-vous. On a lu ça chez Leonard ou Kaminsky… Et bien non ! C’est là que l’art de Daniel Depp est singulier car si, en effet, ses intrigues ne sont pas toutes neuves, elles ont habitées d’un réalisme et d’une humanité qui emportent la décision. Rarement nous a été donné de suivre un personnage aussi attachant que David Spandau dans son enquête sur un psychopathe obnubilé par une star d’Hollywood. Au passage, Depp fait un portrait du festival de Cannes tout à fait saisissant. Merci frérot.

montanari3.jpg Cérémonie de Richard Montanari. Le Cherche Midi
Depuis ses débuts nous tenons Richard Montanari pour un auteur singulier dont le travail porte la conscience qu’il évolue dans un genre sur fréquenté mais aux ressources inépuisables. Cérémonie ne s’inscrit pas dans sa série Byrne/Balzano qui a donné vie à certains des meilleurs opus du genre mais s’attache à créer une sorte de protothriller. Décryptage : plusieurs personnes que rien ne relie trouvent la mort dans de macabres circonstances, un flic se met sur la piste d’un adepte de la santeria qui pourrait être son coupable pendant qu’une femme tente de gagner sa liberté financière en dépouillant de riches libidineux. Au centre de ce cercle rouge, Montanari s’interroge sur les grands ressorts du crime que sont la vengeance, la culpabilité et la peur. Polar écrit dans le sang et sans temps mort, le maître a encore frappé !

indrida.jpg La Rivière Noire d' Arnaldur Indridason. Métailié
Erlandur parti en vacances, c’est à sa collègue Elinborg qu’échoient les enquêtes criminelles en cours. Arnaldur Indridason fait ici un beau cadeau à ce personnage habituellement relégué derrière le visage tourmenté de son supérieur. En effet, c’est à une sombre, méphitique et trouble intrigue que la policière va devoir se coltiner. Un violeur découvert égorgé par sa victime droguée au Rohypnol et ne se rappelant de rien... Le challenge est consistant pour Elinborg mais elle le relèvera avec panache. Moins de digressions psychologiques et davantage de fines procédures policières à l’islandaise (sans arme ni violence…) ouatées par le silence et le froid font de ce nouvel opus un étourdissant succès. La solution, comme souvent chez le grand Indridason, se trouvera tapie dans les lointains corridors du passé.

pelecanos3.jpg Mauvais Fils de George Pelecanos. Seuil Policiers
George Pelecanos, chantre des minorités (afro-américains, grecs) de Washington est un des derniers grands auteurs de polars sociaux et réalistes empruntant à un naturalisme où le Bien et le Mal, sans cesse, se le dispute. Il n’empêche que l’auteur de l’inoubliable Un Nommé Peter Carras sait, à 54 ans, infuser ses romans d’une modernité sauvage et noire. Ce dernier opus, dans le sillage d’un David Goodis, voit un jeune homme blanc de bonne famille, qui a passé sa jeunesse par la case prison, tenter d’aller vers la rédemption sous le regard circonspect de son père blessé et contre la fatalité de la rue qui joue toujours, pour ceux qui l’ont fréquentée, le rôle d’un puissant narcotique. Superbe évocation des rapports père/fils et aussi des camaraderies d’anciens délinquants luttant contre le Diable pour retrouver la lumière.

block.jpg Entre Deux Verres de Lawrence Block. Calmann-Lévy
« La question n’est pas ce que l’on boit, mais l’effet que ça a sur nous » déclare Matt Scudder dans ce beau polar crépusculaire signé Lawrence Block. Robert Pépin, transfuge du Seuil où il dirigeait les collections policiers et thrillers inaugure ici une nouvelle collection avec pour ouvreur un monstre sacré de la littérature policière. Des différents personnages que Block a créés au long de son œuvre Scudder est bien celui qui lui ressemble le plus avec ses éternels problèmes d’alcool et son penchant funeste pour la culpabilité. Des deux il sera question dans une intrigue où les souvenirs de jeunesse affleurent quand Matt retrouve aux AA un vieux copain qui lui fait une terrible confession. Pris une nouvelle fois entre dilemme moral et soif de justice. Scudder ne choisira pas et agira comme à son habitude en creusant le puits de la vérité.

covin5.jpg Le Général Enfer d' Alec Covin. Plon
Ici s’achève la saga du sinistre général Fenryder et de ses loups maléfiques. Débutée par Les Loups de Fenryder, poursuivie par États Primitifs et conclut désormais par Le Général Enfer, cette trilogie d’exception place Alec Covin dans le peloton de tête des grands fabricants d’histoires que l’on n’oublie pas. Ces monstres en col blanc au service d’un méchant à nul autre pareil ont juré la perte de l’Amérique et la mort d’Obama pour instaurer l’avènement de leur pouvoir corrompu et de leur force aveugle. Ils seront combattus jusqu’au bout par un trio de bienveillants héros dont on ne donne pourtant pas cher. Ce dernier opus fatal ressemble fort à une grande parabole mystique où les anges ont des crocs et où les gentils ne le sont pas toujours (voir interview)...

crais2.jpg Règle N° Un de Robert Crais. Belfond Noir
En dépit de l’optimisme affiché par l’éditeur (c’est bien naturel...) quant à la place privilégiée de Robert Crais entre James Ellroy et Michael Connelly, force est de regretter que le meilleur auteur de thriller d’action du moment est à la traine de ses confrères en terme de reconnaissance et de ventes. Qu’importe, car depuis ses débuts et l’indépassable L.A Requiem, Crais livre régulièrement des petits bijoux d’adrénaline et de fureur. En insistant désormais sur le personnage fascinant de Joe Pike (ancien mercenaire devenu privé - entre Rambo et Jason Bourne), Règle N° Un constitue un sombre et somptueux polar de vengeance au cœur des mafias slaves de Los Angeles. On assiste aussi à une évolution catharsique et prometteuse de Pike prit, entre deux coups de main, par des interrogations existentielles.

d_ovidio.jpg L'Ingratitude des Fils de Pierre D'Ovidio. 10/18
Outre l’aspect purement policier – qui balaye largement le genre, du roman à énigmes au thriller – les Grands Détectives ont cette vertu de nous faire voyager dans le temps et de revivre par le talent des auteurs les périodes clés de l’Histoire. L’Ingratitude des Fils se situe en 1943 dans un Paris maussade au destin incertain. Aux limites de la « zone » (nom donné jadis aux territoires situés derrière le périph’), un jeune inspecteur encore tendre découvre un cadavre aux stigmates énigmatiques. Sa ténébreuse enquête évoluera en parallèle de l’histoire tragique de Sam Litvak, venu de Lituanie s’installer une vingtaine d’années plus tôt à Paris. Pierre D’Ovidio brouille les pistes, restitue à merveille l’ambiance de cette époque et nous ramène à Vilnius, la Jérusalem du Nord..

steinfest.jpg Requins d'Eau Douce d' Heinrich Steinfest. Carnets Nord
Nous tenons là une vraie révélation de cette rentrée littéraire hivernale ! Avec Heinrich Steinfest, nous découvrons un auteur totalement original au style de haute volée. Nous dirions qu’il invente une sorte de "polar philosophique" tant la structuration de l’intrigue, le jeu des comparaisons et les réflexions habilement métaphysiques collent à cette appellation. L’inspecteur Lukastik, réussit à imposer une figure totalement neuve dans le monde encombrée des flics et détectives de fiction. Remarquablement écrit, finement traduit, ce petit chef d’œuvre développe une enquête à la singularité renversante et au déroulement jubilatoire. Mourir à Vienne, dans une piscine en plein air déchiqueté, par un requin. Tel est le problème posé à Lukastik. Le sujet suffit à avoir envie de se mettre à l’eau.

millar.jpg Redemption Factory de Sam Millar. Fayard Noir
Sam Millar n’est pas irlandais pour rien. A l’instar du grand Ken Bruen, il aime les citations choisies, la violence froide et la Guiness chambrée. Redemption Factory est le nom d’un abattoir, théâtre de la mort permanente, dirigé par le redoutable Shank et ses deux monstres de filles, Violet et Geordie. C’est dans cet endroit oublié de Dieu que Paul Goodman va se faire embaucher pour son plus grand malheur. Redemption Factory est un roman fatal dans lequel s’établit une chorégraphie du mal et où résonne un hymne du malheur. L’intrigue est aussi diabolique que ses personnages inquiétants et damnés, englués dans une fange que rien ne peut laver. L’Irlande n’est pas que pluie, elle est aussi terre de polar. Les plus noirs.

craig.jpg Rhapsodie en Noir de Craig McDonald. Belfond Noir
On se félicitera d’avoir chroniqué, il y a plus d’un an, La Tête de Pancho Villa, premier roman de Craig McDonald, en qui on était certain de tenir un sacré puncheur. Tout comme son héros, Hector Lassiter, ami d’Hemingway et auteur comme "Papa"... Ce deuxième opus nous ramène à la jeunesse de Lassiter en 1935 où, dans le cercle d’artistes qu’il fréquente, brille l’énigmatique Rachel dont il tombe sous le charme. Las, la belle meure vite assassinée, et Lassiter débute alors une traque qui le mènera, à l’instar de son mentor, à Madrid, La Havane et Hollywood. Rhapsodie en Noir est tout aussi vif que son prédécesseur mais la narration se densifie et distille une ambiance tendue et vénéneuse qui place McDonald déjà au rang des grands déménageurs du polar old school

piersanti2.jpg Roma Enigma de Gilda Piersanti. Le Passage
Nous suivons Gilda Piersanti depuis le début de ses Saisons Meurtrières que nous avons souvent chroniquées. Mais à la différence des confrères qui s’y intéressent, ce n’est pas (éternel leitmotiv un peu restrictif…) pour – même si c’est un charme supplémentaire - la description d’un quartier de Rome, chaque fois différent ! En effet, Gilda Piersanti, érudite (art, musique, cinéma…) que rien ne prédisposait au polar en est devenue une des plus habiles productrices. Roma Enigma marque un tournant dans les enquêtes de Mariella Di Luca par une construction plus brève, directe et épurée, des chapitres courts et intitulés, une intrigue ramassée et saisissante. Enfin, il renvoie insidieusement à son superbe Médées. Mères, fils, femmes, face à la mort.

giebel.jpg Meurtres pour Rédemption de Karine Giébel. Fleuve Noir
On ne pouvait finir l’année en ignorant cette bulle d’effroi pur que constitue Meurtres pour Rédemption. En effet, Karine Giébel – qui attire désormais à elle une lumière froide multipliant les fidèles – livre ici un opus glaçant et désespéré. La peinture du monde carcéral, proche du Prophète d’Audiard, fait de bruits sourds et de plaintes apeurées plonge le lecteur aux abois dans un univers parallèle au goût de violence et de terreur toxiques. L’intrigue aussi, redoutable machine à suspense, qui trimbale la malheureuse Marianne d’épreuves en épreuves, de tortures en drogues dures, jusqu’au pire du pire que dévoile la fin. Polar terriblement singulier, largement supérieur à la moyenne française et furieusement anxiogène. Pour les durs à cuire et les connaisseurs !

schenkel.jpg Bunker d' Andrea Maria Shenkel. Actes Noirs
Nous avions déjà été impressionnés par le premier polar d’Andrea Maria Shenkel La Ferme du Crime qui révélait des qualités singulières et un sens aigu des intrigues ténébreuses. Ce Bunker est un choc. Au cinéma, il serait l’équivalent d’un thriller horrifique à petit budget et au suspense irrespirable. Un homme enlève une femme, la maltraite, l’intrigue par son comportement changeant. La femme, quant à elle, habitée d’une culpabilité ancienne, voit en ce kidnappeur le retour d’un passé cruel. Au centre de l’histoire une pièce, le bunker qui concentre le sens du livre. Labyrinthe psychologique délétère et fatal où deux protagonistes se combattent à mort quand nous savons qu’ils ignorent tout des raisons de chacun. Pétrifiant.

thorarinson.jpg Le Septième Fils d' Arni Thorarinsson. Métailié Noir
A la différence du maître Idridason dont l’économie de moyen est quasi bergmanienne, Arni Thorarinsson se plait dans les méandres des enquêtes à tiroirs et possède un faible pour les dialogues charnus. Davantage que dans le Temps de la Sorcière (déjà chroniqué), cette troisième aventure du journaliste de Reykjavik dégage une vraie ambiance islandaise. Dans un village des fjords de l’Ouest se déclare une suite d’accidents et de crimes jusque là bien improbables dans ces contrées. Erin, journaliste retors et racé, va mettre à jour, en jouant des coudes dans l’univers de la politique, de l’argent et des secrets de familles, une sombre histoire qui n’ajoutera guère de soleil aux deux mois par an dont cette région profite.

bruen6.jpg En Ce Sanctuaire de Ken Bruen. Série Noire
Une précision avant de justifier ce "coup de cœur" (qui ne surprendra pas les habitués de ces chroniques tant Ken Bruen en est un fréquent pensionnaire) : cette nouvelle enquête de Jack Taylor ressemble davantage, même si Bruen fait toujours dans le bref, à une short novel qu’à un roman. Qu’importe après tout puisque l’Irlandais reste fidèle à son style direct et percutant. Baromètre de ses intrigues l’abstinence ou l’alcoolisme de son héros. Nous sommes là en mode 2 d’où découle une histoire sombre, mystique et propitiatoire qui verra Jack Taylor expulser certains de ses démons pour en affronter de nouveaux. Bref, En Ce Sanctuaire apporte une nouvelle pierre à la légende du cabossé de Galway.

gardner2.jpg La Maison d'à Côté de Lisa Gardner. Albin Michel
Même si, on le sait depuis un moment, Lisa Gardner creuse un sillon très personnel et offre aux lecteurs une approche des plus singulières du suspense, La Maison d’à Coté, marque une avancée notoire dans son travail et la fait indiscutablement passer en première ligue des sirènes de la peur. Une femme disparaît. A priori, tout accuse son mari, bel indifférent mutique, juste obsédé par sa petite fille de 4 ans. Mais en fait, l’art de Gardner, c’est que chacun des protagonistes semblent et peuvent être coupables ! Même DD Warren, son enquêtrice fait pâle figure et joue les utilités dans cet écheveau subtil, captivant, moderne et tellement prometteur pour les prochaines productions de l’Américaine.

huston2.jpg Pour la Place du Mort de Charlie Huston. Seuil Thrillers
Charlie Huston n’a pas (encore…) la reconnaissance qu’il mérite. En effet, cet auteur remarquable est un sacré tireur. Exceptionnel connaisseur du polar dont il aborde tous les angles avec un égal talent, passant du hard boiled au vampirique jusqu’à cette histoire d’ados apprentis gangsters. Pour la Place du Mort commence, en effet; comme un roman de gangs opposant des petits blancs à des latinos retors. Mais au fil de l’histoire, Huston nous plonge insidieusement dans un climat de violence inouïe tant par sa brutalité que par l’analyse des personnages qui la nourrissent. Gamins hâbleurs manipulés par des adultes qui saccagent et tuent tant qu’au bout du tunnel brille la lumière noire du fric.