davis.jpgIl ne faut jamais négliger le gout des dieux pour le jeu !

Led Zeppelin, du haut de son Olympe électrique, n’a passé son temps qu’à ça : s’amuser à profiter d’un pouvoir qu’il s’était construit à la barbe de tous. Jouer aux plus méchants, aux plus cupides, aux plus plagieurs, au plus détestablement bruyants.

Enfin, jouer avec le feu dans une quête prométhéenne qui le ramènera cruellement au rang d’humains dévastés. Hammer of the Gods porte en lui sa propre légende. Paru en 1985, il levait le voile sur les frasques du groupe le plus célèbre des 70’s.

Disait enfin ce qui se murmurait depuis cette fameuse deuxième tournée américaine. Évoquait filles et animaux, drogues et magie noire, argent liquide et hommes de main.

Bien sûr, le gang et son porte flingue Peter Grant nièrent en bloc (les rock stars sont menteurs comme des arracheurs de dents...) pensant à leurs fans et surtout à leurs femmes.

Comment Stephen Davis (au demeurant biographe de Marley, Morrison…) qui n’avait passé que deux semaines avec eux en 1975 pouvait ambitionner de détenir ces vérités scandaleuses ?

Certes, c’est auprès de Richard Cole, l’adjoint de Grant, qu’il aurait puisé ses sources et cette eau salement croupie. Mais ne disait-on pas que Cole, aigri par des responsabilités en berne et victime d’une héroïnomanie chronique n’avait pas toute la fiabilité requise ?

Qu’importe, les rumeurs devenaient enfin de grands moments d'histoire et c’est bien de cela que le rock se nourrit

Le livre sortit en France en 1989 amputé de plus de 120 pages (les plus attendues bien sûr – les ayant droits veillaient !) et l’on dut attendre François Bon et son Led Zeppelin une Biographie pour nous aider à passer le cap du millénaire avec du gossip Led Zep légérement dégrossi.

Mais voilà, François Bon n’est pas journaliste comme Davis, archétype de ces journalistes anglos saxons qui s’effacent derrière leurs sujets. Connaissant admirablement le monde du rock et détenteur d’un carnet d’adresse de flic des stups, Davis relate cette grande histoire de bruit, de fureur et de pouvoir avec une précision chirurgicale et sans en faire des caisses. La traduction discrète et efficace de Philippe Paringaux fait le reste.

Le livre montre que, depuis le début, Led Zep était voué à incarner la face obscure et glorieuse du rock. L’émotion au service de la puissance de feu. Le marteau des dieux !

Que ce carré magique, formé de deux provinciaux assoiffés de reconnaissance et de plaisirs faciles (Plant et Bonham) associé à une déjà star sophistiqué et en retrait et un arrangeur génial mais loin de tout (page et Jones), dirigé par un manager ambitieux et sans scrupules (Grant) constituait la formule chimique de la réussite planétaire.

On suit album après albums, tournées cyclopéennes après tournées dantesques le groupe irradié par le succès et la force mais aussi miné par la mort et le sort contraire. On assiste à la longue perdition d’un homme et d’un batteur exceptionnel que fut Bonzo que nul ne put sauver car – telle Janis Joplin – il n’était pas de ce monde.

Enfin, on observe la différence essentielle entre les deux hommes canons du groupe. L’un énigmatique, prudent mais mortifère (Page), l’autre, solaire, jouisseur mais résistant à tout (Plant)

Led Zeppelin fut le groupe de tous les records car il symbolisait ce que la jeunesse populaire des années 70 représentait et réclamait : rébellion, transgression, culture accessible.

Sans jamais attirer les intellos (Soft Machine) ou les bas du front (Slade), Led Zep a donné un idéal esthétique et démocratique à des millions de jeunes.

Stephen Davis a su mieux que quiconque traduire cette épiphanie.
Cédric BRU