hegemann.jpgA l’image des nouvelles révolutions, la nouvelle littérature débute sur Internet.

En publiant Axolotl Roadkill, Helene Hegemann a fait scandale à plus d’un titre. En effet, à peine sorti ce livre, écrit par une gamine de dix sept ans, était taxé de plagiat et de pur produit Internet par la presse allemande qui reconnaissait tout de même à l’auteur des qualités stylistiques hors du commun.

Décryptage
Axolotl Roadkill met en scène – c’est la grande force du livre, cette hypra personnalisation de la narratrice ! – Mifti, fille à papa surdouée et gavée de drogues qui n’en finit pas de réinventer sa vie et de peiner à faire le deuil de sa mère alcoolo-toxico-mort soudaine.

Ce texte - beaucoup plus qu’un journal intime comme certains l’ont dit (écrit-on un journal intime quand on est stone 24h/24h ?!) - est sa déclaration de guerre à la société actuelle et, accessoirement, l’adieu aux armes d’une auteure surdouée à la vieille littérature.

Ambiance
Mifti a un frère bi Edmond, une sœur Anneka, bobo qui n’en peux plus de voir sa cadette se démolir et de lui ruiner la vie, une copine-maîtresse de vingt ans son ainée, Ophélia camée jusqu’aux yeux et érotomane. Enfin Alice, une amie de toute les complicités.

C’est à l’intérieur de ce cercle rouge que tout se jouera très vite (la vitesse étant la ligne de force du livre) comme le temps de la montée d’un fix à sa descente.

C'est à la faveur d’une intrigue qui n’en est pas une (se lever, vomir, rêver de changer, consommer du produit, paraître, dénier, vomir, re-culturer l’époque pour investir un plan esthétique radicalement subversif, tomber, dormir…) qu’Helene Hegemann prend délibérément en otage le langage en annexant la culture Internet, les blogs de stars allemands du web et les paroles de groupes rock.

Polémique
A dix sept ans la réalité et la fiction, la drogue et les corn flakes, les livres, les blogs et les fichiers numériques se mélangent
Désormais (elle n’est qu’une éclaireuse qui annonce la fin du livre inventé), rien n’est faux et rien n’est vrai. Il n’empêche que des procédures ont eu lieu en Allemagne pour dénoncer le plagiat du blog d’un certain Airen entre autres. Ces accusations n’ont fait que renforcer l’aspect scandaleux et novateur de l’ouvrage. L’éditeur français, prudent, détaille en fin d’ouvrage les différents emprunts ou interprétations…

Point de vue
Nous pensons qu’Axolotl Roadkill est un cas d’école. Un cas qui rappelle à ceux qui l’auraient trop vite oublié que le talent n’est jamais la traduction d’un génie ex nihilo, qu’il n’y a pas de génération spontanée mais des générations d’écrivains. Maudites, perdues, beat, X…, elles ont toutes avoir les unes entre elles.

Mifti nous fait furieusement penser, la vitesse en plus (cette même vitesse qui fait la différence entre les films d’actions d’aujourd’hui et ceux des années 70/80) aux protagonistes de Brett Easton Ellis et Jay McInerney. Une Allison Poole trash en quelque sorte...

Tous les ingrédients du Brat Pack sont dans le livre de la jeune berlinoise : enfants de riches à la dérive, goûts des drogues dures, désacralisation du sexe, ennui abyssal, filiations difficiles…

L’autre influence majeure, et bien plus prégnante que des plagiats de blogs, qui montre qu’Hegemann est à fond dans son espace temps, c’est bien sûr Chuck Palahniuk !
Cet écrasement de la narration, cette dislocation du langage au profit d’analogies psychopathologiques fulgurantes, cette écriture de rupture au diapason du cerveau en apesanteur des personnages, cette création esthétisante de monstres sont plus d’un hommage appuyé à l’auteur de A l’Estomac.

Rejoignez le club des affreux, sales et méchants. Cessez de lire et d’écrire comme avant. Avec Helene Hegemann et ses projets toxiques, sortez de chez vous et témoignez. C’est l’avenir de la littérature qui est en jeu.
Cédric BRU