teran3.jpgDans notre critique de Trois Femmes, sa précédente production, nous tentions de nous approcher au plus près de l’os de cet auteur si singulier et si énigmatique qu’est Boston Teran.

En définissant l’hypra violence de ses intrigues (bien sûr, Satan dans le Désert marquera à jamais les esprits) mais aussi l’extrême sensibilité et l’intelligence de son style.

Ce Credo de la Violence, nous le savons, n’est pas du goût de tous...

Des Américains déjà, qui ne l’ont, à l’instar de Trois Femmes toujours pas traduit, davantage, au demeurant, pour lui faire payer cet anonymat qui pourrait cacher une vedette mal léchée (C. McCarthy, J. Harrison, D. Simmons. J. Carlos Blake… ?) que pour son travail.

Des Français aussi, qui regrettent la schizophrénie furieuse de Satan dans le Désert en ne voyant pas l’avancée déterminante de ce dernier opus.

Car, à nos yeux, Le Credo de la Violence est non seulement un régal littéraire mais aussi un passionnant polar westernisant dont une fois de plus les personnages dépassent en qualité les 9/10e de leurs confrères fictionnels.

Teran, tel Tarantino aujourd’hui, a compris que parmi les grands thèmes capables de garder un livre à portée de canif s’imposaient la vengeance, la poursuite et les filiations ténébreuses, entre autres.

Tout y est dans l’affaire qui nous intéresse !

Au début du siècle, en pleine révolution mexicaine (période passionnante qui entrainera la guerre avec le Texas puis les USA et sur laquelle nous conseillons de lire Howard Zinn et Rick Bass), John Lourdes un jeune et brillant agent du BOI, précurseur du FBI, doit conduire un camion d’armes jusqu’aux détenteurs des puits de pétrole américains derrière les lignes mexicaines.

Il se trouve que ce camion a été au préalable volé par des manières radicales (trois morts brutales !) par un certain Rawbone, criminel d’âge mur, bien connu sous ces latitudes.

Le BOI instaure un deal : Rawbone conduit le camion avec Lourdes à destination et en échange on efface son passé de canaille assassine.

Banco ! pense le gredin qui croit le dossier sans problème et le gamin inoffensif.

C’est là que Teran va introduire un élément narratif captivant : le jeune agent est le fils abandonné du vieux gangster, et lui seul le sait.

Embarqué dans une épopée sanglante, il aura sous les yeux en permanence la réalité souvent hideuse, parfois exaltante de son géniteur.

Boston Teran fait ici preuve d’une autorité stylistique inégalée (ambiance, formules, comparaisons, rythmes…). Sa force est que ses deux personnages, sortis de la fange (l’un s’y est vautré, l’autre s’en est sorti) sont au dessus d’eux-mêmes, autant par leurs actes fracassants que par leurs propos admirables.

Cette course poursuite évoque le Sam Peckinpah de La Horde Sauvage ou de Rapportez moi la Tête d’Alfredo Garcia. L’ambiance politique ramène à Il Était une Fois la Révolution de Sergio Leone et, enfin ce camion, monstre indestructible et convoité, ne sort-il pas du Salaire de la Peur d' Henri-Georges Clouzot ou de 100 000 Dollars au Soleil d'Henri Verneuil ?

Tout un monde englouti !

Dès lors, tout Boston Teran est présent dans cette mission aberrante et suicide : négation du bonheur, violence inéluctable, pardon gagné à la sueur de la lame.

Forcément, la vérité éclatera entre sang et poussière, une fois les fusils vidés.

Aucun des deux hommes ne laissera la vie dans cette boucherie. Ils y laisseront pire : être passé l’un à côté de l’autre tout en ayant failli mourir ensemble.
Cédric BRU

Le Credo de la Violence. Le Masque