lacroix.jpgFriedrich Nietzsche aimait se comparer à de la dynamite. Et il n'avait pas tort...

L'œuvre du philosophe allemand mise entre de mauvaises mains pu faire des ravages idéologiques (voir le rapprochement de sa sœur avec le régime nazi) mais ouvrit l'esprit de beaucoup d'adolescents épris de radicalité et de poésie hautaine.

Alexandre Lacroix, rédacteur en chef de l'excellent Philosophie Magazine, fut de ceux-là et, à l'occasion du deuxième volet d'un travail autobiographique, revient sur son adolescence nietzschéenne.

Qu'est ce donc que cette catégorie d'âge, cette ère subtile et tonitruante à la fois, ce stade fier et sans concessions ?

C'est celui où l'on croit en l'Homme de la Montagne de Zarathoustra, à la mort de Dieu et des idoles, à la vacuité de l'idée du Bien et du Mal, à l'inanité de la compassion et de la pitié et à la toute puissance de la révolte et de la force des idées.

Bref, c'est la période "hard rock mental" du teen-ager intello !

Alexandre à 16 ans vivra sous son gouvernement, emporté tout entier par cette philosophie "dangereuse et toxique", et Lacroix retrouve sa jeunesse dans un roman aux accents inspirés qui n'est pas sans évoquer, appliqué à nos jours, le Bernard Frank des Rats.

Mais, nous savons déjà que des esprits chagrins nous objecteront qu'ils en ont soupé de ces autofictions complaisantes et germanopratines ; de ces petits textes sans souffle qui ne résistent pas au premier déménagement...

Nous leur rétorquerons que ce sont précisément ces romans intimistes et fiévreux, délicats et profonds aussi que nous envie le monde entier. En effet, avant que Serge Doubrovsky ne les baptise autofictionnels, ils avaient été confessions chez Rousseau ou romans personnels chez Constant ou Fromentin.

Et, nous donnerons tous les faux romans anglo-saxons made in France pour un texte comme celui-ci, foisonnant d'anecdotes impayables, d'épatants personnages, le tout ne se départissant jamais de l'humour et du style aérien qui font les bons livres "à la française".

Pour conclure, nous avons suivi avec bonheur et nostalgie le jeune Alexandre Lacroix sur les traces de notre propre jeunesse - plus lointaine d'une vingtaine d'années ! - au bar de l'Escholier, rendez-vous des sorbonnards des années 70 aux années 90 et dans les discussions enflammées sur Kant vs Nietzsche ou Schopenhauer.

Enfin, nous est revenu que devant notre choix de présenter L'Antéchrist à l'oral du bac, l'examinateur avait froncé les sourcils avant de nous laissé casser du curé, guidé par les mots du génial moustachu.
Cédric BRU

Flammarion. 2009