photoAvec Rock’n’roll. Un portrait de Led Zeppelin, François Bon clôture en beauté son inégale mais passionnante trilogie consacrée au rock.

Inégale, car après le singulier et réussi Rolling Stones, une biographie, qui mêlait réalité, fiction, faits avérés et fantasmes littéraires, le Bob Dylan, une biographie avait paru sérieux mais un peu plus lourd, moins habité.

Normal, puisqu’il l’avait conçu la tête ailleurs, déjà hanté par le marteau des dieux, comprendre la musique irrésistible du groupe de Jimmy Page, Robert Plant, John Paul Jones et John Bonham.

Led Zeppelin qui fut aux 70’s ce que les Beatles furent aux 60’s : une promesse et un raz de marée. Un projet absolu et une cime indépassable.

Led Zeppelin qui inventa le hard rock sur les ruines des Yardbirds et qui, comme l’écrit si bien l’auteur, sut engendrer une musique alliant "le lourd et le léger".

Dès lors, François Bon nous livre l’histoire de ce groupe, somme toute méconnu tant plus il se montrait et plus il se cachait. Et l’histoire ne retint bientôt d’eux que la fureur de leur musique et le scandale de leur geste rock’n’rollienne – faits d’armes peu glorieux de sexe déviant, de sorcellerie crapoteuse et d’intoxication systématique – écrite au fer rouge pendant presque douze ans.

Le résultat de cette tentative narrative est plus que probant. Compilant sans lourdeur une documentation impeccable, relatant avec noblesse et précision une histoire artistique et virile, François Bon a su ne pas rajouter l’emphase au mythe, la chimère à la légende.

Il a juste fait un travail des plus honnêtes d’écrivain passionné de rock (qui pourtant nie l’existence d’une "littérature rock"...) sans contaminer son récit de trop d’humeurs personnelles, de récréations de fan, même si celles-ci sont évidemment permises quand on se consacre à ce que l’on a de plus cher en nous : notre jeunesse et ses hymnes…

A ce propos, le journal de rock le plus ancien sur la place a descendu en flamme le livre arguant, par l’intermédiaire d’une chroniqueuse peu scrupuleuse, que le thème avait une fois de plus servi l’auteur davantage que l’inverse. Mensonges et aveu d’ignorance du livre !
Il n’y a pourtant que de très rares moments où François Bon s’intercale dans le texte et encore c’est lors de moments personnels, donc essentiels au regard de son intérêt pour le groupe (concerts auxquels il a assistés, expériences artistiques et humaines avec ses copains d’enfance…).
Une telle mauvaise foi nous rappelle que le même journal n’avait, en son temps, soutenu le Dirigeable qu’avec des pincettes, laissant faire le travail par son défunt concurrent Best.
"Pardonne mais n’oublie jamais" comme dirait quelqu’un qui se reconnaîtra peut-être…

Rock’n’roll donc. Ouvrage vibrant et subtilement construit (récit ondoyant fait de légers flash back, de coupures de presse opportunes, de chronologies essentielles, de crescendos dramatiques et de portraits magistraux – hommage émouvant et appuyé à John Bonham !) qui fait revivre une époque unique où le rock s’écrivait à cent à l’heure, où les albums géniaux et les tournées titanesques s’enchainaient à un rythme soviétique.

Tout ça, dans une sorte d’éther et de fatalité facile qui saisissent le lecteur. Surtout, celui qui a connu ces heures fatidiques et les porte encore dans les valises de sa mémoire.

Au fait, François Bon, ce concert du 2 avril 1973 au Palais des Sports de St Ouen que vous évoquez et qui semble si lointain aux personnes que vous avez interrogées. Et bien, nous y étions et notre souvenir en reste intact.
Cédric BRU