Chelsea Cain est flamboyante. Autant sa chevelure que son sourire vous brulent les yeux par leur éclat. Typique beauté américaine, enjouée et chaleureuse, Chelsea clôt son séjour de promo parisienne où elle a présenté ce premier thriller farouche et si singulier intitulé Au Cœur du Mal. Se retrouver devant une personne si sweety et si rieuse et penser à son héroïne démoniaque nous déstabilise quelque peu. Allez, du courage !

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Chelsea Cain : Bonjour, c’est ma dernière interview, après shopping in Paris !

Les Obsédés Textuels : C’est un nom porte-bonheur Cain pour écrire des polars. C’est un bon début…

CC : (rires) C’est mon vrai nom. Oui, merci.

LOT : Plus sérieusement, quelles sont vos références dans le genre policier ?

CC : J’aime beaucoup Val McDermid et son sens de la perversion. Aussi Robert B. Parker qui sait si bien jouer avec les dialogues et bien sûr les classiques, Raymond Chandler, Dashiell Hammett ou John D. McDonald. Bref, des histoires de détectives souffrant le martyre (rires).

LOT : Parmi les nombreux registres du thriller, vous avez choisi celui du serial killer. Vous étiez attirée depuis longtemps par ce type d’histoires ?

CC : En fait ce qui m’intéresse ce sont les rapports entre un policier et un serial killer, ces rapports de pouvoir et de perversion. De plus, dans Au Cœur du Mal, il fallait que le policier qui sortait d’une longue épreuve retrouve l’envie de retravailler précisément parce que le Mal se représentait sous la même forme que celle qui l’avait presque tué. Quant à moi, en effet j’ai toujours été fascinée par les serial killers, justement parce que non seulement ils tuent, mais ils recommencent, et tuent encore et encore sans être guidés par qui que ce soit.

LOT : Le serial killer est ici une femme, ce qui est très rare autant dans la réalité que dans la littérature policière en général. Votre héroïne, si l’on peut dire, Gretchen Lowell est hallucinante d’intelligence et de cruauté. Alors pourquoi une femme ?

CC : Il y a une double raison. La première….

LOT : c’est un peu vous…

CC : (rires) oui, c’est vrai…

LOT : désolé…

CC : … Je voulais une relation sexuelle. Il fallait donc un homme et une femme. Ensuite, je voulais explorer l’idée qu’une femme peut tuer comme un homme. En fait, souvent on nous donne à voir des hommes qui tuent mais l’explication n’est pas toujours vraiment fournie comme si c’était naturel. Alors, que si c’est une femme on cherche toujours l’homme derrière : le père, le mari, l’amant et là je voulais qu’il n’y ait pas d’explications.

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LOT : En plus de l’extrême singularité de votre personnage, il y a cette « presque » histoire d’amour entre la tueuse et le détective qui vous amène à évoquer le fameux syndrome de Stockholm que vous poussez là à son paroxysme…

CC : J’apprécie beaucoup que vous ayez remarqué que ça va au-delà du simple syndrome de Stockholm. Beaucoup de gens butent ou même n’acceptent pas cette idée là. Tout ça dépasse une simple histoire sadomasochiste. On est dans un rapport de pouvoir et d’échanges de pouvoir que l’amour ne fait qu’exciter.

LOT : On reste, pour notre part, convaincu qu’ils sont amoureux l’un de l’autre mais que bien sûr ils ne l’expriment pas de la même manière…

CC : Je pense que vous avez raison… (sourire)

LOT : D’une manière plus générale, on dit que l’on met tout dans un premier roman. Dans votre cas, c’est le goût pour le macabre, le journalisme, une certaine liberté de mœurs… Allez-vous poursuivre dans ce style ?

CC : Le prochain sera encore plus dépravé (rires) ! C’est vrai que je me suis lâchée dans ce livre, que je voulais repousser les frontières. Je pensais d’ailleurs que l’éditeur couperait certains passages. Tant mieux, il ne l’a pas fait.

LOT : Le roman se déroule à Portland où vous demeurez et où habite Chuck Palahniuk (l’auteur de Fight Club) que nous apprécions beaucoup (sur Palahniuk). Le connaissez-vous ?

CC : Oui, on se retrouve dans un groupe d’écrivains une fois par semaine et Chuck a lu mon travail tout au long de sa rédaction et m’a beaucoup aidé par ses idées et ses conseils.

LOT : C’est formidable, c’est un vrai scoop…

LOT : Connaissez-vous certains auteurs français ?

CC : Non ! (rires). En revanche, j’aime le cinéma français.

LOT : Comme le demande régulièrement Susan, la jeune journaliste du roman, aux personnages qu’elle rencontre : Quel est votre film préféré ?

CC : Nashville de Robert Altman.

LOT : Ca vous correspond bien. Merci beaucoup pour votre livre… et votre beauté ! (rires communs)

Propos recueillis par Cédric BRU
Merci à Don Stoudt pour la traduction

Au Cœur du Mal. Fleuve Noir