C’est en plein quartier de l’Odéon à l’emplacement du mythique et feu Tabou que l’on retrouve ce géant de l’édition aux allures de colosse. Harlan Coben nous reçoit à l’occasion d’une tournée européenne, quelque peu retardée par une opération de l’appendicite, pour évoquer son dernier thriller intitulé Dans Les Bois. Action.

photo

Les Obsédés Textuels : En l’espace d’une dizaine d’années, vous êtes devenu une des grands noms de la littérature policière où s’exerce pourtant une forte concurrence. Quel regard portez-vous sur votre carrière aujourd’hui ?

Harlan Coben : J’ai eu de la chance, ça été merveilleux. Je dois remercier les lecteurs et bien sûr aujourd’hui les français…

LOT : Il n’y a pas que la chance, le travail quand même…

HC : Oui effectivement, il y a aussi le travail. C’est un travail. Il faut que je m’efforce d’arriver à écrire des livres qui soient passionnants, haletants. Que dès le début, les lecteurs soient accrochés au livre comme pour Dans les Bois qui commence ainsi "Je vois mon père avec sa pelle" et là, dès le début, j’essaye de saisir l’attention du lecteur, j’essaie de faire en sorte que son pouls s’accélère et ça c’est le secret de la réussite d’un livre.

LOT : On peut dire que vous avez quasiment inventé ou en tout cas réinventé "le polar de disparition". A quoi attribuez-vous l’intérêt du public pour ce thème ?

HC : Dans la disparition, il y a de l’espoir. Les lecteurs arrivent à s’identifier davantage à ces histoires d’espérance de retrouver quelqu’un alors que lorsque l'on a affaire à un mort, les événements sont fixés une fois pour toutes. La disparition permet au héros de transgresser certaines règles pour retrouver les siens et il bénéficie forcément de la sympathie du lecteur. J’ai travaillé sur différents thèmes mais je crois que celui de la disparition touche particulièrement les lecteurs.

LOT : Dans Dans les Bois, on retrouve tous les ingrédients qui ont fait votre succès mais une fois encore c’est le passé qui tient le premier rôle. A cet égard, je serais intéressé de savoir si vous avez eu dans votre vie à supporter la perte ou la disparition ?

HC : Effectivement, j’aime cette idée du crime passé qui revient nous hanter d’une part mais qui offre des possibilités de rédemption d’autre part. Comme tout le monde, j’ai été confronté à des tragédies familiales. J’ai perdu mes parents assez jeune. Il y a peut être dans mes romans le vœu de faire revenir les personnes qui ont disparu. Dans Promets-Moi, j’ai eu cette idée en pensant aux webcams que l'on utilise maintenant, alors que mes parents n’ont jamais vu leurs petits-enfants, qu’est ce qui se passerait en regardant des images sur un ordinateur si je voyais les images de mes parents…

LOT : Dans vos romans, il y a toujours une intrigue parallèle qui finit par rejoindre la principale. Est-ce une règle d’or pour entretenir le suspense ?

photo

HC : Si on prend le cas de Dans les Bois, je ne voulais pas que ce soit tout noir ou tout blanc. Je voulais des personnages plutôt gris, que ce soit nuancé. Paul, qui ne fait pas que des bonnes choses, est un personnage contrasté. Après ce qui s’est passé dans les bois, aucun des personnages ne sort indemne, tout le monde a été changé. Si on parle de ces intrigues parallèles, on a la disparition de ces quatre ados, cette histoire de KGB, cette gogo girl violée, ce serial-killer emprisonné... C’est vrai que j’aime bien gérer toutes ces intrigues même s’il peut y avoir des gens pour penser que ça fait trop de choses, mais c’est aussi mon boulot de faire que toutes ces intrigues puissent fonctionner ensemble et que ça bâtisse une histoire passionnante pour le lecteur.

LOT : Et je pense qu’ainsi, vous cherchez aussi à déstabiliser le lecteur…

HC : Bien sûr, il faut avoir à la fois l’intrigue et les personnages pour que ça fonctionne. Il ne suffit pas de s’adresser à l’esprit, il faut aussi viser le cœur des lecteurs pour que le livre agisse.

LOT : Petit clin d’œil… L’action de Dans les Bois se situe à Newark d'où vous êtes originaire comme Nick Toshes. Diriez-vous avec lui : « Newark est une ville que le Diable n’a jamais cessé de fréquenter » ?

HC : (rires) Oui je suis né à Newark et j’y ai passé mes premières années. C’est vrai que c’est une ville qui a connu des moments difficiles. Dans les années 60, il y a eu des émeutes raciales comme à Detroit ou à Los Angeles. Mais ces villes semblent s’être mieux rétablies alors que Newark n’a jamais réussi à dépasser cette crise et les gens qui avaient quitté la ville pour aller à New York tout proche ne sont jamais revenus même si Newark est en train de s’améliorer.

LOT : Patricia McDonald me confiait récemment en l’interviewant et avec beaucoup de franchise, quand je lui demandais si c’était toujours un plaisir pour elle de commencer un nouveau roman, qu’en fait non, que c’était son job et que le plaisir venait après. Qu’en pensez-vous ?

HC : Je partage ce point de vue et, comme Dorothy Parker, je dirais que « Je n’aime pas écrire, j’aime avoir écrit »

LOT : Votre célébrité ne vous empêche pas de conseiller de jeunes ou en tout cas des auteurs qui n’ont pas votre notoriété comme Jeff Abbott par exemple…

HC : Effectivement, mon succès ne doit venir de l’échec de personne… Avec Jeff, c’est une vieille histoire. On a fait une tournée de promo en 95 alors que j’étais encore inconnu et que nous sortions tous les deux des petits bouquins de poche. C’était une autre époque.

LOT : Depuis l’adaptation française de Ne Le Dis à Personne, quels sont vos rapports avec la France ?

HC : Oh, Paris et la France sont très importants pour moi. Je n’aurais jamais pu imaginer me retrouver dans les best sellers ici... Le film a probablement accéléré mon succès chez vous. J’avais eu beaucoup de propositions d’adaptations à Hollywood mais Guillaume Canet a su me convaincre car il avait parfaitement compris mon livre. J’ai gardé de très bon contact avec lui et avec toute l’équipe du film. Le film s’est déroulé dans des conditions très agréables et tout le monde a été très respectueux de mon travail. Au fait, la prochaine enquête de Myron Bolitar se déroulera en partie à Paris. Je suis déjà allé au Quai des Orfèvres.

Propos recueillis par Cédric Bru
Merci à Pascale Fougère pour la traduction.

Dans les Bois. Belfond