Il est 20h15 dans les locaux d’Albin Michel et Patricia McDonald, auteur d’une douzaine de polars à succès, va donner aux "Obsédés Textuels" la dernière interview d’une harassante journée commencée à… 07h15. Certainement épuisée, elle reste néanmoins souriante et d’une amabilité touchante au point qu’elle s’échappe du cocktail donné en son honneur pour honorer notre rendez-vous. Décidément, ces grandes américaines ne sont pas comme tout le monde !

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Les Obsédés Textuels : Merci Madame, d’accorder en français cette interview aux Obsédés Textuels à l’occasion de la sortie de votre nouveau livre Rapt de Nuit. Vous connaissez un immense succès dans le monde et tout particulièrement en France. Pensez-vous que votre connaissance de notre langue et de sa psychologie joue un rôle dans ce succès ?

Patricia MacDonald : Oui, c’est intéressant ce que vous dites… En effet, en parlant, on acquiert une façon de penser qui me rapprocherait de la psychologie française, vous pensez ?

LOT : Je le crois sincèrement.

PMD : je n’y avais jamais pensé mais maintenant, je vais y réfléchir, oui…

LOT : On sait que votre mari (Il tient une librairie spécialisée en polar à Cape May près de Philadelphie. NDLR) et vous-même connaissaient bien le roman policier. Quels sont les auteurs que vous préférez ?

PMD : Les écrivains qui m’ont influencée, c’est Agatha Christie pour l’intrigue. Ruth Rendell également que j’adore. P.D James…

LOT : Que des femmes…

PMD : Oh, M. Simenon pour la psychologie et c’est le seul que je peux lire en français car il semble très simple mais c’est tellement fin. En fin de compte, je lis peu de polars car c’est trop facile pour moi de savoir ce que l’auteur peut faire. En littérature plus générale, je suis une grande admiratrice de Henry James.

LOT : En France, les auteurs de polars sont très proches les uns des autres et forment comme une sorte de tribu. Est-ce la même chose aux USA ?

PMD : On a une organisation qui s’appelle Mystery Writers of America où j’ai d’ailleurs rencontré mon mari il y a 26 ans (sourire) mais maintenant que je n’habite plus New York, les contacts sont plus difficiles.

LOT : Dans quel état êtes vous au moment d’écrire votre nouveau livre ? Pensez-vous à ces milliers de gens qui attendent le prochain Patricia MacDonald ?

PMD : Non j’évite d’y penser. Vous savez, j’écris depuis 30 ans, je ne suis donc pas une petite nouvelle et j'ai eu la chance de ne pas connaître le succès tout de suite. Le pire c’est d’avoir un best seller dès son 1er livre car après on est paralysé. Je laisse aller mes idées, ça suffit.

LOT : Vous écrivez encore par plaisir ?

PMD : Non, pas par plaisir. C’est mon travail et en travaillant, j’ai du plaisir…

LOT : C’est très honnête comme réponse... Votre lectorat est plutôt féminin. Pourquoi à votre avis ?

PMD : En effet, je crois que c’est parce que j’ai toujours une héroïne. Mes intrigues se déroulent toujours dans un climat familial et forcément ça plait aux femmes n’est ce pas ?

LOT : Pour en venir à Rapt de Nuit, on retrouve ce climat d’angoisse et de suspicion pesant sur tous les personnages. Est-ça la clé de votre succès ?

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PMD : Je crois, en effet, que le lecteur soupçonne tous les personnages parce que j’essaie de leur prêter à tous une part de possible culpabilité comme nous pourrions avoir nous-mêmes.

LOT : Vous laissez deviner quelques opinions sur l’actualité, votre rejet de la peine de mort, l’adoption, le bien-fondé des témoignages humains…

PMD : je vis dans mon époque tout de même (rires) !

LOT : On constate depuis quelques années l’irruption dans le polar de la preuve irréfutable grâce aux tests ADN. N’est ce pas devenu le pire ennemi du suspense et la grande difficulté pour les auteurs ?

PMD : Oh oui, vous avez tout à fait raison. C’est un problème. L’ADN et les portables.

LOT : Vous l’avez malgré tout très bien contourné dans votre livre car vous jouez avec ces tests d’une manière exceptionnelle que l’on ne révèlera pas mais qui montre toute votre adresse dès qu’il s’agit de semer le doute dans l’esprit du lecteur.

PMD : Merci beaucoup !

LOT : Pour finir, Gertrude Stein disait : « L’Amérique c'est on pays, mais Paris c’est chez moi ! » Vous sentez-vous sur la même longueur d’ondes ?

PMD : Peut-être un peu moins que Gertrude Stein car je ne vis pas à Paris, mais c’est vrai que je me sens chez moi à Paris car j’y suis à chaque fois merveilleusement accueillie.

Propos recueillis par Cédric BRU