Les Obsédés Textuels

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Contre-Cultures

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Covers_2.jpg COVERS. Une Histoire de la Reprise dans le Rock d' Emmanuel Chirache. Le Mot et le Reste
La reprise est l’ombre portée du rock. Initiation, apprentissage, imitation, adaptation hommage, tribute, exportation... Tout est bon pour justifier l’importance des covers. Comme le souligne fort justement Emmanuel Chirache, le verbe anglais to cover dans son sens original de couvrir est plus précis que le "reprendre" français. En effet, une cover a la possibilité de couvrir selon le choix que fait l’artiste toutes les potentialités d’une chanson. Il peut l’accélérer, la ralentir, la parodier, la sortir de son contexte, de sa culture et de sa langue. Si l’on s’en tient au rock – domaine que nous privilégions -, la cover a connu son heure de gloire au début du rock’n’roll inspiré largement du blues et composé principalement par des musiciens afro américains. Dès lors que ce phénomène gagnaient les dance floors, il fallait que les Blancs soient de la partie. Ainsi, le répertoire des grands (Chuck Berry, Muddy Waters, Bo Diddley...) fut pillé par d’autres grands (Elvis Presley, Jerry Lee Lewis, Eddie Cochran...) Ce sera très vite le crossover (le véritable crossover selon Berry Gordy, patron de la Motown étant de populariser chez les acheteurs blancs la musique des Noirs jouée par des Noirs avec des arrangements acceptables pour les Blancs), ce phénomène installa durablement la cover dans la panoplie rock (lire la suite).

Duane.jpg Duane est Amoureux de Michael McMurtry. Sonatine
Les romans de Michael McMurtry, à l’humour ontologique, et mettant en scène Duane Moore sont un modèle d’intelligence, certes, mais surtout la parfaite illustration de cet hyperréalisme américain qui renforce - tout en s’en distinguant - une écriture du vécu, marqueur notable de la littérature américaine. Duane a soixante quatre ans. Riche exploitant pétrolier texan, il a du mal à se remettre de la mort de sa femme et revient plus ou moins déprimé – disons déphasé – d’un voyage en Egypte où son esprit pragmatique s’est complu dans l’observation des réalisations livrées à ses yeux. A Thalia, bled à peine moins paumé que celui de Bagdad Cafe, Duane va tenter de reprendre ses habitudes post égyptiennes, mais rien ne marche plus comme avant. Les habitudes, les lieux et les gens ont changé ou bien sont morts. Sa grande maison le fait fuir, sa petite cabine n’a plus le goût de l’aventure. Alors, Duane avec son air de ne pas y toucher va s’amouracher (et engendrer la réciprocité) d’une brillante géologue de moins de trente ans embauchée par son fils qui a succédé à Duane. Écriture subtile, onctueuse, sans difficultés mais pas sans malice, Michael McMurtry est une sorte de Raymond Carver positif avec en bande son J.J. Cale.

Bowie.jpg L'OVNI Bowie de Dylan Jones. Rivages Rouge
Il est des dates dont on se souvient au delà des souvenirs. Où étions nous quand Elvis est mort ? Pourquoi l’assassinat de Bobby Kennedy a marqué la fin d’une promesse ? L’annonce du suicide de Kurt Cobain nous a surprit en quelle compagnie ? La litanie serait longue. Dylan Jones a choisi une date repère dans l’histoire de la rock music : le 6 juillet 1972, David Jones alias Bowie passait dans la mythique émission de variétés The Top of the Pops... et va bouleverser la donne musicale de son époque. Après avoir végété dans le marais du glam rock d’où surnageaient Marc Bolan, Slade ou Sweet, Bowie va créer le personnage de Ziggy Stardust et plus rien ne serait jamais comme avant au pays de la guitare électrique. Balayé T.Rex et son boogie enjoué, enfoncé Slade et son rock de hooligans sympas, Bowie télécharge la modernité dans une décennie qui peut commencer. Le livre dévoile tous les secrets de cette période charnière pour le Thin White Duke "Ziggy Stardust a été la première star post-moderne" écrit fort justement l’auteur. Bowie en jouant la carte arty et prenant de front tous les tabous (homosexualité, bisexualité, androgynie, transgenre...) et occupant la plupart des terrains artistiques (théâtre, mode, arts plastiques...) va devenir, et ceci jusqu’à nos jours, la référence ultime en matière de création et d’inspiration musicale. En témoigne l’actuelle exposition à la Philharmonie de Paris. Historique et généreux.

Wiazemski.jpg Un An Après d' Anne Wiazemski. Gallimard

Mai 68. Qui s’en souvient ? Qui penserait encore à écrire sur cette période aussi cruciale que fantasmatique ? Anne Wiazemski s’y colle pourtant. En partie. En décor. Pour le contexte. L’auteur à 21 ans en cette année inoubliable et avant de céder la place à la mythique Anna Karina, elle est l’élue du ténébreux et insupportable Jean-Luc Godard, mythe vivant du cinéma underground (art et essai disait-on en ces jours) Petite fille presque modèle, petite fille du modèle François Mauriac, Anne Wiazemsky vivra cette époque au bras énervé de Godard qui se révèle ici sous son vrai jour – caractériel. On vivra donc ce mois de mai fou où le jeu des pavés se déroulait entre la Sorbonne et l’Odéon, où les intellectuels et ceux pensant l’être récitaient un bréviaire marxiste incertain. On pénétrera les coulisses du festival de Cannes boycotté pour l’occasion en appréciant à leur juste valeur les positions de chacun (Godard n’y était même pas...) Enfin, on aimera le style agréablement mélancolique d’une auteure discrète menant sa carrière à pas feutrés et élégants. Un An Après fera vibrer de plaisir les nostalgiques et donnera l’envie aux plus jeunes d’aller creuser une époque et retrouver les protagonistes de ce beau petit livre (Truffaut, Les Stones, Hélène Lazareff et bien d’autres...) Ça bardait au Quartier Latin !

respect.jpg ''Respect. Le Rock au Féminin de Steven Jezo-Vannier. Le Mot et le Reste
A peine a-t-il publié California Dreamin', il y a de cela quelques mois, que notre graphomane rock’n’roll préféré enchaîne avec cette très belle idée contenue dans Respect, la place et la revendication féminine dans le monde du blues et du rock. Steven Jezo Vannier (cf. interview) réussit peut être ici son meilleur effort. Il nous invite par un parcours chronologique à retrouver toutes ces voix féminines qui pour la plupart (Big Mama Thornton, Odetta, Nina Simone, Janis Joplin, Chrissie Hynde, Rihanna...) ont fait valoir leur droit et le respect de leur identité. Respect, chanté tout d'abord par Otis Redding et ironiquement repris par Aretha Franklin qui la détournera au profit de la cause féminine dont l’apanage ne sera pas les groupes Kleenex de la Motown (Shirelles, Supremes...). Le livre est certes chronologique mais ils se divisent parallèlement en de grandes périodes habitées par ces divas. Comme toujours, Jezo-Vannier nous sort de petites pépites inconnues de nos oreilles pourtant éprouvées, personnalités oubliées mais qui surent contribuer à l’émancipation de la femme dans un univers particulièrement macho et misogyne. Vinrent les années 70, où être chanteuse et femme devint une attraction (Joplin, Slick, Mama Cass, Suzy Quatro...) qui ne se démentira pas avec les all girl bands et autres Rrrrr Girls (Runaways, Go-Go’s, L7, The Donnas...) des années suivantes. Aujourd’hui, il est banal qu’une femme soit la frontwoman d’un groupe (Gossip, Portishead, Garbage...) où que des groupes 100 % féminins rencontrent le succès (Plasticine, Bikini Kill...). Elles doivent être conscientes d’être les héritières d’une longue lignée de baroudeuses passionnées et entêtées qui voulait hurler contre les loups. Un mystère pourtant dans ce beau livre : l’absence incompréhensible de l’hémorragique Amy Winehouse.


BWagner.jpg Dead Stars de Bruce Wagner. Sonatine
Dead Stars pose beaucoup de questions. Le texte lui même fait-il œuvre ou n’est il que la mise à jour pointue du catalogue raisonné de la hype hollywoodienne? Bruce Wagner est-il un témoin visionnaire mais désabusé ou un suiviste de talent ? Ces deux interrogations déjà appellent au commentaire. Nul doute pour qui découvre ce type de littérature foisonnante et terriblement contemporaine – appuyé sur l’Enfer de Dante - que le choc est certain. Obsessions numériques, déviances adolescentes, pornographie compulsive, name dropping permanent et surenchère dans la névrose et la monstruosité peuvent déstabiliser et séduire tout néophyte dans la présentation d’une modernité malade. Sauf que, ceux là n’auront pas lu Glamourama de Bret Easton Ellis, écrit séminal et prémonitoire ni William T. Vollmann, ni James Ballard pour sa critique aiguë du modernisme et pas davantage Chuck Palahniuk avec en particulier ses deux derniers opus Snuff et Damnés qui utilisent strictement la même grammaire que Bruce Wagner reproduit. Bien sûr, on creuse dans l’ineffable avec cette adolescente de 13 ans obsédée par son rang de « plus jeune survivante d’un cancer » ou dans l’inouï avec ce jeune garçon, paparazzi des stars malades. Le web est ici Dieu reléguant le livre a un de ses pales avatars. Un like ou un follower sont ses saints. Dead Stars doit être lu comme on regarde une télé réalité extrême. Mais est ce qu’un auteur de 60 ans est le mieux placé pour témoigner de l’actuel bréviaire d’une pré adolescence riche et démente ?


Kraftwerk.jpeg Kraftwerk de Eric Deshayes. Le Mot et le Reste
Arrivé quasi en queue de comète du Krautrock, rock progressif allemand en vogue au début des 70’s, qui alliait musique planante, rock métaphysique et free jazz et dont les principaux représentant étaient Amon Düll, Can, Tangerine Dream et consorts, Kraftwerk fit très vite la différence sur ses confrères (encore marqués au sceau d’une désinvolture post hippie souvent crispante) par la création d’un concept global et d’une vision élargie de la simple rock music. Initiant l’importance de la technologie et de l’électronique dans la musique populaire, Krafwerk était composé d’individus polymorphes aux talents protéiformes (musiciens, designers, graphistes, ingénieurs du son...) Leur premier album, Kraftwerk pointa d’emblée leur obsession pour le modernisme et son écho dans la société. Inspiré par le futurisme italien et le Bauhaus allemand, Kraftwerk développa d’albums en albums un bréviaire de la musique répétitive, industrielle et saccadée qui annonçait une sorte de "cold disco" pour Bowie - qui les portait au pinacle - et d’"after punk" selon d’Yves Adrien. Kraftwerk, pas avare d’innovations, conçu l’idée de "Menschmachine" où l’homme et les machines se mêlaient introduisant bien avant Daft Punk ou mieux que The Résidents l’idée de l’anonymat et de l’approche robotique. Eric Deshayes dans cet excellent ouvrage explique ce parcours bien mieux que nous ne pourrions le faire et s’applique à montrer en dehors du simple parcours musical et des disques culte du groupe de la Ruhr (Kraftwerk 1 & 2 , Radio-Activity, Trans-Europe Express...) l’importance culturel de ce collectif hors normes qui restera peut-être davantage dans l’histoire de l’art contemporain que celui de la pop music..


donner.jpeg Quiconque Exerce ce Métier Stupide Mérite Tout Ce Qui Lui Arrive de Christophe Donner. Grasset
Décidément, ça n’arrête pas ! Ce que Frédéric Beigbeder appelle dans son dernier opus les « factions », condensés de faits et de fiction. Ce modus operandi a inondé la littérature française depuis... Le Souper de jean Claude Brisville. Ici, Christophe Donner romance néanmoins remarquablement autour du personnage que fut Jean Pierre Rassam, producteur baroque de films qui l’étaient tout autant (La Grande Bouffe entre autres...). Un temps mari de Carole Bouquet, beau frère de Claude Berri, dont il fut très proche avant de se détester, il opposa une personnalité hors normes aux caciques du cinéma des années 65/80 allant jusqu’à vouloir racheter la Gaumont. Richissime par son père, fêtard et drogué notoire, ce chrétien libanais hante tout un pan de la pop culture. Son fantôme est évoqué chez Jean-Jacques Schuhl, Michel Schneider, Alain Pacadis ou Yves Adrien. Christophe Donner retrace ce parcours fulgurant et utopique avec beaucoup de réussite. Le style est vif, alerte – sans ingérence de l’auteur (désolé Frédéric...). Mélange de vérité et d’imaginaire qui prend tout son sens. On comprend mieux les personnalités de Pialat, de Berri ou de Godard. Surtout, on appréhende désormais parfaitement la phrase d’Orson Welles qui donne au livre son titre.


CDM.jpg Bye Bye Elvis de Caroline de Mulder. Actes Sud
Pour parodier Audiard, et à l’inverse des grands biographes anglo-saxons (Hoskyns, Davis...), nous dirons qu’en matière de biographie romancée, « c’est drôle cette manie des auteurs francophones à faire des phrases », Ici, c’est Elvis, mais que ce soit Sinatra pour Neuhoff ou Marilyn pour Forestier, ces mythes sont tenus par la main de l’auteur qui nous restitue tous leurs petits secrets comme leurs pires fantasmes. Les mots, les gestes jusqu’aux mimiques.... Ils sont dans la chambre du roi ! Cette facétieuse et innocente parenthèse refermée, Caroline de Mulder, jeune (et belle) auteure belge signe ici son troisième roman et choisi de nous proposer un portrait croisé, décalé et énigmatique (pas longtemps pour des rockeurs comme nous...). D’un côté, retour sur la fin de vie d’Elvis (avec des focus sur les grands moments de sa saga), pathétique et étrangement annonciatrice de celle de Michael Jackson. De l’autre, de nos jours à Paris, on suit Yvonne qui va durant vingt ans être la gouvernante d’un vieil américain déjanté et obèse. Rien à dire sur la documentation, on sait déjà tout, mais De Mulder fait le job avec un plus sur sa « carrière cinématographique » particulièrement bien analysée. Pour le reste, plongez vous dans la bibliographie qu’elle compile à la fin de son livre. John White, l’américain zinzin, est loin d’être inintéressant avec ses sautes d’humeur, son goût pour le maquillage, le bronzage artificiel et le travestissement mais on voit (certains auront la surprise alors n’en disons pas trop...) que l’auteur réactive un vieux serpent de mer, une légende urbaine collant à l’ADN américaine. Toujours est-il que l’essai est au trois quart réussi. Le texte est sensible, charnu quand il le faut et l’écriture ne joue pas les divas. Une dans le roman suffit.

Covers. Une Histoire de la Reprise dans le Rock d'Emmanuel Chirache

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