Les Obsédés Textuels

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Evénements et Biographies Malades

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Figures_Mal.jpg Figures du Mal dirigé par Victor Battaggion. Perrin/Sonatine
Déjà associés "pour le meilleur et pour le pire" (Criminels, Justiciers), les éditions Perrin et Sonatine, l’une spécialisée dans l’Historique, l’autre versée dans le Crime s’unissent à nouveau pour nous livrer ce remarquable essai. Figures du Mal reprend la formule du catalogue utilisée dans les précédentes collaborations et tente l’audacieux pari de recenser vingt et un monstres - au travers d'histoires vraies - tous proches de la figure du Mal. Les contributeurs rassemblés sous la direction de Victor Battagion s’en sont tenus aux figures purement historiques même si un Landru ou un Charles Manson ont acquis le statut de personnage historique uniquement par l’imposante et ignoble stature de leurs méfaits. Traité chronologiquement ces figures du mal commencent à Rome où, on le sait, tous les chemins – même les plus fangeux – mènent. Caligula et Néron ouvrent les hostilités et révèle des faces de leur médailles que l’on ignorait. Le Moyen Age s’en suit trainant ans son sillage les affreux Gilles de Rais ou Vlad l’Empaleur, un peu de Renaissance avec les Borgia et nous voilà très vite dans l’ère moderne et ses dictateurs fous ou leurs séides : Mao, Heydrich, Pol Pot ou Idi Amin Dada. Force est de préciser qu’une distinction aussi cynique soit elle est à apporter. En effet, nous avons les tueurs de masse engagés dans un processus historique – aussi meurtrier soit-il – qui tuent parce que c’est la guerre (Ivan le Terrible, Mao, Hussein…) ! et, parallèlement, les assassins par plaisir, par conviction ou par nécessité personnelle (La Voisin, Nikolaï Iegov ou Ben Laden…) Par définition, cette galerie de scélérats, ne peut bénéficier de la moindre circonstance atténuante. Tous ont choisi la mort… des autres ! Certains sont même honteusement morts dans leur lit (Amin Dada, Pol Pot…) Parmi cet hideux inventaire, nous avons retenu une femme (comme quoi..) frénétique dans l’assassinat qu’elle ordonne ou commet, hystérisée par la torture qu’elle inflige, rendue à l’état animal quand elle prolonge sans fin d'invraisemblables calvaires. Cette femme, c’est la hongroise du 17e siècle Elisabeth Bathory que les auteurs ont surnommée "l’Esthéticienne des Carpates". C’est faire beaucoup d’honneur à ses gestes odieux.

Le_Guern.jpg Beigbeder, L'Incorrigible de Arnaud Le Guern. Editions Prisma
Écrire sur Frédéric Beigbeder est plus compliqué qu’il n’y paraît. Faut-il brosser le portrait d’un enfant du siècle né avec une cuillère en argent dans la bouche ? Faut-il faire la critique d’une dizaine de livres indexés sur des modes éphémères ? Ou, enfin, faut-il tenter de donner de la consistance à un auteur qui passe son temps à calibrer la légèreté. Pour nous, qui eûmes la joie de fêter en 2010 les 5 ans des Obsédés Textuels par une soirée intitulée « Beigbeder en Vrai », où l’auteur se révéla un invité délicieux, le béarnais est essentiellement victime d’une forme de modestie bien élevée. Arnaud Le Guern se tire pas mal de l’exercice en ouvrant son essai par « Ceci n’est pas une biographie de Frédéric Beigbeder ». En effet, il nous explique que rendre important la vie de l’histrion des lettres françaises n’était pas forcément bien vu. Alors, Le Guern, qui manifestement regrette de ne pas avoir été un ami proche du prophète (religion Caca’s club et whisky coco) et qui se serait bien vu en Simon Liberati, revient sur toutes les étapes (pub, critique, cinéma, édition...) et les moments importants qui ont jalonné la vie du fêtard sur doué. Arnaud le Guern bâtit son texte comme un roman beigbederien, mêle fiction, semi fiction (le mieux !) et réalité. Il revient sur les périodes essentielles de la vie du Cyrano du Flore et dévoile une sorte d’hyperactivité qui bat en brèche les préjugés sur le bonhomme. Les entretiens vrais-faux ne nous avance guère car Frédéric Beigbeder est modeste et donc parle beaucoup mieux des livres et des auteurs qu’il aime (Bret Easton Ellis et Jay McInerney devraient lui payer des royalties) que de son propre travail. Nous qui tenons Un Roman Français pour un des roman personnels majeurs de ces dernières années, regrettons que Le Guern n’est pas approfondi son travail sur l’œuvre du patron de Lui. On passe néanmoins un très bon moment avec ces deux lascars. Frédo est et sera comme Jean Do : un grand écrivain facultatif.

SB1.jpg Les Dernières Paroles des Condamnés à Mort de Stéphane Bourgoin. Ring
Depuis que Stéphane Bourgoin a changé d’éditeur (Après Grasset déjà cinq parutions chez Ring et une à venir…) son style a pris du muscle. De là a y voir l’influence de David Serra (un temps agent et éditeur de M. G. Dantec récemment disparu) personnage controversé et as du marketing littéraire, il n’y a qu’un pas que nous n’hésiterons pas à franchir. En effet, cette écriture au couteau qui enchaine les faits divers dans une répétition macabre établissant ainsi un catalogue funèbre rappelant France Orange Mécanique de Laurent Obertone chez le même éditeur audacieux donne au travail de moine copiste de Bourgoin une sombre régularité affichée dans l’inventaire kilométrique dressé de tous ceux passés par la peine de mort et de leurs réactions. Stéphane Bourgoin cite, bien entendu, ses sources qui nous renvoient souvent à des forums et sites spécialisés sur le sujet. A retenir de ce travail unique même si parfois "assommant" nombre d’anecdotes sur la peine de mort et ses à-côtés : condamnation des femmes, professionnalisation des bourreaux, procédés employés, évolution des techniques, ratés technologiques, différences selon les peuples et les civilisations, curiosités anatomiques et médicales, préférences sociétales… Tout est passé en revue ! Rien qui ne fasse question n’est occulté. Mais ce qui justifie le titre du livre réserve des perles noires. Pour combien de convertis de la dernière heure appelant de leurs vœux la grâce divine, il y a d’irréductibles bravaches aux derniers mots dignes d’Alexandre Dumas ou de Gaston Leroux. En vrac : "c’est beau hein, l’agonie d’un homme", "Si vous avez un message à transmettre au Diable, n’hésitez pas à me le dire, je le verrais bientôt" Et celle-ci, pour nous la meilleure : "Je suis trop beau pour mourir !" Avec ce nouvel opus, Stéphane Bourgoin continue de creuser son sillon mortel et reste au top quand il s’agit d’évoquer le pire.

Girard.jpg Les Derniers Jours de René Girard de Benoit Chantre. Grasset
Mort il y a un an quasiment jour pour jour René Girard reste pour beaucoup si ce n’est un mystère – au sens chrétien du terme – au moins une énigme. En effet, ce penseur sans école et presque sans élève, n’a trouvé que peu d’écho dans le cercle philosophique de son temps. Benoit Chantre avec qui Girard signa Achever Clausewitz prépare une biographie du philosophe et propose avec Les Derniers Jours de René Girard une sorte de teasing de l’ouvrage à venir. Il mêle souvenirs personnels et interprétation de l’œuvre de cet anthropologue atypique aux vues souvent controversées. Exilé volontaire depuis 1947 aux Etats Unis où il enseignait en particulier à l’Université de Stanford, René Girard s’est fait connaître, pour faire simple, entre autres par deux concepts : le désir mimétique et le bouc émissaire. L’un comme l’autre ont imprimé durablement leur marque sur la pensée contemporaine. Contesté violemment (René Pommier) autant qu’immensément respecté (Serres, Treguer, Chantre…) Girard souffrit de son éloignement laissant ses contemporains (Levi-Strauss, Lacan, Barthes…) occuper le terrain et creuser une philosophie qui se ferait sans lui (structuralisme, pensées prométhéennes…) et de sa faible capacité à promouvoir ses thèses. On peut y rajouter, même si ne ce fut qu’en lisière, sa conversion au catholicisme qui n’eut guère l’heur de plaire aux mandarins parisiens Mauvais débatteur, professeur rigide, maitre énigmatique, Girard n’avait rien pour briller à St Germain des Près. C’est à ces manques que Benoit Chantre pallie en revenant avec précision et talent sur les thèses de celui qui fut tout de même admis à l’Académie Française en 2005. Benoit Chantre tente, plutôt avec succès – pour un ouvrage non professoral – de délabyrinther la pensée de ce philosophe capital et de ce critique littéraire ambitieux et pertinent. Essentiel pour ceux qui voudraient pénétrer l’œuvre d’un théoricien à l’avenir devant lui.

M._James.jpg Brève Histoire de Sept Meurtres de Marlon James. Albin Michel
A la fin de cet ahurissant pavé de huit cent pages, Marlon James confesse qu’il mit bien du temps à savoir qui serait le héros de ce livre hors norme. En effet, parmi une jungle de personnages constituée de tueurs à gages, dealers, politiciens véreux, journalistes opportunistes ou encore agents de la CIA, rares sont ceux qui s’attribuent la part du lion. C’est à partir de la tentative d’assassinat de Bob Marley le 3 décembre 1976 dans sa villa de Hope Road à Kingston que James déploie son intrigue dont, finalement, le principal protagoniste reste bien la Jamaïque. Hydre hystérique et menaçante, l’ile caribéenne connut dans les années soixante-dix des heures sombres où deux partis s’affrontaient relayés dans le ghetto par des criminels sans scrupules se partageant les territoires. Le Chanteur, c’est ainsi que l’auteur nomme Bob Marley, se rendra coupable d’une certaine complaisance flirtant constamment avec l’illégalité. Marley dans ce cyclone était incontestablement l’œil. Tout partait de lui et revenait vers lui. La Jamaïque sans le savoir avait engendré un monstre, faux prophète mais inégalable star qui pouvait faire et défaire les pouvoirs en place, ce que le concert pour la paix Smile Jamaica donné quelques jours après l’attentat voulait prouver. Marlon James, pas plus que ses prédécesseurs ne donne de réponses définitives sur les causes et les responsables de l’agression du chanteur (sept hommes, cinquante-six balles tirées par des pros du gun et Marley s’en sort juste blessé avec une balle dans le gras du thorax et une autre dans le bras !) En revanche, il brosse par un procédé polyphonique proche de celui employé par James Ellroy dans Underwood USA, un portrait saisissant de la Jamaïque, de ses blessures et de ses malédictions. Dans ce texte foisonnant et précis, proche d’un polar tropical, on est immergé - des années soixante aux années quatre-vingt-dix – dans les arcanes de la voyoucratie et de la sale politique quand la CIA alliée à la pègre voyait dans l’île un Cuba bis et dans Marley un Che pacifiste mais encombrant. Brève Histoire de Sept Meurtres restera dans les mémoires comme le document ultime sur les turpitudes contemporaines de l’ile du reggae où 1% de Blancs domine 99% de Noirs.

Gros.jpg Possédées de Frédéric Gros. Albin Michel
Quand on évoque les Possédées de Loudun, on parle à l’instar de Calas ou de Dreyfus, de L’affaire des Possédées de Loudun plaçant cet épisode au rang de la controverse. Laissant ainsi au doute une marge de manœuvre que l’Histoire rétrécit ou grandit à son gré. Frédéric Gros s’empare de cet événement du règne de Louis XIII après plusieurs ouvrages sur la question dont un, mémorable d’Aldous Huxley. En 1971, le réalisateur britannique Ken Russel signa avec Les Diables – sûrement sa meilleure production - un film mémorable, échevelé et lyrique sur cet événement associant politique, scandale et sorcellerie. C’est d’ailleurs de ce film volcanique et palpitant que l’auteur suit au mieux le script. L’histoire des Ursulines de Loudun et de l’Abbé Urbain Grandier connut en ces années soixante-dix un considérable retentissement à retardement, définitivement marquée pour le public français par un haletant Alain Decaux Raconte qui pétrifia ce soir-là les Français spectateurs d’une des émissions phare de la télévision de l'époque. En effet, l’affaire est une bénédiction pour un conteur ou un écrivain. Bien et Mal, Gloire et Déchéance, Culpabilité et Innocence, Pureté et Vice, Vérité et Mensonge… Tous ces concepts apparaissent dans l’histoire de Grandier et la précipitation de sa chute. Jeune abbé de Loudun dans le Poitou, Grandier est conscient de ses qualités d’orateur, de ses finesses de politique et de son charme de séducteur... ''(lire la suite...)''


Ecrits Meurtriers

Lus récemment

Cutter.jpg Troupe 52 de Nick Cutter. Denoël
Inenvisageable de terminer cette année meurtrière sans rendre compte de ce roman terrible qu’est Troupe 52. "Survival" hystérique, il met en scène cinq scouts de quatorze ans et leur chef médecin de son état partis faire du camping sauvage sur une île canadienne. De Sa Majesté des Mouches - auquel il emprunte beaucoup - à Hunger Games en passant par Battle Royale, on retrouve dans Troupe 52 le thème de la survie en milieu hostile et des relations interpersonnelles qu’il entraine dans une micro société adolescente. Le petit groupe, très hétérogène et constitué de personnalités particulièrement différentes va, dès son arrivée, être confronté à une horrible découverte. Celle d’un homme plus mort que vivant dévoré de l’intérieur par une sorte de ver monstrueux. Commencent alors la tragédie de la contamination et les horreurs de l’infection. Les uns après les autres les protagonistes de cet effrayant cauchemar vont être touchés et irrémédiablement gagnés par une ignoble faim inextinguible qui les ramène à l’état de bête sauvage dévorant tout et n’importe quoi sans éviter un inexorable décharnement. Le roman, écrit sous pseudo, ne se contente pas d’être un simple témoin d’un stupéfiant effroi. Il dévoile surtout que derrière cet affreuse affaire, militaires, scientifiques, parents et habitants sont conscients, étudient et surveillent même l’abominable phénomène né de l’esprit malade d’une sorte de Menguele 2.0 qui, dans l’idée de mettre au point un régime amaigrissant à base de parasites intestinaux terriblement puissants, à créée la plus terrible des contagions. Nos malheureux scouts abandonnés de tous, confinés dans la plus stricte quarantaine vont devoir tenter de quitter l’ile. Troupe 52 est destinés à des lecteurs avertis. De ceux qui apprécient la terreur et l’épouvante quand elles s’invitent dans le quotidien et le monde heureux de l’adolescence. De ceux qui n’attendent pas de happy end où un vaccin magique viendrait mettre fin à ce monstrueux empoisonnement. On rejoint dans ce roman décidément toxique – en plus sauvage – le meilleur des premiers Stephen King.


Tetes-de-dragon.jpg Têtes de Dragon de David Defendi. Albin Michel
A l’aulne de Braquo écrit en 2009 avec Olivier Marchal (ou plutôt le contraire…) Têtes de Dragon est une réussite. Certes, une fois encore on est davantage devant un script qu’un thriller construit et foisonnant (en même temps ça change aussi de Grangé et Chattam publiés chez le même éditeur !) Defendi a privilégié l’archétypal à l’introspection, l’efficace aux fioritures aussi talentueuses soient-elles. Son personnage, Hugo Christo, est un ancien légionnaire qui a tout à perdre puisqu’il vient de laisser parler ses nerfs en poignardant un partenaire de poker qui trichait ouvertement. Dès lors, Christo, cornaqué par un pro des services secrets, va devoir renseigner ces derniers sur les agissements de la mafia chinoise (des mafias serait plus juste…) Mais, pour cela, il doit trahir un ancien frère d’armes qui innocemment lui facilite sacrement la tâche dans sa mission d’infiltration. Vu comme ça on est bien dans une intrigue banale aux ressorts ayant autant servis qu’une paire de clés de voiture… Mais la force de Têtes de Dragon c’est l’histoire avec un grand H qu’il nous raconte. David Defendi revient sur la relation entre la Chine et le crime depuis plus d’un siècle. Remontant les évènements, on apprend comment les puissances occidentales (France et Grande Bretagne) ont profité de ce pays, de ses ressources et de sa population pour de sombres manigances (trafic de drogue organisé par le gouvernement de Paul Doumer, sac du Palais D’Été et de sa bibliothèque par les anglais et nous-mêmes) Chacun, chinois et occidentaux mis côte à côte sur la ligne de départ, David Defendi peut faire parler la violence et l’abjection. Avec une parfaite efficacité, il monte les curseurs de l’action à 11 et recouvre son intrigue d’un désespoir sanglant qui fait son œuvre. Le livre terminé, notre conscience occidentale nous travaille et nos neurorécepteurs demandent grâce.


Hayes.jpg Le Passé de Samantha Hayes. Le Cherche Midi
S’il est bien un genre qui, dans l’univers du polar, reste toujours en pointe en dominant tous les autres (ésotérique, cyber, procédural..) c’est bien celui du thriller psychologique. Très souvent devenu l’apanage d’auteures britanniques (P. D. James et Nicci French pour les anciens, Gillian Flynn ou Rachel Abbott pour les plus contemporains), il est facteur d’illusions toxiques, de lourds antécédents refaisant surface et de personnages hautement ambigus. Les Mères de Samantha Hayes s’était ainsi fait remarquer par sa structure ambitieuse et son suspens original. A vrai dire le test du deuxième opus n’est que moyennement concluant. Tout pourtant commence sous les meilleurs hospices policiers. En effet, Le Passé nous entraine dans une famille en pleine dislocation que rejoint Lorraine, inspecteur de son état. Elle débarque dans le comté de Warwick où sévit depuis deux ans une vague de suicides d’adolescents. Sa sœur s’est séparée de son compagnon et son neveu disparait brutalement. Quant à la police locale, elle n’est pas des plus coopératives. On est décidément dans un thriller efficace. Et puis, la mécanique se grippe. Quand s’y rajoutent un étrange accident de moto aux causes non élucidées, un jeune harcelé sur Internet et un autiste à deux faces plutôt inquiétant etc. N’est pas Harlan Coben ou Mo Hayder, puisque l’éditeur la cite, qui veut ! Samantha Hayes est tombé dans le piège du too much. A force de compliquer, d’imbriquer, de sur peupler son intrigue de personnages inutiles, on finit par s’y perdre et l’intérêt s’en trouve dès lors fortement menacé. Les meilleurs ont parfois des pannes. C’est exactement – et dans un roman assez voisin – ce qui est arrivé à Pierre Lemaitre cette année dans son dernier polar. Comme quoi, il n’y a pas lieu de trop s’inquiéter…

Ellory2.jpg Un Cœur Sombre de R. J. Ellory. Sonatine
On le sait R. J. Ellory est un manipulateur. Manipulateur quand il s’agit de faire sa pub sur Amazon en laissant de faux commentaires. Manipulateur quand il s’agit de minimiser son implication à l’Église de Scientologie. Manipulateur enfin – et là pour le meilleur – quand, roman après roman, il revisite l’univers clos du polar. Recycleur de génie, Ellory s’est attaqué à l’univers de la Mafia (Vendetta), de la CIA (Les Anonymes) ou plus récemment à celui des serial killers (Les Assassins). Un Cœur Sombre se saisit d’un des fondamentaux du polar : la possibilité ou pas d’une rédemption. Thème en effet qui hante de nombreux romans noirs allant de Davis Goodis et Jim Thompson si on regarde vers les ainés à Ken Bruen, Sam Millar ou Graham Hurley pour les contemporains. Vincent Madigan est une sorte de réplique du Bad Lieutenant d’Abel Ferrara en un peu moins trash. Il dit de lui-même : « J’étais quelqu’un, puis je suis devenu personne et maintenant j’essaie d’être à nouveau quelqu’un » Tout est dit ! R. J. Ellory brosse avec cet officier de police brillant devenu au fil du temps le pire des ripoux un portrait de flic saisissant. Madigan a explosé sa vie privée avec trois mariages ratés et laisse croire qu’il est un grand flic alors qu’il est à la solde du caïd d’East Harlem. L’alcool et les cachetons lui font oublier quelques heures par jour qu’il est un salaud. Cet équilibre instable va s’écrouler quand Madigan décide de rouler pour lui-même en doublant son employeur. L’affaire dans laquelle il laisse dans leur sang six malfrats aurait pu être gagnante si parmi les victimes il n’y avait pas eu le neveu du patron et une petite fille blessée presque à mort dont la mère est poursuivie par le gang. Madigan comprend vite l’inextricable situation dans laquelle il s’est lui-même précipité et y voit enfin l’occasion d’un improbable rachat. C’est une nouvelle réussite que ce Un Cœur Sombre. Ellory s’en tire parfaitement dans le registre émotionnel et l’on ne peut s’empêcher de compatir avec Vincent Madigan quand cet homme démoli brule ses derniers feux préludes aux buchers de l’Enfer

HC7.jpg Intimidation de Harlan Coben. Belfond Noir
Que serait un (bon) roman d’Harlan Coben sans une disparition dans les trente première pages ? Certainement un thriller banal au regard du côté main stream de sa bibliographie qu’il revendique d’ailleurs sans ambages. Après le sensationnel Tu me Manques, le petit dernier, Intimidation puise à nouveau sa sensationnelle intrigue dans le règne des secrets et leur repère qu’est le Net (ami/ennemi de l’auteur…). Adam, avocat dans le New Jersey, est abordé dans une soirée de club sportif par un inconnu qui lui dit tout de go que la grossesse de sa femme est un mensonge en lui donnant suffisamment d’éléments pour déstabiliser le mari et accréditer sa thèse. Ce dernier, fébrile et remonté comme une pendule veut s’expliquer avec sa femme quand… elle disparait ne laissant qu’un vague mot sur ses motivations ! Adam ne va pas être le seul à apprendre par la bouche de cet inconnu des nouvelles impensables concernant leur famille ou leur vie intime. En effet, une petite bande de hackers aux vues mélangeant altruisme et cupidité fait la chasse aux menteurs du quotidien en les faisant chanter. Ils payent ou leur secret est révélé. Mais tout ne se passera pas comme prévu. Une fois de plus, Coben – fidèle à son cheval de bataille – montre les dérives du monde virtuel et les risques qu’il fait courir à tout un chacun. Car, bien sûr le mal va se greffer sur cette croisade presque innocente mettant en scène un tueur dont l’activité des pirates du web met sérieusement en péril les activités professionnelles. Écrit à cent à l’heure, économe sur les intrigues parallèles et toujours aussi habile sur l’emploi des fausses pistes, Harlan Coben nous captive d’un bout à l’autre de son opus et fait encore après toute ses années montre d’une virtuosité et d’une originalité que nombre de cadors du polar ont souvent perdu en chemin. A l’instar de Bruce Springsteen dans le rock, Harlan Coben est bien "le Boss du thriller".

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lesobsedestextuels.com est animé par Cedric BRU

Moib.jpg Le blog lesobsedestextuels.com a été fondé en 2005 par Cédric BRU, journaliste, écrivain, poète, homme de spectacle. Cédric BRU certifié et maître es lettres modernes a été critique littéraire et musical dans diverses revues (Rock&Folk, Imprévu, La Revue du Cinéma, Chemins de Traverse, Monts 14...)

Le blog avait pour vocation principale le compte rendu des soirées littéraires mensuelles des Obsédés Textuels qui se tinrent à l’hôtel Lenox Montparnasse de 2005 à 2010.

Bien connu du monde de l’édition, ami des écrivains, Cédric Bru avec plus de cinquante rencontres littéraires à son actif et plus de deux cents auteurs reçus dont des grands noms de la littérature contemporaine française tels que Yann Queffelec, Jean d'Ormesson, Lydie Salvayre, Franck Thilliez, Bernard Werber, Patrick Rambaud, Frederic Beigbeder, François Begaudeau ou Eric Halphen est un habitué de la critique et de l'animation littéraire.

Désormais principal animateur des obsedestextuels.com qui s’est au fil des ans spécialisé dans une critique assez pointue retenant particulièrement la littérature de pointe, la contreculture ou le polar contemporain, Cédric Bru ouvre régulièrement ces colonnes à des participations externes venues de son lectorat, de journalistes ou d’auteurs reconnus.

D'autre part, réunissant son goût pour la musique et l'écriture, Cédric Bru a fait paraître en 2004 un livre disque intitulé Contes Invivables qui propose aux lecteurs et aux auditeurs une plongée saisissante dans un univers sombre et désespéré qui rappelle les ambiances réalistes du roman noir et les dérives du monde du rock.
Cette approche originale a été saluée par nombre de critiques.

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