Les Obsédés Textuels

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Contre-Cultures

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nanars.jpg 101 Nanars de François Forestier. Denoël
On apprécie François Forestier pour son style percutant et ravageur qui en fait un des meilleurs chroniqueurs de la pop culture. Ce 101 Nanars édité une première fois en 1996 (dont il a gardé la quatrième de couverture qui à l’exception d’un ne parle que de films ne figurant pas dans la présente édition !!) revoit le jour enrichit de nouvelles perles rares. Dans L’Obs François Forestier chassait le nanar comme d’autres la palombe et nous régalait de ses saillies irrésistibles, souvent iconoclastes. Ici, il trie ses victimes – établissant des sous genres dans le noble domaine du navet XXXL. Péplums, comédies, films d’espionnage ou brouets érotiques se font la part belle. Venus de France, d’Italie ou des États-Unis ces splendides niaiseries font notre admiration par l’audace qu’il cultive dans leur incandescente imbécilité. On retiendra entre autres Surf Nazi Must Die,' 'Persée l’Invincible, ou Flavia la Défroquée qui atteignent les sommets du grand ridicule. Pourtant, François Forestier traite chacun d’entre eux avec amour leur consacrant une notice aussi hilarante que les maigres scripts que les films donnent à voir. Ses synopsis sont brillants, décalés et confinent aux meilleurs textes d’un Desproges. On se régale. On réfléchit aussi quand Forestier s’en prend à quelques intouchables, sacralisés en leur temps comme Blow Up, Zabriskie Point (Il prend grave Antonioni !) ou encore A l’Est d’Eden. Les vérités d’un jour en cinéma ne sont pas toujours celles de demain. Le nanar à lire FF est un genre en péril car comme il l’écrit : "Le mauvais film est ennuyeux, le nanar est rigolo"'' Au train où vont les choses, il y a guère de chance que les seconds l’emportent sur les premiers.


Anger1.jpg Retour à Babylone de Kenneth Anger. Tristram
En 2017, Kenneth Anger devrait fêter ses quatre-vingt-dix ans ! Un âge canonique pour une personnalité aussi exposée dira-t-on ! D’Anger et de son personnage sulfureux, la part gay underground la dispute à son côté obscur et occultiste. En effet, le pape du cinéma expérimental (Fireworks, Scorpio Rising…) rival obsessionnel et jaloux d’Andy Warhol fut aussi un luciférien actif au centre de ténébreuses affaires lors des années soixante-dix qui le virent fréquenter nombre de disciples d’Aleister Crowley à savoir Anton LaVey, Anita Pallenberg ou Jimmy Page avec lequel il cultiva une fameuse brouille filmo-musico-occultiste. Toujours à court d’argent pour financer ses films, Anger, fort de sa connaissance du milieu cinématographique qu’il vit évoluer dès sa plus tendre enfance, écrivit en 1959 Hollywood Babylon dans lequel il évoquait les turpitudes et scandales de La Ville de Pacotille. Ces gossip (pour certains bien connus des amateurs…) concernant les premières vedettes stars du cinéma plurent beaucoup et permirent à l’auteur de se remettre à flot. Surtout, ils révélaient un auteur doué, doté d’un sens de la narration brillant et d’une approche people superbement littéraire et innovante. Toujours pour les mêmes raisons, il remit le couvert en 1984 avec ce Retour à Babylone enfin traduit en français. Couvrant une période plus récente qui va jusqu’aux années soixante, ce deuxième opus s’attarde à prolonger "une histoire dissidente du cinéma". Homosexualité, orgies, déchéances, crimes et suicides constituent les ingrédients de ces fracassants compte-rendus. On y croise pêle-mêle Mae West, Joe Kennedy, Alfred Hitchcock, James Dean, Marilyn ou Liz Taylor rarement à leur avantage. Beaucoup malgré tout échappent à ce carnage : Brando, Monty Cliff ou Jane Mansfield auraient pu déguster mais seules quelques photos (issues de l’ahurissante collection du maître) les évoquent. Tout le monde ne peut être invité au festin du diable ! Le 3e tome est écrit mais tarde à sortir par peur des représailles. Quant à nous, l’appétit reste intact.

RDavies.jpg Americana de Ray Davies. Le Castor Astral
Americana constitue la seconde autobiographie de Ray Davies après l’excellent XRay paru en 1994. Qu’apporte-t-elle de plus hors l’aspect factuel lié à douze années d’écart ? Beaucoup et peu à la fois. En effet, il est aujourd’hui acquis que Ray Davies ne retrouvera jamais l’inspiration qui fit de lui avant Marc Bolan, David Bowie ou Freddie Mercury ce merveilleux compositeur réaliste mais aussi parodique et camp (et non gay…) de la fin des années soixante. La magie de Waterloo Sunset et le malentendu de You Really Got Me se sont dissipés à jamais. En revanche, Ray Davies est un grand écrivain. Comme tous les grands écrivains, c’est aussi un menteur et un manipulateur, Americana en étant la parfaite illustration. Dans ce superbe texte crépusculaire, Ray, une fois de plus, essaye de se réinventer. Mais sans réellement tenir compte de la réalité de son parcours ni bien sûr de celui des Kinks. L’astuce suprême étant ici de considérer la carrière de son groupe depuis les États Unis où ils firent une assez bonne carrière commerciale de 75/76 jusqu’à la fin des années quatre-vingt. Lucrative mais plate au regard de leur somptueuse histoire britannique gâchée par des comportements toxiques (révolte mal orchestrée contre l’establishment, alcool, dépression et guerres intestines – le combat avec son frère Dave est resté mythologique). De la Nouvelle Orléans en 2004 où il écrit le livre, Ray ignore beaucoup de ces aspects pour expliquer son rendez-vous manqué avec l’Histoire. Seul argument recevable : le fait de ne pas avoir (pu) participé (r) au Summer of Love et aux grands festivals tels que Monterey ou plus tard Woodstock. On a donc affaire ici à une sorte de Nick Toshes, vieux dandy qui aurait du mal à s’acclimater et tente de sans cesse ménager la chèvre et le chou. On retiendra entre autres l’épisode surréaliste de sa blessure par balles et l’évocation de sa dispute homérique avec Bill Graham. Même s’il prend souvent des voies étranges, le génie est éternel.

Dupouy.jpg Apollinaire et les Femmes'' de Alexandre Dupouy. La Musardine
On ne le savait et ne le disait pas assez : Guillaume Apollinaire fut un génie absolu de la littérature érotique. Passionné très tôt par l’Enfer des bibliothèques, l’auteur des Onze Mille Verges (inspiré du martyr de St Ursule !) ne pouvait concevoir sa vie et son œuvre sans cette écriture jubilatoire qui constituait "une sorte de nécessité libératrice de sa nature" et qui jalonna toute sa bibliographie. En effet, Wilhem de Kostrowitzky devenu Guillaume Apollinaire était habité par le goût des femmes – au sens propre comme figuré – et sa passion ne se traduisait jamais autant que dans les vers, textes et lettres qu’il leur consacrait. Son tableau de chasse fourni nous a laissé une quantité formidable d’écrits érotiques qui variaient selon ses amours du moment. Rendons honneur à Alexandre Dupouy par cette étude savante mais passionnante et des plus documentée de nous introduire dans la partie la plus secrète du plus grand poète du tournant du 19e siècle. Sa marotte, son obsession, son idée fixe fut presque jusqu’à sa mort la reproduction du concept sadien de "dominant dominé" ce qu’il institua dans une folle complicité avec la fameuse Lou. La comtesse Louise de Coligny Chatillon fut en effet une partenaire idéale pour ce maître inspiré : "Le diable lui dit qu’il saura tirer profit de cette rencontre, et pour sa prose et pour son plaisir" S’ensuivra une correspondance enivrée où Lou n’est pas la dernière – loin de là – à se montrer provocatrice et érotomane "J’ai été un peu vicieuse cette nuit et pas très sage". Alexandre Depouy à cet égard nous propose de rares lettres préservées de Lou qui laissent sur les fesses dira-t-on. Jamais le Mal Aimé ne retrouvera une telle égérie où le plaisir physique et l’excitation épistolaire l’emportent largement sur l’amour. Viendront Madeleine et Ruby auxquelles le Maître de la Clé (rapport au texte Les Neuf Portes de ton Corps) adressera encore foule de textes pornographiques mais c’est bien à Lou que l’immense poète destinera le meilleur de son génie érotique.

basquiat1.jpg La Veuve Basquiat de Jennifer Clement. Christian Bourgois
On se rappelle du loft de Great Jones Street où Don DeLillo captura l’intrigue d’un de ses premiers romans (1973) au titre homonyme. Une rock star – très typée Jim Morrison - venait s’y terrer pour fuir célébrité et impératifs mercantiles. Dix ans plus tard, pirouette de l’histoire, c’est dans ce même loft que Jean-Michel Basquiat (autre membre du club des 27…) peindra nombre de ses grandes toiles. Souvent sous le regard de Suzanne Mallouk, compagne des jours sombres et des nuits toxiques. La "veuve Basquiat" comme la surnomma prémonitoirement (et très méchamment) René Ricoeur critique d’art gay proche du couple. On connait ce texte depuis 2002 quand il parut pour la première fois en anglais. Régulièrement réédité, il l’est enfin en français et donne l’occasion de partager une expérience unique. Une performance littéraire s’accointant à l’art graphique. Jennifer Clement qui raconte Suzanne Mallouk qui raconte Jean-Michel Basquiat. Une mise en abyme en quelque sorte. Jennifer Clement qui devint ami de Suzanne à partir des années 84/85 commente, tisse et brode un univers sombre et poétique sur la vie de Suzanne et du peintre haïtien. (lire la suite)

hargot1__1_.jpg Une Jeunesse Sexuellement Libérée (ou presque) de Thérèse Hargot. Albin Michel
A la suite de Diane Ducret et La Chair Interdite, la maison de la rue Huyghens nous propose une nouvelle réflexion sur la sexualité avec l'ouvrage de Thérèse Hargot, jeune et sémillante sexologue (sorte de clone physique de D.D…) Une Jeunesse Sexuellement Libérée (ou presque) Un nombre croissant de questions reste pourtant en suspens comme vouloir comprendre où nous en sommes depuis la "révolution sexuelle", depuis la banalisation de la contraception, l'IVG, mais aussi l'arrivée d'Internet. Notre société a tellement mutée en l'espace de quelques décennies, la sexualité s'en est trouvée libérée. Vraiment ? L'émancipation nous impose en filigrane de réussir, de prendre les bonnes décisions aux bons moments, d'être sans cesse performant. Comment pourrait-il en être autrement puisque nous avons à disposition bien plus que nous en demandons pour vivre la meilleure sexualité qui soit ? C'est bien là le problème, pourquoi devons-nous être les meilleurs, les plus performants ? Internet et sa profusion de pornographie que commentait déjà Michaela Marzano il y a bientôt dix ans dans Malaise dans la Sexualité, cette facilité d'accès offerte à des jeunes qui veulent s'informer sur ce que doit être la sexualité nous propose une vision totalement erronée de la réalité. Ces soi-disantes "performances" sont celles d'acteurs – ou de phénomènes - où le corps est chosifié et dès lors disqualifié. (lire la suite)


byrds.jpg The Byrds de Steven Jezo-Vannier. Le Mot et le Reste
Les Byrds (notez l’orthographe !) est un cas unique dans l’histoire du rock. Écouter les Byrds en 1966 c’était cool. Avant le Summer of Love de l’année suivante, ils incarnaient la seule réponse américaine valable à l’ogre Beatles. Constitué d’un line up idéalement complémentaire, le groupe de Los Angeles va enflammer les esprits et les corps le temps de quelques hits (pour la plupart des covers…) avant de poursuivre une carrière chaotique faite de départs, d’échecs et d’ambitions décues, devant davantage leur immense renommée a leur héritage et à leurs descendants qu’ç leur propre production. Une fois encore, Steven Jezo Vannier (California Dreamin’, Creedence Clearwater Revival…) vise juste en livrant ici une étude fouillée et pertinente sur un groupe séminal du rock américain. Configuré par la force des choses (il fut le seul à s’acharner et à se projeter dans l’avenir…) autour de Jim (Roger) Mc Guinn, The Byrds supra influencés par le Dylan électrique de Newport 1965 surent créer une musique rythmée alliant folk, rock et pop naissante avec brio. Doté d’un leader né, Mc Guinn, d’un mélodiste hors pair, Gene Clark et d’un guitariste fantasque mais tout aussi génial, Dave Crosby, The Byrds signèrent en mars 1966 avec Eight Miles High un tube fracassant qui donnait suite à Mr Tambourine Man (emprunté puis rendu au Zim) Dès lors, les Byrds allaient vivre sur une légende. Groupe miraculeux, bien né, il allait donner naissance à une lignée sans égale allant de CSN&Y à Jefferson Airplane en passant par Moby Grape ou Hot Tuna. Le turnover fut considérable comme le détaille SJV, Mc Guinn prenant vite des allures de dictateurs. Les productions restèrent inégales jusqu’à Untitled (1970) live magique qui en fit des légendes. Découvrez et écoutez ce groupe enchanteur qui méritait largement un aussi brillant hommage.


wedemain.jpg WE DEMAIN
Une fois n’est pas coutume, c’est de presse dont nous parlerons ici. Penser le changement. C’est toujours mieux que changer le pansement, disait Francis Blanche. En ces temps de rupture, troublés mais excitants, c’est exactement ce à quoi s’emploie l’excellent trimestriel We demain, "la revue pour changer d’époque". We demain, c’est 200 pages de prospective, d’actus, d’idées, d’actions - en un mot : de solutions – saisies dans le monde. La quarantaine d’articles et d’interviews est ordonnée sur cinq thématiques - Déchiffrer, Respirer, Inventer, Ralentir, Partager - et servie par une maquette et des photos superbes. Mais il ne faut pas s’y tromper : Si We demain est le rendez-vous des visionnaires et des utopistes, ce n’est pas un OVNI pour babas, bobos ou bio-bios. Pour preuve, ce numéro 12 (désolé pour le retard...), attaque sur un édito de François Siegel qui traite de la finance, en passe de se racheter une vertu pour sauver la planète, et propose une itw humaniste du regretté Pierre Berger, charismatique PDG d’Eiffage. Piochés encore au sommaire de cette édition : 140 grands anciens de Sciences Po donnent chacun une idée pour le pays. Forcément du lourd ! Ouvrir les frontières : Toujours une utopie ? Les activistes qui font bouger les lignes et les climats, 50 objets de designers internationaux à réaliser soi-même, l’Arche du goût au secours des produits menacés de la planète, le premier magasin où tout est gratuit, un collège sans classes ou encore la pilule du désir pour les femmes. Avec en bonus We life, le guide life style des consom’acteurs. Le plus bluffant, c’est qu’on n’a jamais l’impression de déjà lu. On voyage, on apprend, on s’étonne, on décolle, on se nourrit, on se régale. On en a pour ses 12 euros. Une Bible post-moderne ! Charles de Villepoix.


Ecrits Meurtriers

Lus récemment

NF2.jpg La Fin Approche de Nicci French. Fleuve Noir
Les célèbres et talentueux Nicci French mirent du temps à composer et a s’appuyer sur un héros récurrent comme décidément la plupart de leurs confrères. Mais venant d’eux on ne pouvait avoir affaire qu’à une personnalité singulière et n’empruntant que peu au figure classique du polar. En effet, Frieda Klein, psychothérapeute de son état, ne coche que très peu des cases des obligations fictionnelles de ses pairs. Voilà le cinquième opus que l’on suit ses aventures rythmées par les jours de la semaine et, comme l’indique ce chapitre La Fin Approche. Frieda qui attire le malheur comme d’autres les mouches doit ici faire face aux accusations de meurtre sur Sandy son ex amant retrouvé mort dans la Tamise. Comme à son habitude, énigmatique et peu loquace, Frieda dont le dossier judiciaire est aussi encombrant que la poisse qui la poursuit n’a de ressource que la fuite et la tentative personnelle de résolution de ce nouveau drame. S’appuyant souvent malgré elle sur le soutien indéfectible de Josef son ami Ukrainien, de Reuben son psy et du commissaire Karlsson, Frieda va s’attacher à renouer les fils d’une affaire difficile et ténébreuse qui à tout moment risque de le briser. Passionnant Cruel Vendredi qui une fois encore mêle avec brio les manières d’un thriller populaire avec les atouts d’une littérature plus audacieuse où la psychologie mais aussi le regard porté sur la nature dans toute son acceptation prennent toute leur signification. Nicci French sont parmi les rares écrivains policiers à évoluer dans une telle sphère d’empathie et de compréhension de leurs personnages comme de leurs contemporains. Pour les avoir interviewés, nous pouvons en attester.


Millar3.jpg Un Sale Hiver de Sam Millar. Le Seuil Policiers
Sam Millar est l’enfant du couple improbable constitué par Raymond Chandler et Ken Bruen. Du premier, il tient le goût pour les intrigues touffues, les héroïnes perdues et les incarnations viriles, du second – irlandais comme lui – il possède l’érudition et le tropisme des répliques choc. Depuis qu’il narre les aventures de Karl Kane, Millar va en se bonifiant. Ce privé désinvolte et retors endosse parfaitement le costume du détective de concours et sa jeune et belle compagne qui lui sert aussi de secrétaire n’en rajoute que davantage à son charme. Un matin, Kane tombe sur une main coupée déposée sur le seuil de sa porte. Cette indigeste découverte additionnée à la demande d’une jeune et jolie jeune femme de retrouver un vieil oncle vont plonger KK dans l’univers sombre de Ballymena, bien connue en Irlande pour son trafic de drogue, et le conduire dans le sinistre abattoir de Belfast qui était déjà le décor de l’excellent Redemption Factory (2010) avant que cette série ne débute. De mauvaises rencontres en fulgurantes intuitions, Kane va avoir à faire à un serial killer néo nazi antisémite aux méthodes plutôt "tranchantes". On notera que c’était aussi le thème du dernier John Connolly (voir chronique). Coïncidence ou préoccupation grandissante chez ces deux ténors du polar gaélique ? Un Sale Hiver après Les Chiens de Belfast et Le Cannibale de Crumlin Road installe réellement Sam Millar, après quelques années à chercher sa voie (lire On the Brinks), parmi le peloton de tête des durs à cuir de la littérature policière.

Adenle.jpg Lagos Lady de Leye Adenle. Métailié
La réputation criminelle de Lagos est établie depuis longtemps. Une légende urbaine raconte même qu’un jeu de rivalité s’est instauré entre les gangs de la métropole nigériane qui consiste à être le premier à tuer à la sortie de l’avion tout Blanc "non recommandé". Plus d’un quart d’heure étant considéré comme éliminatoire ! C’est dans ce territoire hostile que Guy, web journaliste venu couvrir les préparatoires des élections présidentielles, débarque à Lagos. Il va y rencontrer la très belle et énigmatique Amaka qui préside aux destinées d’une association caritative dont le but est la protection des prostituées traitées ici comme du bétail. Mais cette rencontre dans la terrible grande ville noire lui réservent bien d’autres surprises en particulier la découverte de crimes rituels exécutés pour un lucratif trafic d’organes. Avec une intrigue à la Elmore Leonard où les seconds rôles donnent tout le piment à l’histoire, le Nigérian Leye Adenle livre un premier roman enthousiasmant. L’écriture est précise, le rythme haletant et l’intrigue – on l’a dit – épatante. Sa connaissance du milieu est essentielle pour rendre ce que seule l’Afrique dégage par ses us et coutumes. Rien n’est caricaturé, tout est réel dans ces violences aveugles, ces plaisirs tarifés et ces contrastes sociaux déments. Et c’est bien là le drame africain… Pour autant, comme le dit avec un effrayant bon sens un policier dont le quotidien consiste à gérer cette fatalité mortifère à notre journaliste épouvanté : "Ce que vous avez vu ce soir, je vous conseille de l’oublier. Ces choses-là arrivent dans notre pays, mais des choses pires encore arrivent dans le vôtre – on le voit sans arrêt à la télé"

Seskis.jpg Six Femmes de Tina Seskis. le Cherche Midi
Le thriller psychologique a ses règles. Davantage que de nous effrayer, il nous force à questionner nos sentiments, à interroger nos vies, contempler nos passés en envisageant les futurs qui en naitront. Six Femmes répond parfaitement au cahier des charges en mettant en place ce qui commence comme un désordre émotionnel et va devenir une tragédie pour une bande de copines de fac (le sont-elles encore ?)… Ces six quadras tentent de se revoir vaille que vaille tous les ans et cette année un pique-nique a été décidé à Hyde Park. Tina Seskis, dont Partir avait retenu l’attention des connaisseurs, nous propose une galerie de portraits qu’elle définit ainsi elle-même : "Sioban l’étourdie, Natasha la fonceuse, Sissy l’indulgente, Juliette l’écorchée vive, Renée l’ironique, Camilla la mère poule" et dont la réunion ressemble un peu à la définition de la catastrophe. Le pique-nique tourne court cédant sous les coups de boutoirs des attaques personnelles, des réflexions acides et des accusations perfides. Surtout, Sioban s’écartant du groupe se noie dans le Serpentine. Chacune en prendra conscience le lendemain, les vapeurs d’alcools et de rancœurs recuites dissipées. Tina Seskis va dès lors remonter le fil de ces amitiés anciennes souvent – comme les nôtres – basées sur des malentendus, des vexations ou des rivalités. Au fil des pages, on se rendra compte que chacune des protagonistes a sa part de culpabilité et d’égoïsme et que la mort de Sioban résonne comme le testament d’amitiés trop souvent menées sans conviction. Tromperies, infidélités, jalousies, cachotteries trouveront leur funeste conclusion dans un Hyde Park crépusculaire. Évoquant les meilleurs romans de Nicci French, Six Femmes est d’une efficacité rare en évitant les pièges de la sensiblerie pour toucher au cœur de l’âme humaine.

Connolly3.jpg Le Chant des Dunes de John Connolly. Presses de la Cité
Il en va des romans de John Connolly comme des marées. Certaines sont plus hautes que d’autres, charrient davantage de vestiges et d’épaves, déplacent plus ou moins d’écume. Le Chant des Dunes est à tout point de vue semblable à une grande marée d’équinoxe. Et ce n’est pas cette mystérieuse noyade inaugurale qui nous contredira ni le décor hors saison de Boreas petite station balnéaire du Maine où Charlie Parker s’est retiré après avoir miraculeusement échappé à la mort dans l’opus précédent (Sous l’Emprise des Ombres) Parker, homme d’actions déchu et damné, semble attirer le malheur quand on découvre un cadavre rejeté par la mer non loin de son provisoire point de chute. Parker pourtant n’essaye que de se remettre et d’oublier. Difficile quand on a une jolie voisine dont la fille est du même âge que celle du détective et dont le comportement énigmatique va la conduire à être sauvagement assassinée par un tueur monstrueux au service de plus dangereux que lui. La maman était juive comme le cadavre repêché et Parker aura, aidé par les inséparables Angel et Louis, vite le sentiment qu’un commando d’anciens nazis agit dans l’ombre. Superbe évocation de ces vieux tortionnaires s’arcboutant à une solidarité obsolète. Faisant encore le ménage pour cacher leurs atrocités comme dans ce camp de Lubsko qui accueillait en 1945 les juifs les plus aisés pour les faire cracher – dans un simulacre de bons traitements – l’emplacement de leurs richesses. Se jouant des faux semblants, Charlie Parker va s’accrocher à ses maigres forces et, une fois de plus, détrôner le Mal.

Cleave2.jpg Un Prisonnier Modèle de Paul Cleave. Sonatine
Après trois romans certes réussis Paul Cleave revient tout de même vers le héros qui a fait sa gloire en 2010 soit Joe Middleton l’Employé Modèle devenu ici Un Prisonnier Modèle. Retour en arrière. Quand Cleave donna vie à Joe Middleton, il mit également en branle une littérature policière originale et saignante. Originale par la sympathie qu’attirait son héros – également narrateur, personnage volontairement veule et benêt travaillant comme agent d’entretien dans un commissariat de Christchurch. Nlle Zélande. Originale aussi par cet humour décapant imprégnant l’écriture qui renvoyait autant à Jeff Lindsay (Dexter) qu’à Charlie Huston (Le Vampire de New York) et qui n’est jamais facile d’associer au crime. Crime d’autant plus affreux qu’il est multiple, aveugle et sans limite. Un Prisonnier Modèle (Joe Victim en anglais – c’est important !) débute quand Joe purge sa peine depuis un an et attend son procès qui déchaine les passions réveillant la tentation de la peine de mort. En prison, après avoir été un bourreau, Joe est devenu une victime expiatoire. Proie des matons et de codétenus malintentionnés, incompris des psys et des avocats, Middleton espère candidement une prochaine libération et ses retrouvailles avec Melissa son âme sœur, complice de ses derniers meurtres. En effet, à l’extérieur les choses s’activent et l’on suit avec un intérêt jamais démenti les manœuvres meurtrières de Melissa devenue la reine de la mort pour faire sortir Joe et de l’ex inspecteur Shroder qui lui l’avait fait coffré. Tout ceci est traité sur un mode décontracté et malin sans nous priver des délices d’une intrigue ébouriffante de rebondissements, de frissons et de suspense

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lesobsedestextuels.com est animé par Cedric BRU

Moib.jpg Le blog lesobsedestextuels.com a été fondé en 2005 par Cédric BRU, journaliste, écrivain, poète, homme de spectacle. Cédric BRU certifié et maître es lettres modernes a été critique littéraire et musical dans diverses revues (Rock&Folk, Imprévu, La Revue du Cinéma, Chemins de Traverse, Monts 14...)

Le blog avait pour vocation principale le compte rendu des soirées littéraires mensuelles des Obsédés Textuels qui se tinrent à l’hôtel Lenox Montparnasse de 2005 à 2010.

Bien connu du monde de l’édition, ami des écrivains, Cédric Bru avec plus de cinquante rencontres littéraires à son actif et plus de deux cents auteurs reçus dont des grands noms de la littérature contemporaine française tels que Yann Queffelec, Jean d'Ormesson, Lydie Salvayre, Franck Thilliez, Bernard Werber, Patrick Rambaud, Frederic Beigbeder, François Begaudeau ou Eric Halphen est un habitué de la critique et de l'animation littéraire.

Désormais principal animateur des obsedestextuels.com qui s’est au fil des ans spécialisé dans une critique assez pointue retenant particulièrement la littérature de pointe, la contreculture ou le polar contemporain, Cédric Bru ouvre régulièrement ces colonnes à des participations externes venues de son lectorat, de journalistes ou d’auteurs reconnus.

D'autre part, réunissant son goût pour la musique et l'écriture, Cédric Bru a fait paraître en 2004 un livre disque intitulé Contes Invivables qui propose aux lecteurs et aux auditeurs une plongée saisissante dans un univers sombre et désespéré qui rappelle les ambiances réalistes du roman noir et les dérives du monde du rock.
Cette approche originale a été saluée par nombre de critiques.

Le Diable et Moi de Nick Toshes

Sympathy for the Devil...

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Alice Cooper de Jean-Charles Desgroux et Creedence Clearwater Revival de Steven Jezo-Vannier

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Covers. Une Histoire de la Reprise dans le Rock d'Emmanuel Chirache

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"Tu Me Manques" d'Harlan Coben

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Interview de Diane Ducret (novembre 2014)

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Viva de Patrick Deville

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Le Paradis n'est pas pour Nous de Graham Hurley

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