Les Obsédés Textuels

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Ecrits Meurtriers

Lus récemment

kirk.jpg Méthode 15-33 de Shannon Kirk. Denoël
Les enlèvements d’enfants ont toujours constitués un sujet bien particulier dans l’univers du thriller. Des crimes pédophiles aux snuff movies, ils incarnent le mal. De par la charge émotionnelle qu’ils véhiculent, ils saturent l’espace de la narration et confèrent aux intrigues des passages souvent obligés par la morale ou la simple humanité. Méthode 15-33 révolutionne le genre. Une jeune fille de 16 ans est enlevée – jetée dans une camionnette - devant son école et séquestrée pendant plus d’un mois. Les kidnappeurs ne veulent pas de rançon, d’avantages particuliers ou leur moment de célébrité. Juste l’enfant qu’elle attend ! Vendeurs de bébés pour couples sans scrupules. L’horreur de l’emprisonnement est ainsi abominablement doublée. La victime est une surdouée qui va dès lors mettre toutes ses capacités intellectuelles et physiques en œuvre pour se libérer de son ravisseur. Shannon Kirk, avocate à Chicago mène son histoire comme on instruit une affaire et prépare une plaidoirie. Rien n’est laissé au hasard, tout fait sens. Son personnage, boule de haine assoiffée de vengeance, fomente un plan à la préparation militaire et à la détermination sans failles. Parallèlement, un duo de flics viendra finir le travail telle la cavalerie toujours un peu en retard mais toutefois indispensable. Entre Mo Hayder pour la qualité narrative et l’inventivité et Chuck Palahniuk pour le style effrayant et moderne, Méthode 15-33 est truffé de trouvailles et de détails saisissants. Empruntant autant au style gothique qu’au "survival", il révèle une auteure sur laquelle on devra désormais compter.

kerr8.jpg La Dame de Zagreb de Philip Kerr. Le Masque
De retour de sa terrible mission polonaise, Bernie Gunther, plus que jamais anti nazi, change de maître – conséquence de la mort de Heydrich à Prague. Auréolé de sa réputation flatteuse de super flic et de grande gueule, Gunther, désormais sous les ordres de Nebe va se voir confier par Joseph Goebbels, qui apprécie son insolence quand elle peut le servir, une mission à priori plus récréative que l'inspection des quatre milles cadavres de Katyn. En effet, le ministre de la propagande s'est une fois encore entiché d'une actrice. Mais Dalia Dresner renâcle à lui rendre la pareille et à tourner dans le prochain film qu'il produit. Bernie devra lui faire entendre raison et la ramener dans le chemin du bon docteur. Arcanes de l'amour et du hasard, Bernie et Dalia s'éprennent l'un de l'autre et notre capitaine de la SD va se rendre en Croatie pour exaucer le vœu le plus cher de la jeune femme : savoir ce qu'est devenu son père. En terre oustachi (milices croates proches des SS) Bernie va connaître l'horreur d'autres épurations ethniques plutôt prémonitoires. Les croates découpant du serbe sous la férule du colonel Dragan, papa de la délicieuse actrice. A cet enfer yougoslave vont s'ajouter pour Gunther de nombreuses péripéties helvètes pour le moins désagréable comme passer pour un général SS et compter ses dernières heures dans d'effroyables conditions. Encore une fois, Philip Kerr mêle l’évocation historique érudite et pointue à une intrigue policière qu'un Chandler n’aurait pas reniée. Décidément après Deon Meyer, Philip Kerr a lui aussi son BG et ce sont des initiales qui portent sacrément chance à leurs auteurs.

Meyer6.jpg En Vrille de Deon Meyer. Seuil Policiers
Après ses derniers opus rapides et fiévreux, Deon Meyer revient - même s'il ne s'en est jamais réellement éloigné - avec « En Vrille » à ce qu'il fait le mieux : les fouilles de l'âme humaine. Benny Griessel, miné par le suicide d'un collègue et mal remis des dégâts collatéraux de sa précédente enquête (cf. Kobra), retombe un temps dans l'alcool occasionnant ainsi des troubles préjudiciables aux Hawks sa bien aimée brigade. Mais que Benny soit sobre ou non n'arrête pas le monde ni sa soif de meurtres. Un jeune dirigeant de site internet fournissant des alibis aux personnes adultérines est découvert mort dans un domaine viticole proche du Cap. Des personnalités politiques sont mêlées installant dès lors le scandale. Deon Meyer en conteur hors pair choisit par le biais d'un fait divers aux résonances très contemporaines de brosser en parallèle l'histoire d'une famille viticole afrikaner. Comme un Autant en Emporte le Vent du bout du monde, il nous plonge dans un roman familial dramatique et poisseux et nous instruit de l'histoire du vin sud-africain aujourd'hui mondialement reconnu. A la faveur d'un schéma narratif ondoyant et implacable Deon Meyer, par Benny Griessel interposé, mesure au trébuchet la société sud africaine. Avec ses forces et ses faiblesses. Une fois de plus, on reste sans voix devant tant de talent, d'humanité et de capacité à bouleverser et à captiver le lecteur. Encore une fois, on est tenté de jouer des superlatifs les plus flatteurs.

Mina3.jpg La Nuit où Diana est Morte de Denise Mina. Le Masque
Depuis que Denise Mina a introduit l'inspectrice Alex Morrow dans ses enquêtes, incontestablement la densité de son écriture et la force de son imagination s'en sont trouées modifiées et ont pris un tour saisissant. Accessoirement, elle a fait passer l'auteur à un rang supérieur. Dans ce troisième opus mettant en scène cette femme bouleversante, on avance dans un brouillard psychologique épais et terriblement émouvant. Une histoire ancienne qui vit Rose, une jeune délinquante désespérée tuer successivement – sombre coïncidence, la nuit où la princesse Diana perdit la vie - son souteneur et un copain ne valant guère mieux. La jeune femme fut défendu par un brillant avocat qui lui confia à sa sortie de prison la garde de ses petits enfants. Mais l'avocat est-il celui qu'on croit et Rose la rachetée parfaite. Drame bourgeois, sinistre tragédie pédophile, vengeances mal recuites, c'est entre ces enjeux qu'Alex Morrow mère de deux charmants jumeaux et demi sœur d'un malfrat local devra trancher. La Nuit ou Diana est Morte mêle enquête tortueuse, polar procédural et réalisme social dans une ambiance écossaise étouffante où les souvenirs prennent des allures de terribles secrets qu'une génération finie n'aura jamais pus enfouir tout à fait.

Harris.jpg Le Réseau Fantôme d' Oliver Harris. Seuil Policiers
Passionnant ce jeu de piste énervé dans les entrailles secrètes de Londres… A la faveur d'une ronde menée avec la désinvolture mais l'efficacité propre à Nick Belsey ce dernier va entamer la poursuite d'un chauffard qui finira par disparaître dans un tunnel souterrain. Assez profond et équipé pour exciter la curiosité de notre jeune et intrépide constable ! Il y conduira même, en guise de rendez-vous insolite, sa jeune conquête qui y restera prisonnière. Dès lors, va s'engager une suffocante course poursuite avec un mystérieux adversaire mi agent de l'ombre mi paranoïaque excité. Oliver Harris indiscutablement rebat les cartes du thrillers londonien. Alerte, inventif, moderne, Le Réseau Fantôme est de ces rares lectures que l'on attend de retrouver dans le calme d'un endroit douillet. L'auteur spécialiste de l'Angleterre souterraine nous plonge dans le réseau d'abris anti aérien du Blitz puis anti nucléaire de la Guerre Froide en y greffant une intrigue fouillée qui revient sur des faits historiques méconnus voire secrets. On trouve pèle mêle dans cet excellent roman suspense, énigmes historiques, psychanalyse et politique. Nick Belsey quant à lui offre une figure de personnage nouveau genre, mi ange mi démon terriblement séduisant. Atout charme !

Watson2.jpg Une Autre Vie de S. J. Watson. Sonatine
On suit une femme, Julia, dans une galerie d’art, venue voir un cliché qu’elle a pris il y a des années, aujourd’hui devenu célèbre. Puis elle rentre chez elle. De loin, elle voit son mari sur le seuil de sa maison, l’air inquiet. Aussitôt elle pense à leur fils Connor – lui est-il arrivé malheur ? En quelques lignes S. J. Watson nous a retourné… Avec Avant d’Aller Dormir, il avait signé un des meilleurs thrillers psychologiques de ces dernières années en remettant l’amnésie au premier rang des arguments policiers. Ici, encore une fois c’est à une héroïne qu’il attache nos pas. Une Autre Vie met en scène une femme sur le fil, tentant la normalité quand l’excès la hante. Julia perd sa sœur assassinée à Paris dans des conditions obscures. Kate dont elle élève l’enfant trainait sur Internet. Assoiffée de sensations et d’alcools profonds, Julia s’y fondra à son tour pour remonter une piste et aussi se perdre. Watson ne se soucie guère de vraisemblance. Il tord la réalité à son gré. Mais ce roman piège est un sortilège. Julia va rencontrer un jeune homme séduisant et fantasmatique. Se persuadant qu’il peut lui faire découvrir la vérité sur la mort de Kate, Julia, dès lors, va transgresser tous les tabous et vivre un amour dangereux et toxique en nous entrainant dans un grand huit provocateur d’hallucinants vertiges. Avec S. J. Watson, la peur n’évite certainement pas le danger.

Border Lignes

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Frobenius.jpg Branches Obscures de Nikolaj Frobenius. Actes Sud
"Par définition, l’écrivain est quelqu’un qui, plus que la moyenne, est troublé par une incertitude fondamentale quant à la cohérence de l’existence ou la réalité même d’un ordre…" Voilà ce qu’écrit Nikolj Frobenius dans son nouveau roman Branches Obscures qui marque une étape capitale dans son travail. Révélé à la fin du siècle par Le Valet de Sade, mi roman historique mi thriller psychologique, Frobenius prolonge et accentue une littérature du malaise et de l’instabilité commencée dans Je Est Ailleurs et Je Vous Apprendrai la Peur. A l’instar de D’après une Histoire Vraie ou plus surement Lunar Park, Frobenius s’interroge sur la part démoniaque de l’écrivain et la nature de son inspiration. Jo est un écrivain qui vient de remettre un manuscrit à son éditrice quand sa vie bascule d’abord par la mort de sa maitresse liée semble-t-il à la réapparition mystérieuse d’un ami d’enfance commun présumé mort. Pourtant, ces événements sont marqués par nombre d’énigmes mettant en doute la parole de l’écrivain et impliquant surtout les personnages de son roman. Dès lors, Jo se sent devenir fou, en proie à un fantomatique adversaire qui remet à sa place un second manuscrit l’accusant des pires turpitudes. Branches Obscures est un sans-faute. Ramassé, angoissant, se référant aux meilleurs (Goodis, Bolano, Capote…) le roman nous laisse un curieux sentiment d’anxiété et de cruelle évidence. Plus près de Brett Easton Ellis que de Delphine de Vigan, il revisite une littérature paranoïaque et s’interroge sur les affres de la création.

Brady.jpg Le Brady. Cinéma des Damnés de Jacques Thorens. Verticales
Pas question de finir l’année sans évoquer Le Brady. Cinéma des Damnés. Cette lecture foisonnante, érudite et cocasse, underground et décalée, douloureuse et insolite compte parmi les meilleurs textes de 2015. Biographie d’un cinéma, il donne à l’auteur dont c’est la première production le prétexte à une plongée hors du commun dans un univers aussi ubuesque qu’effrayant. Depuis toujours cinéma de quartier, le Brady fut mis en lumière dans les années quatre-vingt-dix et deux-mille quand Jean-Pierre Mocky en fut le propriétaire y passant ses propres films orphelins d’une distribution normale. Jacques Thorens en fut un des projectionnistes et nous conte les ahurissantes scènes dont il fut le témoin. Autant qu’un cinéma le Brady fut un repère. De cinéphiles certes – aficionados de série B voire Z – mais surtout (la proportion est criante !) de sans logis, alcooliques, pédérastes et errants de toute sorte. Chaque projection (comptez vingt personnes…) était l’occasion d’un hallucinant défilé d’exclus confondant l’obscurité d’une salle de cinéma avec le répit d’une chambre miteuse mais chauffée. L’auteur, effaré au début, s’habitua à la fréquentation de ces pauvres hères jusqu’à les préférer – parfois ! – à des clients ordinaires. Son livre étrange est aussi l’occasion de revisiter un genre ténébreux et riche que demeure celui du cinéma bis avec un catalogue sans pareil. Aussi, de sourire des comportements d’un Mocky plutôt sympathique collant à son image d’éternel jeune homme aux innombrables projets et aux fièvres incessantes. Un régal.

NToshes2.jpg Le Diable et Moi de Nick Toshes. Albin Michel
Au-delà d’être un livre hanté, Le Diable et Moi est un livre sur la liberté. Liberté perdue, liberté retrouvée, liberté assouvie ou à jamais bridée, c’est aussi (même s’il se persuade ici qu’aucun de ses livres n’en possède…) le thème récurrent de l’œuvre de Nick Toshes. Avec le diable ! Que n’étaient le moteur de Hellfire, furieuse biographie de Jerry Lee Lewis, le cœur de la tragédie de Trinités, polar séminal dont se souvint R. J. Ellory dans Vendetta, ou le fil d’Ariane du Roi des Juifs, parfait mix des précédents, sinon d'incessants rappels faustiens ? Nick Toshes, a(u)cteur essentiel de la rock culture (et non de la pop culture !) combattit toute sa "fucking life" pour sa liberté au cœur du mal. Né à Newark ("où le diable a élu domicile" écrit-il dans Trinités) en 1949, Toshes a très tôt embrassé la cause des perdants magnifiques. Écrivant comme personne (excepté Lester Bangs, Nick Cohn ou à un degré moindre Greil Marcus…) sur le rock et ses ténèbres, il se tourna naturellement vers le polar avec quelques chefs-d’œuvre comme La Religion des Ratés et le déjà doublement cité Trinités. Parallèlement, il s’attacha aux destins du Killer (Hellfire) et du plus cool des crooners italo-américains (Dino) Tous les personnages qu’il dépeignit ne cédèrent jamais un pouce de terrain de leur liberté dussent-ils - et ce fut toujours le cas – faire copain copain avec le Malin (lire la suite).

Moses2.jpg Rien ne Finit de Emmanuel Moses. Gallimard
Roman immobile et requiem farceur, Rien ne Finit d’Emmanuel Moses s’inscrit dans la tradition des romans libres, des textes attentistes à la lente alarme. D’En attendant Godot au Désert des Tartares en passant par Pirandello, on connaît ce schéma qui consiste à faire parler le monde par le biais de quelques protagonistes archétypaux. Emmanuel Moses s’en sort très bien. Comme dans les références citées plus haut, on est un peu partout et nulle part, coincés dans un bistrot comme tous les bistrots. En cherchant bien, on opterait pour l’Argentine ou le Chili, l'Uruguay peut être... Sûrement se trompe t-on ! Le Triumph voit chaque jour défiler, entre autres, Josué, intello déclassé, Feher médecin radié de l’ordre par l’alcool et l’amour perdu, Martin, l’avocat, qui n’a pas l’air de plaider tant que ça et Lucas, jadis policier qui fait des secrets de tout. Rajoutons le patron, le serveur et la femme de ménage et s’imposent à nous une minuscule vie faite de confidences, de non dits, d’alcool et de petits cafés tandis qu’au dehors un semblant de révolution paraît agiter les rues. Le texte est fluide, suffisamment mélancolique pour aimer ces personnages inanimés, mais gais par politesse, jetés dans ce bar par le reflux des existences foutues. Josué incarne parfaitement cette phrase de Don DeLillo « le talent est plus érotique quand il est gâché » Lecture intemporelle et subtile.

Postel.jpg L'Ascendant de Alexandre Postel. Gallimard
Il est de ces livres désincarnés que Camus affectionnait et que Houellebecq pratique avec aisance. Ces romans qui s’attaquent à ce que nous nommons « l’hyper réalité » Celle qui fait dire aux gens « Si je racontais mon histoire personne ne me croirait » Pourtant, combien de drames intimes, défaites personnelles, catastrophes familiales ont lieu ici ou là, dans divers milieux sociaux pour des raisons arrachées à la logique ou par le résultat d’une mauvaise combinaison familiale. Alexandre Postel par une écriture claire et fragile saisit parfaitement ces interstices de la logique et de la décision. Le narrateur n’est pas très famille. Sa mère morte, il s’est éloigné de son père jusqu’à son décès qui l’oblige à revenir dans la maison familiale par lui désertée depuis deux ans. Alexandre est fatigué du voyage, bouleversé sans être ému, confronté à la terrible réalité des disparitions et de leur sale cortèges de démarches. Il préférerait être ailleurs. Il descend dans la cave pour s’enquérir d’un bruit suspect et y découvre une cage avec à l’intérieur une jeune femme apparemment séquestrée depuis longtemps. Trop de questions, trop de manières d’appréhender le problème, Alexandre n’est pas à la hauteur du drame, il s’endort. Trois jours passeront sans qu’il déclare la séquestrée qu’il tuera par accident en voulant la libérer. En prison, il pensera beaucoup à son père. Comme un enfant idiot.

MC2.jpg Snow Queen de Michael Cunningham. Belfond
Nous avions été charmé par Crépuscule (archives), le précédent roman de Michael Cunningham. Ce Snow Queen en possède les mêmes atouts de sensibilité, de lyrisme, d’intellectualisme dévié, de mal être optimiste. Comme toujours aussi chez Cunningham, les personnages, isolés ou en groupe, sont d’une merveilleuse réalité, jouent d’un recul aiguisé et font preuve d’une acuité sans illusions. Deux frères, Tyler, artiste raté et cocaïnomane et Barrett homo discret vivent avec Beth la femme cancéreuse de Tyler. Ces deux derniers travaillant dans la boutique de fringues vintage de Liz quinqua couguar refusant de vieillir. L’auteur a écrit ici un roman très français (déjà plus court...) un peu à la manière du cinéma français sans ses travers (pales imitations de Godard ou de Desplechin). On verrait en effet parfaitement des Matthieu Amalric, Fabrice Luchini, Charlotte Gainsbourg ou Charlotte. Rampling, filmés par Michel Gondry ou Valérie Donzelli, évoluer sous la lumière de ces sentiments exacerbés, de ces situations involontaires. Snow Queen nous propose l’histoire d’une mue. Chacun va la vivre et y croire à sa manière mais la mutation pour chacun est inévitable. La seule question qui vaille au cœur de Cunningham : C’est comment le bonheur ?

Subutex.jpg Vernon Subutex de Virginie Despentes. Grasset
C’est une lente et désinvolte descente aux enfers. Vernon Subutex (ancien pseudo de Virginie Despentes sur Facebook...) a du, à l’aube de la cinquantaine, renoncer progressivement à tout : Revolver, son magasin de disques, son appartement faute de loyers acquittés et les maigres avoirs qui constituaient son pécule. Mais, Vernon, enfant des sixties, est un optimiste, insouciant et charmeur qui va nous servir de guide dans un théâtre d’ombres, galerie emblématique des personnages chers à l’auteure. Hébergé chez l’une chez l’autre, retrouvant ex et vieux copains, il permet à Virginie de faire le point sur cette marge qu’elle dépeint depuis bientôt vingt ans. Autant le dire, c’est son livre le mieux écrit, le plus maîtrisé même si l’intrigue est faible. Virginie, à l’instar d’un Houellebecq se fait moraliste d’une époque sidérée par son vide. Elle n’épargne personne, du riche trader cynique au toxico parasite et mytho. Anciens compagnons de trottoirs ou business men rencontrés au cinéma ou dans l’édition, Virginie les aligne tous. Au hasard de ses rencontres, Vernon, précipité de candeur et de belle inconséquence va les croiser chacun leur tour. Tout ces êtres qui font l’époque. Ils vont l’aimer, l’aider, le jeter, l’oublier comme les animaux abandonnés au bord des routes. Au final, il sera rendu à la rue – apocalypse des bobos. Avec Vernon Subutex, Virginie Despentes signe un roman majeur où même la pléthore de personnages ne fait pas perdre de vue la hauteur et la clairvoyance de sa pensée.

Hillier.jpeg A Vivre Couché de Pauline Hillier. Onlit Editions
Oublier la timidité par le rêve et l’imagination... Notre héroïne (si le mot s’applique bien ?) fait partie de ces gens qui vivent mais qui n’existent pas. Sans histoire, sans odeur, sans couleur, ils traversent la vie (en ont ils une ?) en effraction permanente, priant seulement de na pas être pris, confondus, interrogés, passés au gril. A Vivre Couché écrit par une jeune fille très comme il faut (en tout cas dans son écriture...) que l’éditeur a tôt fait de la comparer à Virginie Despentes (il n’a pas du lire les livres de Virginie... ou de sa protégée !) qui s’appelle Pauline Hillier et qui fait partie du mouvement des FEMEN, ce qui lui a valut d’être emprisonnée en Tunisie. En revanche, ne cherchez pas dans cet ouvrage original quelconque manifeste militant. Ça débute comme l’ouverture d’Extension du Domaine de la Lutte en moins sinistre et ça se poursuit par des nouvelles liées les unes aux autres évoquant Palahniuk. Que faire quand on s’emmerde dans une soirée où l’on s’est rendu pour faire plaisir et que les invités vous demandent "ce que vous racontez" ? Et bien, Pauline va leur en donner pour leur curiosité et leur servir onze aventures dignes de Tom Robbins ou Christopher Moore qui débordent d’inventivité et d’humour très yankee. L’effet est immédiat : le lecteur jubile et l’auteur se libère. Quand aux invités curieux, nous n’avons pas pris de leurs nouvelles.

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