Les Obsédés Textuels

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Nous avons aimé ces derniers temps...

Nos derniers "Coups de Cœur"

De France...

LK2.jpg Le Sourire de Georges B. de Stéphane Lévy-Kuentz. Kirographaires
Quand nous fêtâmes il y a sept ans lors d’une rencontre mémorable les 25 ans de la disparition de Georges Brassens, ce texte de jeunesse (!) écrit dans la passion n’aurait pas dénoté au milieu des biographies et des confidences consacrées au maître de Sète. En effet, en trente mille signes pour une seconde, titre de l’unique chapitre de ce texte bref, Stéphane Lévy Kuentz par une écriture aiguisée comme on les aime : clinique, poétique, nostalgique, à la morosité solide et au désespoir énergique, évoquant autant Blanchot que Duras, fait revivre à l’occasion du souvenir des adieux de Brassens à Bobino, la profondeur humaine du poète et de sa marquèterie de mots. Belle performance d’être aussi prêt de l’os, de nous mettre au pied de la scène, émus de redécouvrir ce sourire qui cachait les détresses, car même sous la cendre palpitent les cœurs purs.


Ava.jpg Ava. La Femme qui Aimait les Hommes d' Elizabeth Gouslan. Robert Laffont
Après le vénéneux Jayne Mansfield 1967 de Simon Liberati, Elisabeth Gouslan s’empare du mythe Gardner. Pari difficile quand on sait que sur Ava tout a été dit et écrit (superbe bio de Lee Server, il y a trois ans) et que ses histoires recuites avec Sinatra et consorts appartiennent à la Préhistoire. C’est justement tout le talent de l’auteur d’avoir modernisé le scénario dans une langue pop et affranchie. Digérée la doc yankee, Elisabeth Gouslan retrace avec gourmandise et talent le parcours dilettante et magnétique de cette beauté inouïe, sauvageonne sortie d’un roman de Caldwell, qui mit tout le monde d’accord en l’espace de quelques chefs-d’œuvre. Ava n’aimait pas le cinéma ni ses contraintes. Seul le plaisir comptait. Lassée, indépassable, elle quitta Hollywood et partit faire la bamboula en Europe laissant Marilyn, Rita et autre Lana à leurs névroses.

marzo2.jpg Les Années De Gaulle : 1958/1969 de J. L. Marzorati. François Bourin
Après C'était les Années 50 paru en 2010 à L’Archipel et chroniqué ici, qui, au travers d’événements et de personnalités de cette décade, donnait à revoir le début des Trente Glorieuses, Jean-Louis Marzorati change de braquet et s’attaque (avec les moyens de sa politique…) aux années De Gaulle. Le livre est donc une riche chronique des années 58/69 et la réussite est largement au rendez-vous. En effet, Marzorati ne se contente pas de l’ahurissante iconographie retrouvée et réunie par (saluons-la) Bernadette Caille, il apporte pour sa part un commentaire très personnel et incontestable sur les grands moments de ce règne républicain. Des événements d’Algérie à ceux de Mai 68, en passant par l’avènement de la TV et la cause des femmes, l’auteur rappelle – en creux - que le Général crut souvent être le moteur de l’Histoire alors qu’il en fut plus qu’à son tour l’instrument.

Wendy3.gif La Mère, la Sainte et la Putain de Wendy Delorme. Au Diable Vauvert
Depuis ses débuts fracassants avec Quatrième Génération (2007) où elle abordait certains des aspects les plus mutants de la sexualité, Wendy Delorme (en savoir plus sur l'auteur) poursuit sa carrière de performeuse érotique, d’enseignante et d’auteure. Son deuxième opus Insurrections ! En Territoire Sexuel attestait d’ailleurs clairement de cette volonté polymorphe en mélangeant féminisme de pointe et autofiction. Le roman épistolaire qu’elle livre ici constitue, à nos yeux, sa véritable entrée en littérature. Sans, oh combien, négliger l’épanchement de ses penchants sexuels (certains passages ont la froide crudité des textes les plus radicaux…), Wendy se livre en même temps à un vrai travail de romancière où, écrivant à son enfant et au père de celui-ci, elle met à jour une merveilleuse énigme et réserve à ceux qui la découvriront des surprises de taille.

goetz.jpg Intrigue à Venise d' Adrien Goetz. Grasset
Adrien Goetz aurait voulu être Arsène Lupin. La morale et les études supérieures ont tordu cette ambition. Qu’à cela ne tienne, le professeur d’histoire de l’art, amateur de Maurice Leblanc, a transposé ses chimères policières dans de délicieux romans à énigmes situés dans le monde de l’Art. La conservatrice Pénélope Breuil est toujours l’héroïne de cette troisième Intrigue qui se déroule cette fois-ci à Venise, terre promise des esthètes et territoire privilégié des écrivains. Elle aura justement, aidé par Wandrille, son journaliste de petit ami, à s’interroger sur la lourde menace planant au dessus des « écrivains français de Venise », sur la disparition d’un Rembrandt inconnu… et sur l’empire de ses sens ! Entre Club des Cinq et Agatha Christie, Adrien Goetz réussit une nouvelle fois le tour de force de mêler érudition et suspense dans un style aux accents hussardiens.

D’ailleurs…

bass.jpg Nashville Chrome de Rick Bass. Christian Bourgois
Rick Bass a un faible pour les anti-héros, voire les contre-héros… Ceux qui visent mal et, croyant toucher à l’éternité, terminent dans les ruisseaux de l’Histoire tels les militaires dévoyés de La Décimation, chef d’œuvre de Rick Bass, ou encore ceux, lauréats d’une une gloire passagère que le destin abandonne à son gré. Nashville Chrome – du nom d’un style de musique country des 50’s au son très harmonique -rend hommage à ces derniers en romançant la vie des Brown, groupe hillbilly, stars US des fifties qui enchainèrent les tubes, furent les amis d’Elvis, admirés des Beatles pour finir victimes des nouvelles modes. Bass alterne avec la grâce qu’on lui connait entre la biographie légère et la description grave de l’itinéraire erratique d’une famille pauvre de l’Arkansas plombée par la fatalité. Aussi, la gamme des regrets parcourue par tant que le succès à abandonné.

bmiles2.jpg Ici Londres ! de Barry Miles. Rivages Rouge
Barry Miles a quatorze ans lorsque paraît Sur la Route et dix huit quand Love Me Do déferle sur les ondes. Il est de ces enfants de la guerre qui a laissé l’Angleterre, et Londres particulièrement, exsangue des sacrifices consentis. Aujourd’hui business man, auteur officiel des Beatles et intime de Sir Paul, Barry Miles est de ces jeunes qui, à la fin des années 50, partiront irrésistiblement à l’assaut du divertissement quand celui-ci devra emprunter les chemins les plus audacieux et les tournants les plus excentriques. Plus peut-être qu’aucune autre métropole, Londres sera de 1945 à 1978 le carrefour de tous les arts, le rendez-vous des dernières modes et la base principale de l’underground mondial (lire la suite...)

rpollock.jpg Le Diable, Tout le Temps de Donald Ray Pollock. Albin Michel
Pour son premier roman, après le salué recueil de nouvelles – déjà sombres – Knockemstiff, Donald Ray Pollock a puisé dans l’ADN du roman américain pour accoucher d’un grand texte gothique où tribulations et infamies sont le lot quotidien de personnages déchus, archétypaux du genre (shérif corrompu, enfant abandonné, tueurs psychopathes..). Le Diable, Tout le Temps, fait partie de cette littérature à l’infinie noirceur recélant tout le fatum et la malédiction sudistes inspirés du grand maître William Faulkner. Mais, Pollock parvient à trouver une belle originalité dans un schéma narratif voisin du polar qui nous lance sur les traces d’un enfant maudit croisant dans sa quête de vérité les pires maléfices et les plus ténébreuses créatures. Enfin, et ce n’est pas négligeable, il nous propose – à la différence de romans de cet acabit - une lecture accessible et haletante.

cunningham.jpg Crépuscule de Michael Cunningham. Belfond
C’est l’histoire d’un homme désespéré. C’est l’histoire d’un homme érodé par le dynamisme et la froideur de la vie, d’un homme en proie à la confusion des sentiments, d’un enfant devenu adulte sans sa permission... Peter Harris, galeriste new-yorkais apparemment comblé tombe sous le charme vénéneux du jeune frère de sa femme, Mizzy, et en voit son existence bouleversée au point d’imaginer de tout quitter pour le bel éphèbe (qui n’est pas sans rappeler le Visiteur de Théorème) jusqu’au jour où il découvre que Mizzy l’a manipulé. On retrouve dans ce superbe roman l’introspection poétique et la liberté narrative de The Hours. Aussi, comme toujours chez Cunningham, ce cynisme désinvolte qui ne fait pas oublier l’humanité de ses personnages ici particulièrement bouleversants. Enfin, rendons hommage à un style enchanté, unique dans la littérature anglo saxonne.

mcguane.jpg Sur les Jantes de Thomas McGuane. Christian Bourgois
Des auteurs de l’école de Missoula (ou du Montana pour les enquiquineurs…) Thomas McGuane est vraisemblablement le plus ethnocentré. En effet, le "grand espace" est davantage – au travers de ses personnages picaresques et désolants – lui-même que les vastes étendues américaines. Sur les Jantes raconte l’histoire d’un médecin équanime et solitaire, marqué par une mère mystique qui se retrouve interdit d’exercer pour avoir laissé mourir une femme. Ironie du sort, non seulement il n’y est pour rien mais il aimait la victime et tenta tout pour la sauver de ses démons. Tout le roman est là – superbe et grave – dans la puissance de la jalousie et de la méchanceté quand on baisse la garde et que l’on vit sans se soucier des balles. Fourmillant de personnages insensés mais vibrants de vérité, au service d’une moralité des faits accablante, Sur les Jantes est un grand roman sur la fin de l’Amour.

Au rayon polar...

Koontz.jpg Un Type Bien de Dean Koontz. JC Lattès
En rendant hommage à Dean Koontz au travers de son dernier opus, Un type Bien – qui n’est pas sa meilleure production ! -, c’est le thriller américain populaire qui est pour une fois au cœur de notre propos. Retrouver le plaisir d’une écriture binaire, d’un méchant et d’un gentil sans intermédiaires, de l’économie d’intrigues parallèles qui nous obligent parfois à regretter notre échec à Normale pour mieux les appréhender. De l’action, de l’action, de l’action... aurait dit Danton s’il avait lu Koontz ! Tim, ce "type bien" va se retrouver au centre d’une terrible méprise et jouer très temporairement le jeu du commanditaire d’un meurtre. Dès lors, il fera tout pour sauver l’innocente "cible" en affrontant un tueur au profil diabolique. "Dans une société qui se coupe chaque jour davantage de la société", il mettra également à jour un complot politique. Pas mal, non ?

connolly.jpg La Nuit des Corbeaux de John Connolly. Presses de la Cité
John Connolly pourrait être le fils illégitime de Ken Bruen et de James Lee Burke. Du truculent irlandais, il a les origines et l’ironie cinglante, du maître américain, la sombre désillusion et l’audace narrative. Son chemin aujourd’hui bien tracé, on retient particulièrement de Connolly des intrigues denses, touffues, irradiées d’un soleil noir sous lequel le mal prospère inexorablement. Cette Nuit des Corbeaux est une de ses plus belles réussites. Charlie Parker, détective endeuillé à jamais, enquête pour le compte d’un ancien tueur d’enfant, qui se fait harceler à l’occasion de la disparition d’une gamine, alors même qui l'a purgé sa peine et refait sa vie incognito. Partagé et balloté par des sentiments contraires, ne s’en tenant qu’à son instinct et à l’aide de pros du coup de poing, Parker va trouver les réponses à une double énigme que seuls les corbeaux connaissaient…

fossum.jpg L'Enfer Commence Maintenant de Karin Fossum. Policiers Seuil
Rares sont les stars du polar a dévié de la ligne qui les a consacrés. Karin Fossum, spécialiste es "frissons garantis" nous avait habitué à des thrillers bien ficelés quoiqu’un peu prévisibles. Sa dernière livraison, sous la forme d’un texte bref écrit à l’os, rappelle qu’elle fut aussi poète par la fulgurance et l’épure de la narration. Au travers des manipulations et des agissements déviants d’un adolescent désœuvré dans un bled norvégien, Fossum distille la peur, l’angoisse et nous ramène à nos pires terreurs. Pourtant, rien de spectaculaire dans tout ça ! Juste une froide mécanique qui atteste que le mal est partout, tapi, insidieux et que nos esprits en constituent le meilleur terreau. Face à ces événements, un commissaire vieillissant mais sage qui ne pensait devoir affronter ça. Imaginez un croisement d’Indridason et de Kirino. Avis aux amateurs !

james.jpg A Deux Pas de la Mort de Peter James. Fleuve Noir
En fait, quelles sont les raisons d’apprécier un polar ? Certes, elles sont nombreuses, mais au mieux, d’être confronté à la transgression la plus sourde, celle qui nous terrifie en silence et nous pousse irrésistiblement vers elle. Au pire, d’être tenu en haleine par une intrigue qui nous laisserait autrement peut-être indifférent… Peter James est de ces auteurs (dont nous avons défendu quasiment tous les livres) qui offre l’ensemble de ces perspectives. Ce nouvel opus ramène le commissaire Roy Grace aux fondamentaux qui ont fait son succès. Un violeur, fétichiste des chaussures, sévit à Brighton et réplique dans leur forme des forfaits commis treize ans plus tôt quand Grace débutait. Récidiviste ou imitateur ? Fausses pistes, aliénation mentale, sexualité déviante et final explosif constituent le cocktail détonnant de cette nouvelle enquête.

slocombe.jpg Shangai Connexion de Romain Slocombe. Fayard
La tentation de la Jamesellroïsation (fictionnalisation de la Grande Histoire récente et collision avec l’intrigue policière) n’a pas toujours réussi aux auteurs du polar français (Hoppel, Manotti…) mais à été pour certains un libérateur d’inspirations et d’énergie. Romain Slocombe est de ceux-là. Si l’on reconsidère son travail romanesque depuis Un Eté Japonais (2000) début de sa tétralogie japonaise jusqu’à ce dernier volet de L’Océan de la Stérilité qui paye également une dette à Henry Miller, on constate le brio créatif, le sérieux documentaire et l’originalité narrative de cet artiste complet (photographe, graphiste et également vidéaste) Au travers des enquêtes improbables de Gilbert Woodbrooke, Slocombe a levé le voile sur maintes énigmes historiques et plaies du passé. Il révèle ici, entre autres, le sort des réfugies juifs de Hongkew… au Japon !

Pour retrouver nos anciens coups de cœur (3 ans maximum), rendez-vous sur les billets "archives" dans la catégorie coups de coeur

Ici Londres ! Une Histoire de l'Underground Londonien depuis 1945 de Barry Miles

Pop Save The Queen...

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Interview de Richard Morgiève (janvier 2012)

A l'occasion de la parution de United Colors of Crime

Physique de vieil ado, visage taillé à la serpe, ventre plat de bouffeur d’espaces. Tel est l’homme que nous retrouvons au bar de l’hôtel Lenox Monparnasse.

Rebelle de la littérature depuis ses débuts, ce pirate sait rentrer dans le rang à point nommé. Son titre précédent Mouton que nous avions farouchement défendu délirait quand même grave...

United Colors of Crime (déjà acheté par le cinéma…) est un de ses meilleurs romans lisibles – peut-être le meilleur.

C’est en tout cas, comme il nous le confiera, le seul de ses livres où il n’a pas employé le mot "bite" !

Pour payer proprement sa dette à la littérature qu’il aime. Celle des années 50 où les hommes étaient durs mais pudiques. Moteur. Action !

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Les Obsédés Textuels : Il est souvent apparu que les jeunesses fracassées – comme la votre – donnent des destins exceptionnels : grands hommes mais aussi grands criminels…
Richard Morgiève : Je trouve qu’il vaut mieux rire dans une Cadillac que pleurer dans le métro. Vous savez on a le destin que l’on a et on essaie de s’adapter. Bref, je n’ai pas de théorie là-dessus… J’ai fait ce que j’ai pu !

L.O.T : Vous sentez vous un marginal de la littérature comme certains le sont de la société ?
R. M : Oui car ça va de pair. J’ai commencé par être un marginal de la société et je le suis resté à ma manière même si je fais partie du système littéraire. Mais, je ne me sens pas proche du tout de mes confrères. Je me sens séparé d’eux pour beaucoup de raisons d’ordre morale et politique et je me satisfais pleinement d’être à ma place et eux à la leur.

L.O.T : En répondant au questionnaire de Proust, vous dites, quand on vous demande votre personnage de fiction préféré, Gu. J’imagine que vous faites référence au héros du Deuxième Souffle (Jean-Pierre Melville. 1966. ndlr) ?

R. M : Oui absolument ! C’est le personnage employé à plusieurs reprises par José Giovanni qui a écrit de grands livres et le film qu'en a tiré Melville est un immense chef d’œuvre. Gu m’a toujours fasciné. Le "monde des hommes" m’a sans cesse attiré comme dans la littérature américaine avec cette fameuse question dont tout découle "En avoir ou pas…" (Roman d’Hemingway. 1937. ndlr)

L.O.T : Venons-en à United Colors of Crime, roman polymorphe et hypnotique, où l’on découvre un gregario en fuite de la Mafia répondant au nom de Chaïm Chlebek alias Ryszardz Morgiewicz. Encore le passé qui vient vous tirer les oreilles... ?

R.M : (sourire) Oui, c’est une drôle d’histoire… Comme quoi, on peut faire de l’autofiction sans vouloir en faire. En 2010, après Mouton (cf. archives), j’ai eu une crise d’inspiration de 15 mois où je jetais tout, n’étais content de rien. Je me suis aperçu que j’étais en pleine crise d’identité. Mon identité s’était fractionnée en trente livres et, soudain, j’ai découvert en consultant mon bulletin de naissance que je n’étais pas né sous le nom de Richard Morgiève mais sous le nom de Ryszardz Morgiewicz et n’ai eu mon nom français qu’à l’âge de quatre ans. Nom polonais qui était bien celui de mon oncle mort – ou supposé mort à Monte Cassino –. Et là, j’ai pensé que je ne pouvais résoudre mon problème d’identité qu’en la reconstituant dans une réalité, car en tant qu’auteur je ne peux écrire que lorsque je crois totalement en ce que j’écris – ce qui est un défaut, j’en conviens.

L.O.T : N’est ce pas le propre de l’écrivain ?

R. M : Non, je pense qu’il y a des écrivains qui ont une distance gracieuse avec leur récit.

L.O.T : Ça change la vie de découvrir son passé à 60 ans ?

R. M : Ça ne change pas la vie mais ça m'a conforté dans le fait que je suis issu d’une famille bizarre, très noire, avec des morts, des meurtres, des choses extrêmement lourdes en termes de passé et tout ça rejaillit dans mes livres et là, dans le fait d’avoir un prête-nom idéal, j’ai pu vivre une nouvelle vie.

L. O. T : Vous avez l’air plutôt satisfait de cette affaire de bulletin de naissance sorti d'un tiroir oublié…

R. M : Bien sûr, c’est un coup de chance phénoménal ! Ça m’a aussi permis d’écrire sur les États-Unis, ce que j’attendais depuis plus de 20 ans, et ça grâce à Chaïm Chlebek, héros qui m’a extrêmement marqué et dont je n’envisage pas de me séparer tout de suite…

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L. O. T : United Colors of Crime remet à jour votre talent d’auteur de polar que vous avez un temps renié. On se croirait chez James Crumley ou Boston Teran.

R. M : Oui, c’est vrai que je l’ai renié parce que je n’étais pas auteur de romans policiers même si les livres que j’ai écrit empruntaient des éléments du polar. A cet égard, United Colors of Crime qui est, je suis bien de votre avis, un roman policier mais qui intègre aussi le western et, surtout ce que je voulais faire, il intègre la grande Histoire avec cette référence aux années 50 des États-Unis. Le roman se déroule en 1951, juste avant la bombe H, quand la terreur est encore humaine. Le monde sort de la guerre avec l’envie de vivre et apparait le maccarthysme, sorte de fascisme qui ne dit pas son nom et qui fit de ce pays un état totalement paranoïaque dont il garde encore les traces… Vous savez, l’Amérique est inconsciente de son histoire.

L. O. T : Je vous ai découvert avec un roman que je n’ai cessé de recommander depuis qui est Sex Vox Dominam (Calmann Lévy. 1995). Redoutable opus qui contenait déjà tous les éléments de votre écriture entre violence et poésie, brutalité et douceur…

R. M : J’adore ce livre… En plus il est drôle. C’est vrai qu’on retrouve beaucoup de mon univers autant dans Sex Vox Dominam que dans United Colors of Crime A la différence que dans ce dernier, j’ai énormément travaillé le style pour qu’il soit logique par rapport à l’époque et moderne à la fois. Pour la première fois de ma vie, j’ai utilisé les points de suspension pour rendre hommage à l’histoire plutôt qu’à mon ego...

L. O. T : En effet, le style est superbe, brutal, sensuel, chaloupé…

R. M : J’ai essayé de faire un livre très beau mais surtout juste par rapport à l’époque. Et concernant le style, j’ai fait allégeance aux 50’s et aux héros de ces années. La brutalité ne passait pas par la violence verbale et c’est ce que j’ai voulu rendre, sortant par là de mes habitudes littéraires. De plus, j’ai voulu, à côté de cette violence, écrire une histoire glamour en quelque sorte...

L. O. T : Il y a cette étrange histoire d’amour avec Dallas l’Indienne et cet argent volé à la Mafia. On est carrément dans Peckinpah de The Getaway...

R. M : Absolument ! Vous êtes tombé pile. The Getaway (Sam Peckinpah. 1972. ndlr) est certainement un de mes films préférés et il y a quelques temps en le revoyant je me suis rendu compte qu’à un moment du film un train descend à Alpine (un des lieux de United Colors of Crime)… Mon inconscient a fonctionné et a lié les deux.

L. O. T : Enfin, vous, célinien en diable, pensez-vous comme lui que "l’amour c’est l’infini à la portée des caniches" ?

R. M : (sourire)… Moi je dirais que l’amour c’est ce dont on a tous besoin, ce dont toutes les histoires ont besoin et sur quoi tout se fracasse à la fin. L’amour n’existe que dans une projection. C’est un horizon. Mais malgré tout, je serais moins cruel que Céline car s’il n’y avait pas l’amour, je n’écrirais pas.

Propos recueillis par Cédric BRU

United Colors of Crime. Carnets Nord

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A l'occasion de la sortie du Général Enfer

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Mots d'Auteurs

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La Blessure la Vraie de François Bégaudeau

Jeunesse Foirée

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Axolotl Roadkill d'Helene Hegemann

L'Enfant Sauvage

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Bonne Année !

Chers ami(e)s,

Les Obsédés Textuels vous souhaitent une excellente année 2011.

Comme vous l'avez constaté, 2010 qui marquait nos cinq ans d'existence a été couronnée par la présence de Frédéric Beigbeder lors d'une soirée mémorable.

Depuis, nous menons une réflexion exigeante sur une nouvelle formule qui nous permettrait, non seulement de renouveler le concept, mais aussi et surtout d'assurer un public plus nombreux dans une période difficile à attirer un auditoire pour écouter parler littérature.

Nous en sommes certains, vous serez au rendez-vous de cette nouvelle ère des Obsédés Textuels qui devrait prendre un tour plus polémique. Mais n'en disons pas plus et gardons la surprise...

Vive la littérature et bienvenue aux écrivains !

Enfin livres !

Michel Houellebecq et Virginie Despentes, que nous défendons depuis des années connaissent enfin la consécration et la même année.

Nous avions fait une longue critique d'Apocalypse Bébé et la Carte et le Territoire s'éternise dans nos "coups de coeur"

Cette reconnaissance nous amène à espérer que nos chouchous (nous sommes restés très yé-yé...) n'y voit qu'une étape et surtout pas une fin.

A vrai dire, nous leur faisons confiance et donnerions à lire leurs textes même à nos enfants. C'est dire !!

Bientôt, une nouvelle formule !

Réflexions et participation...

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Apocalypse Bébé de Virginie Despentes

Même pas mâle...

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Le Credo de la Violence de Boston Teran

Putain de Camion...

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Interview d'Eric Halphen (juin 2010)

A l'occasion de la sortie de La Piste du Temps

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Soirée du 19 mai

L'AVENTURE YÉ-YÉ : Le Temps des Idoles

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Beigbeder en Vrai ! (10 mars)

Les Obsédés Textuels fêtent leurs cinq ans...

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Soirée du 10 mars 2010

BEIGBEDER EN VRAI !

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Archives (coups de coeur polars)

Au rayon polar...

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Salinger en burqa

On nous dit que les femmes portant la burqa ou le niqab, face à une possible loi, plutôt que d'en prendre acte, préféreraient rester désormais recluses chez elles. Retirées de la vue du monde. Comme une menace à l'ordre social

Certes, chacun voit midi à sa porte.

Quand Jerome David Salinger, mort ce mois-ci, se renferme dès 1953 pour finir par s'isoler totalement, c'est qu'il se sent trahi par l'interprétation et la popularité de l'Attrape-Cœurs - livre "saint" de tous les ados romantiques des années 50/60 - et, dès lors, considéra, plutôt que de polémiquer et courir les plateaux, que l'ombre valait mieux que la lumière pour suivre une inclination assez subversive de l'anonymat.

D'aucuns devraient réfléchir aux vertus de la retraite, de la liberté et du courage.

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