Les Obsédés Textuels

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Ecrits Meurtriers

Lus récemment

PC5.jpg Mortel Sabbat de Preston & Child. L'Archipel
Après le rythme endiablé des deux dernières aventures d’Aloysius Pendergast, Mortel Sabbat opère comme une bombe à retardement. En effet, ce nouvel opus débute comme une enquête de Columbo et s’achève en une sorte d’Amityville… Nous ne redirons pas tout le bien que nous pensons des folles péripéties vécues par le héros de Preston & Child depuis La Chambre des Curiosités (2003). En dépit des outrances, des invraisemblances et du fracas que contient chaque titre, on est sans cesse ébloui par l’inventivité, l’érudition, le romantisme et le décalage de cette saga. Ici, Pendergast, sur la seule foi de sa réputation est engagé comme détective par un riche sculpteur d’Exmouth dans le Massachusetts à qui on a dérobé sa cave de vins précieux. Accompagné de sa pupille surdouée Constance Greene qui prend dans ce nouveau chapitre une place décisive, Pendergast va mettre son acuité coutumière au service d’une impossible enquête où se mêlent sorcellerie (l’histoire se passe à côté de Salem...), meurtres anciens et crapuleux commis par des naufrageurs fondateurs de la ville d’Exmouth, abominables secrets de familles, remontée dans le temps et métempsychose (dont Pendergast a le secret…) et chasse aux démons meurtriers. Preston & Child ont choisi dans Mortel Sabbat de creuser leur sillon fétiche de l’occultisme d’une manière qui n’emprunte jamais au style ésotérique et galvaudé initié en son temps par le Da Vinci Code. On pourra regretter que seuls Constance et Aloysius parmi les héros récurrents n’apparaissent dans cet acte limitant ainsi les histoires parallèles et les rebondissements (on en veut toujours plus…) mais la fin nous rassure illico face à ce qui nous attend dans une inéluctable suite. Vite !

WWalker.jpg Tout n'est pas Perdu de Wendy Walker. Sonatine
Tout n’est pas Perdu est un livre terrible. Singulier et révolutionnaire. Depuis La Maison du Dr Edwards et Avant d’Aller Dormir en passant par l’œuvre de Jonathan Kellermann entre autres, la figure du psychiatre hante le thriller. Médiateur intimidant et traqueur de névroses, il occupe pourtant rarement le devant de la scène - sa science le ramenant au rôle de comparse de luxe. Ici, et par le jeu d’un schéma narratif époustouflant nous ne découvrons qu’à la page 73 que le narrateur est un psychothérapeute ayant affaire dans le secret de son cabinet à l’ensemble des protagonistes du drame. Allan Forrester suit la petite Jenny Kramer, victime d’un viol odieux, et qui a subi un traitement post traumatique destiné à lui faire oublier la terrible épreuve. Mais, il reçoit aussi ses parents démolis par l’événement et cherchant à faire la lumière sur le crime. Wendy Walker, pourtant avocate, s’adresse à son lecteur en psychiatre averti. Comme Irvin Yalom sait si bien le faire par exemple. Elle laisse à Alan Forrester les clés d’une voiture qui va très vite s’emballer quand celui-ci découvre que son propre fils pourrait être l’auteur du viol. Dès lors, nous assistons à un savant retournement de situation où le thérapeute met en place une stratégie dévoyée qui va à l’encontre de toute déontologie en brouillant les pistes et en influençant ses patients. Rarement nous a été donné d’être confronté à une intrigue si puissamment et si subtilement menée. Car, l’effet recherché par l’auteure est davantage la machinerie – au sens théâtral du terme – mise en place que les raisons et les auteurs du drame néanmoins finalement identifiés. Dans cette défense obsessionnelle et quasi animale de son enfant dont nous vous laissons le soin de découvrir le niveau d’implication, le psychiatre démiurge se range du côté des âmes grises et corrompues.

Delzongle.jpg Quand la Neige Danse de Sonja Delzongle. Denoël
Généralement nous ne sommes guère sensibles aux polars français se déroulant aux Etats Unis. En effet, il est rare d’y retrouver l’ambiance si particulière propre à la littérature policière anglo-saxonne. Pourtant, Sonja Delzongle évite magistralement ce premier écueil au point que notre premier réflexe fut de chercher le nom… du traducteur ! Écriture sans bavure, psychologie des personnages proche des reines du frisson (Hayder, Gerritsen…) et ambiance Amérique profonde garantie. Après ce pari remporté, Sonja Delzongle dont le premier roman Dust avait souligné la singularité, devait convaincre avec une intrigue à la hauteur des espoirs placés en elle. Elle y réussit quasi parfaitement avec cette sombre histoire de fillettes disparues à Crystal Lake. Illinois. Quatre gamines enlevées dont chacune des familles a reçu des poupées aux cheveux humains et aux vêtements correspondant à ceux des disparues comme un avertissement ou une compensation… L’un des malheureux papas, le Dr Joe Lasko, va faire appel à une détective privée accompagnée de Hanah Baxter la fameuse profileuse au pendule. Dès lors, va se mettre en branle une épineuse enquête truffée d’horreurs et de fausses pistes. C’est précisément ici – dans la complexité de l’intrigue que Sonja Delzongle pèche un peu par excès de détails. On se retrouve parfois un peu perdu face à la complexité des faits que, il est vrai, chérissent les auteurs américains. Reste un thriller efficace, remarquablement écrit et dont l’originalité souligne encore davantage la place désormais importante de son auteur dans le concert des nouveaux maitres du suspense.

NF2.jpg La Fin Approche de Nicci French. Fleuve Noir
Les célèbres et talentueux Nicci French mirent du temps à composer et a s’appuyer sur un héros récurrent comme décidément la plupart de leurs confrères. Mais venant d’eux on ne pouvait avoir affaire qu’à une personnalité singulière et n’empruntant que peu au figure classique du polar. En effet, Frieda Klein, psychothérapeute de son état, ne coche que très peu des cases des obligations fictionnelles de ses pairs. Voilà le cinquième opus que l’on suit ses aventures rythmées par les jours de la semaine et, comme l’indique ce chapitre La Fin Approche. Frieda qui attire le malheur comme d’autres les mouches doit ici faire face aux accusations de meurtre sur Sandy son ex amant retrouvé mort dans la Tamise. Comme à son habitude, énigmatique et peu loquace, Frieda dont le dossier judiciaire est aussi encombrant que la poisse qui la poursuit n’a de ressource que la fuite et la tentative personnelle de résolution de ce nouveau drame. S’appuyant souvent malgré elle sur le soutien indéfectible de Josef son ami Ukrainien, de Reuben son psy et du commissaire Karlsson, Frieda va s’attacher à renouer les fils d’une affaire difficile et ténébreuse qui à tout moment risque de le briser. Passionnant Cruel Vendredi qui une fois encore mêle avec brio les manières d’un thriller populaire avec les atouts d’une littérature plus audacieuse où la psychologie mais aussi le regard porté sur la nature dans toute son acceptation prennent toute leur signification. Nicci French sont parmi les rares écrivains policiers à évoluer dans une telle sphère d’empathie et de compréhension de leurs personnages comme de leurs contemporains. Pour les avoir interviewés, nous pouvons en attester.


Millar3.jpg Un Sale Hiver de Sam Millar. Le Seuil Policiers
Sam Millar est l’enfant du couple improbable constitué par Raymond Chandler et Ken Bruen. Du premier, il tient le goût pour les intrigues touffues, les héroïnes perdues et les incarnations viriles, du second – irlandais comme lui – il possède l’érudition et le tropisme des répliques choc. Depuis qu’il narre les aventures de Karl Kane, Millar va en se bonifiant. Ce privé désinvolte et retors endosse parfaitement le costume du détective de concours et sa jeune et belle compagne qui lui sert aussi de secrétaire n’en rajoute que davantage à son charme. Un matin, Kane tombe sur une main coupée déposée sur le seuil de sa porte. Cette indigeste découverte additionnée à la demande d’une jeune et jolie jeune femme de retrouver un vieil oncle vont plonger KK dans l’univers sombre de Ballymena, bien connue en Irlande pour son trafic de drogue, et le conduire dans le sinistre abattoir de Belfast qui était déjà le décor de l’excellent Redemption Factory (2010) avant que cette série ne débute. De mauvaises rencontres en fulgurantes intuitions, Kane va avoir à faire à un serial killer néo nazi antisémite aux méthodes plutôt "tranchantes". On notera que c’était aussi le thème du dernier John Connolly (voir chronique). Coïncidence ou préoccupation grandissante chez ces deux ténors du polar gaélique ? Un Sale Hiver après Les Chiens de Belfast et Le Cannibale de Crumlin Road installe réellement Sam Millar, après quelques années à chercher sa voie (lire On the Brinks), parmi le peloton de tête des durs à cuir de la littérature policière.

Adenle.jpg Lagos Lady de Leye Adenle. Métailié
La réputation criminelle de Lagos est établie depuis longtemps. Une légende urbaine raconte même qu’un jeu de rivalité s’est instauré entre les gangs de la métropole nigériane qui consiste à être le premier à tuer à la sortie de l’avion tout Blanc "non recommandé". Plus d’un quart d’heure étant considéré comme éliminatoire ! C’est dans ce territoire hostile que Guy, web journaliste venu couvrir les préparatoires des élections présidentielles, débarque à Lagos. Il va y rencontrer la très belle et énigmatique Amaka qui préside aux destinées d’une association caritative dont le but est la protection des prostituées traitées ici comme du bétail. Mais cette rencontre dans la terrible grande ville noire lui réservent bien d’autres surprises en particulier la découverte de crimes rituels exécutés pour un lucratif trafic d’organes. Avec une intrigue à la Elmore Leonard où les seconds rôles donnent tout le piment à l’histoire, le Nigérian Leye Adenle livre un premier roman enthousiasmant. L’écriture est précise, le rythme haletant et l’intrigue – on l’a dit – épatante. Sa connaissance du milieu est essentielle pour rendre ce que seule l’Afrique dégage par ses us et coutumes. Rien n’est caricaturé, tout est réel dans ces violences aveugles, ces plaisirs tarifés et ces contrastes sociaux déments. Et c’est bien là le drame africain… Pour autant, comme le dit avec un effrayant bon sens un policier dont le quotidien consiste à gérer cette fatalité mortifère à notre journaliste épouvanté : "Ce que vous avez vu ce soir, je vous conseille de l’oublier. Ces choses-là arrivent dans notre pays, mais des choses pires encore arrivent dans le vôtre – on le voit sans arrêt à la télé"

Border Lignes

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NMattei.jpg Les Amours Anormales de Noël Matteï. E38
Il est fréquent que nous soyons sollicités par des maisons d’éditions confidentielles ou par des auteurs eux-mêmes pour rendre compte de leur travail. Les plus pertinents se calant sur notre ligne éditoriale. Notre accueil est généralement bon d’autant que souvent les textes sont de bonne facture. Les Amours Anormales de Noël Matteï s’inscrit dans ce type de rencontres. Évitant comme toujours de lire les quatrième de couverture qui feraient passer n’importe quel roman de gare pour du Le Clezio, nous avons donc pris à bras le corps ce long poème amoureux tournant au drame criminel et en sommes ressortis essorés comme exsangues. Qu’en est-il donc pour qu’un critique rompu aux pires situations se trouble comme un jeune copiste ? Matteï met en scène banalement et sans effet de style ni de décor deux collègues de bureau – style dans le numérique – dont un des deux Carol, dévasté par la mort de son jumeau dix ans plus tôt, cherche à retrouver cette gémellité dont on sait qu’elle est proche de l’amour avec Thomas, métrosexuel type dont il partage les pause clopes depuis des années au boulot tout en s’imaginant être son "absurde obsessionnel". Ni ami, ni amant, ni frère, Carol brule que Thomas lui trouve une place inédite dans sa vie, à part. Dès lors, on l’a compris, nous pénétrons le règne de l’idée fixe, le territoire de l’obsession où la manipulation et la folie vont dévaster tout sur leur passage. Le talent de Matteï, musicien de formation, réside principalement dans la création d’un climat très particulier saturé de tension, vidé de toute logique, élégiaque et hanté. Il aime y rajouter une bande son très indé qui affute davantage les sens. Cette beauté cruelle font de ce second roman une pièce de choix dans le difficile exercice des rapports au délire psychologique

dor.jpg Les Méduses Ont-Elles Sommeil ? de Louisiane C. Dor. Gallimard
Depuis Confessions d’un Mangeur d’Opium de Thomas de Quincey, il existe une littérature "droguée" qui témoigne généralement de malaises générationnels et de vides existentiels mais aussi de plaisirs assumés. Des Paradis Artificiels de Baudelaire aux romans de Guillaume Dustan (Je Sors Ce Soir), Anne Scott (Héroïne) ou Patrick Eudeline (Ce Siècle Aura ta Peau) en passant par Le Feu Follet de Drieu La Rochelle, ce sont des parcours hantés qui s’offrent à nous. Itinéraires jalonnés du seul besoin du "produit" variable selon les époques et les musiques qui rythment ses prises. Louisiane C. Dor a un pseudo aussi peu convaincant que le titre de son court récit mais si nous avons retenu ce dernier c’est pour l’intensité de sa vérité, la force de sa candeur et la terrible pertinence de son propos délétère. Hélène, la jeune héroïne de ce texte létal, passe de l’extrême bien être – celui que seules la cocaïne ou la MDMA (Ecstasy) peuvent procurer (capacité intellectuelles décuplées, confiance en soi, proximité aux autres…) à l’extrême abandon de soi-même (perte de l’appétit, du sommeil, de l’estime de soi…) On la suit dans ces différentes étapes au cours de nuits électriques lors desquelles règnent la loi de l’oubli et la foi en la jeunesse éternelle. Accompagnée de ses amies lesbiennes et de petits copains aspirés par la drogue, l’auteur ne dissimule rien des bonheurs et des affres, affirme sa confiance dans l’avenir sans oublier de dire que le futur peut finir dans le mur de l’addiction : "Tous les gosses – moi compris – s’imaginent un avenir scintillant (…) Jamais aucun gosse et encore moins moi-même – n’a jamais prédestiné sa vie dans les limbes du rien". La justesse de ce récit consiste principalement dans cette triste et perverse bascule affreusement manichéenne qui conduit du plaisir à la douleur. De la vie à la mort.

Bertin.jpg Retour de Bâtard de Jérôme Bertin. Al Dante
Nous avons créé cette rubrique Border Lignes pour des textes tels que Retour de Bâtard. Littérature de grands brulés et de punks à chiens. De visionnaires et de laissés pour compte... Jérôme Bertin se qualifie de bâtard. Il y a quelque temps, on aurait dit lascar, encore avant rebelle, hooligan, enfin anar ou autonome… Il y a le choix dans le compte rendu du passage technique de sa vie déglinguée. Bertin est un écrivain qui touche l’AAH, auteur handicapé, écrivain pensionné quoi ! Mais n’allez surtout pas lui parler du système. Ni des bobos, ni des poètes (qu’il fut) ! C’est un haineux Jérôme, une boule de nerfs barbelée par la beuh, le Xeroquel et la bibine. Bagarreur avec ça. Dans les soirées mondaines (il y est invité ?) il donnerait du saton. Revenons à l’écriture. La sienne est farouche et mutilée. Entre le Mehdi Belhaj Kacem de 1993 et Antonin Artaud des Lettres de Rodez en passant par le Dantec du Théâtre des Opérations en plus ramassé et punchy. Bref, du style des gens qui ne s’aiment pas mais qui voudraient qu’on les aime. Bertin est un talentueux qui hésite à ce que ça se sache. Son équation est oblique : Vivre comme une merde sous Lexomil et YouPorn – Écrire sur un morceau de carton des textes au cran d’arrêt = auteur maudit à repêcher d’urgence pour ne pas finir avant 50 ans comme Alejandra Pizarnik ou Kathy Acker, ces désintégrées qu’il aime à citer. Pour notre part, on a joui de sa littérature de combat, sa mésestime de soi, ses élans universalistes (un peu consensuels…) et ses lignes footeuses (quelles pages n’aurait-il pas écrit si plus jeune il avait connu George Best ou Johann Cruyff ? ) Seuls ses jeux de mots dignes souvent de L’Almanach Vermot ("je défais ma braguette magique et mon mat gicle") énervent un peu. Mais dans tout ce cloaque, il faut bien se marrer !

orgasme2__2_.jpg Orgasme de Chuck Palahniuk. Sonatine
Comment l’illustrateur de la couverture d’Orgasme et à fortiori son tonitruant auteur n’aurait pas pensé à la cultissime BD érotique des années 70 Le Déclic du génial Milo Manara mettant alors en scène une superbe nymphette dont la libido était contrôlée par un savant pervers qui déchainait les sens de la belle à son gré grâce à son infernal interrupteur. Bien sûr, Chuck Palahniuk savait tout ça et va bien plus loin en explorant la face noire du plaisir féminin, celle de l’addiction, de la funeste technologie qui fait mourir de plaisir. Reprenons l’intrigue car – une fois n’est pas coutume – Orgasme est peut-être (depuis Fight Club ?) le premier opus du maître de Portland facile à lire. Roman piège qui commence comme une romance sexy et finit en Apocalypse neuro psychique. Penny Harrigan, futur avocate, rencontre dans des circonstances aussi hasardeuses que peu flatteuses l’homme le plus riche du monde Linus Maxwell qui compte déjà à son tableau de chasse la reine d’Angleterre, la Présidente des États Unis et la plus grande actrice du monde… Rien que ça ! Pourquoi moi se demande Penny ? Laissons planer le suspense. L’homme est follement séduisant et terriblement attiré par sa muse. Bientôt, Penny va découvrir que la sexualité de Linus n’est qu’une terrible série d’expériences neuro scientifiques portant sur le plaisir féminin qu’il veut infini... (lire la suite)

Kaprielan.jpg Veronica de Nelly Kaprièlan. Grasset
Depuis une vingtaine d’années fictionner les biographies de célébrités de l’Histoire, de l’art ou du spectacle est, davantage plus encore qu’une mode, devenu un genre à part entière. Les stars d’Hollywood en sont souvent les meilleurs exemples. Récemment, il y eu Frances Farmer autopsiée par Mathieu Larnaudie. Un peu plus avant Simon Liberati avait fantasmé sur Jayne Mansfield. Nelly Kaprièlan, quant à elle, s’était pour son premier roman Le Manteau de Garbo essayé avec bonheur à l’exercice. Veronica, marque définitivement l’envol de "l’inrockuptible" comme romancière, essor longtemps retenu par son statut de journaliste littéraire. Entre évocation, reconstitution, illusion et autofiction Veronica nous ramène dans les années 40 à Hollywood où, entre Ava, Lana et Rita la sublimissime "femme cyclope" dont la chevelure cachait un œil créant ainsi le style peekaboo, Veronica Lake essaya sublimement d’exister... jusqu’à 22 ans ! Après tout était plié pour elle. Faute aux mauvais nerfs et aux Mint Julep. En quelques soixante pages, Kaprièlan nous brosse un portrait subliminal de la star aux cheveux fous. S’inspire de son enfance, de la manie de sa mère à l’inscrire aux concours de beauté, de son gout précoce pour l’alcool et de ses films bancals. Et, page 61, la narratrice prend le relais et le je désormais domine un roman noir post-chandlerien. Exutoire et combat de mots. Envoyée enquêter sur la fin de la (d’une..) star, la journaliste va se perdre dans un théâtre d’ombres duquel s’échappe de mystérieuses créatures qui la renvoient toujours vers Veronica. Il y a du Mulholland Drive et du LA Confidential dans ce roman subtil et obsédant dans lequel, telle une mise en abyme de ses propres concepts (Lunar Park), apparait Brett Easton Ellis forcément désabusé.

Osborne2.jpgBarrett.jpg Que la Mort Vienne sur Moi de J. David Osborne & Jeunes Loups de Colin Barrett. Rivages
L’un est un roman, l’autre un recueil de nouvelles. L’un nous vient des Etats Unis, l’autre d’Irlande. Les deux auteurs sont de jeunes trentenaires nourrit au lait amer de Raymond Carver, William Faulkner, Ken Bruen ou Irvine Welsh et nous plongent dans un univers noir propre au 21e siècle. Que la Mort Vienne sur Moi illustre parfaitement l’adage "Comme le monde est petit" Dans une petite ville d’Oklahoma, des destins brisés vont se croiser par le pouvoir d’attraction de la délinquance, la drogue et la précarité. Jeunes Loups joue sur les mêmes registres mais préfère l’instantanéité de courtes histoire (sept en tout) qui résument pourtant tous les fléaux du désespoir moderne. Osborne mène sans fioritures deux histoires parallèles faites de chemins cherchés, de choix douloureux et de vies fracassés jusqu’à – bien sûr – qu’elles se croisent avec tout le lot de fatalité que tout ceci (violence, vengeance, mensonges…) implique. Barrett quant à lui, en bon irlandais fataliste, s’intéresse à ces vingtenaires romantiques ou bas du front qui peuplent les pubs des petits bleds gaéliques. Il surprend ces jeunes loups souvent inoffensifs dans leurs piètres loisirs, leurs espérances déjà en sursis et leurs amours bafouées. L’auteur de Portland nous livre un polar au cordeau avec action brutale et dialogues économes. Son humeur est maussade et l’ambiance dans laquelle il nous enferme plutôt tendue. Son homologue de Knockmore s’attache à ces garçons et filles qui semblent avoir déjà passé leur tour mais qui pensent tout de même – force de la jeunesse - que la drague et le Jack Daniel's du samedi soir peuvent vous rincer de tout. L’un comme l’autre sont indispensables pour comprendre l’époque et, tiens, redécouvrir David Goodis par exemple…

Frobenius.jpg Branches Obscures de Nikolaj Frobenius. Actes Sud
"Par définition, l’écrivain est quelqu’un qui, plus que la moyenne, est troublé par une incertitude fondamentale quant à la cohérence de l’existence ou la réalité même d’un ordre…" Voilà ce qu’écrit Nikolj Frobenius dans son nouveau roman Branches Obscures qui marque une étape capitale dans son travail. Révélé à la fin du siècle par Le Valet de Sade, mi roman historique mi thriller psychologique, Frobenius prolonge et accentue une littérature du malaise et de l’instabilité commencée dans Je Est Ailleurs et Je Vous Apprendrai la Peur. A l’instar de D’après une Histoire Vraie ou plus surement Lunar Park, Frobenius s’interroge sur la part démoniaque de l’écrivain et la nature de son inspiration. Jo est un écrivain qui vient de remettre un manuscrit à son éditrice quand sa vie bascule d’abord par la mort de sa maitresse liée semble-t-il à la réapparition mystérieuse d’un ami d’enfance commun présumé mort. Pourtant, ces événements sont marqués par nombre d’énigmes mettant en doute la parole de l’écrivain et impliquant surtout les personnages de son roman. Dès lors, Jo se sent devenir fou, en proie à un fantomatique adversaire qui remet à sa place un second manuscrit l’accusant des pires turpitudes. Branches Obscures est un sans-faute. Ramassé, angoissant, se référant aux meilleurs (Goodis, Bolano, Capote…) le roman nous laisse un curieux sentiment d’anxiété et de cruelle évidence. Plus près de Brett Easton Ellis que de Delphine de Vigan, il revisite une littérature paranoïaque et s’interroge sur les affres de la création.

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lesobsedestextuels.com est animé par Cedric BRU

Moib.jpg Le blog lesobsedestextuels.com a été fondé en 2005 par Cédric BRU, journaliste, écrivain, poète, homme de spectacle. Cédric BRU certifié et maître es lettres modernes a été critique littéraire et musical dans diverses revues (Rock&Folk, Imprévu, La Revue du Cinéma, Chemins de Traverse, Monts 14...)

Le blog avait pour vocation principale le compte rendu des soirées littéraires mensuelles des Obsédés Textuels qui se tinrent à l’hôtel Lenox Montparnasse de 2005 à 2010.

Bien connu du monde de l’édition, ami des écrivains, Cédric Bru avec plus de cinquante rencontres littéraires à son actif et plus de deux cents auteurs reçus dont des grands noms de la littérature contemporaine française tels que Yann Queffelec, Jean d'Ormesson, Lydie Salvayre, Franck Thilliez, Bernard Werber, Patrick Rambaud, Frederic Beigbeder, François Begaudeau ou Eric Halphen est un habitué de la critique et de l'animation littéraire.

Désormais principal animateur des obsedestextuels.com qui s’est au fil des ans spécialisé dans une critique assez pointue retenant particulièrement la littérature de pointe, la contreculture ou le polar contemporain, Cédric Bru ouvre régulièrement ces colonnes à des participations externes venues de son lectorat, de journalistes ou d’auteurs reconnus.

D'autre part, réunissant son goût pour la musique et l'écriture, Cédric Bru a fait paraître en 2004 un livre disque intitulé Contes Invivables qui propose aux lecteurs et aux auditeurs une plongée saisissante dans un univers sombre et désespéré qui rappelle les ambiances réalistes du roman noir et les dérives du monde du rock.
Cette approche originale a été saluée par nombre de critiques.

Le Diable et Moi de Nick Toshes

Sympathy for the Devil...

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Alice Cooper de Jean-Charles Desgroux et Creedence Clearwater Revival de Steven Jezo-Vannier

Ex numéros uns mondiaux...

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Covers. Une Histoire de la Reprise dans le Rock d'Emmanuel Chirache

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"Tu Me Manques" d'Harlan Coben

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Dans son Ombre de Gerald Seymour

Requiem des truands...

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Interview de Diane Ducret (novembre 2014)

A l'occasion de la publication de La Chair Interdite

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Viva de Patrick Deville

Il était une fois la Révolution

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Archives d’Écrits Meurtriers

Archives jusqu'à d'octobre 2010...

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Le Paradis n'est pas pour Nous de Graham Hurley

La Cage de Faraday

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