Les Obsédés Textuels

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Ecrits Meurtriers

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Cain.jpg Bloody Cocktail de James M. Cain. L'Archipel
Bien sûr qu’il y a à boire et à manger chez James M. Cain.... François Guérif dans la biographie qui lui consacra parlait d’un auteur un temps surestimé, un autre sous estimé. Nombre de ses collègues comme Chandler ou la presse bien pensante en disaient tout le mal qu’ils pouvaient. Et pourtant, avec deux titres aux succès planétaires : Le Facteur Sonne Toujours Deux Fois et Assurance sur la Mort, Cain entra dans la cour des grands et le cinéma lui fit un pont d’or. Mais, pour ces deux perles que de nouvelles médiocres, laborieuses et complaisantes. Et puis, comme l’explique le postfacier, éditeur américain du livre, on découvrit Bloody Cocktail écrit en 1975 deux ans avant sa mort à 85 ans. Et le charme opère de nouveau. Une femme (toujours chez Cain) dont le mari violent et alcoolique est mort alors qu’il s’en prenait à elle, se met à travailler dans un bar pour pouvoir élever son enfant quasi kidnappé par sa belle sœur. Elle y rencontre un vieux gentleman qui lui offre d’être sa femme sans consommer et un beau jeune homme très disposé lui mais sans fortune. Elle choisira l’argent au nom de l’amour maternel et les deux impétrants mourront. On ne vous dit pas comment. Amoralité, intérêts, conflits humains, sentiments trahis, tout Cain dans un grand verre.

300_Mots.jpg 300 Mots de Richard Montanari. Le Cherche Midi
Une énigme précède l'analyse même de ce texte. 300 Mots est bien la dernière publication de Richard Montanari proposé aux lecteurs mais en aucun cas son dernier roman, puisque daté de 1998. De plus, fait troublant à laquelle la maison d'édition n’a pas su nous donner de réponse, la vengeance du tueur de 300 Mots prend sa source en 1988 et s'accomplit vingt ans après, soit... en 2008 ! Nous ne savions pas que Montanari faisait de la science fiction... Basta et revenons au livre qui ne méritait pas cette embrouillamini. One shot qui n'appartient pas à la série de Philadelphie, 300 Mots met en scène Nick Stella, journaliste new-yorkais qui s’intéresse à la mort suspecte par overdose d'héroïne d'un prêtre à la réputation irréprochable. D'autant qu'il était accompagné d'une prostituée ! Nick sent la grosse affaire et va remonter, grâce à une liste d'adresses mail, une macabre filière où l'on retrouve assassinés, tous différemment, mais avec la drogue comme couperet, cinq anciens étudiants de Cleveland promo 1988. C'est limpide comme l'amour et fatale comme la mort : un étudiant de l'époque veut faire payer très cher la mort de sa petite amie, à plusieurs membres de la promo destroy. Richard Montanari, fidèle à son style et son inspiration, lorgne toujours du côté le plus obscur du genre. Une écriture délétère et soignée aux airs de poésie symboliste rajoute au climat mortifère du roman. Écriture d'un romantisme noir qui deviendra la marque de ses romans suivants. Après nous avoir remarquablement tenu en haleine avec un serial killer particulièrement habile et habité par le souvenir d'un amour défunt dont il incombe la faute à la "promo 1988" et une de ces mémorables fêtes où les drogues circulaient sans encombres, Montanari boucle l'affaire avec une fin "spectaculaire et inattendue" comme aiment à le dire les critiques. Très bon roman, mais que les spécialistes ne s'y trompent pas : on est dans du Montanari in progress.

JCB.jpg La Loi des Wolfe de James Carlos Blake. Rivages
Après l’éblouissant Red Grass River, James Carlos Blake change de braquet, revient de nos jours, et s’en prend au phénomène grandissant de la traite des migrants entre le Mexique et les USA. Robert Crais avait récemment choisi le même contexte dans son dernier opus Coyotes (cf. archives), titre inspiré du nom que l’on donne aux passeurs. Blake, fidèle à ses principes, famille, vengeance, fatalité, ouvre une série que La Loi des Wolfe débute. A nos yeux, initiateur du « thriller clanique », JCB s’inspire toujours des grandes lois de la tragédie antique où vengeance et fatalité se côtoient intimement. Eddie Gato, cousin des Wolfe, importante famille américaine de brigands cultivés, s’est émancipé et se retrouve au service d’un puissant cartel « La Compagnie » dont le Chef est aussi redoutable que redouté. Le jeune homme, combattant surdoué, a la mauvaise idée de coucher avec la femme du frère du Chef, de s’enfuir avec elle en laissant le cocu mort. Madre de dios. Dès lors, s’engage une poursuite implacable en territoire hostile ou Eddie et Miranda vont devoir déjouer tous les obstacles placés sur leur chemin par le Chef et tenter de rejoindre la frontière. Les descriptions terribles du désert et de la frontière mexicaine sont d’un effrayant réalisme. Une fois encore, la famille aura un rôle déterminant dans la destinée de la fuite des infortunés amants. Rythme soutenu, narration au cordeau et efficacité sans faille font de La Loi des Wolfe une rugissante promesse.

NF.jpg Maudit Mercredi de Nicci French. Fleuve Noir
Troisième volet de leur « semaine noire », Le Jour où les Jeunes Filles Rencontrent la Mort donne l’occasion à Nicci French de continuer à couvrir l’ensemble du spectre de leur talent si original dans la littérature policière. Même si cette série ne laissa pas d’étonner leurs admirateurs (fidélisation du lectorat, syndrome Millénium...), il en résulte un parfait mélange de thriller psychologique si cher au couple et de polar procédural auquel il nous avait moins habitué. Juste un bémol concernant la profusion des intrigues (celle du tueur d’enfants n’était pas indispensable) La psychothérapeute Frieda Klein, réchappée in extremis d’une vilaine mort (voir Sombre Mardi) se remet doucement avec le soutien amical du commissaire Karlsson quand on découvre une mère de famille tout ce qu’il y a de plus banale tuée dans d’affreuses conditions. Par une influence revendiquée d’Agatha Christie, chez Nicci French, tout le monde est suspect et rien ne saurait être banal dans un crime. Frieda Klein dont les méthodes sont pourtant sur la sellette, va au gré de son intuition démêler les fils d’un écheveau qui semblait pourtant bien fragile au début. Tels des écorcheurs, les auteurs dépècent leur sujet jusqu’au plus petit des abcès et révèlent des maladies bien inattendues. Au delà de la maestria policière, de la subtilité psychologique, on retrouve chez Nicci French une compréhension pénétrante des enfants (ici, très impliqués), un superbe chant à l’environnement et à la nature et enfin, à la différence de beaucoup de leurs confrères, une compassion et une empathie pour l’homme et ses faiblesses.

Hurley1.jpg Le Paradis n'est pas pour Nous de Graham Hurley. Le Masque
Le nouveau Graham Hurley est l’histoire d’une défaite permanente... Certes, Joe Faraday, son héros récurrent, n’a jamais fait dans le justicier « vainqueur à chaque fois » mais ici, son pessimisme est à son comble dès lors qu’il contemple ce qu’est devenu à Porthmouth – mais sa réflexion est universelle – la délinquance où plutôt son échelon supérieur : la criminalité. Depuis longtemps, la peur a changé de camp et Joe sait que la racaille aura toujours une longueur d’avance. Quand cet épais polar commence, un malfrat sans pitié vient de se faire assassiné et mutilé. Très vite, le service des Crimes Graves conclu à une vengeance. Celle d’une maman dont le sombre voyou avait tué le fils. Un châtiment qu’elle justifie ainsi : « Vous vous êtes égaré, monsieur Faraday. Ma génération faisait confiance aux gens comme vous. On était persuadés que vous étiez des redresseurs de torts. On croyait en la justice. Mais c’est fini. Complètement fini. Aujourd’hui, nous sommes à la merci de Kyle Munday et de ses semblables » (lire la suite...)

P_C2.jpg Tempête Blanche de Preston & Child. L'Archipel
La trilogie Hélène achevée en feu d’artifices dans Descente aux Enfers, nous retrouvons notre cher Aloysius Pendergast venu prêter main forte à Corrie Swanson, sa jeune protégée, dans une station de ski huppée ressemblant fort à Aspen. La jeune Corrie prépare une thèse - toujours pour entrer dans la police – sur des tueries de grizzlis perpétrées en 1870 sur des mineurs du coin et dont les cadavres ont été exhumés pour un déménagement funéraire. Bien sûr, la vérité est ailleurs, et Corrie va vite se rendre compte qu’elle gêne plus d’un intérêt et qu’un sombre secret entoure ces « faux grizzlis ». C’est là que Pendergast intervient avec une thèse ébouriffante : il y a un rapport entre les recherches de Corrie et la dernière nouvelle de Conan Doyle restée introuvable. Nous avions comparé, lors de notre dernière chronique, Pendergast à James West, c’est désormais de Sherlock Holmes dont il se rapproche : même singularité, même intelligence et... même folie quand il s’échappe dans le temps pour revoir des scènes anciennes. Comme à leur habitude, Preston & Child bâtissent une intrigue haut de gamme pour qui aime les écheveaux et saupoudre leur texte de cet éternel passéisme érudit qui fait tout leur charme. Beau style, détails passionnants et traduction toujours parfaite de Sébastien Danchin font de ce nouvel opus, plus calme mais au suspense vrillant une franche réussite du duo américain. Avec eux, le passé aura toujours un avenir !

Barclay.jpg Fenêtre sur Crime de Linwood Barclay. Belfon Noir
Thomas et Ray Kilbride, la trentaine, vivent ensemble provisoirement après la mort de leur père. Thomas est un peu « différent » comme on dit aujourd’hui par pudeur : agoraphobe et maniaque principalement. Rien de bien grave en vérité, jusqu’au jour où il va persuader son frère que l’application Whirl360, une sorte de Google Earth en plus sophistiqué, fait apparaître à Manhattan un meurtre en quasi direct. En fait, lorsque les cameramen de Whirl360 sont passés dans Orchard Street, ils ont, sans s’en rendre compte, filmé un étouffement au sac plastique. Et depuis, l’image est LA ! Formidable argument que le malicieux Linwood Barclay va tirer jusqu’à la corde nous entraînant dans un thriller politique à la House of Cards ou Scandal. Davantage que d’effleurer ces coïncidences de collusions entre la vie réelle et les nouvelles technologies, Barclay démontre que le hasard existe de moins en moins ou qu’on le contrôle de mieux en mieux et qu’il est bon d'avoir des yeux partout. Le régal du livre, réside dans la panique qui s'instaure chez les commanditaires, dans l’erreur et la confusion dès le départ, et la manière vont ils vont devoir gérer en urgence – et donc mal – ce délicat problème. Rajoutez à l’action, une sorte de Nikita, ancienne médaillée olympique, qui s’est trompée de cible et tente tout pour recoller des morceaux à jamais brisés, et vous avez le polar de l’été.

Connolly2.jpg Les Âmes Perdues de Dutch Island de John Connolly. Presse de la Cité
Publié en Irlande en 2004 sous le titre Bad Men, Les Âmes Perdues de Dutch Island fait partie de la très bonne période de John Connolly même s’il nous parvient que maintenant, alors que comme beaucoup de ses pairs des années 90/2000, Connolly décline. Réjouissons-nous donc d’avoir affaire à un superbe thriller, un vrai, basé sur deux thèmes concomitants qui ont depuis longtemps fait leurs preuves dans l’univers du frisson et du suspense : la poursuite et la vengeance. John Moloch, terrible malfaisant, a constitué une équipe digne des Sept Mercenaires en négatif pour retrouver sa femme qui a choisi le séjour en prison de son époux pour le fuir avec bagages, enfant... et 800 000 dollars. Elle a changé de nom et s’est installée sur l’île de Dutch Island également appelée "Sanctuaire" par les premiers habitants du seizième siècle. Sanctuaire, sur laquelle un flic géant et au cœur tendre veille, comme son père avant lui. Inévitablement, le point d’impact aura lieu et le sang coulera. Remarquable affrontement aux résonances bibliques. La petite touche de fantastique qui imprègne le livre nous a moins séduit. Mais les esprits, chez les Irlandais, comme le whisky, c’est atavique.

Pelecanos4.jpg Le Double Portrait de George Pelecanos. Calmann-Lévy
Par égard pour l’œuvre majeure de Georges Pelecanos, nous ne négligerons pas d’écrire sur son dernier opus même s’il ne ressemble guère aux grands polars sociaux du Pelecanos des années 90 ou même d’Un Mauvais Fils beaucoup plus récent. L’auteur d’Un Nommé Peter Carras, chantre de la minorité grecque de Washington, mais aussi témoin sans complaisance et sans haine du monde de la rue a, semble t-il, pris de la distance avec ce qui faisait son génie. Ceci dit, Le Double Portrait est un acceptable polar d’actions, suffisamment décalé et rock’n’roll pour être parfaitement comestible. Spero Lucas, enquêteur auprès d’un avocat, va accepter de retrouver un tableau volé à une femme sans défenses par un brute épaisse et sanguinaire accompagné de dégénérés dans son genre. Il faudra à Spero toute son expérience d’ancien "marine" pour venir à bout de cette engeance et de rétablir sa commanditaire dans son intégrité foncière et morale. Tout ça, sans perdre le contrôle que la liaison qu’il entretient avec une bombasse mariée menace. Bref, des passages formidables et d’autres à la portée d’un scénariste roué. Pelecanos reste un de nos chouchous mais attention au syndrome « Agence Tous Risques », dear George !

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