Les Obsédés Textuels

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Contre-Cultures

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BWagner.jpg Dead Stars de Bruce Wagner. Sonatine
Dead Stars pose beaucoup de questions. Le texte lui même fait-il œuvre ou n’est il que la mise à jour pointue du catalogue raisonné de la hype hollywoodienne? Bruce Wagner est-il un témoin visionnaire mais désabusé ou un suiviste de talent ? Ces deux interrogations déjà appellent au commentaire. Nul doute pour qui découvre ce type de littérature foisonnante et terriblement contemporaine – appuyé sur l’Enfer de Dante - que le choc est certain. Obsessions numériques, déviances adolescentes, pornographie compulsive, name dropping permanent et surenchère dans la névrose et la monstruosité peuvent déstabiliser et séduire tout néophyte dans la présentation d’une modernité malade. Sauf que, ceux là n’auront pas lu Glamourama de Bret Easton Ellis, écrit séminal et prémonitoire ni William T. Vollmann, ni James Ballard pour sa critique aiguë du modernisme et pas davantage Chuck Palahniuk avec en particulier ses deux derniers opus Snuff et Damnés qui utilisent strictement la même grammaire que Bruce Wagner reproduit. Bien sûr, on creuse dans l’ineffable avec cette adolescente de 13 ans obsédée par son rang de « plus jeune survivante d’un cancer » ou dans l’inouï avec ce jeune garçon, paparazzi des stars malades. Le web est ici Dieu reléguant le livre a un de ses pales avatars. Un like ou un follower sont ses saints. Dead Stars doit être lu comme on regarde une télé réalité extrême. Mais est ce qu’un auteur de 60 ans est le mieux placé pour témoigner de l’actuel bréviaire d’une pré adolescence riche et démente ?


Kraftwerk.jpeg Kraftwerk de Eric Deshayes. Le Mot et le Reste
Arrivé quasi en queue de comète du Krautrock, rock progressif allemand en vogue au début des 70’s, qui alliait musique planante, rock métaphysique et free jazz et dont les principaux représentant étaient Amon Düll, Can, Tangerine Dream et consorts, Kraftwerk fit très vite la différence sur ses confrères (encore marqués au sceau d’une désinvolture post hippie souvent crispante) par la création d’un concept global et d’une vision élargie de la simple rock music. Initiant l’importance de la technologie et de l’électronique dans la musique populaire, Krafwerk était composé d’individus polymorphes aux talents protéiformes (musiciens, designers, graphistes, ingénieurs du son...) Leur premier album, Kraftwerk pointa d’emblée leur obsession pour le modernisme et son écho dans la société. Inspiré par le futurisme italien et le Bauhaus allemand, Kraftwerk développa d’albums en albums un bréviaire de la musique répétitive, industrielle et saccadée qui annonçait une sorte de "cold disco" pour Bowie - qui les portait au pinacle - et d’"after punk" selon d’Yves Adrien. Kraftwerk, pas avare d’innovations, conçu l’idée de "Menschmachine" où l’homme et les machines se mêlaient introduisant bien avant Daft Punk ou mieux que The Résidents l’idée de l’anonymat et de l’approche robotique. Eric Deshayes dans cet excellent ouvrage explique ce parcours bien mieux que nous ne pourrions le faire et s’applique à montrer en dehors du simple parcours musical et des disques culte du groupe de la Ruhr (Kraftwerk 1 & 2 , Radio-Activity, Trans-Europe Express...) l’importance culturel de ce collectif hors normes qui restera peut-être davantage dans l’histoire de l’art contemporain que celui de la pop music..


donner.jpeg Quiconque Exerce ce Métier Stupide Mérite Tout Ce Qui Lui Arrive de Christophe Donner. Grasset
Décidément, ça n’arrête pas ! Ce que Frédéric Beigbeder appelle dans son dernier opus les « factions », condensés de faits et de fiction. Ce modus operandi a inondé la littérature française depuis... Le Souper de jean Claude Brisville. Ici, Christophe Donner romance néanmoins remarquablement autour du personnage que fut Jean Pierre Rassam, producteur baroque de films qui l’étaient tout autant (La Grande Bouffe entre autres...). Un temps mari de Carole Bouquet, beau frère de Claude Berri, dont il fut très proche avant de se détester, il opposa une personnalité hors normes aux caciques du cinéma des années 65/80 allant jusqu’à vouloir racheter la Gaumont. Richissime par son père, fêtard et drogué notoire, ce chrétien libanais hante tout un pan de la pop culture. Son fantôme est évoqué chez Jean-Jacques Schuhl, Michel Schneider, Alain Pacadis ou Yves Adrien. Christophe Donner retrace ce parcours fulgurant et utopique avec beaucoup de réussite. Le style est vif, alerte – sans ingérence de l’auteur (désolé Frédéric...). Mélange de vérité et d’imaginaire qui prend tout son sens. On comprend mieux les personnalités de Pialat, de Berri ou de Godard. Surtout, on appréhende désormais parfaitement la phrase d’Orson Welles qui donne au livre son titre.


CDM.jpg Bye Bye Elvis de Caroline de Mulder. Actes Sud
Pour parodier Audiard, et à l’inverse des grands biographes anglo-saxons (Hoskyns, Davis...), nous dirons qu’en matière de biographie romancée, « c’est drôle cette manie des auteurs francophones à faire des phrases », Ici, c’est Elvis, mais que ce soit Sinatra pour Neuhoff ou Marilyn pour Forestier, ces mythes sont tenus par la main de l’auteur qui nous restitue tous leurs petits secrets comme leurs pires fantasmes. Les mots, les gestes jusqu’aux mimiques.... Ils sont dans la chambre du roi ! Cette facétieuse et innocente parenthèse refermée, Caroline de Mulder, jeune (et belle) auteure belge signe ici son troisième roman et choisi de nous proposer un portrait croisé, décalé et énigmatique (pas longtemps pour des rockeurs comme nous...). D’un côté, retour sur la fin de vie d’Elvis (avec des focus sur les grands moments de sa saga), pathétique et étrangement annonciatrice de celle de Michael Jackson. De l’autre, de nos jours à Paris, on suit Yvonne qui va durant vingt ans être la gouvernante d’un vieil américain déjanté et obèse. Rien à dire sur la documentation, on sait déjà tout, mais De Mulder fait le job avec un plus sur sa « carrière cinématographique » particulièrement bien analysée. Pour le reste, plongez vous dans la bibliographie qu’elle compile à la fin de son livre. John White, l’américain zinzin, est loin d’être inintéressant avec ses sautes d’humeur, son goût pour le maquillage, le bronzage artificiel et le travestissement mais on voit (certains auront la surprise alors n’en disons pas trop...) que l’auteur réactive un vieux serpent de mer, une légende urbaine collant à l’ADN américaine. Toujours est-il que l’essai est au trois quart réussi. Le texte est sensible, charnu quand il le faut et l’écriture ne joue pas les divas. Une dans le roman suffit.

LZ2.jpg LED ZEP. Gloire et Décadence du Plus Grand Groupe du Monde de Barney Hoskyns. Rivage Rouge
« Une des raisons pour lesquels les gens ont l’impression que leur musique a un charme satanique, c’est parce qu’elle est très primitive : ce qu’elle fait à votre cerveau et la manière dont elle s’empare de vous. Avec les Stones, je pensais au sexe. Avec Led Zeppelin, je ressentais... du danger » Ces propos tenus par Bebe Buell, ex de Jimmy Page et mère de Liv Tyler sont parmi les centaines de commentaires qui constituent cet ouvrage unique qui raconte la saga Led Zep et ses prolongements sans intervention réelle de l’auteur (juste quelques lignes avant chacune des quatre parties) Obtenues par interviews de visu ou par téléphone auprès des membres du groupe, de leur entourage proche ou de l’entourage de leur entourage, ces interventions qui vont chronologiquement tissent un faux récit, où l’auteur disparaît au profit des faits racontés par les acteurs ou les commentateurs de l’époque. Barney Hoskyns, auteur du somptueux Waiting for the Sun (Allia. 2004), sur la musique de L.A a, par une sorte d’orature, publié peut être le livre ultime sur Led Zep, venant compléter et enrichir le Hammer of The Gods (Le Mot et le Reste. 2011) de Stephen Davis. De la star, au roadie en passant par le manager ou la groupie, Hoskyns a fait parler quasiment tout le monde. Ainsi, une vérité apparaît constituée de la moyenne des avis (la personnalité de Bonzo, de Peter Grant ou de Jimmy Page qui restaient encore floues...) Au fil de ces pages qui suivent une carrière brutalement stoppée en 1980 par la mort de John Bonham, on est totalement immergé, fasciné, troublé par ce quatuor irremplaçable qui a finalement réussi le pari de Jimmy Page dans ses penchants les plus occultes : hanter à jamais les esprits et les platines.

BME.jpg Borg, McEnroe... de Stephen Tignor. Premium
Au début des années 70, le tennis sport formaliste et discret jusque là, bascula dans la lumière mais aussi la rage, la rivalité, la démesure, bref la recherche du pouvoir. Cet excellent livre nous fait revivre cette décennie où le tennis connut son âge d’or en dressant le portrait des principaux acteurs de ces changements : les joueurs. Sur un modèle type « Le Bon, la Brute et le Truand », Stephen Tignor patron du Tennis Magazine américain revient sur les carrières parallèles mais bien différentes de Bjorn Borg, John McEnroe et Jimmy Connors principalement. On voit comment ces monstres sportifs (26 Grand Chelem à eux trois) vécurent leur carrière respective, leur ascension, leur apogée et leurs déclins. L’ouvrage, étrangement, ressemble davantage à des anecdotes sur un groupe de hard rock qu’à un livre sur le sport, même si l’auteur égrène parfaitement les hauts faits de leur carrières à chacun. Car, nous étions bien dans une décennie rock’n’roll où les joueurs et leurs staffs voulaient tout très vite. Amitié, complicité réelle, respect partagé étaient impossibles dans ce monde devenu fou où les amis d’un jour se haïssaient le lendemain. Un superbe passage éclaire ce livre d’une étincelle de foi : Vitas Gerulaitis, joueur surdoué mais à la vie dissolue, était l’ami des trois stars. Il leur apportait joie, sympathie, et plaisir de vivre sans leur faire trop d’ombre (il fut classé dans les cinq premiers mondiaux plus de deux ans). En 1991, sa retraite prise depuis plusieurs années, il périt asphyxié chez un ami. Parmi les quatre porteurs du cercueil, il y avait Borg, Connors et McEnroe.

Ciment.jpg Une Renaissance Américaine de Michel Ciment. Nouveau Monde Éditions
Dans les années 2000, quand Positif était encore dans le giron des Éditions Jean Michel Place où travaillait notre regrettée Anita Tuyaga, il nous arrivait de croiser Michel Ciment, l’air ailleurs mais jamais très loin... Critique cinéma imparable, il a immortalisait Stanley Kubrick et recherchait plus que tout la modernité dans l’art. Ce recueil d’entretiens montre à quel point Ciment était une sommité et auquel ne répondait pas n’importe qui. Questions pointues comme purement informatives, Ciment savait faire donner le meilleur de son interviewé et du rendu de son travail. Un brin orgueilleux, il ne voulut pas que Peter Biskind emporte définitivement la mise avec son expression devenu fameuse de « Nouvel Hollywood » et proposa Une Renaissance Américaine qui vaut ce qu’elle vaut quand on sait qu’il y a un peu de mauvaise foi à détourner le sens du Nouvel Hollywood. Biskind, évidemment ne parlait pas de lieux où se seraient conçus les films mais d’une nouvelle philosophie ! Quoiqu’il en soit, le travail est de taille, la curiosité permanente et les découvertes à chaque page. Reste qu’il est dommage que dans cette « Renaissance Américaine », pour des raisons sûrement factuelles, on fasse l’économie de la parole de Gus Van Sant, Spike Jonz, Jim Jarmush, John Dahl ou même Michel Gondry. Même dans les repas de rois, il manque un plat. En tout cas chapeau aux éditeurs et à ce travail de collection allant des années 70 à aujourd’hui... ou presque.

Esparbec4.jpg Les Biscuitières d' Esparbec. La Musardine
Depuis sa création, il y a bientôt dix ans, "lesobsedestexuels.com" ont toujours fait la part belle à la pornographie, écrite ou dessinée. Désormais, qu’un chapitre Contre-Cultures s’est ouvert dans notre nouvelle formule, nous ne pouvions négliger d’y intégrer ce genre transgressif et alternatif par nature. Nous connaissons Esparbec depuis longtemps et vantons son travail avec constance. Ce n’est pas ce dernier opus qui nous fera changer d’avis. En effet, Les Biscuitières reprend tous les fondamentaux chers à l’auteur. Pas de portables, d’ordinateurs ni de réseaux sociaux chez Esparbec. On est dans l’intemporalité, dans un quelque part situé dans un mystère ancien, sorte de XIXe siècle décadent, mais surtout dans un âge d’or du sexe, version fantasme masculin, où l’éducation à l’anglaise faisait merveille et la taille des organes référence. Cette fois, une jeune Charlotte sera conduite pour y faire son apprentissage (professionnel au départ...) à la biscuiterie du comte Z (comme zob !) Très vite, elle sera spécialement prise en main par Mélanie, reine des lieux et gardienne du jardin des Délices. Charlotte connaîtra tout. Peu des biscuits, beaucoup des gâteries... Esparbec dans une langue fleurie, charnue et jamais prise en défaut de vulgarité, même si aucun mot du lexique pornographique n’est occulté, nous propose un sublime catalogue du bonheur sur terre. Charlotte en verra de toutes les douleurs (pas méchantes...) et de tous les acabit(e)s, connaîtra le plaisir comme la soumission et, une fois diplômée, sera davantage prête à postuler chez Madame Claude que chez Monsieur Pasquier.

Hermes.jpg New York 73/77 de Will Hermes. Rivage Rouge
Quand on a connu cette époque allant de 1973 à 1977 et qu’on était un aficionado du rock et de la contre culture, seuls la presse et le magasin de disques du coin nous permettaient de partager un peu de cette aventure. A vrai dire, Will Hermes ne l’a pas choisie par hasard et son livre en fait la démonstration. Il s’attache à une perception panoramique de tout l’univers musical régnant à New York en ces temps où tout était encore permis. A la manière du fouineur de Paris Dernière, il passe – chapitres après chapitres – de l’évolution d’une musique à une autre (rock, free jazz, musiques latines et contemporaines principalement). On évolue des lofts miteux des rockers drogués aux boites classieuses des salsa addicts en faisant des détours vers les non endroits hantés par Philip Glass ou La Monte Young. C’est très cinématographique, très événementiel, et surtout très réussi d’imaginer ainsi Miles Davis, Patti Smith et Philipp Glass faisant dans l’essentiel, pratiquement au même moment, sans quasiment jamais se croiser – ni au Max Kansas City, au CBGB’s, au Club 371 ou au mythique Studio 54. Aussi, la description d’une époque où des groupes qui allaient devenir culte pour certains, superstars pour d’autres (New York Dolls, Television, Ramones, Suicide, Patti Smith, Bruce Springsteen...) battaient le pavé, connut partout downtown mais sans contrat en poche. Nous ne connûmes, par exemple, les New York Dolls grâce à un reporter de Rock & Folk Granier, Alessandrini, Dister... ?) qui vantait leurs mérites de meilleur groupe hype alors qu’ils étaient encore sans label ! C’était un temps où, hormis les groupes de stades, stars vieillissantes (Led Zeppelin, Who...) et combos à tubes planétaires (Fleetwood Mac, Genesis...), rien n’existait. Hermes, en 2011, eut le génie de redonner vie à ces freaks qui comblèrent le vide et redonnèrent vie à Big Apple.


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