Les Obsédés Textuels

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Evénements et Biographies Malades

Lus récemment...

Gros.jpg Possédées de Frédéric Gros. Albin Michel
Quand on évoque les Possédées de Loudun, on parle à l’instar de Calas ou de Dreyfus, de L’affaire des Possédées de Loudun plaçant cet épisode au rang de la controverse. Laissant ainsi au doute une marge de manœuvre que l’Histoire rétrécit ou grandit à son gré. Frédéric Gros s’empare de cet événement du règne de Louis XIII après plusieurs ouvrages sur la question dont un, mémorable d’Aldous Huxley. En 1971, le réalisateur britannique Ken Russel signa avec Les Diables – sûrement sa meilleure production - un film mémorable, échevelé et lyrique sur cet événement associant politique, scandale et sorcellerie. C’est d’ailleurs de ce film volcanique et palpitant que l’auteur suit au mieux le script. L’histoire des Ursulines de Loudun et de l’Abbé Urbain Grandier connut en ces années soixante-dix un considérable retentissement à retardement, définitivement marquée pour le public français par un haletant Alain Decaux Raconte qui pétrifia ce soir-là les Français spectateurs d’une des émissions phare de la télévision de l'époque. En effet, l’affaire est une bénédiction pour un conteur ou un écrivain. Bien et Mal, Gloire et Déchéance, Culpabilité et Innocence, Pureté et Vice, Vérité et Mensonge… Tous ces concepts apparaissent dans l’histoire de Grandier et la précipitation de sa chute. Jeune abbé de Loudun dans le Poitou, Grandier est conscient de ses qualités d’orateur, de ses finesses de politique et de son charme de séducteur... ''(lire la suite...)''


Bohringer.jpg Quinze Rounds de Richard Bohringer. Flammarion
La mort plane sur ce livre. Cette mort qui a emporté tant des amis de Richard Bohringer. Cette mort qui avance de travers, en crabe. Le cancer. Il a rattrapé le bouffeur d’étoiles, le voyageur sans bagages, l’homme rempli "d’absences". Sans ce foutu cancer, pas sûr que Bohringer aurait écrit Quinze Rounds. En tout cas pas de cette manière. En retenue, en empathie. Comme s’il regrettait ses emportements et ses brouilles. Quinze rounds comme quinze chapitres de combats, de conflits, de zones de guerre. Contre la filiation difficile d’abord (fils de Boche...), l’héroïne ensuite puis l’alcool. Bref, la marginalité comme on disait à son époque. "Je n’ai pas de génie" écrit-il à tort ou à raison. Il rajoute qu’il a toujours été étonné du succès qu’il a remporté. Pourtant son génie ne doit qu’à cette extrême singularité du personnage. Irremplaçable braillard, griot blanc coureur de savanes hérissées de malheur. Le livre raconte ses rencontres avec les acteurs (souvent aimés), les amis (souvent disparus), les femmes (mal ou top aimées) et les voyages qui constituèrent souvent le seule cachet pour un film improbable. Quand on lit Bohringer, on écoute Nougaro, un peu Lavilliers... Il est fait du même bois que ces insupportables hâbleurs au souffle jupitérien. Cet homme aura été écrivain, chanteur, acteur, voyageur et… humain ! Un des plus beaux hommages qu’il rend dans ce beau livre nonobstant sa famille et sa fille Romane va à Bernard Giraudeau, frère de douleur, et à son film sidérant de beauté Les Caprices d’un Fleuve. Cet homme emporté après une résistance de 10 ans à la maladie apparait sous la plume de Bohringer comme le frère parfait que Richard, le vilain petit canard, aurait voulu avoir.

DDucret.jpg Lady Scarface de Diane Ducret. Perrin
D’une condition l’autre. De la vie intime des Femmes de Dictateurs aux statuts bafoués des femmes à travers les différentes figures qu’elle ont prises aux cours des siècles, en passant par une savoureuse description de ce que pourrait être "l’homme idéal", Diane Ducret creuse son sillon d’une étude précise, historique et stylée de la "féminitude". Ici, c’est sur les femmes de voyous, les fiancées de la poudre qu’elle porte ses recherches. Précisément sur celles des années trente. Filles de la pègre de Chicago réunies sous l’accrocheur sobriquet de Lady Scarface. On y retrouve tout ce qui a fait la réussite et le talent de ses Femmes de Dictateurs : minutie des recherches, habileté du schéma narratif et efficacité du style. Non seulement, Diane Ducret met en scène ces égéries particulières qui ont pour nom : Mae Capone, Kathryn Kelly, Louise Rolfe, Bonnie Parker ou Virginia Hill, précise leur rôles souvent capitaux auprès des plus grands truands (Al Capone, Juhn Dillinger, Bugsy Siegel ou Clyde Barrow) les aidant à commettre parfais les pire méfaits mais aussi jouant le simple rôle de femme aimante et dévouée. Une fois encore, l’auteure n’oublie pas d’expliquer les causes du mal (envie de mener une autre vie, révolte contre le carcan des bonnes manières et des préceptes bourgeois…) mais aussi de poser les diagnostics prononcés à l’époque par la société sur ces femmes indomptables qui personnifient et incarnent le vice par leurs comportements excessifs et leurs passions mortifères pour de sombres crapules. A bien lire, on est confronté dans ces attitudes délinquantes liées à l’éclosion de l’argent sale, à une nouvelle génération de femmes dont l’émancipation violente annonce quelque part celles que l’on connaitra dans les arts ou les droits civiques. Mae Capone, la plus sage d’entre toutes, incarne à merveille Lady Scarface et sa vie avec Al Capone est un peu le fil rouge de ce livre de passion et de sang. Mae Capone, gentille irlandaise discrète qui aima toute une vie de difficultés un bouillant italien. Dieu reconnaitra les siens !

Haffner.jpg Considérations sur Hitler de Sebastian Haffner. Tempus
Comme l’écrit Jean Lopez, le préfacier de cette bienvenue réédition revue de Considérations sur Hitler "Il n’est pas facile d’écrire sur Hitler" Sebastian Haffner, journaliste réputé avait en 1978 à l’âge de soixante et onze ans relevé ce défi en à peine deux cents pages quand les historiens officiels du Führer (en particulier Ian Kershaw) lui consacraient le millier de feuilles. A vrai dire, ces Considérations ne sont pas une biographie mais une réflexion voire une démonstration brillante et d’une formidable clarté sur la personnalité et l’action du dictateur. Haffner d’emblée constate "la vie étrangement légère, de peu de poids" de cet homme sorti de nulle part. Pas d’enfants, d’amis réels, de métier ou de culture. Un homme vivant comme un artiste ou un retraité qui passe de l’anonymat jusqu’à 30 ans à une place primordiale dans le concert international. Cet homme qui jusqu’en 1941 rassemblait 90% des allemands autour de son nom et de sa politique et qui fut en même temps vu par ces derniers - qui n’en devinrent pas tous nazis pour autant - comme une curiosité. Cet homme qui avait ramené au plein emploi un pays de six millions de chômeurs, avait réarmé et fait de l’armée allemande la plus puissante d’Europe resterait à jamais un mystère. Mystère qu’Haffner élucide de part en part en soulignant avec pertinence les réalisations, les succès, les erreurs, les crimes et les trahisons d’un monstre froid. (lire la suite...)

Nico.jpg Nico Femme Fatale de Serge Férey. Le Mot et le Reste
Au moment où la Philarmonia de Paris revient sur la carrière du Velvet Underground, Serge Féray auquel nous devions déjà Nico in Camera (1997) publie ce Nico Femme Fatale qui apparait déjà comme la biographie ultime en langue française de Christa Päffgen. Celle qui se révéla au monde comme frontwoman du Velvet eut plusieurs vies dans lesquelles elle se réinventa chaque fois faisant trace souvent au péril de sa vie. Que doit-on retenir du parcours de "la plus belle femme du monde" comme l’affirmait Andy Wahrol ? L’égérie collectionneuse d'hommes extraordinaires – sorte de Carla Bruni avant la lettre ! – vue aux bras de Dylan, Brian Jones, Morrison, Delon (dont elle aura un fils Ari que l’acteur ne reconnaitra jamais) ou Iggy Pop ; l’artiste underground qui, du Velvet à ses derniers albums, proposa sans cesse une musique et des textes en décalage des modes et des tendances – des apparitions blanches du Velvet aux concerts liturgiques seule à l’harmonium en passant par les prestations rock crépusculaires et droguées des dernières années ; le personnage extrême, blessé dès son plus jeune âge par un viol, qui se qualifiait d’anarchiste nazi et ne cachait pas son rejet des Noirs (son violeur l’était…) vivant sous l’emprise de l’héroïne qu’elle consommait avec son compagnon (le cinéaste Philippe Garrel) et son propre fils l’obligeant à tourner dans des conditions précaires pour satisfaire son addiction. Difficile de faire le tri tant la Chelsea Girl marqua chacune de ces postures. Le livre, à l’instar des parutions de cette collection, parcourt la biographie de l’artiste en l’émaillant du décryptage de ses albums (et de ses films moins indispensables...) qui se découvrent sous la plume de Féray beaucoup plus importants que l’idée qu’on en garde. L’auteur ressuscite avec brio une artiste maudite, talentueuse, souvent déterminée mais fatale… particulièrement à elle-même.

begaudeau4.jpg L'Ancien Régime de François Bégaudeau. Incipit
François Bégaudeau est un écrivain élégant et racé. Polymorphe aussi. Réaliste social dans Entre les Murs, nostalgique poétique dans La Blessure la Vraie ou sociologue critique dans Mick Jagger, un Démocrate, Bégaudeau touche à tout avec bonheur. Ces derniers temps c’est au théâtre entre autres qu’il donne son temps et ses mots. Répondant à l’appel de Bertil Scali qui dirige cette petite collection "inaugurale", l’auteur a choisi d’évoquer l’entrée de la première femme à l’Académie Française. Mais tomber dans le journalisme eut été trop simple, l’anecdote prenant racine très loin. Ainsi, Bégaudeau remonte à la création par Richelieu de cette fameuse assemblée qui eut pour premier rôle d’unifier la langue française alors morcelée par les idiomes régionaux. Que les allergiques à l’Histoire façon Bern ne s’affole pas, Bégaudeau brosse cette aventure dans une langue inventée par Paul Morand. Ironie, dérision et créativité sont au rendez-vous. Première femme candidate : la tragique Julie de Lespinasse, premier dictionnaire paru cinquante ans après le début des débats. Quant à l’Occupation, elle laissa la noble institution indifférente au point qu’elle n’envisagea la moindre dissolution. Pour sa part, cette bonne Marguerite Yourcenar qui ne demandait rien à personne, exilée volontaire dans le Maine, elle fut une heureuse caution. Écrivaine homme (homosexuelle...) dans un sanctuaire masculin. Disposant de peu de temps à consacrer aux travaux de vocabulaire, elle apparut à ces vieux messieurs comme l’impétrante parfaite, mettant fin – ils le croyaient – au mythe de la littérature féminine. Décédée quelques années après son intronisation, celle-ci eut le mérite d’ouvrir une brèche incolmatable. En peu de pages on apprend et on s’amuse beaucoup de ces jeux puérils au goût de petite politique.

Possédées de Frédéric Gros

Le Diable au Corps...

Gros2.jpgQuand on évoque les Possédées de Loudun, on parle à l’instar de Calas ou de Dreyfus, de L’Affaire des Possédées de Loudun, plaçant cet épisode au rang de la controverse. Laissant ainsi au doute une marge de manœuvre que l’Histoire rétrécit ou grandit à son gré.

Frédéric Gros s’empare de cet événement du règne de Louis XIII après plusieurs ouvrages sur la question dont un, inoubliable, d’Aldous Huxley.

En 1971, le réalisateur britannique Ken Russel signa avec Les Diables – sûrement sa meilleure production - un film mémorable, échevelé et lyrique sur cet événement associant politique, scandale et sorcellerie. C’est d’ailleurs de ce film volcanique et palpitant que l’auteur suit au mieux le script.

L’histoire des Ursulines de Loudun et de l’Abbé Urbain Grandier connut en ces années soixante-dix un considérable retentissement à retardement, définitivement marquée pour le public français par un haletant Alain Decaux Raconte qui pétrifia ce soir-là les Français spectateurs d’une des émissions phare de la télévision de cette époque.

En effet, telle affaire est une bénédiction pour un conteur ou un écrivain. Bien et Mal, Gloire et Déchéance, Culpabilité et Innocence, Pureté et Vice, Vérité et Mensonge… Tous ces concepts apparaissent dans l’histoire de Grandier et la précipitation de sa chute.

Jeune abbé de Loudun dans le Poitou, Grandier est conscient de ses qualités d’orateur, de ses finesses de politique et de son charme de séducteur. N’hésitant pas à fréquenter des protestants (L’Édit de Nantes préside encore aux destinées des religions mais la Contre Réforme travaille à sa perte…) comme des femmes mariées ou de jeunes paroissiennes, Grandier va devenir, par le jeu des intérêts politiques, une cible expiatoire pour les cardinalistes qui ont juré sa perte.

Face à lui - pourtant sans jamais le rencontrer -, son accusatrice, sa Nemesis, la mère supérieure Jeanne des Anges, assoiffée de pouvoir, intelligente et cruelle, hystérique et bossue. Jeanne, passionnée par les désordres du monde en particulier ceux qu’elle entend dans le parloir du couvent où elle passe des heures contrevenant à tous ces vœux. Pour calmer ses feux intérieurs et diriger une lumière oblique vers son couvent, elle va plonger celui-ci dans le pire des pandémoniums en libérant les instincts les plus bas des jeunes nonnes prêtes à se livrer au jeu d’une frénétique parodie de possession.

Jeanne, dont les délires vont trouver écho auprès de ses alliés objectifs que sont les notables de Loudun obsédés par la chute de Grandier – certes, humaniste perverti – qui fait, le pensent ils incliner la ville vers un bastion protestant plutôt que vers une cité entièrement dévolue aux vues du Roi donc du Cardinal.

Frédéric Gros nous tient en haleine tout au long de cette enquête qui verra par trois fois Grandier menacé jusqu’à ce qu’enfin il tombe.

Grandier devenu dans ses actes comme dans ses écrits un précurseur des Lumières quand Jeanne dévoie une philosophie thérésiste qui l’a conduite pourtant à devenir moniale. Roman politique qui trouve écho dans les extrémismes d’aujourd’hui, Possédées déjà en lice pour les prix littéraires n’a rien à envier au Gilles et Jeanne de Michel Tournier.
Cedric BRU

Frédéric Gros. Possédées.Albin Michel

Border Lignes

Lus récemment...

Lire la suite...

Ecrits Meurtriers

Lus récemment

Lire la suite...

Contre-Cultures

Lus récemment...

Lire la suite...

Sans Oublier...

Lus récemment

Lire la suite...

Considérations sur Hitler de Sebastian Haffner

Le Petit Bonhomme en Ours...

Lire la suite...

Orgasme de Chuck Palahniuk

Sex Bomb...

Lire la suite...

La Veuve Basquiat de Jennifer Clement

La petite marchande d'amulettes...

Lire la suite...

Heidegger. Catholicisme, Révolution, Nazisme de Guillaume Payen

Anatomie d'une Erreur...

Lire la suite...

Une jeunesse Sexuellement Libérée (ou presque) de Thérèse Hargot

You Porn m'a dit...

Lire la suite...

lesobsedestextuels.com est animé par Cedric BRU

Moib.jpg Le blog lesobsedestextuels.com a été fondé en 2005 par Cédric BRU, journaliste, écrivain, poète, homme de spectacle. Cédric BRU certifié et maître es lettres modernes a été critique littéraire et musical dans diverses revues (Rock&Folk, Imprévu, La Revue du Cinéma, Chemins de Traverse, Monts 14...)

Le blog avait pour vocation principale le compte rendu des soirées littéraires mensuelles des Obsédés Textuels qui se tinrent à l’hôtel Lenox Montparnasse de 2005 à 2010.

Bien connu du monde de l’édition, ami des écrivains, Cédric Bru avec plus de cinquante rencontres littéraires à son actif et plus de deux cents auteurs reçus dont des grands noms de la littérature contemporaine française tels que Yann Queffelec, Jean d'Ormesson, Lydie Salvayre, Franck Thilliez, Bernard Werber, Patrick Rambaud, Frederic Beigbeder, François Begaudeau ou Eric Halphen est un habitué de la critique et de l'animation littéraire.

Désormais principal animateur des obsedestextuels.com qui s’est au fil des ans spécialisé dans une critique assez pointue retenant particulièrement la littérature de pointe, la contreculture ou le polar contemporain, Cédric Bru ouvre régulièrement ces colonnes à des participations externes venues de son lectorat, de journalistes ou d’auteurs reconnus.

D'autre part, réunissant son goût pour la musique et l'écriture, Cédric Bru a fait paraître en 2004 un livre disque intitulé Contes Invivables qui propose aux lecteurs et aux auditeurs une plongée saisissante dans un univers sombre et désespéré qui rappelle les ambiances réalistes du roman noir et les dérives du monde du rock.
Cette approche originale a été saluée par nombre de critiques.

Le Diable et Moi de Nick Toshes

Sympathy for the Devil...

Lire la suite...

Alice Cooper de Jean-Charles Desgroux et Creedence Clearwater Revival de Steven Jezo-Vannier

Ex numéros uns mondiaux...

Lire la suite...

Covers. Une Histoire de la Reprise dans le Rock d'Emmanuel Chirache

Ça me dit quelque chose...

Lire la suite...

"Tu Me Manques" d'Harlan Coben

Rites de rencontres

Lire la suite...

Dans son Ombre de Gerald Seymour

Requiem des truands...

Lire la suite...

Interview de Diane Ducret (novembre 2014)

A l'occasion de la publication de La Chair Interdite

Lire la suite...

Viva de Patrick Deville

Il était une fois la Révolution

Lire la suite...

Archives d’Écrits Meurtriers

Archives jusqu'à d'octobre 2010...

Lire la suite...

- page 1 de 7