Les Obsédés Textuels

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Ecrits Meurtriers

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Masterman.jpg Rage Blanche de Becky Masterman. JC Lattès
C’est toujours une grande joie de chroniqueur – lecteur avant tout – de ressentir des émotions, pensées depuis longtemps éteintes, au détour d’un polar improbable écrit par une inconnue dont c’est le premier roman. Rage Blanche a eu sur nous ce gouvernement. Déjà, fait marquant au moment où la lecture d’un thriller demande une formation d’ingénieur, il renoue avec l’intrigue unique qui, lorsqu’elle est bien maîtrisée, n’a pas d’égal. De plus, l’héroïne est une presque sexagénaire en rupture de ban du FBI qui va être amenée à reprendre du service après avoir tué un inconnu qui l’agressait. Birgid Quinn, qui à cinquante neuf ans coule des jours paisibles en Arizona, récemment mariée et amoureuse d’un ancien prêtre devenu un illustre professeur, va devoir replonger dans une affaire dite du Tueur de la Route 66 dans laquelle elle avait failli des années auparavant, provoquant involontairement la mort d’une jeune femme et lui valant sa distance du Bureau. Elle fera ce coup-ci merveille contre vents et marais, mari, amis, anciens collègues et vrais faux meurtriers. Becky Masterman a réussit un formidable pari loin d’être gagné d’avance. Son style est charnu, hard boiled, pétri de formules qu’on pourrait trouver chez Ken Bruen ou George Pelecanos. Plutôt viril quoi ! Son héroïne est épatante , petit bout de femme old school, sûre de son fait qui plonge dans un brasier funeste. Un moment intense, inattendu et prometteur.

lisa-gardner.jpg Arrêtez-Moi de Lisa Gardner. Albin Michel
D.D Warren, l’inspectrice récurrente de Lisa Gardner a dans cette nouvelle enquête du pain sur la planche. Quand on est une quadra, maman tardive d’un bébé exigeant, ce n’est pas toujours simple. Mais D.D ne donnerait sa place pour rien au monde même si une jeune collègue, le capitaine O, serait à son avantage pour la lui piquer. Lisa Gardner – une des meilleures de sa génération – n’a pas l’habitude d’y aller par quatre chemins quand il s’agit de nous retourner les sens et de nous embrouiller l’esprit. Ici, deux affaires parallèles occupent ses journées et ses nuits harassantes. D’une part, un tueur de pédophiles, sorte de justicier alternatif que n’apprécie jamais trop les flics et d’autre part – plus intriguant – une femme qui est persuadée qu’elle mourra le 21 janvier prochain soit dans trois jours car ses deux meilleures amies ont subi le même traitement lors des deux dernières années. Le tout est saupoudré de courts chapitres énigmatiques faits pour semer le doute. La vedette de ce thriller hargneux et inventif est la dissociation des personnalités chère à la psychiatrie américaine. « Ce n’est pas moi qui ai tué, c’est l’autre, vous savez celle qui est en moi quand je n’y suis pas » pourrait résumer l’approche criminologique. L’incontestable atout d’Arrêtez-moi, c’est la difficulté à envisager l’issue et deviner le coupable alors qu’il est pourtant si proche. Gardner, toujours au top !

Kobra.jpg Kobra de Deon Meyer. Policiers Seuil
Nous l’avions écrit à propos de 7 Jours « la course contre la montre est devenu le substrat des thrillers de Deon Meyer » En effet, il est loin le temps où l’on découvrait au delà d’un auteur surdoué, un pays dont on nous disait à l’époque tout et n’importe quoi. Deon Meyer, en quelque sorte, nous a appris l’Afrique du Sud post apartheid avec ses ethnies, ses dialectes, ses espérances, ses potentialités et ses limites. Les livres de Meyer étaient mélancoliques, à l’action souvent désespérée dans un pays où « rien n’était simple ». Alors, faut-il regretter les premiers opus déchirants et crépusculaires ? On peut. Mais on ne restera sûrement pas indifférent aux trois dernières enquêtes de Benny Griessel, anti héros proche d’un Harry Bosch ou d’un Jack Taylor pour les connaisseurs. Kobra pourrait marquer la fin d’une trilogie débutée par 13 Heures et prolongée par 7 Jours. Action, vitesse, fausses pistes et courage sont les composantes de ce polar épais qui désormais (faut-il être moderne ?!), intègre cybercriminalité et corruption politique. Benny accompagné de ses fidèles (Cupido, Mbali et Bones...) va une de fois de plus agir bien au dessus de ses moyens pour mettre à genoux une organisation dévastatrice qui a enlevé un scientifique spécialisé dans la régulation des marchés financiers. Et dire que le seul vrai souci de Benny était au début du livre de savoir s’il parviendrait à combler les appétits d'Alexa, sa rock star de compagne !

Harvey.jpeg Lignes de Fuite de John Harvey. Rivages
John Harvey a mis, dans Lignes de Fuite, du Coca Cola dans son whisky 12 ans d’age. Expliquons-nous. L’auteur anglais à l’écriture envoûtante et mélancolique intègre une nouvelle enquêtrice à son casting. Karen Shields, inspectrice d’origine jamaïcaine, à qui on ne la fait pas, va enquêter tambour battant sur la mort d’un jeune Moldave découvert noyé. On a l’impression dès lors de se retrouver chez Ken Bruen ou Kathy Reichs ce qui, pour nous, sonne comme un compliment. Mais à vrai dire l’action franche et directe n’était pas jusqu’alors la marque d’Harvey, plus amateur de jazz (le titre original est Good Bait, classique du genre...) que du bruit et de la fureur. Chassez le naturel, il revient au galop avec son intrigue secondaire qui rejoindra bien sûr la première. Et là, c’est du John Harvey pur jus. Cordon, vieux flic nostalgique, veille sur une gamine un peu putain qu’il a sauvée jadis et s’embarque dans une histoire pleine de haine, de menaces et de chagrin. On se croirait revenu à l’époque du cycle Franck Elder. L’abnégation vous faisant souvent vous dépasser, Cordon va retrouver l’efficacité de sa jeunesse pour tirer d’affaire Letitia et son gamin des pattes d’un mafieux ukrainien que, bien sûr, Karen Shields recherche de son côté. La boucle est bouclée et chez Harvey la géométrie est toujours poétique.

PJ.jpg Que ta Chute Soit Lente de Peter James. Fleuve Noir
Encore une fois, ce n’était pas gagné d’avance ! En effet, avec son architecture narrative sophistiquée, constituée d’accumulation d’histoires secondaires, Peter James joue à l’équilibriste. Pourtant, il s’en tire une fois de plus à merveille. Brighton, théâtre de la plupart des enquêtes de Roy Grace doit accueillir Gaia Lafayette, sorte de Lady Gaga bis, pour le tournage d’un film historique ayant précisément pour cadre le Pavillon Royal de Brighton. Sauf que tout a mal commencé. Une assistante de Gaia a été tuée à New York alors que le tueur pensait s’en prendre à l’artiste et des menaces de mort planent désormais au dessus d’elle. Roy Grace, qui a pris du galon, doit mettre les mains dans le cambouis pour assurer la protection de la star. Dès lors, trois écueils de taille l’attendent. Un psychopathe cancéreux en phase terminale veut se venger des producteurs qui lui auraient piqué son scénario et s’emploie à saboter le film. Une fan gravement déjantée et meurtrie de n’être pas assez reconnue par son idole décide de s’en prendre à l’objet de son culte. Enfin, un mafieux bouclé en son temps par Grace est sorti du placard bien résolu à nuire au policier. Autant de pain sur la planche comme Roy Grace, en ménage avec Cleo, la super légiste qui attend leur bébé, l’apprécie tant. Tout s’articule parfaitement dans cet apparent imbroglio qui devient limpide pages après pages. James dénoue les fils et l’on ne peut résister à son art du suspense et de l’angoisse. D’autant qu’il nous réserve une surprise de taille que les fans de l’auteur du cultissime Comme une Tombe apprécieront particulièrement. Inventif et palpitant.

Cain.jpg Bloody Cocktail de James M. Cain. L'Archipel
Bien sûr qu’il y a à boire et à manger chez James M. Cain.... François Guérif dans la biographie qui lui consacra parlait d’un auteur un temps surestimé, un autre sous estimé. Nombre de ses collègues comme Chandler ou la presse bien pensante en disaient tout le mal qu’ils pouvaient. Et pourtant, avec deux titres aux succès planétaires : Le Facteur Sonne Toujours Deux Fois et Assurance sur la Mort, Cain entra dans la cour des grands et le cinéma lui fit un pont d’or. Mais, pour ces deux perles que de nouvelles médiocres, laborieuses et complaisantes. Et puis, comme l’explique le postfacier, éditeur américain du livre, on découvrit Bloody Cocktail écrit en 1975 deux ans avant sa mort à 85 ans. Et le charme opère de nouveau. Une femme (toujours chez Cain) dont le mari violent et alcoolique est mort alors qu’il s’en prenait à elle, se met à travailler dans un bar pour pouvoir élever son enfant quasi kidnappé par sa belle sœur. Elle y rencontre un vieux gentleman qui lui offre d’être sa femme sans consommer et un beau jeune homme très disposé lui mais sans fortune. Elle choisira l’argent au nom de l’amour maternel et les deux impétrants mourront. On ne vous dit pas comment. Amoralité, intérêts, conflits humains, sentiments trahis, tout Cain dans un grand verre.

300_Mots.jpg 300 Mots de Richard Montanari. Le Cherche Midi
Une énigme précède l'analyse même de ce texte. 300 Mots est bien la dernière publication de Richard Montanari proposé aux lecteurs mais en aucun cas son dernier roman, puisque daté de 1998. De plus, fait troublant à laquelle la maison d'édition n’a pas su nous donner de réponse, la vengeance du tueur de 300 Mots prend sa source en 1988 et s'accomplit vingt ans après, soit... en 2008 ! Nous ne savions pas que Montanari faisait de la science fiction... Basta et revenons au livre qui ne méritait pas cette embrouillamini. One shot qui n'appartient pas à la série de Philadelphie, 300 Mots met en scène Nick Stella, journaliste new-yorkais qui s’intéresse à la mort suspecte par overdose d'héroïne d'un prêtre à la réputation irréprochable. D'autant qu'il était accompagné d'une prostituée ! Nick sent la grosse affaire et va remonter, grâce à une liste d'adresses mail, une macabre filière où l'on retrouve assassinés, tous différemment, mais avec la drogue comme couperet, cinq anciens étudiants de Cleveland promo 1988. C'est limpide comme l'amour et fatale comme la mort : un étudiant de l'époque veut faire payer très cher la mort de sa petite amie, à plusieurs membres de la promo destroy. Richard Montanari, fidèle à son style et son inspiration, lorgne toujours du côté le plus obscur du genre. Une écriture délétère et soignée aux airs de poésie symboliste rajoute au climat mortifère du roman. Écriture d'un romantisme noir qui deviendra la marque de ses romans suivants. Après nous avoir remarquablement tenu en haleine avec un serial killer particulièrement habile et habité par le souvenir d'un amour défunt dont il incombe la faute à la "promo 1988" et une de ces mémorables fêtes où les drogues circulaient sans encombres, Montanari boucle l'affaire avec une fin "spectaculaire et inattendue" comme aiment à le dire les critiques. Très bon roman, mais que les spécialistes ne s'y trompent pas : on est dans du Montanari in progress.

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