Les Obsédés Textuels

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Ecrits Meurtriers

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JI.jpg Aller Simple pour Nomad Islandl de Joseph Incardona. Policiers Seuil
Si, fans des séries des sixties, vous avez aimé Le Prisonnier ou plus récemment Lost ou encore, lecteur de toujours, vous vous passionnez pour l’œuvre de J. G. Ballard, vous allez adorer Aller Simple pour Nomad Island. Roman paranoïaque par excellence, il distille habilement un sombre malaise dans un terrain pourtant festif que sont les vacances. En effet, les Jensen, famille typiquement bobo, aisée, connectée, avec deux jeunes enfants, décident d’aller décompresser sur l’Île de Nomad Island. Tout se fait dans la précipitation de nos jours et surtout les réservations intéressantes de séjours paradisiaques. C’est une grave erreur quand l’ile n’est répertoriée sur aucune carte. Dès leur arrivée les Jensen, habitués au luxe et aux détails y afférents sont surpris. Maintes petites choses attirent leur attention : relâchement du service, attitude désinvolte du directeur ressemblant davantage à un gourou qu’à un cadre hôtelier, le blanc, seul couleur porté par les pensionnaires. Enfin, la promiscuité gênante entre les vacanciers. Les Jensen essayent bien de réagir mais une sorte de force centripète les ramènent toujours à l’attraction du lieu et la puissance de bien-être de ces vacances. Sans ennemis – tous sont prêts à coucher les uns avec les autres, sans vraies récriminations – une erreur dans un menu est un faible argument – les Jensen vont se laisser aller à cette atmosphère émolliente. Après tout c’est les vacances ! Mais depuis quand déjà chérie ? Flippant.

RA.jpg Illusions Fatales de Rachel Abbott. Belfond Noir
Divine surprise que cet Illusions Fatales. Premier roman d’une inconnue, Rachel Abbott, auto publié initialement en version numérique, le livre a été judicieusement repêché par un Thomas & Mercer bien inspiré. Ce thriller se distingue de ses rivaux (si nombreux !...) par un schéma narratif mêlant l’épistolaire et la narration classique. Il débute par une séance de sexe SM soft jusqu’à l’assassinat par injection de nicotine liquide de l’homme ligoté aux montants du lit. Mais, la victime n’est pas n’importe qui. En effet, Sir Hugo Fletcher est une star du monde des affaires : beau, riche, philanthrope (il s’occupe de jeunes migrantes en détresse par le biais de son association Allium), il est admiré par tout le Royaume Uni. Une enquête s’ouvre sous la direction du compréhensif et doux inspecteur principal Tom Douglas qui va découvrir par les dires des proches du défunt (sa femme Laura au comportement ambigu, l’amie de celle-ci Imogen, sa sœur Béatrice...) que le cher homme n’était qu’un petit tyranneau maniaque et pervers, soucieux de son seul plaisir. Le lecteur découvre tout du persécuteur par les lettres – jamais postées – mais lues désormais qu’elles sont ensemble, de Laura à Imogen où elle raconte par le menu les années d’ignominie et d’humiliation qu’elle a vécues. Après avoir, avec son assistante Becky, passé en revue tous les suspects possibles, Tom découvrira le coupable. Le choix de sa révélation désormais se posera.

Masterman.jpg Rage Blanche de Becky Masterman. JC Lattès
C’est toujours une grande joie de chroniqueur – lecteur avant tout – de ressentir des émotions, pensées depuis longtemps éteintes, au détour d’un polar improbable écrit par une inconnue dont c’est le premier roman. Rage Blanche a eu sur nous ce gouvernement. Déjà, fait marquant au moment où la lecture d’un thriller demande une formation d’ingénieur, il renoue avec l’intrigue unique qui, lorsqu’elle est bien maîtrisée, n’a pas d’égal. De plus, l’héroïne est une presque sexagénaire en rupture de ban du FBI qui va être amenée à reprendre du service après avoir tué un inconnu qui l’agressait. Birgid Quinn, qui à cinquante neuf ans coule des jours paisibles en Arizona, récemment mariée et amoureuse d’un ancien prêtre devenu un illustre professeur, va devoir replonger dans une affaire dite du Tueur de la Route 66 dans laquelle elle avait failli des années auparavant, provoquant involontairement la mort d’une jeune femme et lui valant sa distance du Bureau. Elle fera ce coup-ci merveille contre vents et marais, mari, amis, anciens collègues et vrais faux meurtriers. Becky Masterman a réussit un formidable pari loin d’être gagné d’avance. Son style est charnu, hard boiled, pétri de formules qu’on pourrait trouver chez Ken Bruen ou George Pelecanos. Plutôt viril quoi ! Son héroïne est épatante , petit bout de femme old school, sûre de son fait qui plonge dans un brasier funeste. Un moment intense, inattendu et prometteur.

lisa-gardner.jpg Arrêtez-Moi de Lisa Gardner. Albin Michel
D.D Warren, l’inspectrice récurrente de Lisa Gardner a dans cette nouvelle enquête du pain sur la planche. Quand on est une quadra, maman tardive d’un bébé exigeant, ce n’est pas toujours simple. Mais D.D ne donnerait sa place pour rien au monde même si une jeune collègue, le capitaine O, serait à son avantage pour la lui piquer. Lisa Gardner – une des meilleures de sa génération – n’a pas l’habitude d’y aller par quatre chemins quand il s’agit de nous retourner les sens et de nous embrouiller l’esprit. Ici, deux affaires parallèles occupent ses journées et ses nuits harassantes. D’une part, un tueur de pédophiles, sorte de justicier alternatif que n’apprécie jamais trop les flics et d’autre part – plus intriguant – une femme qui est persuadée qu’elle mourra le 21 janvier prochain soit dans trois jours car ses deux meilleures amies ont subi le même traitement lors des deux dernières années. Le tout est saupoudré de courts chapitres énigmatiques faits pour semer le doute. La vedette de ce thriller hargneux et inventif est la dissociation des personnalités chère à la psychiatrie américaine. « Ce n’est pas moi qui ai tué, c’est l’autre, vous savez celle qui est en moi quand je n’y suis pas » pourrait résumer l’approche criminologique. L’incontestable atout d’Arrêtez-moi, c’est la difficulté à envisager l’issue et deviner le coupable alors qu’il est pourtant si proche. Gardner, toujours au top !

Kobra.jpg Kobra de Deon Meyer. Policiers Seuil
Nous l’avions écrit à propos de 7 Jours « la course contre la montre est devenu le substrat des thrillers de Deon Meyer » En effet, il est loin le temps où l’on découvrait au delà d’un auteur surdoué, un pays dont on nous disait à l’époque tout et n’importe quoi. Deon Meyer, en quelque sorte, nous a appris l’Afrique du Sud post apartheid avec ses ethnies, ses dialectes, ses espérances, ses potentialités et ses limites. Les livres de Meyer étaient mélancoliques, à l’action souvent désespérée dans un pays où « rien n’était simple ». Alors, faut-il regretter les premiers opus déchirants et crépusculaires ? On peut. Mais on ne restera sûrement pas indifférent aux trois dernières enquêtes de Benny Griessel, anti héros proche d’un Harry Bosch ou d’un Jack Taylor pour les connaisseurs. Kobra pourrait marquer la fin d’une trilogie débutée par 13 Heures et prolongée par 7 Jours. Action, vitesse, fausses pistes et courage sont les composantes de ce polar épais qui désormais (faut-il être moderne ?!), intègre cybercriminalité et corruption politique. Benny accompagné de ses fidèles (Cupido, Mbali et Bones...) va une de fois de plus agir bien au dessus de ses moyens pour mettre à genoux une organisation dévastatrice qui a enlevé un scientifique spécialisé dans la régulation des marchés financiers. Et dire que le seul vrai souci de Benny était au début du livre de savoir s’il parviendrait à combler les appétits d'Alexa, sa rock star de compagne !

Harvey.jpeg Lignes de Fuite de John Harvey. Rivages
John Harvey a mis, dans Lignes de Fuite, du Coca Cola dans son whisky 12 ans d’age. Expliquons-nous. L’auteur anglais à l’écriture envoûtante et mélancolique intègre une nouvelle enquêtrice à son casting. Karen Shields, inspectrice d’origine jamaïcaine, à qui on ne la fait pas, va enquêter tambour battant sur la mort d’un jeune Moldave découvert noyé. On a l’impression dès lors de se retrouver chez Ken Bruen ou Kathy Reichs ce qui, pour nous, sonne comme un compliment. Mais à vrai dire l’action franche et directe n’était pas jusqu’alors la marque d’Harvey, plus amateur de jazz (le titre original est Good Bait, classique du genre...) que du bruit et de la fureur. Chassez le naturel, il revient au galop avec son intrigue secondaire qui rejoindra bien sûr la première. Et là, c’est du John Harvey pur jus. Cordon, vieux flic nostalgique, veille sur une gamine un peu putain qu’il a sauvée jadis et s’embarque dans une histoire pleine de haine, de menaces et de chagrin. On se croirait revenu à l’époque du cycle Franck Elder. L’abnégation vous faisant souvent vous dépasser, Cordon va retrouver l’efficacité de sa jeunesse pour tirer d’affaire Letitia et son gamin des pattes d’un mafieux ukrainien que, bien sûr, Karen Shields recherche de son côté. La boucle est bouclée et chez Harvey la géométrie est toujours poétique.

PJ.jpg Que ta Chute Soit Lente de Peter James. Fleuve Noir
Encore une fois, ce n’était pas gagné d’avance ! En effet, avec son architecture narrative sophistiquée, constituée d’accumulation d’histoires secondaires, Peter James joue à l’équilibriste. Pourtant, il s’en tire une fois de plus à merveille. Brighton, théâtre de la plupart des enquêtes de Roy Grace doit accueillir Gaia Lafayette, sorte de Lady Gaga bis, pour le tournage d’un film historique ayant précisément pour cadre le Pavillon Royal de Brighton. Sauf que tout a mal commencé. Une assistante de Gaia a été tuée à New York alors que le tueur pensait s’en prendre à l’artiste et des menaces de mort planent désormais au dessus d’elle. Roy Grace, qui a pris du galon, doit mettre les mains dans le cambouis pour assurer la protection de la star. Dès lors, trois écueils de taille l’attendent. Un psychopathe cancéreux en phase terminale veut se venger des producteurs qui lui auraient piqué son scénario et s’emploie à saboter le film. Une fan gravement déjantée et meurtrie de n’être pas assez reconnue par son idole décide de s’en prendre à l’objet de son culte. Enfin, un mafieux bouclé en son temps par Grace est sorti du placard bien résolu à nuire au policier. Autant de pain sur la planche comme Roy Grace, en ménage avec Cleo, la super légiste qui attend leur bébé, l’apprécie tant. Tout s’articule parfaitement dans cet apparent imbroglio qui devient limpide pages après pages. James dénoue les fils et l’on ne peut résister à son art du suspense et de l’angoisse. D’autant qu’il nous réserve une surprise de taille que les fans de l’auteur du cultissime Comme une Tombe apprécieront particulièrement. Inventif et palpitant.

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