Les Obsédés Textuels

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Evénements et Biographies Malades

Lus récemment...

Haffner.jpg Considérations sur Hitler de Sebastian Haffner. Tempus
Comme l’écrit Jean Lopez, le préfacier de cette bienvenue réédition revue de Considérations sur Hitler "Il n’est pas facile d’écrire sur Hitler" Sebastian Haffner, journaliste réputé avait en 1978 à l’âge de soixante et onze ans relevé ce défi en à peine deux cents pages quand les historiens officiels du Führer (en particulier Ian Kershaw) lui consacraient le millier de feuilles. A vrai dire, ces Considérations ne sont pas une biographie mais une réflexion voire une démonstration brillante et d’une formidable clarté sur la personnalité et l’action du dictateur. Haffner d’emblée constate "la vie étrangement légère, de peu de poids" de cet homme sorti de nulle part. Pas d’enfants, d’amis réels, de métier ou de culture. Un homme vivant comme un artiste ou un retraité qui passe de l’anonymat jusqu’à 30 ans à une place primordiale dans le concert international. Cet homme qui jusqu’en 1941 rassemblait 90% des allemands autour de son nom et de sa politique et qui fut en même temps vu par ces derniers - qui n’en devinrent pas tous nazis pour autant - comme une curiosité. Cet homme qui avait ramené au plein emploi un pays de six millions de chômeurs, avait réarmé et fait de l’armée allemande la plus puissante d’Europe resterait à jamais un mystère. Mystère qu’Haffner élucide de part en part en soulignant avec pertinence les réalisations, les succès, les erreurs, les crimes et les trahisons d’un monstre froid. (lire la suite...)

Nico.jpg Nico Femme Fatale de Serge Férey. Le Mot et le Reste
Au moment où la Philarmonia de Paris revient sur la carrière du Velvet Underground, Serge Féray auquel nous devions déjà Nico in Camera (1997) publie ce Nico Femme Fatale qui apparait déjà comme la biographie ultime en langue française de Christa Päffgen. Celle qui se révéla au monde comme frontwoman du Velvet eut plusieurs vies dans lesquelles elle se réinventa chaque fois faisant trace souvent au péril de sa vie. Que doit-on retenir du parcours de "la plus belle femme du monde" comme l’affirmait Andy Wahrol ? L’égérie collectionneuse d'hommes extraordinaires – sorte de Carla Bruni avant la lettre ! – vue aux bras de Dylan, Brian Jones, Morrison, Delon (dont elle aura un fils Ari que l’acteur ne reconnaitra jamais) ou Iggy Pop ; l’artiste underground qui, du Velvet à ses derniers albums, proposa sans cesse une musique et des textes en décalage des modes et des tendances – des apparitions blanches du Velvet aux concerts liturgiques seule à l’harmonium en passant par les prestations rock crépusculaires et droguées des dernières années ; le personnage extrême, blessé dès son plus jeune âge par un viol, qui se qualifiait d’anarchiste nazi et ne cachait pas son rejet des Noirs (son violeur l’était…) vivant sous l’emprise de l’héroïne qu’elle consommait avec son compagnon (le cinéaste Philippe Garrel) et son propre fils l’obligeant à tourner dans des conditions précaires pour satisfaire son addiction. Difficile de faire le tri tant la Chelsea Girl marqua chacune de ces postures. Le livre, à l’instar des parutions de cette collection, parcourt la biographie de l’artiste en l’émaillant du décryptage de ses albums (et de ses films moins indispensables...) qui se découvrent sous la plume de Féray beaucoup plus importants que l’idée qu’on en garde. L’auteur ressuscite avec brio une artiste maudite, talentueuse, souvent déterminée mais fatale… particulièrement à elle-même.

begaudeau4.jpg L'Ancien Régime de François Bégaudeau. Incipit
François Bégaudeau est un écrivain élégant et racé. Polymorphe aussi. Réaliste social dans Entre les Murs, nostalgique poétique dans La Blessure la Vraie ou sociologue critique dans Mick Jagger, un Démocrate, Bégaudeau touche à tout avec bonheur. Ces derniers temps c’est au théâtre entre autres qu’il donne son temps et ses mots. Répondant à l’appel de Bertil Scali qui dirige cette petite collection "inaugurale", l’auteur a choisi d’évoquer l’entrée de la première femme à l’Académie Française. Mais tomber dans le journalisme eut été trop simple, l’anecdote prenant racine très loin. Ainsi, Bégaudeau remonte à la création par Richelieu de cette fameuse assemblée qui eut pour premier rôle d’unifier la langue française alors morcelée par les idiomes régionaux. Que les allergiques à l’Histoire façon Bern ne s’affole pas, Bégaudeau brosse cette aventure dans une langue inventée par Paul Morand. Ironie, dérision et créativité sont au rendez-vous. Première femme candidate : la tragique Julie de Lespinasse, premier dictionnaire paru cinquante ans après le début des débats. Quant à l’Occupation, elle laissa la noble institution indifférente au point qu’elle n’envisagea la moindre dissolution. Pour sa part, cette bonne Marguerite Yourcenar qui ne demandait rien à personne, exilée volontaire dans le Maine, elle fut une heureuse caution. Écrivaine homme (homosexuelle...) dans un sanctuaire masculin. Disposant de peu de temps à consacrer aux travaux de vocabulaire, elle apparut à ces vieux messieurs comme l’impétrante parfaite, mettant fin – ils le croyaient – au mythe de la littérature féminine. Décédée quelques années après son intronisation, celle-ci eut le mérite d’ouvrir une brèche incolmatable. En peu de pages on apprend et on s’amuse beaucoup de ces jeux puérils au goût de petite politique.

DLR.jpg Les Derniers Jours de Drieu La Rochelle d' Aude Terray. Grasset
Pour avoir lu et étudié l’ensemble de ce qui a été publié sur Drieu et son œuvre depuis les années soixante-dix, force est pour nous de constater que le travail d’Aude Terray avec Les Derniers Jours de Drieu La Rochelle représente une pièce indispensable de l’exploration du mythe rochellien. Adoptant un schéma narratif rétrospectif en usant du flash-back cinématographique, elle prend pour appui les derniers moments de sa vie (6 aout 1944 – 15 mars 1945), eux-mêmes peu détaillés jusqu’à présent, pour revenir sur un des destins et des parcours les plus problématiques et mystérieux des lettres françaises. Ami d’Aragon, de Malraux et de Berl avant de se fâcher avec la plupart, antisémite protecteur de juifs, écrivain brillant mais méconnu, collaborateur actif mais suicidé romantique, auteur du Feu Follet et de Gilles mais aussi d’un Journal nauséabond, homme de droite apprécié souvent des intellectuels de gauche (J. Paulhan, B. Franck, D. Desanti…) Drieu restera un cas à part dans notre littérature. Après avoir dirigé la NRF entre 1940 et 1942 et frayé avec l’occupant par son amitié avec Otto Abetz et ses deux voyages "littéraires" (entrepris sans enthousiasme...) en Allemagne, Drieu avait semble-t-il son avenir promis à l’épuration dont fut victime Brasillach entre autres. Aude Terray suit cet homme énigmatique entre deux suicides pris en charge par les femmes de sa vie - seules restées auprès de lui. Une première mort volontaire ratée et raillée et une seconde aboutie et devenue mythologique. L’auteure retrace l’itinéraire d’un intellectuel européen aux indéniables fulgurances, d’un séducteur aux tourments chroniques et d’un écrivain à l’œuvre considérable mais bâclée. Quelques quatre ans après son entrée discrète dans La Pléiade, le livre d’Aude Terray arrive à point nommé pour (re) découvrir cet écrivain maudit.

Heidegger.jpg Heidegger de Guillaume Payen. Perrin((/public Bientôt trente ans après le fracassant livre de Victor Farias Heidegger et le Nazisme et les polémiques aussi brutales que nombreuses qu’il avait suscitées en révélant le passé nazi du philosophe, l’imposante biographie de Guillaume Payen sonne davantage comme une fin des hostilités qu’une clôture du débat qui ne s’arrêtera on peut le penser que faute de combattants. A vrai dire, Payen (soutenu en partie par une bourse de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah), philosophe devenu historien, paraissait aujourd’hui le seul apte, autant par sa connaissance profonde du sujet que par le calendrier à livrer une telle somme en n’omettant ni n’oubliant rien. Fort du travail de ses prédécesseurs (Après Fedier, Farias et Faye aux avis contraires viendront Bernd Martin, Domenico Losurdo et Hugo Ott) et des approximations qu’une lutte idéologique sans merci mit à jour, le biographe brosse le meilleur portrait d’un philosophe qu’un engagement malheureux servit davantage que l’hermétisme d’une œuvre promise à l’indifférence. Dans son introduction, Guillaume Payen justifie la nature de son travail, ses préventions, ses doutes, ses colères mais il revient toujours à ce que constitue le travail biographique « sans animosité ni sympathie » En bref, ni réquisitoire ni hagiographie. Martin Heidegger (1889/1976) apparut dans l’histoire de la pensée quand l’Allemagne était au creux de la vague, venant de subir la défaite de 1918 et n’ayant intellectuellement pas eu une vraie relève à la proposition marxiste. Heidegger, promis un temps à la prêtrise, s’inscrivit très vite dans un catholicisme actif, passionné d’ontologie, de scolastique, d’histoire de la philosophie et de lectures antiques (ses chers Grecs auxquels il voulait tant assimiler les nazis…) Bref, ce spiritualiste ardent participait d’un catholicisme orthodoxe mais moderne dont il pensait qu’il était seul capable de réconcilier l’homme avec la Liberté (lire la suite...)


lacan.jpg La Vie avec Lacan de Catherine Millot. Gallimard
Raconter sa proximité d’avec Lacan est presque devenu un genre si l’on s’en tient aux nombreux témoignages d’analysants du célèbre psychanalyste (Pierre Rey, Jacques-Alain Miller, Gérard Haddad et consorts) C’est aussi à qui aurait eu les faveurs du maître dont il s’agit bien quand on connait le pouvoir de manipulation du fantasque psychiatre. Catherine Millot fut son élève et à l’en croire la principale (l’homme n’était guère exclusif) muse des dix dernières années de sa vie. Elle nous raconte ainsi sa Vie avec Lacan après les dix heures qu’il passait à consulter ou lors de son temps libre et de ses déplacements (Lacan ne supportait pas de voyager seul) Le ton du livre est plaisant, nullement ennuyeux et très peu didactique. On s’y voit confirmer un Lacan passionné d’art, courant les musées italiens avec enthousiasme et entrain. On le suit rencontrer avec bonheur Umberto Eco ou Martin Heidegger et on l’observe manier en permanence ses nœuds borroméens qui marquèrent considérablement les derniers temps de son enseignement. Et la psychanalyse dans tout ça ? Catherine Millot s’y attache finalement assez peu et ce n’est peut-être pas plus mal tant les années soixante-dix servirent à Lacan de théâtre grotesque et d’appui à l’inventions de théories aujourd’hui caricaturales auxquelles il ne semblait pas toujours croire lui-même. Néanmoins, derrière le comportement contestable, les jeux de mots navrants et les pratiques cliniques déroutantes, pointait une intelligence suprême qui dictait à ce savant hors norme une production intellectuelle toujours inégalée.

Aubarbier.jpg Le Testament Noir de Jean-Luc Aubarbier. City Éditions
Depuis la déjà lointaine époque du Da Vinci Code, qui dit thriller ésotérique ou polar maçonnique devient vite suspect au yeux des amateurs de vraies intrigues policières. En effet, ces prétextes spiritualo-fantaisistes furent souvent la calvaire du risque et de l'imagination. Les vrais ! Le Testament Noir de l'excellent Jean-Luc Aubarbier fait partie des exceptions qui confirment la règle. Le thème de ce roman dont l'essentiel se passe dans la Ville Rose est constitué des ineffables connections historiques entre le fascisme et l'islamisme radical (adjectif désormais devenu quasi obligatoire…) Écrit juste avant les attentats du 13 novembre, Le Testament Noir est une plongée dans la connivence funeste qui existe depuis les débuts du nazisme et les fondements des nationalisme arabe. Les uns et les autres visant Israël et plus loin l'Humanité. Au travers d'une intrigue débutant le 11 et le 20 septembre 2001 à New York et à Toulouse (où l'explosion de l'usine AZF est clairement présentée comme un attentat…) on suit le couple Cavaignac et Karadec en lutte contre un commando islamiste menée par une terroriste furieuse, La Veuve Noire, qui a pour objectif de retrouver la lance sacrée de Mahomet et de récupérer ainsi un symbole fondateur et concret de la domination islamique sur la civilisation chrétienne. Histoire, politique et archéologie s'interpolent ici avec intelligence sans qu'aucunement maçonnerie et ésotérisme ne vienne parasiter la narration. Bien au contraire !

Considérations sur Hitler de Sebastian Haffner

Haffner2.jpgComme l’écrit Jean Lopez, le préfacier de cette bienvenue réédition revue de Considérations sur Hitler "Il n’est pas facile d’écrire sur Hitler" Sebastian Haffner, journaliste réputé avait en 1978 à l’âge de soixante et onze ans relevé ce défi en à peine deux cents pages quand les historiens officiels du Führer (en particulier Ian Kershaw) lui consacraient le millier de feuilles.

A vrai dire, ces Considérations ne sont pas une biographie mais une réflexion voire une démonstration brillante et d’une formidable clarté sur la personnalité et l’action du dictateur.

Haffner d’emblée constate "la vie étrangement légère, de peu de poids" de cet homme sorti de nulle part. Pas d’enfants, d’amis réels, de métier ou de culture. Un homme vivant comme un artiste ou un retraité qui passe de l’anonymat jusqu’à 30 ans à une place primordiale dans le concert international.

Cet homme qui jusqu’en 1941 rassemblait 90% des allemands autour de son nom et de sa politique fut en même temps vu par ces derniers - qui n’en devinrent pas tous nazis pour autant - comme une curiosité. Cet homme qui avait ramené au plein emploi un pays de six millions de chômeurs, avait réarmé et fait de l’armée allemande la plus puissante d’Europe resterait à jamais un mystère. Mystère qu’Haffner élucide de part en part en soulignant avec pertinence les réalisations, les succès, les erreurs, les crimes et les trahisons d’un monstre froid.

Au fil de ces Considérations, on éprouve un étourdissant malaise car le personnage et ses actes décrits par Haffner ne correspondent pas vraiment à l’image que l’on s’en fait. Moins caricatural, plus avisé qu’il n’y parait, Hitler est bien encombrant. En effet sans lui et son œuvre terrible, mais sans qu’il l’ait voulu ou décidé, pas de partage de l’Allemagne et de l’Europe, pas d’Israël, pas de décolonisation et pas d’émancipation des continents asiatique et africain.

Surtout, quand on sait que les deux grands buts du maître du IIIe Reich étaient l’invasion de la Russie et l’élimination des Juifs, on constate qu’une fois le premier inatteignable, Hitler "à défaut de pouvoir entrer dans l’histoire comme le plus grand des conquérants" aurait semble-t-il décidé de "devenir au moins l’artisan de la plus grande des catastrophes". Ceci expliquerait sa décision inepte de déclarer la guerre aux États Unis précipitant ainsi la chute du Reich.

Aussi, l’extermination des Juifs poursuivi jusqu’aux derniers instants mobilisant ressources humaines et matériels qui aurait pu indéniablement servir à la "vraie" guerre.

Sebastian Haffner conclu sur la terrible punition qu’Hitler infligea au peuple allemand qu’il vouait aux gémonies depuis qu’il avait compris que celui-ci n’était pas digne de ses folles ambitions. Ce "faux allemand" eut pour dernier but la destruction du peuple et du pays qui l’avaient fait roi ne laissant derrière lui que cendres et chaos.
Cedric BRU

Sebastian Haffner. Considérations sur Hitler. Tempus

Ecrits Meurtriers

Lus récemment

Millar3.jpg Un Sale Hiver de Sam Millar. Le Seuil Policiers
Sam Millar est l’enfant du couple improbable constitué par Raymond Chandler et Ken Bruen. Du premier, il tient le goût pour les intrigues touffues, les héroïnes perdues et les incarnations viriles, du second – irlandais comme lui – il possède l’érudition et le tropisme des répliques choc. Depuis qu’il narre les aventures de Karl Kane, Millar va en se bonifiant. Ce privé désinvolte et retors endosse parfaitement le costume du détective de concours et sa jeune et belle compagne qui lui sert aussi de secrétaire n’en rajoute que davantage à son charme. Un matin, Kane tombe sur une main coupée déposée sur le seuil de sa porte. Cette indigeste découverte additionnée à la demande d’une jeune et jolie jeune femme de retrouver un vieil oncle vont plonger KK dans l’univers sombre de Ballymena, bien connue en Irlande pour son trafic de drogue, et le conduire dans le sinistre abattoir de Belfast qui était déjà le décor de l’excellent Redemption Factory (2010) avant que cette série ne débute. De mauvaises rencontres en fulgurantes intuitions, Kane va avoir à faire à un serial killer néo nazi antisémite aux méthodes plutôt "tranchantes". On notera que c’était aussi le thème du dernier John Connolly (voir chronique). Coïncidence ou préoccupation grandissante chez ces deux ténors du polar gaélique ? Un Sale Hiver après Les Chiens de Belfast et Le Cannibale de Crumlin Road installe réellement Sam Millar, après quelques années à chercher sa voie (lire On the Brinks), parmi le peloton de tête des durs à cuir de la littérature policière.

Adenle.jpg Lagos Lady de Leye Adenle. Métailié
La réputation criminelle de Lagos est établie depuis longtemps. Une légende urbaine raconte même qu’un jeu de rivalité s’est instauré entre les gangs de la métropole nigériane qui consiste à être le premier à tuer à la sortie de l’avion tout Blanc "non recommandé". Plus d’un quart d’heure étant considéré comme éliminatoire ! C’est dans ce territoire hostile que Guy, web journaliste venu couvrir les préparatoires des élections présidentielles, débarque à Lagos. Il va y rencontrer la très belle et énigmatique Amaka qui préside aux destinées d’une association caritative dont le but est la protection des prostituées traitées ici comme du bétail. Mais cette rencontre dans la terrible grande ville noire lui réservent bien d’autres surprises en particulier la découverte de crimes rituels exécutés pour un lucratif trafic d’organes. Avec une intrigue à la Elmore Leonard où les seconds rôles donnent tout le piment à l’histoire, le Nigérian Leye Adenle livre un premier roman enthousiasmant. L’écriture est précise, le rythme haletant et l’intrigue – on l’a dit – épatante. Sa connaissance du milieu est essentielle pour rendre ce que seule l’Afrique dégage par ses us et coutumes. Rien n’est caricaturé, tout est réel dans ces violences aveugles, ces plaisirs tarifés et ces contrastes sociaux déments. Et c’est bien là le drame africain… Pour autant, comme le dit avec un effrayant bon sens un policier dont le quotidien consiste à gérer cette fatalité mortifère à notre journaliste épouvanté : "Ce que vous avez vu ce soir, je vous conseille de l’oublier. Ces choses-là arrivent dans notre pays, mais des choses pires encore arrivent dans le vôtre – on le voit sans arrêt à la télé"

Seskis.jpg Six Femmes de Tina Seskis. le Cherche Midi
Le thriller psychologique a ses règles. Davantage que de nous effrayer, il nous force à questionner nos sentiments, à interroger nos vies, contempler nos passés en envisageant les futurs qui en naitront. Six Femmes répond parfaitement au cahier des charges en mettant en place ce qui commence comme un désordre émotionnel et va devenir une tragédie pour une bande de copines de fac (le sont-elles encore ?)… Ces six quadras tentent de se revoir vaille que vaille tous les ans et cette année un pique-nique a été décidé à Hyde Park. Tina Seskis, dont Partir avait retenu l’attention des connaisseurs, nous propose une galerie de portraits qu’elle définit ainsi elle-même : "Sioban l’étourdie, Natasha la fonceuse, Sissy l’indulgente, Juliette l’écorchée vive, Renée l’ironique, Camilla la mère poule" et dont la réunion ressemble un peu à la définition de la catastrophe. Le pique-nique tourne court cédant sous les coups de boutoirs des attaques personnelles, des réflexions acides et des accusations perfides. Surtout, Sioban s’écartant du groupe se noie dans le Serpentine. Chacune en prendra conscience le lendemain, les vapeurs d’alcools et de rancœurs recuites dissipées. Tina Seskis va dès lors remonter le fil de ces amitiés anciennes souvent – comme les nôtres – basées sur des malentendus, des vexations ou des rivalités. Au fil des pages, on se rendra compte que chacune des protagonistes a sa part de culpabilité et d’égoïsme et que la mort de Sioban résonne comme le testament d’amitiés trop souvent menées sans conviction. Tromperies, infidélités, jalousies, cachotteries trouveront leur funeste conclusion dans un Hyde Park crépusculaire. Évoquant les meilleurs romans de Nicci French, Six Femmes est d’une efficacité rare en évitant les pièges de la sensiblerie pour toucher au cœur de l’âme humaine.

Connolly3.jpg Le Chant des Dunes de John Connolly. Presses de la Cité
Il en va des romans de John Connolly comme des marées. Certaines sont plus hautes que d’autres, charrient davantage de vestiges et d’épaves, déplacent plus ou moins d’écume. Le Chant des Dunes est à tout point de vue semblable à une grande marée d’équinoxe. Et ce n’est pas cette mystérieuse noyade inaugurale qui nous contredira ni le décor hors saison de Boreas petite station balnéaire du Maine où Charlie Parker s’est retiré après avoir miraculeusement échappé à la mort dans l’opus précédent (Sous l’Emprise des Ombres) Parker, homme d’actions déchu et damné, semble attirer le malheur quand on découvre un cadavre rejeté par la mer non loin de son provisoire point de chute. Parker pourtant n’essaye que de se remettre et d’oublier. Difficile quand on a une jolie voisine dont la fille est du même âge que celle du détective et dont le comportement énigmatique va la conduire à être sauvagement assassinée par un tueur monstrueux au service de plus dangereux que lui. La maman était juive comme le cadavre repêché et Parker aura, aidé par les inséparables Angel et Louis, vite le sentiment qu’un commando d’anciens nazis agit dans l’ombre. Superbe évocation de ces vieux tortionnaires s’arcboutant à une solidarité obsolète. Faisant encore le ménage pour cacher leurs atrocités comme dans ce camp de Lubsko qui accueillait en 1945 les juifs les plus aisés pour les faire cracher – dans un simulacre de bons traitements – l’emplacement de leurs richesses. Se jouant des faux semblants, Charlie Parker va s’accrocher à ses maigres forces et, une fois de plus, détrôner le Mal.

Cleave2.jpg Un Prisonnier Modèle de Paul Cleave. Sonatine
Après trois romans certes réussis Paul Cleave revient tout de même vers le héros qui a fait sa gloire en 2010 soit Joe Middleton l’Employé Modèle devenu ici Un Prisonnier Modèle. Retour en arrière. Quand Cleave donna vie à Joe Middleton, il mit également en branle une littérature policière originale et saignante. Originale par la sympathie qu’attirait son héros – également narrateur, personnage volontairement veule et benêt travaillant comme agent d’entretien dans un commissariat de Christchurch. Nlle Zélande. Originale aussi par cet humour décapant imprégnant l’écriture qui renvoyait autant à Jeff Lindsay (Dexter) qu’à Charlie Huston (Le Vampire de New York) et qui n’est jamais facile d’associer au crime. Crime d’autant plus affreux qu’il est multiple, aveugle et sans limite. Un Prisonnier Modèle (Joe Victim en anglais – c’est important !) débute quand Joe purge sa peine depuis un an et attend son procès qui déchaine les passions réveillant la tentation de la peine de mort. En prison, après avoir été un bourreau, Joe est devenu une victime expiatoire. Proie des matons et de codétenus malintentionnés, incompris des psys et des avocats, Middleton espère candidement une prochaine libération et ses retrouvailles avec Melissa son âme sœur, complice de ses derniers meurtres. En effet, à l’extérieur les choses s’activent et l’on suit avec un intérêt jamais démenti les manœuvres meurtrières de Melissa devenue la reine de la mort pour faire sortir Joe et de l’ex inspecteur Shroder qui lui l’avait fait coffré. Tout ceci est traité sur un mode décontracté et malin sans nous priver des délices d’une intrigue ébouriffante de rebondissements, de frissons et de suspense

Pavone.jpg L'Accident de Chris Pavone. Fleuve Noir
Le thriller littéraire est une niche assez peu explorée pour susciter intérêt et curiosité et conférer à l’Accident de Chris Pavone une place toute particulière. En effet, aujourd’hui c’est plutôt sur le web et les réseaux sociaux en particulier que tout se joue. La toile est l’idéal vecteur des infos les plus folles et l’antre du mal quand celui-ci décide de s’y distinguer. Pavone rend au livre ses vertus et sa dimension mystérieuse que Dante, Nietzsche, Dick ou Eco avaient en leur temps mis à jour. Le monde de l’édition new-yorkaise est brutalement bouleversé par la parution imminente d’un manuscrit à charge concernant un magnat de la communication people. Homme trouble au passé gênant qu’il cherche à cacher depuis toujours. Ce brulot au titre énigmatique l’Accident va parvenir à une célèbre agent littéraire qui va vite en comprendre la portée et l’extrême toxicité. Dès lors, une grenade est prête à exploser et ce n’est pas la mort de son assistante et l’intérêt oblique dont manifeste ses concurrents qui vont la contredire. Une course poursuite s’engage entre la détentrice du manuscrit, le supposé auteur et… les services spéciaux du gouvernement ! C’est peut-être là où le bât blesse. Trop de protagonistes dans ce passionnant polar au demeurant. L’exploration du monde littéraire est saisissante et suffirait à combler le lecteur. L’introduction de l’espionnage tapageur dans le monde feutré et solitaire de l’écriture risque de faire crisser les sensibilités et ne se justifie pas toujours. Reste un thriller haletant, instructif et moderne. De quoi contenter les amateurs de livres dangereux ou non.

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lesobsedestextuels.com est animé par Cedric BRU

Moib.jpg Le blog lesobsedestextuels.com a été fondé en 2005 par Cédric BRU, journaliste, écrivain, poète, homme de spectacle. Cédric BRU certifié et maître es lettres modernes a été critique littéraire et musical dans diverses revues (Rock&Folk, Imprévu, La Revue du Cinéma, Chemins de Traverse, Monts 14...)

Le blog avait pour vocation principale le compte rendu des soirées littéraires mensuelles des Obsédés Textuels qui se tinrent à l’hôtel Lenox Montparnasse de 2005 à 2010.

Bien connu du monde de l’édition, ami des écrivains, Cédric Bru avec plus de cinquante rencontres littéraires à son actif et plus de deux cents auteurs reçus dont des grands noms de la littérature contemporaine française tels que Yann Queffelec, Jean d'Ormesson, Lydie Salvayre, Franck Thilliez, Bernard Werber, Patrick Rambaud, Frederic Beigbeder, François Begaudeau ou Eric Halphen est un habitué de la critique et de l'animation littéraire.

Désormais principal animateur des obsedestextuels.com qui s’est au fil des ans spécialisé dans une critique assez pointue retenant particulièrement la littérature de pointe, la contreculture ou le polar contemporain, Cédric Bru ouvre régulièrement ces colonnes à des participations externes venues de son lectorat, de journalistes ou d’auteurs reconnus.

D'autre part, réunissant son goût pour la musique et l'écriture, Cédric Bru a fait paraître en 2004 un livre disque intitulé Contes Invivables qui propose aux lecteurs et aux auditeurs une plongée saisissante dans un univers sombre et désespéré qui rappelle les ambiances réalistes du roman noir et les dérives du monde du rock.
Cette approche originale a été saluée par nombre de critiques.

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