Les Obsédés Textuels

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Nous avons aimé ces derniers temps...

Nos derniers "Coups de Cœur"

De France...

SR2.jpgSR.jpg Pourvu Qu'elle Soit Rousse & Misere-Sexuelle.com de Stéphane Rose. La Musardine
Vous connaissez les Gérard, cette émission programmée sur Paris Première qui, parodiant les Césars, récompensent le pire de la télé. Stéphane Rose est le gros nounours des trois animateurs. Où les deux premiers rivalisent d’esprit et d’inventivité, Stéphane, bon camarade, passe les plats et fait les transitions. Mais, derrière ce personnage décalé se révèle un esprit original et un auteur doué. Maître es porno, Stéphane, assumant parfaitement son physique d’ours barbu, poilu, chevelu, turlututu... publie simultanément deux petits livres (dont une réédition : Pourvu Qu’elle Soit Rousse) dont la toile de fond est l’univers des sites internet. Dans le premier, paru en poche à La Musardine, Stéphane nous narre sa quête obsessionnelle de femmes rousses, seules à pouvoir "l’émouvoir". C’est un mélange de drôlerie, de romantisme trash et de poésie surréaliste. Bien écrit, à l’ancienne - on croirait du Matzneff jeune. Son second opus Misere-Sexuelle.com publié dans la collection Documents du même La Musardine est plus factuel et reprend en l’approfondissant l’aventure sexuelle numérique que Stéphane a vécu pour tenter de trouver ses rousses. L’intérêt majeur du livre, c’est qu’il paraît à un moment où les sites de rencontres ne sont plus tabous et où les rencontres "sérieuses" s’y produisent de plus en plus souvent. Stéphane Rose, néanmoins, montre le côté obscur du procédé, l’aliénation du consommateur et la manipulation de l’opérateur. En utilisateur compulsif, Stéphane Rose a la lucidité des grands blessés et le regard perçant des rescapés.

SP.jpg Mourir est un Art comme tout le Reste d' Oriane Jeancourt Galignani. Albin Michel
Pour un première roman, une biographie romancée et rythmée par la poésie de Sylvia Plath était un réel challenge. Ne tournons pas autour du pot, c’est assez largement réussi. Oriane Jeancourt Galignani paye incontestablement une dette ancienne à la poétesse américaine et tente par ce joli texte de l’inscrire définitivement dans le panthéon des grandes blessées de la littérature. Le grand mérite de la biographe reste de nous faire partager cette bipolarité (maladie "inconnue" à l’époque) de Sylvia, ce rapport disjoint avec la réalité et sa famille et, enfin son incandescente révolte, une fois bafouée, contre son mari/bourreau – célèbre poète - qui en fit une égérie des féministes américaines. Le pari d’émailler le texte d’extraits de Plath est à double tranchant : était-il pertinent ou non ? Car telle est la question, maintes fois posées : l’œuvre reflète t-elle l’auteur, n’y a t-il pas toujours sublimation par l’œuvre d’une vie forcément en deçà. C’est le bandeau qui ceint le livre et sur lequel est inscrit "Le secret de Sylvia Plath" qui détient la réponse. Le secret de Sylvia n’était pas dans sa vie, il était dans sa poésie, singulière, loin des beatniks (Ginsberg, Kerouac...) ou des classiques (Amis, Hughes...). Sylvia Plath dans son approche confessionnelle était à la fois proche d’un Dylan Thomas et de sa brûlante désespérance, d’une Ingeborg Bachman et de son froid dégoût et plus, inattendue, des nouvelles blafardes d’un Raymond Carver. Comme eux, elle n’y survécut pas.

Caligaris.jpg le Paradis entre les Jambes de Nicole Caligaris. Verticales
Nicole Caligaris s’inscrit dans une tradition littéraire underground poursuivant une œuvre tranchée et sans concessions. Ce dernier opus met à jour la fréquentation essentiellement épistolaire qu’elle entretint avec Issei Sagawa, le meurtrier cannibale de Renée Hartevelt en 1981. Coïncidence hier, réalité aujourd’hui, l’auteure était condisciple des deux sombres héros sans les avoir par ailleurs beaucoup fréquentés. A vrai dire, elle ne les connaissait quasiment pas. Pourtant, quand Sagawa fut incarcéré, Nicole lui écrivit comme pour témoigner d’une présence à défaut d’un soutien. Une correspondance s’en suivra. Regret que le livre se perde un peu, dès lors qu’il s’agit d’en faire le sujet principal. L’auteure vire, tourne, raconte sa jeunesse, son altérité et puis revient à Sagawa via Bacon ou Paulhan. Au final, dans une langue souvent magnifique, toujours ambitieuse, Nicole Caligaris vainc ses scrupules et termine son texte par la publications des lettres gardées secrétés du japonais cannibale. Un document littéraire et criminel.

Osmont.jpg Éléments Incontrôlés de Stéphane Osmont. Grasset
La jeunesse affranchie des années 70 avait deux grilles de lecture : l’engagement politique, généralement d’extrême gauche (manifs, conscience de classe...), et la culture rock (musique, drogues...) Les deux pouvaient cohabiter mais elles restaient des croisades distinctes se jetant des regards méfiants.Stéphane Osmont auteur du Capital, récemment porté à l’écran par Costa-Gavras, nous fait revivre au gré d’une histoire d’amour entre une égérie révolutionnaire et un jeune activiste révolté toute l’effervescence militante qui régnait dans ces années d’utopies violentes. Des manifestations lycéennes post soixante-huitardes aux actions radicales de la Bande à Baader, des Brigades Rouges, de Prima Linea jusqu’à Action Directe, nous revisitons une époque à l’urgence prométhéenne, battant en brèche tous les tabous. Beau diaporama à la couleur sépia qui griffe encore le cœur et nos souvenirs de rêves enfouis, de musiques nouvelles et d’amis perdus.


D’ailleurs…

rees.jpg Adolf Hitler. La Séduction du Diable de Laurence Rees. Albin Michel
Laurence Rees s’est spécialisé par l’image comme par l’écrit dans la sombre fresque hitlérienne. Reprenant quelques éléments d’Ils ont Vécu sous le Nazisme, l’auteur anglais retrace ici l’itinéraire du tyran sous l’angle quasi psychanalytique du leader charismatique. En effet, comment expliquer qu’un homme sans envergure physique ni intellectuelle, sans réseaux ni fortune, refusant tout débat et répugnant à la conversation soit devenu le temps d’une macabre épopée le maître du monde. Rees l’interprète par le charisme (la voix, le geste, la prestance, la capacité d’inspirer et de motiver les gens à faire plus que ce qu’ils auraient fait normalement en dépit des obstacles et des sacrifices) ajouté au contexte historique (esprit de revanche allemand face au Traité de Versailles, crise économique abyssale, faiblesse des partis...) Le bûcher était prêt, Hitler fut celui qui alluma la mèche. Indispensable !

Thompson.jpg L'Affaire du Requin qui Valait Douze Millions de Don Thompson. Le Mot & le Reste
"Ne sous estimez jamais l’incertitude des acheteurs dans l’art contemporain et combien ils ont constamment besoin d’être rassurés" Cet avertissement à l’auteur d’un ancien de chez Sotheby’s éclaire ce remarquable document d’une lumière opaque qui reste la marque ambiguë de ce secteur. Tous ceux qui s’intéressent de prés ou de loin à l’art contemporain auront à cœur de lire cette passionnante et foisonnante enquête (à l'anglo-saxonne...) où rien n’est négligé et où défilent collectionneurs, courtiers, artistes, agents, galeristes, consignateurs et marchands dans un théâtre d’ombres digne des plus complexes scénarios d’espionnage. On comprendra ainsi que l’art contemporain, au demeurant très souvent passionnant, peut-être qu’une simple caution et un prétexte à spéculations et ambitions manœuvrières. Témoin, ce pauvre requin (déjà deux fois reconstitué...) que Damien Hirst avec la complicité de Charles Saatchi, coupa en morceaux, isola les parties dans des produits mal adaptés, présenta de piètre manière et vendit douze millions de dollars pour le voir sensiblement ignorer depuis. Qu’importe, l’improbable avait gagné la bataille du goût. L’art contemporain est indiscutablement, à l’instar de certaines industries de pointe, le règne de "l’innovation radicale". Indispensable et définitif.

self2.jpg Le Piéton d'Hollywood de Will Self. L'Olivier
Dans les dernières pages de l’ouvrage, l’auteur, à l’instant du bilan, qualifie son texte de "tordu, décousu et mélancolique". En effet, Le Piéton d’Hollywood est une déliquescence consciemment entreprise de l’œuvre de Will Self. Le génial – le mot n’est pas trop fort, personne ne l’égalait ! – auteur de Vive Versa, Des Grands Singes ou de No Smoking, passe du côté obscur et au prétexte de l’écriture schizophrénique (Qui suis-je vraiment ? Jouons nous nos vies ?...) nous propose un Lunar Park à la Ballard. Ceux qui tiendront la lecture – les plus farouches d’entre nous -, comprendront vite que l’art n’est malheureusement que balbutié dans la littérature d’aujourd’hui et qu’Ellis, Nick Baker, entre autres, ne sont pas à la mesure de leurs pensées. Seul, Orson Welles avait compris cela et La Soif du Mal tuait définitivement le cinéma pour éviter qu’il se reproduise mal. On comprendra dans les toutes dernières lignes qu’une œuvre a ses lignes de force. Celle-ci n’y échappe pas même si elles déconcertent

soler.jpg Lausanne d' Antonio Soler. Albin Michel
Une femme prend un train de Genève à Lausanne durant quarante cinq minutes. Dans ce temps bref, pris dans un wagon anonyme, Margarita va tirer les fils de sa vie et du souvenir cuisant, jamais éteint, de l’adultère, de son mari Jesùs, homme faible et terne, atteint désormais d’un cancer, avec l’olympienne Suzanne, beauté inaccessible morte depuis, qui renvoya pendant sept ans durant Margarita à sa condition de femme sans grâce. Antonio Soler, en l’espace de ce court voyage plonge dans un climat qui n’est pas sans évoquer celui d’un Hermann Hesse ou d’un Patrick Modiano. Compartiment d’ombres – la Suisse s’accommode bien de ces ambiances -, le wagon est peuplé de voyageurs qui évoquent à Margarita tous les protagonistes de son drame intime. Lausanne, ultime étape de son calvaire où elle annoncera la mort prochaine de leur père à ses enfants. Margarita qui sait que "le cœur est fabriqué avec des mensonges" tentera de continuer à vivre. C’est superbe d’émotions indicibles et de temps suspendu.

Au rayon polar...

Rolon.jpg La Maison des Belles Personnes de Gabriel Rolon. Belfond Noir
La psychiatrie a pris dans le polar moderne une place de plus en plus envahissante : mémoire en miettes, troubles comportementaux, désordres cognitifs font la joie des auteurs retrouvant dans ces pathologies la Mère des sujets à énigme : la Folie. La singularité et surtout l’attrait de ce premier roman est non seulement qu’il soit écrit par un homme de l’art (un psychanalyste...) mais surtout qu’il n’est pas absolument chercher à jouer aux écrivains policiers. Ce Pablo Rouviot, psy sans concessions, va mettre sa science de l’écoute et des conséquences qu’elle entraîne au service d’une histoire trouble et malsaine où il doit confirmer le parricide d’un jeune psychotique quand tout l’entraîne à penser le contraire. Mieux qu’un Kellermann ou qu’un Grangé, Gabriel Rolon nous guide dans le labyrinthe de la pensée tout en nous donnant un peu à connaître de la psychanalyse. D’une pierre... deux coups !

cook.jpg L’Étrange Destin de Katherine Carr de Thomas H. Cook. Seuil Policiers
L'Étrange Destin de Katherine Carr est la nouvelle réussite de Thomas H. Cook. Car il n’est pas d’autres termes pour inlassablement qualifier les opus de ce géant de l’univers policier. Moins sophistiqué que le sidérant Au Lieu Dit L’Étang... mais peut-être encore davantage intriguant, ce plus court roman se lit le cœur au bord des larmes tant l’émotion d’un père rongé par la mort de son jeune fils dont il se sent responsable nous expose aux émotions les plus vives. George Gates, journaliste local, va se prendre de passion, avec la complicité d’une enfant surdouée, mais n’ayant que quelques semaines à vivre, pour la vie et la mort mystérieuses d’une jeune femme du village disparue quelques années plus tôt. Brumes du passé, douleurs à vifs et nuits d’angoisse rapprochent Cook désormais d’un Henry James captivé par Agatha Christie et frôlé par les sœurs Bronte

Lchild.jpg 61 Heures de Lee Child. Calmann-Lévy
Jack Reacher a récemment fait le buzz grâce à l’interprétation très médiatisée qu’en a faite Tom Cruise (drôle de choix quand on sait que Reacher mesure... 1m96! ) récemment au cinéma. Pour notre part, nous apprécions de longue date ce héros récurrent de Lee Child, type même du loup solitaire entre Rambo et Jason Bourne. Ce 61 Heures est à ranger parmi ses meilleures aventures. Comme d’habitude, l’intrigue va s’imposer à Jack plutôt que l’inverse. Fauve en sommeil mais toujours à l’affût, l’ancien militaire d’élite va devoir faire face à nombres d’ennemis intérieurs et extérieurs dans un milieu hostile balayé par la neige. Difficile pour lui de vaincre l’adversité, bloqué dans un bled paumé qui n’a comme seule reconnaissance que celle de détenir la plus grande prison du pays au bord de la mutinerie. Jack n’aura, dès lors, d’autres choix que d’activer ses réseaux secrets et son indestructible "fighting spirit".

Craig2.jpg La Phrase qui Tue de Craig McDonald. Belfond Noir
Après Rhapsodie en Blue, et On ne Meurt qu’une Fois, on a droit avec cette Phrase qui Tue à la dernière apparition de "Papa" Hemingway dans les aventures d’Hector Lassiter écrivain prometteur de la Lost Generation et authentique création de l’épatant Craig McDonald que nous avions mis en avant dès La Tête de Pancho Villa.L’auteur nous entraîne, régal pour nous Français, dans le Paris des années 20 où l’intelligentsia américaine faisait la loi dans les salons et les cafés de Montparnasse quand Hemingway débutait. Mais, ce Paris de la fête va être vite assombri par une série de meurtres visant des directeurs de revues tous américains. Hector, Papa et la belle Brinke vont plonger dans une histoire digne du meilleur Agatha Christie ou bien des surprises littéro-policières les attendent. A noter, que les indications sur le Paris de cette époque et ses intrigues ne dépareraient pas dans les études de notre cher Jean-Pierre Caracalla, maître es littérature de Montparnasse.

thora.jpg L'Ange du Matin d' Arni Thorarinsson. Métailié
Une fois de plus, Arni Thorarinsson nous séduit par sa dernière livraison. Virtuose de l’intrigue policière, l’auteur islandais orchestre ses polars autour de la figure du journaliste d’investigation et signe ainsi sa dette à Horace McCoy. Thorarinsson fait de Einar, journaliste cabossé mais précieux du Journal du Soir, un héros emblématique d’une Islande contemporaine déboussolée dont il écrit "cette société qui oscille entre rêve de grandeur et autodestruction, complexe d’infériorité et mégalomanie". Cet Ange du Matin, est précisément inspiré de la crise financière de 2008 qui vit l’économie islandaise s’effondrer et Les Nouveaux Vikings, hommes d’affaires aux ambitions extravagantes, avec elle. Le petit pays connu, dès lors, une population divisée et maussade prenant conscience du mal. Einar va devoir retrouver l’enfant kidnappée d’un de ces magnats et, en parallèle, élucider la mort d’une factrice sourde. Le haut du pavé souillé et l’éternel malheur des humbles...

Pour retrouver nos anciens coups de cœur (4 ans maximum), rendez-vous sur les billets "archives" dans la catégorie coups de coeur

Décès d'Anita TUYAGA

Anita2.jpg Les Obsédés Textuels ont l'immense douleur de vous faire part du décès d'Anita TUYAGA à l'âge de quarante huit ans.

Compagne de Cédric BRU, elle était surtout l'infatigable hôtesse de nos soirées et la rédactrice de nombreux "coups de cœur".

Son sourire, sa discrétion et son talent feutré l'avaient fait remarquer par l'éditeur Jean-Michel Place chez qui elle travailla 6 ans. Originaire du Burundi, Anita était devenue au fil des ans l'atout charme des Obsédés Textuels et la chouchou du public comme des auteurs.

Vous comprendrez que les Obsédés accusent actuellement un sacré "coup de blues"...

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La Demeure Eternelle de William Gay

Marqués par la Peine

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Le Sacre du Rock de Steven Jezo-Vannier

Histoire d'un malentendu...

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Kalooki Nights d'Howard Jacobson

Dessine-moi un Juif...

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Ici Londres ! Une Histoire de l'Underground Londonien depuis 1945 de Barry Miles

Pop Save The Queen...

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Interview de Richard Morgiève (janvier 2012)

A l'occasion de la parution de United Colors of Crime

Physique de vieil ado, visage taillé à la serpe, ventre plat de bouffeur d’espaces. Tel est l’homme que nous retrouvons au bar de l’hôtel Lenox Monparnasse.

Rebelle de la littérature depuis ses débuts, ce pirate sait rentrer dans le rang à point nommé. Son titre précédent Mouton que nous avions farouchement défendu délirait quand même grave...

United Colors of Crime (déjà acheté par le cinéma…) est un de ses meilleurs romans lisibles – peut-être le meilleur.

C’est en tout cas, comme il nous le confiera, le seul de ses livres où il n’a pas employé le mot "bite" !

Pour payer proprement sa dette à la littérature qu’il aime. Celle des années 50 où les hommes étaient durs mais pudiques. Moteur. Action !

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Les Obsédés Textuels : Il est souvent apparu que les jeunesses fracassées – comme la votre – donnent des destins exceptionnels : grands hommes mais aussi grands criminels…
Richard Morgiève : Je trouve qu’il vaut mieux rire dans une Cadillac que pleurer dans le métro. Vous savez on a le destin que l’on a et on essaie de s’adapter. Bref, je n’ai pas de théorie là-dessus… J’ai fait ce que j’ai pu !

L.O.T : Vous sentez vous un marginal de la littérature comme certains le sont de la société ?
R. M : Oui car ça va de pair. J’ai commencé par être un marginal de la société et je le suis resté à ma manière même si je fais partie du système littéraire. Mais, je ne me sens pas proche du tout de mes confrères. Je me sens séparé d’eux pour beaucoup de raisons d’ordre morale et politique et je me satisfais pleinement d’être à ma place et eux à la leur.

L.O.T : En répondant au questionnaire de Proust, vous dites, quand on vous demande votre personnage de fiction préféré, Gu. J’imagine que vous faites référence au héros du Deuxième Souffle (Jean-Pierre Melville. 1966. ndlr) ?

R. M : Oui absolument ! C’est le personnage employé à plusieurs reprises par José Giovanni qui a écrit de grands livres et le film qu'en a tiré Melville est un immense chef d’œuvre. Gu m’a toujours fasciné. Le "monde des hommes" m’a sans cesse attiré comme dans la littérature américaine avec cette fameuse question dont tout découle "En avoir ou pas…" (Roman d’Hemingway. 1937. ndlr)

L.O.T : Venons-en à United Colors of Crime, roman polymorphe et hypnotique, où l’on découvre un gregario en fuite de la Mafia répondant au nom de Chaïm Chlebek alias Ryszardz Morgiewicz. Encore le passé qui vient vous tirer les oreilles... ?

R.M : (sourire) Oui, c’est une drôle d’histoire… Comme quoi, on peut faire de l’autofiction sans vouloir en faire. En 2010, après Mouton (cf. archives), j’ai eu une crise d’inspiration de 15 mois où je jetais tout, n’étais content de rien. Je me suis aperçu que j’étais en pleine crise d’identité. Mon identité s’était fractionnée en trente livres et, soudain, j’ai découvert en consultant mon bulletin de naissance que je n’étais pas né sous le nom de Richard Morgiève mais sous le nom de Ryszardz Morgiewicz et n’ai eu mon nom français qu’à l’âge de quatre ans. Nom polonais qui était bien celui de mon oncle mort – ou supposé mort à Monte Cassino –. Et là, j’ai pensé que je ne pouvais résoudre mon problème d’identité qu’en la reconstituant dans une réalité, car en tant qu’auteur je ne peux écrire que lorsque je crois totalement en ce que j’écris – ce qui est un défaut, j’en conviens.

L.O.T : N’est ce pas le propre de l’écrivain ?

R. M : Non, je pense qu’il y a des écrivains qui ont une distance gracieuse avec leur récit.

L.O.T : Ça change la vie de découvrir son passé à 60 ans ?

R. M : Ça ne change pas la vie mais ça m'a conforté dans le fait que je suis issu d’une famille bizarre, très noire, avec des morts, des meurtres, des choses extrêmement lourdes en termes de passé et tout ça rejaillit dans mes livres et là, dans le fait d’avoir un prête-nom idéal, j’ai pu vivre une nouvelle vie.

L. O. T : Vous avez l’air plutôt satisfait de cette affaire de bulletin de naissance sorti d'un tiroir oublié…

R. M : Bien sûr, c’est un coup de chance phénoménal ! Ça m’a aussi permis d’écrire sur les États-Unis, ce que j’attendais depuis plus de 20 ans, et ça grâce à Chaïm Chlebek, héros qui m’a extrêmement marqué et dont je n’envisage pas de me séparer tout de suite…

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L. O. T : United Colors of Crime remet à jour votre talent d’auteur de polar que vous avez un temps renié. On se croirait chez James Crumley ou Boston Teran.

R. M : Oui, c’est vrai que je l’ai renié parce que je n’étais pas auteur de romans policiers même si les livres que j’ai écrit empruntaient des éléments du polar. A cet égard, United Colors of Crime qui est, je suis bien de votre avis, un roman policier mais qui intègre aussi le western et, surtout ce que je voulais faire, il intègre la grande Histoire avec cette référence aux années 50 des États-Unis. Le roman se déroule en 1951, juste avant la bombe H, quand la terreur est encore humaine. Le monde sort de la guerre avec l’envie de vivre et apparait le maccarthysme, sorte de fascisme qui ne dit pas son nom et qui fit de ce pays un état totalement paranoïaque dont il garde encore les traces… Vous savez, l’Amérique est inconsciente de son histoire.

L. O. T : Je vous ai découvert avec un roman que je n’ai cessé de recommander depuis qui est Sex Vox Dominam (Calmann Lévy. 1995). Redoutable opus qui contenait déjà tous les éléments de votre écriture entre violence et poésie, brutalité et douceur…

R. M : J’adore ce livre… En plus il est drôle. C’est vrai qu’on retrouve beaucoup de mon univers autant dans Sex Vox Dominam que dans United Colors of Crime A la différence que dans ce dernier, j’ai énormément travaillé le style pour qu’il soit logique par rapport à l’époque et moderne à la fois. Pour la première fois de ma vie, j’ai utilisé les points de suspension pour rendre hommage à l’histoire plutôt qu’à mon ego...

L. O. T : En effet, le style est superbe, brutal, sensuel, chaloupé…

R. M : J’ai essayé de faire un livre très beau mais surtout juste par rapport à l’époque. Et concernant le style, j’ai fait allégeance aux 50’s et aux héros de ces années. La brutalité ne passait pas par la violence verbale et c’est ce que j’ai voulu rendre, sortant par là de mes habitudes littéraires. De plus, j’ai voulu, à côté de cette violence, écrire une histoire glamour en quelque sorte...

L. O. T : Il y a cette étrange histoire d’amour avec Dallas l’Indienne et cet argent volé à la Mafia. On est carrément dans Peckinpah de The Getaway...

R. M : Absolument ! Vous êtes tombé pile. The Getaway (Sam Peckinpah. 1972. ndlr) est certainement un de mes films préférés et il y a quelques temps en le revoyant je me suis rendu compte qu’à un moment du film un train descend à Alpine (un des lieux de United Colors of Crime)… Mon inconscient a fonctionné et a lié les deux.

L. O. T : Enfin, vous, célinien en diable, pensez-vous comme lui que "l’amour c’est l’infini à la portée des caniches" ?

R. M : (sourire)… Moi je dirais que l’amour c’est ce dont on a tous besoin, ce dont toutes les histoires ont besoin et sur quoi tout se fracasse à la fin. L’amour n’existe que dans une projection. C’est un horizon. Mais malgré tout, je serais moins cruel que Céline car s’il n’y avait pas l’amour, je n’écrirais pas.

Propos recueillis par Cédric BRU

United Colors of Crime. Carnets Nord

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Quand nous Étions des Dieux...

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Le Chainon Marquant...

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Interview d'Alec Covin (mars 2011)

A l'occasion de la sortie du Général Enfer

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Mots d'Auteurs

Témoignages d'écrivains...

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La Blessure la Vraie de François Bégaudeau

Jeunesse Foirée

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Axolotl Roadkill d'Helene Hegemann

L'Enfant Sauvage

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Bonne Année !

Chers ami(e)s,

Les Obsédés Textuels vous souhaitent une excellente année 2011.

Comme vous l'avez constaté, 2010 qui marquait nos cinq ans d'existence a été couronnée par la présence de Frédéric Beigbeder lors d'une soirée mémorable.

Depuis, nous menons une réflexion exigeante sur une nouvelle formule qui nous permettrait, non seulement de renouveler le concept, mais aussi et surtout d'assurer un public plus nombreux dans une période difficile à attirer un auditoire pour écouter parler littérature.

Nous en sommes certains, vous serez au rendez-vous de cette nouvelle ère des Obsédés Textuels qui devrait prendre un tour plus polémique. Mais n'en disons pas plus et gardons la surprise...

Vive la littérature et bienvenue aux écrivains !

Enfin livres !

Michel Houellebecq et Virginie Despentes, que nous défendons depuis des années connaissent enfin la consécration et la même année.

Nous avions fait une longue critique d'Apocalypse Bébé et la Carte et le Territoire s'éternise dans nos "coups de coeur"

Cette reconnaissance nous amène à espérer que nos chouchous (nous sommes restés très yé-yé...) n'y voit qu'une étape et surtout pas une fin.

A vrai dire, nous leur faisons confiance et donnerions à lire leurs textes même à nos enfants. C'est dire !!

Bientôt, une nouvelle formule !

Réflexions et participation...

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Apocalypse Bébé de Virginie Despentes

Même pas mâle...

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Le Credo de la Violence de Boston Teran

Putain de Camion...

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Interview d'Eric Halphen (juin 2010)

A l'occasion de la sortie de La Piste du Temps

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Soirée du 19 mai

L'AVENTURE YÉ-YÉ : Le Temps des Idoles

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