Les Obsédés Textuels

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Ecrits Meurtriers

Lus récemment

Barclay3.jpg En Lieux Sûrs de Linwood Barclay. Belfond
La production de Linwood Barclay est inégale. A côté de Les Voisins d’à Côté ou Fenêtre sur Crime qui frôlent le chef d’œuvre d’autres titres sont plus faibles. Avec ce nouvel opus, le Canadien peut espérer rejoindre définitivement le peloton de tête des maîtres du genre. En effet, En Lieux Sûrs est une totale réussite empreinte de tout ce qui fait la force et le charme d’un grand polar. Véritable page turner, ce thriller aux multiples facettes fascine du début à la fin. Un caïd de province tranquille – qui n’est pas sans rappeler un Humphrey Bogart en bout de course – a monté avec son petit gang une affaire lucrative à la conception lumineuse. Placer chez des gens sans histoires et insoupçonnables, l’argent et la drogue que lui confient ses commanditaires évitant ainsi tous les risques de perquisition. Tout marche comme sur des roulettes jusqu’à ce que deux ados se trouvent dans une de ces caches au mauvais moment et provoquent le début d’une descente aux enfers pour les parents de la jeune fille et pour Vince, le malfrat finissant atteint d’un cancer. Les premiers vont tout faire pour préserver leur enfant, le second étant fermement résolu à reprendre la situation en main quand tout semble lui échapper. La puissance d’ En Lieux Sûrs tient particulièrement à sa composition et à son schéma narratif qui expose les situations sous plusieurs angles au gré des personnages impliqués telle une caméra subjective. L’histoire parallèle sert admirablement le récit sans fatiguer le lecteur. Enfin, le duel ambigu que se livrent ce couple fracturé et un truand aux abois qui les aida plusieurs années auparavant est tout simplement ahurissant. Conclusion : suspense reptilien, sentiments contraires et action tonitruante sont au rendez-vous de ce polar indispensable.


gerritsen4.jpg Écorchures de Tess Gerriten. Presses de la Cité
A vrai dire, nous avions délaissé Tess Gerritsen depuis l’apparition de l’affligeante série TV mettant en scène Rizzoli & Isles, où nos deux héroïnes, tout brushing dehors, avaient perdu ce sang qui faisait la valeur des romans les mettant en scène. Bien nous en a pris de parier sur cet Écorchures dans lequel nous avons retrouvé tout ce qui fait le charme et l’extrême qualité des thrillers de l’ancien médecin devenu auteure à succès. A l’instar d’une Mo Hayder ou d’une Lisa Gardner, Tess Gerritsen a la faculté de sans cesse se renouveler, d’utiliser de nouveaux ressorts dramatiques et de repousser les limites du suspense. Dans Écorchures, la policière et la légiste de Boston ont affaire à un tueur sanguinaire dont les meurtres ramènent aux pratiques les plus insupportables de la chasse aux grands fauves. Victimes écorchées, dépecées et laissées mortes et pendues comme celles d’un léopard. Précisément, c’est la mort de Léon Gott, un célèbre chasseur et taxidermiste qui va les mettre sur une piste africaine qui vit, six ans auparavant, tout une équipe dont Elliott, le fils de Gott, partie pour un safari ne jamais revenir à l’exception d’une jeune femme à jamais traumatisée. Rizzoli & Isles pénètrent dès lors ce monde cruel et fascinant de l’étude et de la chasse des grands félins. Elles vont remonter nombre de pistes – souvent fausses ou infructueuses - les conduisant à des morts aux allures sacrificielles en rapport avec celle de Gott, soit, entre autres, éviscération et pendaison. S’acharnant à retrouver le guide de l’expédition maudite, les deux femmes vont aller de surprises en désillusions et vite comprendre que le plus sophistiqué des prédateurs est assurément bien l’homme.


Morrow.jpg Duel de Faussaires de Bradford Morrow. Policiers Seuil
Le polar campe de plus en plus dans des territoires généralement éloignés du crime. Littérature universelle, il nous donne l’occasion de visiter des mondes et d’investir des univers comparables à des niches en terme marketing. Duels de Faussaires du nouveau venu Bradford Morrow (65 ans et six romans à son actif… !) nous entraîne dans le domaine feutré de la bibliophilie. Ni totalement thriller littéraire, ni vraiment roman policier à énigmes, cet opus développe la partie d’échec meurtrière que se livrent deux, voire trois protagonistes qui ont hérité du double vice de la collection et du plagiat. Ici, les victimes s’appellent aussi Conan Doyle ou Yeats. Tout commence quand on retrouve mort avec les mains coupées Adam Diehl collectionneur et, si l’on en croit le narrateur – amant de la sœur du défunt – faussaire à ses heures. C’est justement le narrateur qui a du souci à se faire dès lors où il reçoit des lettres anonymes écrites et signées de la main de Doyle, Shakespeare ou Henry James. Ces lettres menacent et révèlent les crimes bibliophiliques du narrateur. Ce dernier ne tarde pas à identifier le corbeau et une confrontation enchâssée dans le chantage va alors commencer. Difficile d’en dire plus si l’on ne veut pas bousculer l’ordre vénérable imposé par la bibliophilie quand elle est à son sommet. Artistes, artisans, dangereux maniaques ou escrocs sans vergogne composent le contingent de ces faussaires qui donnerait leur vie et prendrait celles des autres pour un prestigieux paraphe ou un texte apocryphe. L’écriture est somptueusement maitrisé comme si elle voulait coller à celle des maitres qu’elle évoque quand l’intrigue prend des allures de toile d’araignée. La fin est stupéfiante. Comme le début. A découvrir.

SM4.jpg La Main de Dieu de Philip Kerr. Le Masque
"Le football, quatre-vingt-dix minutes de sport et toute une colonne Trajanne de haine et de ressentiment" lâche Scott Manson page 193. Le deuxième volet de ses enquêtes se déroule donc en Grèce ce qui explique le sens de son commentaire. Une fois de plus, le grand Philip Kerr – de plus en plus graphomane (deux séries – le retour de Bernie Gunther annoncé pour fin mars - plus des unitaires à son actif) mêle l’Histoire et l’anecdote, la politique et le social, et ici le football et le crime. Le Mercato d’Hiver (voir chronique) nous avait présenté Scott Manson ancien joueur professionnel de Première Ligue devenu entraineur du club (fictif) de London City. Ce dernier avait démêlé l’intrigue difficile de la mort de son chef le charismatique entraineur Joao Zarco. Ayant repris les fonctions du défunt, il part jouer un premier tour de Ligue des Champions à Athènes contre l’Olympiakos. Le match vire au drame quand Bekim Develli meurt foudroyé en fin de première mi-temps. Le match retour devant avoir lieu une semaine après, l’équipe anglaise va être assignée à résidence le temps qu’autopsie, enquête et passe-droits soient effectués. Dès lors c’est Hercule (Poirot !) au stade ! Scott va devoir s’immerger dans le vie athénienne gangrénée par la corruption et la mauvaise gestion de sa population. Si l’on y rajoute les intérêts toujours plus aiguisés des agents, manager, propriétaires de clubs, on a de quoi regarder le football d’une autre manière. Philipp Kerr, sur de son art, se régale à relever les dysfonctionnements d’un pays pour lequel il ne semble pas avoir une grande sympathie. Scott qui "connait la difficulté d’élucider un crime tout en dirigeant une équipe" va mettre son nez partout quitte à payer de sa personne. La Main de Dieu (en référence à un célèbre but marqué de la main par Maradona en 1988) est un régal pour spécialistes du ballon rond qui savoureront les références footballistiques. Les autres pourront trouver le rythme un peu lent, les détails légion, le schéma narratif proche de celui du théâtre et le thème spécialisé. Mais jamais ô grand jamais, ils ne pourront passer à côté d’une des meilleurs plumes policières de notre temps !

Rabbott.jpg Une Famille Trop Parfaite de Rachel Abbott. Belfond
"Les gens font toutes sortes de choses étranges pour des raisons qu’eux seuls saisissent" Cette phrase d’apparence anodine reflète presque idéalement l’univers du thriller pavé de mauvaises intentions souvent inexplicables. Sleep Tight (que nous préférerons au racoleur Une Famille Trop Parfaite) confirme le sens inné de Rachel Abbott pour mettre à jour la cruauté domestique, la violence ordinaire et la folie invisible. Tout a été écrit sur l'auteure : ses débuts en auto production, son irréductible carré de fidèle, ses publications directement accessibles sur Amazon et aujourd’hui – enfin reconnue des professionnels de la profession -, une des auteures les plus authentiques qui soient. On l’a vu avec Le Passé de Samantha Hayes par exemple, le thriller dit psychologique a tendance à s’essouffler, à tourner en rond. Surement trop économes de ressorts narratifs puissants, beaucoup d’auteurs cherchent un second souffle. Ici, Rachel Abbott revient à la base même de tout bon polar psychologique, de ceux qui vous mettent la chair de poule et vous obligent à tourner les pages, c’est-à-dire le suspense. Mais le suspense avec un grand S. Une femme ; Olivia, et ses trois enfants sont menacés par leur père et mari, Richard, ce dernier déséquilibré et furieusement possessif à l’égard de sa femme. D’autant qu’Olivia n’a jamais oublié un amour brisé neuf ans plus tôt. Abbott recycle avec une maitrise rarement atteinte sauf chez Lisa Gardner, Harlan Coben ou Peter Watson le thème de l’ogre. Ces hommes furieusement obsédés à double personnalité chers aux thrillers anglo-saxons font le bonheur du lecteur quand à chaque instant leur déséquilibre peut les pousser à repousser l’intrigue encore plus loin dans l’épouvante et la folie. Tom Douglas le héros récurrent d’Abbott, moins à la manœuvre que dans les précédents opus, va avec son équipe remonter une machination qui n’a rien à envier aux grandes affaires de serial killers ou de disparitions non élucidées. Cinquante page de moins et on tenait un chef d’œuvre.

Evénements et Biographies Malades

Lus récemment

simonnot.jpg La Nuit pour Adresse de Maud Simonnot. Gallimard
Dans les années 1920, Paris était la capitale des arts et Montparnasse son épicentre. C’est dans ce quartier parsemés de lieux de plaisir (night clubs, bars, brasseries…) qu’élurent domicile nombre d’expatriés anglo-saxons (Ernest Hemingway, James Joyce, Nancy Cunard, Ezra Pound…), fous de littérature, engoncés dans leurs pays d’origine et aspirant à la vie de bohème. Robert McAlmon fut une des figures marquantes de ce contingent. Sylvia Beach disait de lui qu’il était le centre de Montparnasse. Maud Simonnot livre ici une biographie passionnante, documentée, riche en détails même si, à la fin, le mystère McAlmon, homme insaisissable, reste entier. Moins connu que ses compatriotes dont il était pourtant souvent le mentor et l’éditeur, McAlmon avait un credo "Tout sauf l’ennui" ce qui se traduisit par une vie placée sous le signe du plaisir (voyages incessants, vie nocturne, bisexualité, alcool en permanence et littérature). Éditeur qu’on qualifierait aujourd’hui d’underground, il publia dans sa revue Contact beaucoup de ce que Montparnasse comptait de célébrités américaines (Gertrude Stein, Djuna Barnes, William Carlos Williams…) Pour ses compatriotes, il cumulait deux qualités essentielles qui faisaient oublier les défauts qui l’accablaient quand il était sous l’empire de l’alcool : il publiait et il était riche (grâce à un mariage arrangé avec une fortune anglaise). Les dégénérés de Paris auxquels il apporta un soutien financier constituèrent ce qui devint la bande de McAlmon, cortège de noceurs sans limite. Sa vie (naufragé, improductif et aigri a-t-on pu lire) fut toutefois perpétuellement assombrie par ses échecs éditoriaux et littéraires (peu respectaient ses écrits à leur juste valeur) et une mélancolie sourde entretenue par les multiples excès. Il mourut à soixante ans oublié, seul et rompu.

guarnieri2.jpg Le Sosie d'Adolf Hitler de Luigi Guarnieri. Actes Sud
Depuis une trentaine d’années, la mode du roman historique mêlant habilement fiction et réalité n’en finit pas. Elle offre aux auteurs qui en jouent l’opportunité de réécrire certains grands événements ou d’en inventer de nouveau. Beaucoup même en ont fait leur marque de fabrique (Philip Kerr, Jean D’Aillon…) C’est à ce jeu si excitant que se livre dans Le Sosie d’Adolf Hitler Luigi Guarnieri subtil écrivain italien dont le premier roman La Double Vie de Vermeer (2006) empruntait déjà ce procédé. Ici, c’est à la recherche de faux Adolf Hitler que l’on part. Un agent de la CIA remonte durant quinze ans la piste d’un sosie du Führer mettant à jour vingt ans d’histoire horribles débutant dans les ruines de Berlin jusqu’aux terribles internements au goulag. On apprend (vrai ou faux ?) que devant la défaite inéluctable, l’opération Bis et le programme Janus – consistant à "dresser des sosies" avaient été mis sur pied pour faciliter la fuite d’Hitler et faire croire à sa mort dans le bunker le 30 avril 1945. Cette idée courut tant qu’après la guerre des centaines de "faux Hitler" se manifestèrent de manière plus ou moins fantaisistes. Guarnieri, à la manière d’un Philip Kerr avec son célèbre Bernie Gunther, nous subjugue par une enquête passionnante et mortifère. Il nous plonge dans la dernière retraite d’Hitler où, totalement ravagé, le dictateur déchu dirige une armée de fantômes et vit dans une peur et un stress permanents. On parcourt avec les fuyards (Bormann, Stumpfegger, Axmann…) un Berlin spectral et dévasté. Enfin, on découvre, atterré d’horreur, la vie d’un pauvre homme (tenu pour Hitler par les russes) dans l’enfer de la Kolyma. Au final, on reste pantois devant l’accumulation des faits – il faudra attendre la fin pour séparer le vrai du faux ! - et leurs imbrications narratives. On est aussi porté par l’écriture précise et foisonnante de l’auteur qui n’est pas sans rappeler, et ce n’est pas rien, celle des Bienveillantes de Jonathan Littell.

cointet2.jpeg Les Hommes de Vichy de Jean-Paul Cointet. Perrin
Jean Paul Cointet à qui l’on doit, entre-autres, une superbe Histoire de Vichy et le brillantissime Hitler et la France qui précisait la place que la France "sorte de Grande Suisse dévolue au tourisme et aux produits de luxe" revêtait pour Hitler, propose ici Les Homme de Vichy. On croit bien connaître – considérant l’importance de la littérature sur le sujet – cette période et ses protagonistes. Lourde erreur car exceptés Pétain, Laval, Darlan et dans une moindre mesure Darnand et Déat, que sait-on réellement de ces hommes qui constituèrent un gouvernement, des cabinets et prirent des décisions capitales pour la France reclus dans un hôtel de luxe pour curistes cacochymes ? A vrai dire – et c’est tout l’intérêt du livre – peu de choses. Se retrouvèrent à Vichy dans ce qui devint vite le camp Pétain et le camp Laval des hommes venus d’horizons les plus variés aux formations allant de Normale Sup à Polytechnique (les ENA de l’époque...) au simple bachot. Brillants pour la plupart, les hommes de Vichy ne constituaient pas un tout et n’étaient pas guidés par les mêmes ambitions même si ils croyaient en une légitimité nouvelle dégagée du parlementarisme. Cointet pointe les différentes familles parmi cet aréopage hétéroclite. Des doctrinaires aux conseillers du Prince en passant par les croisés de l’Europe Nouvelle. On découvre des noms oubliés comme Marion, Romier, Du Moulin de La Barthète, Valentin… Ou des plus connus comme Darnand, Pucheu et… Mitterrand (francisque 2202 sur 2600 attribuées) Chacun œuvrait dans les ministères hôtels satellites entourant le vaisseau amiral où résidait le premier cercle avec cette illusion du pouvoir savamment entretenu par la propagande. Au final, très peu furent fortement inquiétés et beaucoup moururent dans leur lit. On reconnut que la plupart n’avait pas commis l’irréparable mais participèrent comme le dit l’auteur concernant Darnand à "un régime qui promettait un relèvement national et s’effondrait dans le déshonneur".

JCL2.jpg Jean-Edern Hallier, l'Idiot Insaisissable de Jean-Claude Lamy. Albin Michel
Vingt ans après sa mort, que reste-t-il de Jean-Edern Hallier, cet énergumène des lettres françaises post soixante-huitardes ? A vrai dire, et en dépit du remarquable travail de Jean Claude Lamy que nous avions rencontré pour sa biographie de Bernard Buffet et qui témoigne de l’agitation sans bornes du "Celte borgne", pas grand-chose ! Une sorte de champ de ruines encore fumant d’obsessions, de mensonges, de frustrations et de mauvais traitements. Don DeLillo a écrit que "Le talent est plus érotique quand il est gâché". Comme écrit pour Hallier ! Jean Claude Lamy, grand reporter à France Soir qui connut de près Jean-Edern reprend ses aventures chacune née d’une défaite, d’une spoliation, d’un manque, d’une persécution imaginaire devenu réelle… Le biographe écrit "Être à la fois un écrivain de race et un aventurier de haut vol, c’est l’ambition de Jean-Edern Hallier qui, pour s’arracher à ses désespoirs quotidiens se lance à cœur perdu dans des histoires insolites" S’inscrire dans la tradition de l’écrivain d’action après Hugo, Lamartine et Malraux et avant BHL ! Écrite page 465, cette phrase aurait pu faire figure de présentation. Tout comme celle de Jean-François Kahn, un temps condisciple de JEH : "A quinze ans c’était un petit génie. Il n’a pas évolué après" On le sait tout vient de l’enfance. Pour JEH, c’est la perte d’un œil qui lui donnera du nez. Repérer les pigeons, accuser les fripons, dénoncer les magouilles en fignolant les siennes tel était son talent. Démoli par l’alcool et la cocaïne, la vie de JEH sera un long chemin de croix, un Évangile du Fou dictée par de pathétiques bravades et de réels chagrins. Tel un enfant, Hallier ne supportait pas que l’on ne cède pas à ses caprices.(lire la suite...)

Figures_Mal.jpg Figures du Mal dirigé par Victor Battaggion. Perrin/Sonatine
Déjà associés "pour le meilleur et pour le pire" (Criminels, Justiciers), les éditions Perrin et Sonatine, l’une spécialisée dans l’Historique, l’autre versée dans le Crime s’unissent à nouveau pour nous livrer ce remarquable essai. Figures du Mal reprend la formule du catalogue utilisée dans les précédentes collaborations et tente l’audacieux pari de recenser vingt et un monstres - au travers d'histoires vraies - tous proches de la figure du Mal. Les contributeurs rassemblés sous la direction de Victor Battagion s’en sont tenus aux figures purement historiques même si un Landru ou un Charles Manson ont acquis le statut de personnage historique uniquement par l’imposante et ignoble stature de leurs méfaits. Traité chronologiquement ces figures du mal commencent à Rome où, on le sait, tous les chemins – même les plus fangeux – mènent. Caligula et Néron ouvrent les hostilités et révèle des faces de leur médailles que l’on ignorait. Le Moyen Age s’en suit trainant ans son sillage les affreux Gilles de Rais ou Vlad l’Empaleur, un peu de Renaissance avec les Borgia et nous voilà très vite dans l’ère moderne et ses dictateurs fous ou leurs séides : Mao, Heydrich, Pol Pot ou Idi Amin Dada. Force est de préciser qu’une distinction aussi cynique soit elle est à apporter. En effet, nous avons les tueurs de masse engagés dans un processus historique – aussi meurtrier soit-il – qui tuent parce que c’est la guerre (Ivan le Terrible, Mao, Hussein…) ! et, parallèlement, les assassins par plaisir, par conviction ou par nécessité personnelle (La Voisin, Nikolaï Iegov ou Ben Laden…) Par définition, cette galerie de scélérats, ne peut bénéficier de la moindre circonstance atténuante. Tous ont choisi la mort… des autres ! Certains sont même honteusement morts dans leur lit (Amin Dada, Pol Pot…) Parmi cet hideux inventaire, nous avons retenu une femme (comme quoi..) frénétique dans l’assassinat qu’elle ordonne ou commet, hystérisée par la torture qu’elle inflige, rendue à l’état animal quand elle prolonge sans fin d'invraisemblables calvaires. Cette femme, c’est la hongroise du 17e siècle Elisabeth Bathory que les auteurs ont surnommée "l’Esthéticienne des Carpates". C’est faire beaucoup d’honneur à ses gestes odieux.

Le_Guern.jpg Beigbeder, L'Incorrigible de Arnaud Le Guern. Editions Prisma
Écrire sur Frédéric Beigbeder est plus compliqué qu’il n’y paraît. Faut-il brosser le portrait d’un enfant du siècle né avec une cuillère en argent dans la bouche ? Faut-il faire la critique d’une dizaine de livres indexés sur des modes éphémères ? Ou, enfin, faut-il tenter de donner de la consistance à un auteur qui passe son temps à calibrer la légèreté. Pour nous, qui eûmes la joie de fêter en 2010 les 5 ans des Obsédés Textuels par une soirée intitulée « Beigbeder en Vrai », où l’auteur se révéla un invité délicieux, le béarnais est essentiellement victime d’une forme de modestie bien élevée. Arnaud Le Guern se tire pas mal de l’exercice en ouvrant son essai par « Ceci n’est pas une biographie de Frédéric Beigbeder ». En effet, il nous explique que rendre important la vie de l’histrion des lettres françaises n’était pas forcément bien vu. Alors, Le Guern, qui manifestement regrette de ne pas avoir été un ami proche du prophète (religion Caca’s club et whisky coco) et qui se serait bien vu en Simon Liberati, revient sur toutes les étapes (pub, critique, cinéma, édition...) et les moments importants qui ont jalonné la vie du fêtard sur doué. Arnaud le Guern bâtit son texte comme un roman beigbederien, mêle fiction, semi fiction (le mieux !) et réalité. Il revient sur les périodes essentielles de la vie du Cyrano du Flore et dévoile une sorte d’hyperactivité qui bat en brèche les préjugés sur le bonhomme. Les entretiens vrais-faux ne nous avance guère car Frédéric Beigbeder est modeste et donc parle beaucoup mieux des livres et des auteurs qu’il aime (Bret Easton Ellis et Jay McInerney devraient lui payer des royalties) que de son propre travail. Nous qui tenons Un Roman Français pour un des roman personnels majeurs de ces dernières années, regrettons que Le Guern n’est pas approfondi son travail sur l’œuvre du patron de Lui. On passe néanmoins un très bon moment avec ces deux lascars. Frédo est et sera comme Jean Do : un grand écrivain facultatif.

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lesobsedestextuels.com est animé par Cedric BRU

Moib.jpg Le blog lesobsedestextuels.com a été fondé en 2005 par Cédric BRU, journaliste, écrivain, poète, homme de spectacle. Cédric BRU certifié et maître es lettres modernes a été critique littéraire et musical dans diverses revues (Rock&Folk, Imprévu, La Revue du Cinéma, Chemins de Traverse, Monts 14...)

Le blog avait pour vocation principale le compte rendu des soirées littéraires mensuelles des Obsédés Textuels qui se tinrent à l’hôtel Lenox Montparnasse de 2005 à 2010.

Bien connu du monde de l’édition, ami des écrivains, Cédric Bru avec plus de cinquante rencontres littéraires à son actif et plus de deux cents auteurs reçus dont des grands noms de la littérature contemporaine française tels que Yann Queffelec, Jean d'Ormesson, Lydie Salvayre, Franck Thilliez, Bernard Werber, Patrick Rambaud, Frederic Beigbeder, François Begaudeau ou Eric Halphen est un habitué de la critique et de l'animation littéraire.

Désormais principal animateur des obsedestextuels.com qui s’est au fil des ans spécialisé dans une critique assez pointue retenant particulièrement la littérature de pointe, la contreculture ou le polar contemporain, Cédric Bru ouvre régulièrement ces colonnes à des participations externes venues de son lectorat, de journalistes ou d’auteurs reconnus.

D'autre part, réunissant son goût pour la musique et l'écriture, Cédric Bru a fait paraître en 2004 un livre disque intitulé Contes Invivables qui propose aux lecteurs et aux auditeurs une plongée saisissante dans un univers sombre et désespéré qui rappelle les ambiances réalistes du roman noir et les dérives du monde du rock.
Cette approche originale a été saluée par nombre de critiques.

Le Diable et Moi de Nick Toshes

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