Les Obsédés Textuels

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Ecrits Meurtriers

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Harvey.jpeg Lignes de Fuite de John Harvey. Rivages
John Harvey a mis, dans Lignes de Fuite, du Coca Cola dans son whisky 12 ans d’age. Expliquons-nous. L’auteur anglais à l’écriture envoûtante et mélancolique intègre une nouvelle enquêtrice à son casting. Karen Shields, inspectrice d’origine jamaïcaine, à qui on ne la fait pas, va enquêter tambour battant sur la mort d’un jeune Moldave découvert noyé. On a l’impression dès lors de se retrouver chez Ken Bruen ou Kathy Reichs ce qui, pour nous, sonne comme un compliment. Mais à vrai dire l’action franche et directe n’était pas jusqu’alors la marque d’Harvey, plus amateur de jazz (le titre original est Good Bait, classique du genre...) que du bruit et de la fureur. Chassez le naturel, il revient au galop avec son intrigue secondaire qui rejoindra bien sûr la première. Et là, c’est du John Harvey pur jus. Cordon, vieux flic nostalgique, veille sur une gamine un peu putain qu’il a sauvée jadis et s’embarque dans une histoire pleine de haine, de menaces et de chagrin. On se croirait revenu à l’époque du cycle Franck Elder. L’abnégation vous faisant souvent vous dépasser, Cordon va retrouver l’efficacité de sa jeunesse pour tirer d’affaire Letitia et son gamin des pattes d’un mafieux ukrainien que, bien sûr, Karen Shields recherche de son côté. La boucle est bouclée et chez Harvey la géométrie est toujours poétique.

PJ.jpg Que ta Chute Soit Lente de Peter James. Fleuve Noir
Encore une fois, ce n’était pas gagné d’avance ! En effet, avec son architecture narrative sophistiquée, constituée d’accumulation d’histoires secondaires, Peter James joue à l’équilibriste. Pourtant, il s’en tire une fois de plus à merveille. Brighton, théâtre de la plupart des enquêtes de Roy Grace doit accueillir Gaia Lafayette, sorte de Lady Gaga bis, pour le tournage d’un film historique ayant précisément pour cadre le Pavillon Royal de Brighton. Sauf que tout a mal commencé. Une assistante de Gaia a été tuée à New York alors que le tueur pensait s’en prendre à l’artiste et des menaces de mort planent désormais au dessus d’elle. Roy Grace, qui a pris du galon, doit mettre les mains dans le cambouis pour assurer la protection de la star. Dès lors, trois écueils de taille l’attendent. Un psychopathe cancéreux en phase terminale veut se venger des producteurs qui lui auraient piqué son scénario et s’emploie à saboter le film. Une fan gravement déjantée et meurtrie de n’être pas assez reconnue par son idole décide de s’en prendre à l’objet de son culte. Enfin, un mafieux bouclé en son temps par Grace est sorti du placard bien résolu à nuire au policier. Autant de pain sur la planche comme Roy Grace, en ménage avec Cleo, la super légiste qui attend leur bébé, l’apprécie tant. Tout s’articule parfaitement dans cet apparent imbroglio qui devient limpide pages après pages. James dénoue les fils et l’on ne peut résister à son art du suspense et de l’angoisse. D’autant qu’il nous réserve une surprise de taille que les fans de l’auteur du cultissime Comme une Tombe apprécieront particulièrement. Inventif et palpitant.

Cain.jpg Bloody Cocktail de James M. Cain. L'Archipel
Bien sûr qu’il y a à boire et à manger chez James M. Cain.... François Guérif dans la biographie qui lui consacra parlait d’un auteur un temps surestimé, un autre sous estimé. Nombre de ses collègues comme Chandler ou la presse bien pensante en disaient tout le mal qu’ils pouvaient. Et pourtant, avec deux titres aux succès planétaires : Le Facteur Sonne Toujours Deux Fois et Assurance sur la Mort, Cain entra dans la cour des grands et le cinéma lui fit un pont d’or. Mais, pour ces deux perles que de nouvelles médiocres, laborieuses et complaisantes. Et puis, comme l’explique le postfacier, éditeur américain du livre, on découvrit Bloody Cocktail écrit en 1975 deux ans avant sa mort à 85 ans. Et le charme opère de nouveau. Une femme (toujours chez Cain) dont le mari violent et alcoolique est mort alors qu’il s’en prenait à elle, se met à travailler dans un bar pour pouvoir élever son enfant quasi kidnappé par sa belle sœur. Elle y rencontre un vieux gentleman qui lui offre d’être sa femme sans consommer et un beau jeune homme très disposé lui mais sans fortune. Elle choisira l’argent au nom de l’amour maternel et les deux impétrants mourront. On ne vous dit pas comment. Amoralité, intérêts, conflits humains, sentiments trahis, tout Cain dans un grand verre.

300_Mots.jpg 300 Mots de Richard Montanari. Le Cherche Midi
Une énigme précède l'analyse même de ce texte. 300 Mots est bien la dernière publication de Richard Montanari proposé aux lecteurs mais en aucun cas son dernier roman, puisque daté de 1998. De plus, fait troublant à laquelle la maison d'édition n’a pas su nous donner de réponse, la vengeance du tueur de 300 Mots prend sa source en 1988 et s'accomplit vingt ans après, soit... en 2008 ! Nous ne savions pas que Montanari faisait de la science fiction... Basta et revenons au livre qui ne méritait pas cette embrouillamini. One shot qui n'appartient pas à la série de Philadelphie, 300 Mots met en scène Nick Stella, journaliste new-yorkais qui s’intéresse à la mort suspecte par overdose d'héroïne d'un prêtre à la réputation irréprochable. D'autant qu'il était accompagné d'une prostituée ! Nick sent la grosse affaire et va remonter, grâce à une liste d'adresses mail, une macabre filière où l'on retrouve assassinés, tous différemment, mais avec la drogue comme couperet, cinq anciens étudiants de Cleveland promo 1988. C'est limpide comme l'amour et fatale comme la mort : un étudiant de l'époque veut faire payer très cher la mort de sa petite amie, à plusieurs membres de la promo destroy. Richard Montanari, fidèle à son style et son inspiration, lorgne toujours du côté le plus obscur du genre. Une écriture délétère et soignée aux airs de poésie symboliste rajoute au climat mortifère du roman. Écriture d'un romantisme noir qui deviendra la marque de ses romans suivants. Après nous avoir remarquablement tenu en haleine avec un serial killer particulièrement habile et habité par le souvenir d'un amour défunt dont il incombe la faute à la "promo 1988" et une de ces mémorables fêtes où les drogues circulaient sans encombres, Montanari boucle l'affaire avec une fin "spectaculaire et inattendue" comme aiment à le dire les critiques. Très bon roman, mais que les spécialistes ne s'y trompent pas : on est dans du Montanari in progress.

JCB.jpg La Loi des Wolfe de James Carlos Blake. Rivages
Après l’éblouissant Red Grass River, James Carlos Blake change de braquet, revient de nos jours, et s’en prend au phénomène grandissant de la traite des migrants entre le Mexique et les USA. Robert Crais avait récemment choisi le même contexte dans son dernier opus Coyotes (cf. archives), titre inspiré du nom que l’on donne aux passeurs. Blake, fidèle à ses principes, famille, vengeance, fatalité, ouvre une série que La Loi des Wolfe débute. A nos yeux, initiateur du « thriller clanique », JCB s’inspire toujours des grandes lois de la tragédie antique où vengeance et fatalité se côtoient intimement. Eddie Gato, cousin des Wolfe, importante famille américaine de brigands cultivés, s’est émancipé et se retrouve au service d’un puissant cartel « La Compagnie » dont le Chef est aussi redoutable que redouté. Le jeune homme, combattant surdoué, a la mauvaise idée de coucher avec la femme du frère du Chef, de s’enfuir avec elle en laissant le cocu mort. Madre de dios. Dès lors, s’engage une poursuite implacable en territoire hostile ou Eddie et Miranda vont devoir déjouer tous les obstacles placés sur leur chemin par le Chef et tenter de rejoindre la frontière. Les descriptions terribles du désert et de la frontière mexicaine sont d’un effrayant réalisme. Une fois encore, la famille aura un rôle déterminant dans la destinée de la fuite des infortunés amants. Rythme soutenu, narration au cordeau et efficacité sans faille font de La Loi des Wolfe une rugissante promesse.

NF.jpg Maudit Mercredi de Nicci French. Fleuve Noir
Troisième volet de leur « semaine noire », Le Jour où les Jeunes Filles Rencontrent la Mort donne l’occasion à Nicci French de continuer à couvrir l’ensemble du spectre de leur talent si original dans la littérature policière. Même si cette série ne laissa pas d’étonner leurs admirateurs (fidélisation du lectorat, syndrome Millénium...), il en résulte un parfait mélange de thriller psychologique si cher au couple et de polar procédural auquel il nous avait moins habitué. Juste un bémol concernant la profusion des intrigues (celle du tueur d’enfants n’était pas indispensable) La psychothérapeute Frieda Klein, réchappée in extremis d’une vilaine mort (voir Sombre Mardi) se remet doucement avec le soutien amical du commissaire Karlsson quand on découvre une mère de famille tout ce qu’il y a de plus banale tuée dans d’affreuses conditions. Par une influence revendiquée d’Agatha Christie, chez Nicci French, tout le monde est suspect et rien ne saurait être banal dans un crime. Frieda Klein dont les méthodes sont pourtant sur la sellette, va au gré de son intuition démêler les fils d’un écheveau qui semblait pourtant bien fragile au début. Tels des écorcheurs, les auteurs dépècent leur sujet jusqu’au plus petit des abcès et révèlent des maladies bien inattendues. Au delà de la maestria policière, de la subtilité psychologique, on retrouve chez Nicci French une compréhension pénétrante des enfants (ici, très impliqués), un superbe chant à l’environnement et à la nature et enfin, à la différence de beaucoup de leurs confrères, une compassion et une empathie pour l’homme et ses faiblesses.

Hurley1.jpg Le Paradis n'est pas pour Nous de Graham Hurley. Le Masque
Le nouveau Graham Hurley est l’histoire d’une défaite permanente... Certes, Joe Faraday, son héros récurrent, n’a jamais fait dans le justicier « vainqueur à chaque fois » mais ici, son pessimisme est à son comble dès lors qu’il contemple ce qu’est devenu à Porthmouth – mais sa réflexion est universelle – la délinquance où plutôt son échelon supérieur : la criminalité. Depuis longtemps, la peur a changé de camp et Joe sait que la racaille aura toujours une longueur d’avance. Quand cet épais polar commence, un malfrat sans pitié vient de se faire assassiné et mutilé. Très vite, le service des Crimes Graves conclu à une vengeance. Celle d’une maman dont le sombre voyou avait tué le fils. Un châtiment qu’elle justifie ainsi : « Vous vous êtes égaré, monsieur Faraday. Ma génération faisait confiance aux gens comme vous. On était persuadés que vous étiez des redresseurs de torts. On croyait en la justice. Mais c’est fini. Complètement fini. Aujourd’hui, nous sommes à la merci de Kyle Munday et de ses semblables » (lire la suite...)

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