Les Obsédés Textuels

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Contre-Cultures

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DBF.jpg It's a Tennager Dream de Dominique Blanc-Francard & Olivier Schmitt. Le Mot et le Reste
Au tournant des années 60, le nom de Blanc-Francard était inévitablement associé à ce lunetteux énigmatique qui lançait d’improbables endroits son devenu célèbre "Salut, c’est Pop 2". Patrice Blanc-Francard réunissait en effet devant le petit écran le samedi après-midi les fans de rock sevrés d’images auxquels il proposait les retransmissions de concerts captés au Bataclan à 5 francs l’entrée !! Son jeune frère Dominique qui publie ici avec Olivier Schmitt cet Itinéraire d’un Ingénieur du Son commença de figurer dans les tablettes de 1971 à 1973 à la lecture des "crédits" des albums enregistrés au Château d’Hérouville, sorte de studios Abbey Road ou de Record Plant français. Puis, d’années en années, ce nom revint jusqu’en faire une référence. It’s a Teenager Dream retrace non seulement la carrière d’un grand professionnel mais l’histoire du son électrique en France des années 60 à aujourd’hui. Comme beaucoup, il commença comme musicien dans un groupe yé-yé Les Pingouins mais c’est très vite le son dont l’évolution des techniques était permanente qui le fascina. Il rejoignit le studio Gaffinel où il fit ses armes lui permettant de rejoindre ce vaisseau amiral que fut le Château d’Hérouville. Là, trois ans durant, il enregistra et mixa parmi les plus grands du rock de l’époque (Elton John, Pink Floyd, Cat Stevens…) Hérouville ferma prématurément en 1973 mais la réputation de DBF était faite. Au point qu’il lança l’idée d’ingénieur du son free-lance. Dès lors, il hanta tout ce que Paris et ailleurs comptait de studios renommés. Demandé par les meilleurs (Nougaro, Hardy, Gainsbourg, Eicher…), il finit par créer son propre studio le Labomatic où il enregistra entre autres les premiers disques de Sinclair, son fils cadet. Olivier Schmitt assure la narration de ce livre incontournable émaillée des nombreux souvenirs et anecdotes de DBF. Une phrase de Pascal Colomb, ami et confrère, résume parfaitement le personnage : "C’est une entité humaine et technicienne à la fois"


nanars.jpg 101 Nanars de François Forestier. Denoël
On apprécie François Forestier pour son style percutant et ravageur qui en fait un des meilleurs chroniqueurs de la pop culture. Ce 101 Nanars édité une première fois en 1996 (dont il a gardé la quatrième de couverture qui à l’exception d’un ne parle que de films ne figurant pas dans la présente édition !!) revoit le jour enrichit de nouvelles perles rares. Dans L’Obs François Forestier chassait le nanar comme d’autres la palombe et nous régalait de ses saillies irrésistibles, souvent iconoclastes. Ici, il trie ses victimes – établissant des sous genres dans le noble domaine du navet XXXL. Péplums, comédies, films d’espionnage ou brouets érotiques se font la part belle. Venus de France, d’Italie ou des États-Unis ces splendides niaiseries font notre admiration par l’audace qu’il cultive dans leur incandescente imbécilité. On retiendra entre autres Surf Nazi Must Die,' 'Persée l’Invincible, ou Flavia la Défroquée qui atteignent les sommets du grand ridicule. Pourtant, François Forestier traite chacun d’entre eux avec amour leur consacrant une notice aussi hilarante que les maigres scripts que les films donnent à voir. Ses synopsis sont brillants, décalés et confinent aux meilleurs textes d’un Desproges. On se régale. On réfléchit aussi quand Forestier s’en prend à quelques intouchables, sacralisés en leur temps comme Blow Up, Zabriskie Point (Il prend grave Antonioni !) ou encore A l’Est d’Eden. Les vérités d’un jour en cinéma ne sont pas toujours celles de demain. Le nanar à lire FF est un genre en péril car comme il l’écrit : "Le mauvais film est ennuyeux, le nanar est rigolo"'' Au train où vont les choses, il y a guère de chance que les seconds l’emportent sur les premiers.


Anger1.jpg Retour à Babylone de Kenneth Anger. Tristram
En 2017, Kenneth Anger devrait fêter ses quatre-vingt-dix ans ! Un âge canonique pour une personnalité aussi exposée dira-t-on ! D’Anger et de son personnage sulfureux, la part gay underground la dispute à son côté obscur et occultiste. En effet, le pape du cinéma expérimental (Fireworks, Scorpio Rising…) rival obsessionnel et jaloux d’Andy Warhol fut aussi un luciférien actif au centre de ténébreuses affaires lors des années soixante-dix qui le virent fréquenter nombre de disciples d’Aleister Crowley à savoir Anton LaVey, Anita Pallenberg ou Jimmy Page avec lequel il cultiva une fameuse brouille filmo-musico-occultiste. Toujours à court d’argent pour financer ses films, Anger, fort de sa connaissance du milieu cinématographique qu’il vit évoluer dès sa plus tendre enfance, écrivit en 1959 Hollywood Babylon dans lequel il évoquait les turpitudes et scandales de La Ville de Pacotille. Ces gossip (pour certains bien connus des amateurs…) concernant les premières vedettes stars du cinéma plurent beaucoup et permirent à l’auteur de se remettre à flot. Surtout, ils révélaient un auteur doué, doté d’un sens de la narration brillant et d’une approche people superbement littéraire et innovante. Toujours pour les mêmes raisons, il remit le couvert en 1984 avec ce Retour à Babylone enfin traduit en français. Couvrant une période plus récente qui va jusqu’aux années soixante, ce deuxième opus s’attarde à prolonger "une histoire dissidente du cinéma". Homosexualité, orgies, déchéances, crimes et suicides constituent les ingrédients de ces fracassants compte-rendus. On y croise pêle-mêle Mae West, Joe Kennedy, Alfred Hitchcock, James Dean, Marilyn ou Liz Taylor rarement à leur avantage. Beaucoup malgré tout échappent à ce carnage : Brando, Monty Cliff ou Jane Mansfield auraient pu déguster mais seules quelques photos (issues de l’ahurissante collection du maître) les évoquent. Tout le monde ne peut être invité au festin du diable ! Le 3e tome est écrit mais tarde à sortir par peur des représailles. Quant à nous, l’appétit reste intact.

RDavies.jpg Americana de Ray Davies. Le Castor Astral
Americana constitue la seconde autobiographie de Ray Davies après l’excellent XRay paru en 1994. Qu’apporte-t-elle de plus hors l’aspect factuel lié à douze années d’écart ? Beaucoup et peu à la fois. En effet, il est aujourd’hui acquis que Ray Davies ne retrouvera jamais l’inspiration qui fit de lui avant Marc Bolan, David Bowie ou Freddie Mercury ce merveilleux compositeur réaliste mais aussi parodique et camp (et non gay…) de la fin des années soixante. La magie de Waterloo Sunset et le malentendu de You Really Got Me se sont dissipés à jamais. En revanche, Ray Davies est un grand écrivain. Comme tous les grands écrivains, c’est aussi un menteur et un manipulateur, Americana en étant la parfaite illustration. Dans ce superbe texte crépusculaire, Ray, une fois de plus, essaye de se réinventer. Mais sans réellement tenir compte de la réalité de son parcours ni bien sûr de celui des Kinks. L’astuce suprême étant ici de considérer la carrière de son groupe depuis les États Unis où ils firent une assez bonne carrière commerciale de 75/76 jusqu’à la fin des années quatre-vingt. Lucrative mais plate au regard de leur somptueuse histoire britannique gâchée par des comportements toxiques (révolte mal orchestrée contre l’establishment, alcool, dépression et guerres intestines – le combat avec son frère Dave est resté mythologique). De la Nouvelle Orléans en 2004 où il écrit le livre, Ray ignore beaucoup de ces aspects pour expliquer son rendez-vous manqué avec l’Histoire. Seul argument recevable : le fait de ne pas avoir (pu) participé (r) au Summer of Love et aux grands festivals tels que Monterey ou plus tard Woodstock. On a donc affaire ici à une sorte de Nick Toshes, vieux dandy qui aurait du mal à s’acclimater et tente de sans cesse ménager la chèvre et le chou. On retiendra entre autres l’épisode surréaliste de sa blessure par balles et l’évocation de sa dispute homérique avec Bill Graham. Même s’il prend souvent des voies étranges, le génie est éternel.

Dupouy.jpg Apollinaire et les Femmes'' de Alexandre Dupouy. La Musardine
On ne le savait et ne le disait pas assez : Guillaume Apollinaire fut un génie absolu de la littérature érotique. Passionné très tôt par l’Enfer des bibliothèques, l’auteur des Onze Mille Verges (inspiré du martyr de St Ursule !) ne pouvait concevoir sa vie et son œuvre sans cette écriture jubilatoire qui constituait "une sorte de nécessité libératrice de sa nature" et qui jalonna toute sa bibliographie. En effet, Wilhem de Kostrowitzky devenu Guillaume Apollinaire était habité par le goût des femmes – au sens propre comme figuré – et sa passion ne se traduisait jamais autant que dans les vers, textes et lettres qu’il leur consacrait. Son tableau de chasse fourni nous a laissé une quantité formidable d’écrits érotiques qui variaient selon ses amours du moment. Rendons honneur à Alexandre Dupouy par cette étude savante mais passionnante et des plus documentée de nous introduire dans la partie la plus secrète du plus grand poète du tournant du 19e siècle. Sa marotte, son obsession, son idée fixe fut presque jusqu’à sa mort la reproduction du concept sadien de "dominant dominé" ce qu’il institua dans une folle complicité avec la fameuse Lou. La comtesse Louise de Coligny Chatillon fut en effet une partenaire idéale pour ce maître inspiré : "Le diable lui dit qu’il saura tirer profit de cette rencontre, et pour sa prose et pour son plaisir" S’ensuivra une correspondance enivrée où Lou n’est pas la dernière – loin de là – à se montrer provocatrice et érotomane "J’ai été un peu vicieuse cette nuit et pas très sage". Alexandre Depouy à cet égard nous propose de rares lettres préservées de Lou qui laissent sur les fesses dira-t-on. Jamais le Mal Aimé ne retrouvera une telle égérie où le plaisir physique et l’excitation épistolaire l’emportent largement sur l’amour. Viendront Madeleine et Ruby auxquelles le Maître de la Clé (rapport au texte Les Neuf Portes de ton Corps) adressera encore foule de textes pornographiques mais c’est bien à Lou que l’immense poète destinera le meilleur de son génie érotique.

basquiat1.jpg La Veuve Basquiat de Jennifer Clement. Christian Bourgois
On se rappelle du loft de Great Jones Street où Don DeLillo captura l’intrigue d’un de ses premiers romans (1973) au titre homonyme. Une rock star – très typée Jim Morrison - venait s’y terrer pour fuir célébrité et impératifs mercantiles. Dix ans plus tard, pirouette de l’histoire, c’est dans ce même loft que Jean-Michel Basquiat (autre membre du club des 27…) peindra nombre de ses grandes toiles. Souvent sous le regard de Suzanne Mallouk, compagne des jours sombres et des nuits toxiques. La "veuve Basquiat" comme la surnomma prémonitoirement (et très méchamment) René Ricoeur critique d’art gay proche du couple. On connait ce texte depuis 2002 quand il parut pour la première fois en anglais. Régulièrement réédité, il l’est enfin en français et donne l’occasion de partager une expérience unique. Une performance littéraire s’accointant à l’art graphique. Jennifer Clement qui raconte Suzanne Mallouk qui raconte Jean-Michel Basquiat. Une mise en abyme en quelque sorte. Jennifer Clement qui devint ami de Suzanne à partir des années 84/85 commente, tisse et brode un univers sombre et poétique sur la vie de Suzanne et du peintre haïtien. (lire la suite)

Ecrits Meurtriers

Lus récemment

Le_ROY3.jpg Marilyn X de Philip Le Roy. Le Cherche Midi
La littérature complotiste a ses chouchous. Ces stars que d’aucuns croient bel et bien disparues et qui couleraient des jours heureux loin des regards du monde. Elvis Presley, Jim Morrison, Lady D, Mickael Jackson, Claude François ou Dalila entre autres. Pour les défenseurs de ces thèses, les faux disparus ont voulu retrouver un paisible anonymat que leur vie étincelante hypothéquait lourdement. Philip Le Roy que nous avons soutenu dès 2005 et son Dernier Testament, s’empare du cas de Marilyn Monroe qui occupe une place de choix dans cette liste macabre et dont la mort fut, certes avérée, mais les conditions de celles-ci restées à jamais obscures. Le Roy en spécialiste du thriller occultiste échafaude une intrigue basée sur la découverte de carnets écrits par on ne sait qui et découverts par un couple de voyageurs dans l’incendie d’une ferme américaine loin de tout, en territoire navajo. Ces carnets révèlent que Marilyn ne s’est ni suicidée, ni n’a été victime d’un assassinat commandité par les Kennedy ou la Mafia, mais a voulu fuir définitivement ce marigot hollywoodien dans lequel elle se perdait un peu plus tous les jours. Elle aurait organisé sa disparition en faisant chanter Bobby Kennedy le menaçant de révéler ses rapports avec le Président. Depuis cette nuit du 5 aout 1962, elle vivrait encore, retirée. Au fur et à mesure que le couple avance dans leur lecture, Marilyn apparait comme une femme à la grande sensibilité, poétesse à ses heures, que le monde du cinéma ne voulut jamais considérer à sa juste valeur. On tombe parfois dans l’invraisemblance et le rocambolesque. Mais n’est-ce pas aussi tout le charme d’un thriller conspirationniste ?

PKerr.jpg Le Mercato d'Hiver de Philip Kerr. Le Masque
Il nous a paru plus pertinent d’attendre la fin de l’Euro 2016 pour publier cette chronique du Mercato d’Hiver. En effet, après un mois vécu au rythme du football, de ses joueurs, ses supporters, ses spécialistes, ses rites et ses arcanes, le livre de Philip Kerr propose une toute autre résonance. On sait l’attachement que nous portons à cet auteur écossais et à la série des Bernie Gunther qui l’a rendue mondialement célèbre faisant de lui un spécialiste incontesté de l’histoire du IIIe Reich. On ne s’attendait pourtant pas à voir Kerr balancer soudain du côté du ballon rond. Le génial David Peace avait il y a quelques années proposé un très pointu Rouge ou Mort (cf. archives) dans lequel il brossait la biographie footballistique de Bill Shankly, manager historique de Liverpool. Philip Kerr lui emprunte une phrase quand il écrit : "Certains pensent que le football est une question de vie et de mort… Je peux vous assurer que c’est beaucoup, beaucoup plus important que ça". Kerr avec son confondant talent de narrateur supra documenté nous plonge dans le quotidien d'un club de foot londonien imaginaire (qui ressemble assez à Arsenal dont l’auteur est supporter) où est commis le meurtre du manager général. C’est Scott Manson, l’entraineur – ancien joueur et ancien détenu condamné par erreur - qui va être chargé par le propriétaire ukrainien du club de découvrir le coupable. Philip Kerr applique les mêmes recettes que dans les "Bernie" - un peu trop peut-être. Scott Manson est très proche de l’Allemand par son côté rationnel, rusé, retors et rebelle. Personnage charismatique, il nous guide dans un univers passionnant fait de bruits, de fureurs et d’intérêts. A regretter toutefois une intrigue un peu faible. Soyons certains que dans le prochain match annoncé pour la rentrée d’automne, Philip Kerr affinera son système de jeu.

PC5.jpg Mortel Sabbat de Preston & Child. L'Archipel
Après le rythme endiablé des deux dernières aventures d’Aloysius Pendergast, Mortel Sabbat opère comme une bombe à retardement. En effet, ce nouvel opus débute comme une enquête de Columbo et s’achève en une sorte d’Amityville… Nous ne redirons pas tout le bien que nous pensons des folles péripéties vécues par le héros de Preston & Child depuis La Chambre des Curiosités (2003). En dépit des outrances, des invraisemblances et du fracas que contient chaque titre, on est sans cesse ébloui par l’inventivité, l’érudition, le romantisme et le décalage de cette saga. Ici, Pendergast, sur la seule foi de sa réputation est engagé comme détective par un riche sculpteur d’Exmouth dans le Massachusetts à qui on a dérobé sa cave de vins précieux. Accompagné de sa pupille surdouée Constance Greene qui prend dans ce nouveau chapitre une place décisive, Pendergast va mettre son acuité coutumière au service d’une impossible enquête où se mêlent sorcellerie (l’histoire se passe à côté de Salem...), meurtres anciens et crapuleux commis par des naufrageurs fondateurs de la ville d’Exmouth, abominables secrets de familles, remontée dans le temps et métempsychose (dont Pendergast a le secret…) et chasse aux démons meurtriers. Preston & Child ont choisi dans Mortel Sabbat de creuser leur sillon fétiche de l’occultisme d’une manière qui n’emprunte jamais au style ésotérique et galvaudé initié en son temps par le Da Vinci Code. On pourra regretter que seuls Constance et Aloysius parmi les héros récurrents n’apparaissent dans cet acte limitant ainsi les histoires parallèles et les rebondissements (on en veut toujours plus…) mais la fin nous rassure illico face à ce qui nous attend dans une inéluctable suite. Vite !

WWalker.jpg Tout n'est pas Perdu de Wendy Walker. Sonatine
Tout n’est pas Perdu est un livre terrible. Singulier et révolutionnaire. Depuis La Maison du Dr Edwards et Avant d’Aller Dormir en passant par l’œuvre de Jonathan Kellermann entre autres, la figure du psychiatre hante le thriller. Médiateur intimidant et traqueur de névroses, il occupe pourtant rarement le devant de la scène - sa science le ramenant au rôle de comparse de luxe. Ici, et par le jeu d’un schéma narratif époustouflant nous ne découvrons qu’à la page 73 que le narrateur est un psychothérapeute ayant affaire dans le secret de son cabinet à l’ensemble des protagonistes du drame. Allan Forrester suit la petite Jenny Kramer, victime d’un viol odieux, et qui a subi un traitement post traumatique destiné à lui faire oublier la terrible épreuve. Mais, il reçoit aussi ses parents démolis par l’événement et cherchant à faire la lumière sur le crime. Wendy Walker, pourtant avocate, s’adresse à son lecteur en psychiatre averti. Comme Irvin Yalom sait si bien le faire par exemple. Elle laisse à Alan Forrester les clés d’une voiture qui va très vite s’emballer quand celui-ci découvre que son propre fils pourrait être l’auteur du viol. Dès lors, nous assistons à un savant retournement de situation où le thérapeute met en place une stratégie dévoyée qui va à l’encontre de toute déontologie en brouillant les pistes et en influençant ses patients. Rarement nous a été donné d’être confronté à une intrigue si puissamment et si subtilement menée. Car, l’effet recherché par l’auteure est davantage la machinerie – au sens théâtral du terme – mise en place que les raisons et les auteurs du drame néanmoins finalement identifiés. Dans cette défense obsessionnelle et quasi animale de son enfant dont nous vous laissons le soin de découvrir le niveau d’implication, le psychiatre démiurge se range du côté des âmes grises et corrompues.

Delzongle.jpg Quand la Neige Danse de Sonja Delzongle. Denoël
Généralement nous ne sommes guère sensibles aux polars français se déroulant aux Etats Unis. En effet, il est rare d’y retrouver l’ambiance si particulière propre à la littérature policière anglo-saxonne. Pourtant, Sonja Delzongle évite magistralement ce premier écueil au point que notre premier réflexe fut de chercher le nom… du traducteur ! Écriture sans bavure, psychologie des personnages proche des reines du frisson (Hayder, Gerritsen…) et ambiance Amérique profonde garantie. Après ce pari remporté, Sonja Delzongle dont le premier roman Dust avait souligné la singularité, devait convaincre avec une intrigue à la hauteur des espoirs placés en elle. Elle y réussit quasi parfaitement avec cette sombre histoire de fillettes disparues à Crystal Lake. Illinois. Quatre gamines enlevées dont chacune des familles a reçu des poupées aux cheveux humains et aux vêtements correspondant à ceux des disparues comme un avertissement ou une compensation… L’un des malheureux papas, le Dr Joe Lasko, va faire appel à une détective privée accompagnée de Hanah Baxter la fameuse profileuse au pendule. Dès lors, va se mettre en branle une épineuse enquête truffée d’horreurs et de fausses pistes. C’est précisément ici – dans la complexité de l’intrigue que Sonja Delzongle pèche un peu par excès de détails. On se retrouve parfois un peu perdu face à la complexité des faits que, il est vrai, chérissent les auteurs américains. Reste un thriller efficace, remarquablement écrit et dont l’originalité souligne encore davantage la place désormais importante de son auteur dans le concert des nouveaux maitres du suspense.

NF2.jpg La Fin Approche de Nicci French. Fleuve Noir
Les célèbres et talentueux Nicci French mirent du temps à composer et a s’appuyer sur un héros récurrent comme décidément la plupart de leurs confrères. Mais venant d’eux on ne pouvait avoir affaire qu’à une personnalité singulière et n’empruntant que peu au figure classique du polar. En effet, Frieda Klein, psychothérapeute de son état, ne coche que très peu des cases des obligations fictionnelles de ses pairs. Voilà le cinquième opus que l’on suit ses aventures rythmées par les jours de la semaine et, comme l’indique ce chapitre La Fin Approche. Frieda qui attire le malheur comme d’autres les mouches doit ici faire face aux accusations de meurtre sur Sandy son ex amant retrouvé mort dans la Tamise. Comme à son habitude, énigmatique et peu loquace, Frieda dont le dossier judiciaire est aussi encombrant que la poisse qui la poursuit n’a de ressource que la fuite et la tentative personnelle de résolution de ce nouveau drame. S’appuyant souvent malgré elle sur le soutien indéfectible de Josef son ami Ukrainien, de Reuben son psy et du commissaire Karlsson, Frieda va s’attacher à renouer les fils d’une affaire difficile et ténébreuse qui à tout moment risque de le briser. Passionnant Cruel Vendredi qui une fois encore mêle avec brio les manières d’un thriller populaire avec les atouts d’une littérature plus audacieuse où la psychologie mais aussi le regard porté sur la nature dans toute son acceptation prennent toute leur signification. Nicci French sont parmi les rares écrivains policiers à évoluer dans une telle sphère d’empathie et de compréhension de leurs personnages comme de leurs contemporains. Pour les avoir interviewés, nous pouvons en attester.


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lesobsedestextuels.com est animé par Cedric BRU

Moib.jpg Le blog lesobsedestextuels.com a été fondé en 2005 par Cédric BRU, journaliste, écrivain, poète, homme de spectacle. Cédric BRU certifié et maître es lettres modernes a été critique littéraire et musical dans diverses revues (Rock&Folk, Imprévu, La Revue du Cinéma, Chemins de Traverse, Monts 14...)

Le blog avait pour vocation principale le compte rendu des soirées littéraires mensuelles des Obsédés Textuels qui se tinrent à l’hôtel Lenox Montparnasse de 2005 à 2010.

Bien connu du monde de l’édition, ami des écrivains, Cédric Bru avec plus de cinquante rencontres littéraires à son actif et plus de deux cents auteurs reçus dont des grands noms de la littérature contemporaine française tels que Yann Queffelec, Jean d'Ormesson, Lydie Salvayre, Franck Thilliez, Bernard Werber, Patrick Rambaud, Frederic Beigbeder, François Begaudeau ou Eric Halphen est un habitué de la critique et de l'animation littéraire.

Désormais principal animateur des obsedestextuels.com qui s’est au fil des ans spécialisé dans une critique assez pointue retenant particulièrement la littérature de pointe, la contreculture ou le polar contemporain, Cédric Bru ouvre régulièrement ces colonnes à des participations externes venues de son lectorat, de journalistes ou d’auteurs reconnus.

D'autre part, réunissant son goût pour la musique et l'écriture, Cédric Bru a fait paraître en 2004 un livre disque intitulé Contes Invivables qui propose aux lecteurs et aux auditeurs une plongée saisissante dans un univers sombre et désespéré qui rappelle les ambiances réalistes du roman noir et les dérives du monde du rock.
Cette approche originale a été saluée par nombre de critiques.

Le Diable et Moi de Nick Toshes

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