Les Obsédés Textuels

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Ecrits Meurtriers

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barclay2.jpg Celle qui en Savait Trop de Linwood Barclay. Belfond Noir
Linwood Barclay est un auteur de polar inventif, du type old school. Comment vous dire ? Vous voyez James Hadley Chase ? Pile poil 40 ans plus tard ! Le canadien creuse son sillon et son Fenêtre sur Crime nous avait passionné par la densité et l’originalité de son intrigue. Ce dernier opus, moins réussi toutefois, n’en reste pas moins très fréquentable par l’astuce qu’il déploie et qui nous tient en haleine jusqu’aux dernières lignes. Keisha Ceylon a eu l’idée d’apporter un « soutien divinatoire » aux proches de disparus. Ça ne coûte pas grand chose (enfin si 1000 $ en général...) et ça ne mange pas de pain quand toutes les pistes ont été explorées en vain. Mais, Keisha n’est pas plus voyante que nous sommes théologiens. Quand elle ne fait pas carrément équipe avec un disparu, elle plonge ses « clientes » dans un flou où elle sait faire merveille. Dans Celle qui en Savait Trop, Keisha rechigne au début à prendre comme complice l’ado supposé disparu jusqu’à ce que l’aventureux garçon la convainc d’un succès assuré et d’un butin partagé. Mais là, le talent et l’inventivité de Linwood Barclay entrent en jeu et plonge, via une flic retorse, Keisha dans une situation inextricable où les morts ne sont pas ceux que l’on attend et les coupables bien loin des suspects. Roman jubilatoire qui intègre avec précision le difficile art de l’humour dans le polar. Magistral

Reacher.jpg Mission Confidentielle de Lee Child. Calmann-Lévy
Jack Reacher est le symbole du Loner. Si c’était un rocker il serait Neil Young. Lee Child, auteur anglais, l’a embarqué dans moultes aventures où son sens de l’organisation, son courage, sa précision militaire et son efficacité digne d’un porte avion nucléaire faisaient merveille. Jusqu’à cette Mission Confidentielle, on ne voyait en Reacher – tels les héros de Chuck Logan – qu’un ancien militaire vivant de peu, jetant ses habits quand ils étaient sales et se dotant d’une seule brosse à dents. Cette préquelle est indispensable pour s’approprier totalement le personnage farouche et complexe de Jack Reacher. Sûrement davantage que le film dans lequel un petit homme arrogant prend les traits d’un géant laconique. Major dans la M.P, Jack va devoir résoudre une affaire de triple meurtres commise non loin d’une caserne de Louisiane. La Grande Muette veut faire le ménage mais sans faire trop de vagues. Au passage, on reste confondu par le professionnalisme de Lee Child, de sa documentation et de la puissance de son style. Pour revenir à lui, Jack mettra les mains dans le cambouis jusqu’au bras et déjouera les plans infâmes de politiciens sans scrupules. Il connaîtra une belle aventure avec la jolie sheriff et filera sa dem. La saga Jack Reacher pouvait commencer.

vlad.jpg Poétique du Morcellement de Romano Vlad Janulewicz. Black-Out
Nous recevons nombre de textes et documents écrits par des amateurs ou des semi-professionnels de talents pour parutions. Nous ne donnons pas suite (après réponse...) car lesobsedestextuels.com essaye de dégager dans la multitude d’ouvrages publiés les rares à retenir notre attention pour divers motifs. Une exception qui confirme la règle avec ces nouvelles macabres et horrifiques réunies par Romano Vlad Janulewicz (ah, les pseudos...) sous l’excellent titre Poétique du Morcellement. Habitué du genre, à en lire son éditeur, le confidentiel Black-Out, RVJ livre au long de six textes courts un panorama de l’étrange, du macabre et du Grand Guignol sous méthamphétamine. Tout y passe : les destins contrariés, les morts insoutenables, la victoire des affreux et le deuil des pauvre gens. Tortures, vengeances, effroi et jusqu’au boutisme sont à l’honneur. Du Jean Pierre Mocky revu par Gaspard Noé. Mais comme c’est de la littérature – et que notre homme manie bien la langue – on lorgnera du côté de Régis Jauffret et de Moe Hayder. Il y a pire comme parenté.

Dror2.jpg La Violence en Embuscade de Dror Mishani. Seuil Policiers
Ce qui pourrait légitimement paraître étrange dans les polars de l’israélien Dror Mishani, c’est l’absolue manque de description de la vie et du contexte geopolitique d’Israël. Ces livres pourraient se dérouler aussi bien Barcelone qu’à Marseille, il ne s’en dégagerait pas une autre ambiance. Ceci dit, Mishani se rattrape avec son boulot d’écrivain de romans policiers. Ce La Violence en Embuscade est une formidable confirmation de son premier opus Une Étrange Disparition (archives) Avraham Avraham dit Avi, reprend son service brisé par une rupture sentimentale et avec l’affaire Sharabi encore dans la tête et toute la culpabilisation que cela comprend. Là, c’est Eva Cohen, une directrice de crèche qui a été sauvagement agressée et, parallèlement, intervenu comme témoin pendant l’enquête sur Cohen, Haïm Sara qui prépare son départ avec ses enfants pour les Philippines accompagné de ses deux garçons qui croient retrouver leur mère alors que Sara l’a tuée pour faute d’amour familial. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Pour Sara, partir chercher leur maman à Manille et ne pas l’y trouver, avec juste une lettre de renoncement, lavera, pense t-il tout soupçons autour de lui. C’est précisément cet embrouillamini qui va mettre la puce à l’oreille de Avi. Quand ses supérieurs sont persuadés - à juste titre - de la culpabilité d’un délinquant pour l’agression d’Eva, lui s’acharne sur une piste que rien n’étaye vraiment sauf l’aide cruciale de son homologue philippin. C’est fin, puissant, nostalgique. Polar malade où un espoir délavé mais brutal reste la dernière frontière.

Katyn.jpg Les Ombres de Katyn de Philip Kerr. Le Masque
Dans cette nouvelle enquête de Bernie Gunther, traversant l’histoire du IIIe Reich, Philip Kerr met à jour la tristement célèbre affaire de Katyn. L’armée russe en retraite avant Stalingrad, extermina via le NKVD (ex KGB) la crème de l’armée polonaise et l’enterra dans la forêt de Katyn (où se reproduisit en 2010 un drame avec le krash du gouvernement polonais avec pour principale victime l’un des deux jumeaux Kaczynski) tentant maladroitement de faire porter le chapeau à la Wechmarcht. Pour une fois que ce n’était pas elle, la Propagande teutonne, avec en tête son gourou, le Dr (en philosophie...) Goebbels, fit fissa révéler les coupables. Et notre Bernie envoyé dans une sombre forêt transpirant la mort va devoir, certes dénoncer la manœuvre de l’Armée Rouge mais surtout – et c’est la force de Philip Kerr – jeter un coup de projecteur sur les rapports pécuniaires qui liaient le Führer à ses généraux. Il s’amourachera d’une belle légiste, divine gazelle au milieu d’horribles gorilles. C'est toujours un peu long mais on s’y fait, Kerr livre une once de ses convictions quand il écrit entre autres, « Les nazis ne tuaient jamais quelqu’un parce qu’il était stupide ou inefficace (-) Il attendaient d’avoir une raison (-) alors que les cocos se faisaient un plaisir de vous flinguer sans la moindre raison »

JK2.jpg Un Maniaque dans la Ville de Jonathan Kellerman. Le Seuil
Étrangement, ce dernier ouvrage aux multiples qualités de Jonathan Kellerman emprunte les mêmes chemins glauques et mystérieux de l’usurpation d’identité. Mais, autant Harlan Coben s’en sert dans Tu me Manques pour infiltrer et faire découvrir les arcanes obscures de la réalité virtuelle, autant Kellerman, en bon ancien psy, a recours à ce procédé vieux comme le polar et la psychiatrie pour nous mettre sur des charbons ardents. Une chose, d’un mot... Ces dernières années notre intérêt pour Jonathan Kellerman et son duo flic/psy – Sturgis/Delaware s’était considérablement tari faute à des traductions plates et bancales, pourtant marotte et passe temps d’un éditeur pensant savoir tour faire ! Exit l’omniscient et place au retour gagnant du grand Jonathan Kellerman celui du Monstre par exemple... Un Maniaque dans la Ville déroule une intrigue puissante, efficace et « follement » haletante. Le rôle des enquêteurs en est même au point d’être amoindri tant l’intelligence est du côté du Mal. En effet, comment des victimes qu’à priori (terme banni des auteurs de polars...) rien ne relie ont horriblement et « proprement » été charcutés par un pro du scalpel, un Mozart du bistouri ? Remonter chaque embryon de piste, chaque brèche de soupçon, s’accrocher aux infimes restes d’humanité que laissent derrière eux ces créateurs de crime pour parvenir, au final, à comprendre que comme souvent dans l’horrible l’union fait la force et que le génie du mal est davantage qu’on le croit un monstre à deux têtes.

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